‹ Science et philosophieChapitre 10 sur 60 · XIII · texte numérisé non relu

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valait pas la peine » ; le même sentiment Tavait amené à laisser inédits certains manuscrits dont il serait bien désirable qu'une partie au moins soit publiée \ C^est seulement après ces publications diverses qu^on pourra essayer de reconstituer son système philosophique ; je serais étonné que cette œuvre ne tente pas quelque jeune philosophe et ne soit alors pour le public instruit une véritable révélation.

Je devrais dire aussi quel écrivain admirable fut Tannery ; lettré délicat, poète à ses heures, il alliait d'une manière singulièrement rare Télégance et la pureté du style à la précision scientifique de la pensée. Dans sa longue collaboration au Bulletin des sciences mathématiques, il édifia une œuvre critique importante et qui mériterait une étude particulière. Sous une forme toujours courtoise, avec une ironie très douce et une finesse très enveloppée, il savait réunir l'exactitude détaillée du compte rendu, la sincérité du jugement, l'originalité des réflexions personnelles suggérées par l'œuvre analysée : il a parfois suffi d'une seule de ces trois qualités pour fonder une réputation de critique. Le trait était quelquefois assez léger pour n'être aperçu que du lecteur averti ; je ne suis pas sûr que l'auteur d'une compilation de problèmes avec solutions n'ait pris pour un éloge cette conclusion : « Monsieur X. a donné aux candidats à la licence d'excellents exemples des solutions qu'on attend d'eux. »

Le travail du Bulletin aurait suffi à absorber toute l'activité scientifique d'un homme; il en parlait si peu que beaucoup en ignoraient l'im-

I. Depuis que ceci a été écrit, ses Pensées ont paru dans la Revue du Mois.

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