‹ Science et philosophieChapitre 29 sur 60 · Seconde partie, p · texte numérisé non relu

Seconde partie, p

que les grandeurs croissent en progression géométrique. La différence d'une grandeur correspond à un rapport d'éclats égal à 100,4, ou sensiblement 2,5 ».

Il n'est pas douteux que cette définition^ arbitraire si Ton veut, est justifiée, dans une certaine mesure, par le classement des étoiles en étoiles de première, seconde, troisième, etc., grandeurs, et par ce fait que la série des grandeurs, qui constitue une progression arithmétique, correspond, au moins grossièrement, à une progression géométrique d'intensités lumineuses, mesurées par la photométrie. Ce dernier fait était pour Fechner, un argument essentiel en faveur de sa théorie, pour les besoins de laquelle il n'a sûrement pas été inventé. Il n'est vrai, sans doute, que grossièrement, et encore convient-il d'ajouter que V éclat y pour ce qui est des étoiles, dont les rayons lumineux sont très différemment constitués, n'est pas une quantité bien définie. Si cette notion de V éclat était précise, la définition de Pogson, qui ne diffère pas de celle de Fechner, transformerait en loi précise un fait grossier. Qu'y a-t-il dans ce fait ? Mais, aussi bien, y a-t-il quelque chose, autre qu'une règle mnémonique, dans la loi de Bode sur les distances des planètes au Soleil?

En restant dans le classement des étoiles en diverses grandeurs, on peut s'amuser à chercher des lois analogues à celles que Fechner prisait si haut, comme apportant à ses vues une éclatante confirmation. En reprenant, par exemple, le dénombrement des 314.925 étoiles de la Bonnerdtirchmtlsterung qu'a fait Littrow, on remarquera, si Ton veut, que les nombres d'étoiles de grandeur au moins égale à la seconde, à la

LA PSYCHOPHYSIQUE

troisième, à la quatrième, etc., forment grossièrement une progression géométrique de raison 3,5. Veut-on aller plus loin? on remarquera que 3,5 ne diffère pas beaucoup du nombre 3,1, lequel, d'après M. Baillaud*, est, à peu près, le rapport des temps de poses photographiques qui, correspond au passage d'une grandeur à l'autre. Il serait évidemment imprudent de tirer des conclusions théoriques de faits aussi grossiers .

Fechner s'est enivré de sa loi logarithmique, et ce breuvage lui a procuré des rêves bizarres et qui, sans doute, lui paraissaient grandioses. Ces rêves ont embrassé Thomme tout entier, puis rien moins que le monde et la « conscience de l'esprit universel, qui ne s'endort jamais... où la conscience humaine s'élève quand l'activité psychophysique de l'homme a atteint une certaine valeur par rapport à l'activité psychophysique du système universel » ^. La patience avec laquelle il a institué et conduit ses expériences, la sincérité avec laquelle il les décrit sont d'ailleurs admirables. Faisant sans collaborateur ses expériences sur les poids, il devait placer lui-même le poids additionnel (afin de déterminer le minimum perceptible), de sorte qu'il savait lequel des deux poids était réellement le plus lourd : on pouvait croire que cette connaissance exerçait une influence sur le jugement ; mais Fechner affirme qu'il n'en était rien. « On s'en tient, déclare-t-il, à ce que disent les sensations comme à quelque chose d'objectif ))\

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