‹ Science et philosophieChapitre 30 sur 60 · Foucault, p · texte numérisé non relu

Foucault, p

Après tout, il avait peut-être raison, et les observations qu'il faisait en lui-même, avec une si parfaite naïveté, valaient peut-être mieux que les réponses arrachées par d'autres savants à la complaisance inconsciente ou malicieuse de leurs aides ou autres sujets.

En parlant de la loi de Fechner, j'ai, pour me conformer à l'usage, employé les mots excitation^ sensation. Mais M. Foucault observe très justement, à ce qu'il me semble, que, dans les expériences que l'on a faites à propos de cette loi, il ne s'agit pas de sensations à proprement parler, mais bien de perceptions, de jugements portés, non sur nos propres sensations, mais sur la grandeur d'objets extérieurs. S'il en est ainsi, tout Tédifice de Fechner s'écroule, car, si nous ne savons guère ce qu'est l'intensité d'une sensation, nous ne savons pas du tout ce qu'est Tintensité d'une perception. Dire qu'un jugement est plus grand qu'un autre, parce que nous jugeons qu'un objet est plus grand qu'un autre, serait assurément parler d'une façon peu raisonnable. Il peut bien entrer dans la perception des éléments mesurables (comme la durée) et M. Foucault en énumèreun assez grand nombre, dont quelques-uns sont assez mal définis, mais le jugement lui-même est une opération trop complexe pour que le nombre lui soit applicable. Dans cette opération, la sensation que nous éprouvons et son intensité (si elle en a une), interviennent sans doute, mais mêlées à bien d'autres éléments, en particulier aux images que nous fournit la mémoire. La prétention de dégager, de cette opération compliquée, la pure sensation, semble insoutenable.

rîTT- V-V*

LA PSYCHOPHYSiqUE

Si même cela était possible, le nombre seraitil, même théoriquement, applicable à la sensation? En d'autres termes, celle-ci a-t-elle une intensité? M. Foucault le nie absolument*. Peutêtre convient-il de faire sur ce point quelques réserves. Sans doute, la sensation n'appartient pas à cette classe de grandeurs dont on peut définir Tégalité et Taddition, et auxquelles l'idée de mesure est directement applicable-. Rien n'autorise à affirmer qu'elle soit homogène et que, lorsqu'elle se renforce, quelque chose de pareil à ce qu'elle était s'ajoute à elle. Si, en changeant, elle change de nature, elle ne reste guère comparable à elle-même. Tout cela est entendu. Toutefois, il suffirait, en considérant des sensations d'une certaine espèce que, de deux sensations de cette espèce, l'une pût; être regardée comme égale, inférieure ou supérieure à l'autre, en supposant vérifiées les conditions qu'implique l'usage de ces mots, pour que le nombre s'appliquât à ces sensations, pour que chacune d'elles pût être numérotée, spécifiée et reconnue par son nombre. Il ne faut pas s'étonner que M. Foucault n'ait su démontrer ni la possibilité théorique, ni l'impossibilité d'une correspondance entre la sensation et le nombre. Au reste, si même la possibilité théorique d'une telle correspondance était établie, la possibilité d'une Psychophysique n'en résulterait nullement ; car il s'agit d'une sensation à peu près pure, à laquelle ne se mêle aucune perception claire, le moyen d'établir une relation entre cette sensation

Page 1