‹ Science et philosophieChapitre 36 sur 60 · Écrit en 1900. Il s'agit donc du xx" siècle · texte numérisé non relu

Écrit en 1900. Il s'agit donc du xx" siècle

2. Voir un article de M. Paul Appell qui paraîtra dans V Enseignement mathématique du i=> septembre prochain (1900).

LES MATHEMATIQUES DANS L'ENSEIGNEMENT

C'est, toutefois, dans un autre ordre d'idées que je crois apercevoir une solution.

Il me paraît désirable que Taccès de nos grandes Écoles devienne plus aisé, que leurs portes s'ouvrent plus largement, mais que les élèves n'y trouvent pas d'autre privilège qu'un excellent enseignement, et, par là, des facilités plus grandes pour entrer soit dans certaines carrières, soit dans les Ecoles d'application, Ecoles et carrières qui resteraient ouvertes à d'autres qu'eux. La sélection continuerait à se faire soit par des concours, soit, comme on l'a proposé, par des examens successifs, destinés à éliminer les moins aptes. Il ne faut pas, malgré tout, oublier que les examens et les concours ont été institués en vue de la justice, et que l'on n'a point de meilleure méthode pour consulter le hasard. Ils comportent des inconvénients nécessaires que je me suis efforcé, après bien d'autres, de montrer ici dans leur excès, mais qui ne peuvent être supprimés entièrement : on préparera toujours les examens ou les concours, au lieu d'étudier, pour elles-mêmes, les matières de leurs programmes. Encore vaut-il mieux que l'effort de la préparation porte sur les parties les plus élevées de la science et les plus directement utilisables. Il est bon de décourager les candidats médiocres par l'insécurité d'un premier succès, par la longueur, le nombre, la diversité des efforts qui devront le suivre, par le souci des luttes qu'ils auront encore à soutenir. Tant mieux, si l'on décourage du même coup ceux qui sont à la recherche de moyens factices, qui ne serviront plus à la réussite finale, de leurs élèves.

^ 209 ^ J. TAKNBRY. — 14

SCIESCE ET PHILOSOPHIE

— Ceux qui seront ainsi éliminés soit pen-

dant leur séjour dans les Ecoles, soit à la sortie, seront à plaindre ? — Pas plus, s'ils sont entrés plustôt, que ceux qui, aujourd'hui, n'arrivent pas après quatre années «de mathématiques spéciales » . Ils seront, en tout cas, moins usés, moins déprimés, moins incapables de se « retourner »

d'un autre côté, d'aller chercher ailleurs le complément d'instruction qu'ils n'ont pas su acquérir dans la maison où ils avaient été admis. — Une telle mesure abaisserait le niveau des connaissances des jeunes gens qui entrent dans les Écoles ? — C'est l'élévation des connaissances à la sortie qui importe. — Elle risquerait, par la facilité des premières épreuves, de multiplier d'une façon excessive le nombre des candidats? — La difficulté et le nombre des épreuves suivantes écarteraient ceux qui ont des raisons de se défier de leurs forces, qui peuvent bien tenter la chance, mais qui n'ignorent pas que, à continuer le jeu, ils perdront sûrement ; s'ils s'acharnent aujourd'hui, .comme ils font, c'est qu'ils n'ont qu'une partie à gagner, qui est définitive. La pénible élimination de ceux qui ne doivent pas arriver au bout arrivera peut-être à se faire d'elle*même et ceux-là seuls, peut-être, qui sont sûrs de vaincre, affronteront le combat. S'il en était ainsi, les privilèges des Écoles, abolis en droit, subsisteraient en fait. Au reste, parmi ces privilèges, il en est un qu'elles ne perdront pas: c^est, pour ne pas parler de la qualité des maîtres, ce contact intime entre des jeunes gens distingués venus de tous les coins de la France, avec une éducation, des tendances diverses qui, à l'âge où l'homme s'achève, mettent en commun leurs

Page 1