‹ Science et philosophieChapitre 54 sur 60 · EVARISTE GALOIS · texte numérisé non relu

EVARISTE GALOIS

quelles ils obéissent. Pour tirer parti de ces lois, pour savoir celles qui se déduisent des autres, pour leur substituer des lois plus générales ou plus simples, il faut connaître les "propriétés des nombres. C'est tout un monde nouveau à étudier, un monde abstrait, décoloré, obscur. Ceux qui savent y pénétrer, Téclairer et s'y diriger se passionnent pour les perspectives lointaines qu'ils y découvrent : le souvenir des paysages merveilleux et transparents qu'ils nous décrivent se présente parfois à la pensée du physicien et lui fait comprendre le monde réel auquel il s'attache ; grâce à un rapprochement inattendu, le physicien peut enfin relier les faits qu'il a observés, les mettre à leur vraie place, et construire une théorie qui les dépasse infiniment. Les théories physiques dominent la Chimie, la Physiologie, la Médecine. Toutes les sciences se mêlent, s'enchevêtrent, se nourrissent et vivent de la même sève. Telle vérité mathématique abstraite contribuera un jour, on ne sait comment, à cette maîtrise du monde que la Science nous procure peu à peu. Messieurs, vous avez senti cette unité de la Science ; vous savez que la vérité veut être recherchée pour elle-même, et que c'est seulement quand on Ta trouvée qu'apparaissent les applications qu'on peut en faire. Vous avez compris qu'on doit laisser au savant une entière liberté de pensée, une entière liberté de chercher ce qu'il espère trouver; vous avez compris que nous ne devons pas nous étonner des voies qu'il suit, qu'il faut nous résigner à ne pas distinguer le but mystérieux qu'il entrevoit et qui l'attire.

C'est pourquoi vous honorez Galois et vous auriez raison de l'honorer si même vous pensiez

que la science ne se justifie que par son utilité pratique.

Il est né dans cette maison, voici bientôt un siècle. Son père, Gabriel Galois, a été un de vos prédécesseurs. Monsieur le Maire; il a donné, dans des temps difficiles, l'exemple de la fidélité aux idées libérales; il est mort, victime des cabales et des calomnies. Sa mère, née Demante, très intelligente et très bonne, portait un nom qui est bien connu à la Faculté de Droit : quelques-uns de ceux qui assistent à cette cérémonie se la rappellent peut-être ; elle s'est éteinte en 1872, à quatre-vingt-quatre ans. Évariste Galois a grandi ici, il y a joué, il a été un enfant heureux ; c'est peut-être ici seulement qu'il a goûté la joie et qu'il Ta répandue autour de lui.

Bien vite, au lycée Louis-le-Grand, il devient triste, difficile et singulier : son génie s'est emparé de lui ; il est partagé entre deux passions : les Mathématiques d'abord; il lit, d'un bout à l'autre, comme pour se distraire, la Géométrie de Legendre ; il la sait dès qu'il Ta lue ; l'Algèbre l'attire encore davantage, mais les Traités élémentaires le rebutent ; il apprend l'Algèbre dans les œuvres de Lagrange ; à seize ans, il est mûr pour la découverte. Son autre passion, c'est un amour mystique et violent pour la République, pour une République plus idéale peut-être que ses mathématiques et plus éloignée de la réalité, pour une République à laquelle il rêve de se sacrifier, à laquelle au besoin il sacrifierait les autres : les créations de Victor Hugo ne sont pas de pures fictions ; Marins et Eniolras sont les frères d'Évariste Galois.

Au sortir de sa Rhétorique, qu'il a mélangée à

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