‹ Science et philosophieChapitre 55 sur 60 · EVARISTE GALOIS · texte numérisé non relu

EVARISTE GALOIS

la classe de Mathématiques préparatoires, il se présente à TÉcole polytechnique à laquelle il a cru pouvoir se préparer tout seul. Il est refusé. Première déception ; les déceptions ne lui seront pas ménagées. Il entre dans la classe de Mathématiques spéciales, où il trouve un maître admirable, M. Richard, qui le comprend pleinement, qui le juge ce qu'il est. Il a dix-sept ans; c'est à cette époque que remontent ses premières publications mathématiques. Il adresse un Mémoire à l'Académie des Sciences sur la théorie des équations algébriques ; Cauchy Tégare. A la fin de Tannée scolaire, il est encore refusé à l'École polytechnique. Ce second échec, il ne le pardonnera pas aux examinateurs : ce n'était pas seulement une blessure à son orgueil, ou plutôt au juste sentiment de ce qu'il valait; Galois a vraiment souffert de ne pas entrer dans l'illustre Maison, qu'il aimait pour sa gloire scientifique et pour l'esprit libéral de ses élèves.

Désespéré, il se retourne vers l'École normale; il y entre en octobre 1829. Il publie trois Mémoires au commencement de 1830 : il est alors en possession d'une bonne partie de ses grandes découvertes ; au mois de janvier, il présente l'ensemble de ses recherches sur l'Algèbre à l'Académie des Sciences. Fourier, le secrétaire perpétuel, emporte le manuscrit ; il meurt dans Tannée ; le manuscrit ne se retrouve point. Un an après, Galois envoyait à l'Académie son Mémoire sur les conditions de résolubilité des équations par radian^ ; les mathématiciens qui devaient l'examiner ne se donnèrent pas la peine qu'exigeait le style trop concis de Galois : ce Mémoire, qui est l'un de ses principaux titres de

gloire, ne fut pas compris et fut qualifié d'incompréhensible. Galois confondit dès lors dans la même haine et le même mépris les membres de l'Académie des Sciences et les examinateurs de rÉcole polytechnique.

Revenons à l'année 1830 et à cette École normale où Galois continuait de regretter TÉcole polytechnique : pendant les trois journées de juillet, le directeur de l'École parvint à tenir les élèves sous clef, même le 29 qui était un jeudi, un jour de sortie. Je crois bien que les parents lui en surent gré, mais on devine la fureur de Galois quand il apprit la part qu'avaient prise à la révolution les élèves de l'École polytechnique et d'autres étudiants, alors qu'il était enfermé avec ses camarades. Le directeur de l'École normale alla rejoindre les membres de l'Académie des Sciences et les examinateurs d'entrée à l'École polytechnique. Au mois de décembre, Galois écrivit dans un journal une lettre où il ne le ménageait pas. La lettre était signée Un élève de V Ecole normale ; mais il n'était pas difficile d'en découvrir l'auteur, qui fut mis à la porte.

Galois se jeta en pleine mêlée politique. Il est poursuivi et incarcéré en mai 1831 après un banquet aux Vendanges de Bourgogne, où il avait prononcé un toast dont les tendances régicides ne peuvent pas être niées : il n'avait pas dix-neuf ans, le jury l'acquitta malgré l'impertinence de ses réponses au président.

Le 14 juillet de la même année, le voici à la tète d'une manifestation républicaine, habillé en artilleur de la garde nationale, armé d'une carabine, de pistolets et d'un poignard. Arrêté sur le Pont-Neuf, condamné à six mois de prison,

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