‹ Science et philosophieChapitre 6 sur 60 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

par ce livre *. Beaucoup de mes contemporains, je le sais, partagent tout à fait ces impressions.

Jules Tannery fut aussi un administrateur et. à bien des yeux, les vingt-six années qu'il a passées comme sous-directeur de l'Ecole normale resteront Tessentiel de sa vie. Ce serait là une idée bien incomplète d'une nature aussi riche ; mais, si ses fonctions administratives ne furent pas toute sa vie, c'est peut-être là qu'à côté de bien des tracas et de bien des soucis, il trouva ses plus grandes joies. Car il était de ceux pour qui le bonheur consiste surtout dans le bien qu'on fait aux autres, et qui, loin d'exiger la reconnaissance, ne la tolèrent que chez ceux auxquels ils portent une affection particulière. Il n'avait point l'âme administrative, s'il faut entendre par là une aptitude abstraite à résoudre les questions concernant les personnes en oubliant que chacune de ces personnes est un individu : et sans doute cette aptitude est-elle indispensable à ceux qui sont appelés à diriger de haut de très grandes administrations. Tannery était, au contraire, absolument incapable de comprendre qu'il pût exister deux cas identiques : M. A... et M. B... n'étaient jamais ^o\xr\u\ deux élèves de l'école, ou deux professeurs agrégés de quatrième classe;, c'étaient M. A... et M. B..., c'est-à-dire deux individus dont l'un avait l'esprit distingué et l'autre l'esprit médiocre, dont celuici était bon professeur, tandis que l'autre enseignait assez mal, etc. Il est certainement bien plus aisé de se référer toujours à un « précédent » ; car il n'est pas toujours commode de

I. La nouvelle édition de cette Introduction a été entièrement remaniée et étendue ; le second volume en a paru très récemment ; ce fut la dernière œuvre de Tannery.

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