‹ Science et philosophieChapitre 8 sur 60 · XI · texte numérisé non relu

XI

sance ils lui gardent des habitudes de discipline intellectuelle qu'il leur a fait prendre.

A beaucoup d'entre nous, il apprit que la sincérité intellectuelle, la claire compréhension de sa propre pensée, la défiance vis-à-vis des mots qui ne recouvrent rien, ne sont pas seulement des qualités intellectuelles, mais aussi des qualités morales. Et si, au moment d'une, crise qui divisa la conscience française, il jugea que ses fonctions administratives ne lui permettaient pas une certaine forme d'action publique, qui n'était d'ailleurs pas dans son tempérament, et se contenta de faire connaître publiquement et nettement son opinion, on peut être certain que les habitudes de pensée qu'il créait autour de lui jouèrent un rôle essentiel dans l'élan superbe qui se produisit à l'École normale en faveur de la Justice et de la Vérité.

Ce fut aussi un philosophe. Il s'intéressait surtout, d'une part à la logique des sciences, et d'autre part à ce que Ton doit peut-être encore appeler la métaphysique, faute d'un meilleur vocable.

Ses écrits philosophiques sont très dispersés ; il avait projeté de les réunir en un volume ; ce projet sera prochainement réalisé sur le plan même qu'il avait conçu*. On verra mieux alors

I. C'est au volume présent que je faisais aUusion. Ce volume avait été promis par Jules Tanneryàla Collection Scientifique pour les premiers mois de ii)ii et il aurait certainement été prêt en temps utile, car Tannery m'en avait souvent parlé : il projetait d'écrire quelques pages pour relier entre eux certains fragments ; on y a suppléé en reproduisant des extraits de ses analyses dans le Bulletin des sciences mathèmJtiqneSy dont les lecteurs apprécieront le très grand intérêt et la grande importance pour l'histoire de sa pensée. On a supprimé, autant que possible, dans ces extraits d'analyse, ce qui n'avait d'intérêt que comme compte rendu de livre, pour conserver la pensée propre de Tannery.

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