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DE LEUR CONNAISSANCE

Les anciens n'ont pas connu les matières explosives, ni leur emploi pour la guerre ou pour l'industrie. Ils n'avaient pas soupçonné les réserves d'énergie que les forces chimiques peuvent fournir à l'homme et, dans la guerre, ils se bornaient à utiliser le travail de ses muscles. C'est ce que montre l'étude des engins, constituant une artillerie véritable, qu'ils avaient imaginés pour l'attaque et la défense des places ; elle comprend tout un ensemble de machines, balistes et catapultes, destinées à

lancer sur l'ennemi des projectiles de nature diverse : flèches et balles métalliques, pierres et boulets, matières incendiaires attachées à l'extrémité des traits ou déposées dans des pots, des carcasses ou des barils.

On voit déjà le dessin de plusieurs de ces machines sur les monuments assyriens. Les Grecs en ont fait un grand emploi, surtout depuis Alexandre et ses successeurs. Les Romains et les Sassanides les ont perfectionnées et transmises au moyen âge, qui en avait encore développé et agrandi l'emploi, sous le nom de mangonneaux, arbalètes à tour, etc.

Toutes ces machines, fondées sur la tension des cordes, avaient, je le répète, un caractère commun : elles se bornaient à mettre en œuvre la force de l'homme, accumulée peu à peu par un système plus ou moins ingénieux de leviers et de contrepoids, dont la détente subite communiquait aux projectiles l'impulsion et la force vive. On conçoit dès lors quelle révolution dut se produire dans l'art des guerres, lorsqu'on découvrit le moyen de développer la force vive sans machine spéciale, sans travail humain et par le ressort d'une énergie chimique, latente dans le mélange de certains ingrédients.

Cette découverte ne fut pas la conséquence d'une

théorie préconçue : on y parvint par l'empirisme, comme il est arrivé dans la plupart des industries, du moins avant le siècle présent, qui a marqué Tère des inventions déterminées par la pure théorie.

L'histoire de l'origine de la poudre, la plus ancienne des matières explosives, est des plus curieuses et des plus caractéristiques pour celui qui cherche à se rendre compte de la marche de l'esprit humain : il s'agit d'ailleurs ici d'une découverte capitale; car nul n'ignore le rôle que la poudre a joué dans les développements de la civilisation moderne.

La connaissance de la poudre est sortie peu à peu de l'emploi des matières incendiaires dans la guerre.

Les projectiles incendiaires des anciens, fondés d*abord sur l'emploi de torches et de morceaux de bois enflammés, n'avaient pas tardé A être perfectionnés par l'usage de la poix, du soufre et des résines, substances faciles à enflammer, difficiles à éteindre. Une fois fondues, elles adhèrent fortement, en raison de leur viscosité, aux corps sur lesquels elles sont tombées ; d'autre part, la chaleur produite par leur combustion même les rend de plus en plus fluides et les fait couler à la surface de

ces mêmes corps, en y propageant partout l'incendie; enfin l'eau versée à leur surface ne les éteint qu'avec difficulté, parce qu'elle ne les dissout pas et ne s'y mélange point.

Cependant ces avantages n'ont rien d'absolu; on peut parvenir à éteindre les résines enflammées, si Ton réussit à les noyer sous l'eau, ou bien à les refroidir à l'aide d'une aifusion abondante et subite d'eau ou de sable, laquelle en abaisse la température jusqu'à ce degré où la combustion cesse. Les projectiles mêmes, qui leur servaient de supports, ne pouvaient guère être lancés avec une très grande vitesse, sans risquer de voir éteindre par l'action réfrigérante de l'air l'inflammation communiquée au départ.

Ce sont ces inconvénients que la découverte du feu grégeois tendait à faire disparaître et qui lui donnèrent tout d'abord une si grande réputation et un si grand avantage sur les anciens procédés incendiaires.

On a beaucoup discuté sur la nature et sur les effets du feu grégeois. Le mystère dont sa fabrication et son emploi étaient entourés à Constantinople, le caractère magique de ce feu, que rien ne semblait pouvoir éteindre et qui, disait-on, communiquait la même propriété aux incendies allumés par lui, frap-

pèrent fortement les imaginations des contemporains, et le retentissement de leur épouvante est venu jusqu'à nous. En réalité, le secret dont la composition du feu grégeois a été longtemps entourée est aujourd'hui complètement éclairci. On peut dire même, et je le montrerai plus loin, qu'il n'a jamais été perdu. Les projectiles incendiaires, tels que les obus munis d'évents par où s'échappaient de longs jets de feu, projectiles que l'armée allemande a jetés sur Paris en 1870, et dont j'ai eu entre les mains des exemplaires recueillis à Villejuif; ces projectiles, dis-je, ne différaient probablement des marmites à feu décrites par les historiens arabes que par l'épaisseur plus grande des parois et par la projection des obus au moyen d'un canon, au lieu d'une arbalète à tour; mais la matière incendiaire était à peu près la même. Les obus proprement dits, tombés sur Paris'par milliers, en décembre 1870 et janvier 1871, lançaient de tous côtés, dans l'acte de leur explosion, des cartouches remplies de roche à feu, c'est-à-dire d'un mélange incendiaire presque identique au feu grégeois. Mais les effets mêmes de ces cartouches, une fois l'explosion produite, n'étaient guère plus redoutables que n'ont dû l'èlre autrefois ceux des traits à feu des Arabes. Il était facile, comme j'en ai été témoin, d'éteindre ces cartouches et d'ar-*

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rèter l'incendie qu'elles étaient destinées à provoquer : je possède encore celles que j'ai ramassées dans une maison de la rue Racine, au moment même où elle venait d'être traversée par un obus. La substance inflammable dont elles sont remplies est un mélange de salpêtre, de soufre et d'un corps résineux.

C'était surtout lorsqu'il agissait sur des bâtiments en bois, navires, galeries de défense, tours roulantes ou machines de siège, que le feu grégeois exerçait ses effets les plus redoutables, et qu'il justifiait la terreur inspirée aux peuples ignorants de son usage. Yis-à-vis des constructions de pierre, il n'était guère plus efficace que les obus à pétrole de la Commune, et son action sur les guerriers couverts de fer était si facile à éviter ou si peu dangereuse, que Joinville, au milieu des descriptions effrayées qu'il nous en retrace, ne nous dit pas qu'un seul homme notable de l'armée des croisés ait péri victime de l'attaque directe de ce feu.

Pour avoir une idée exacte du feu grégeois et de ses effets, il suffit de lire les ouvrages classiques de M. Ludovic LalanneS qui a reproduit et discuté les

1. Recherches sur le feu grégeois, 2« édition, i8i5. — Voir aussi Joly de Haizeroy, Mémoires de l'Académie des Inscriptions, 1778. ^ Voir encore Tortel, le Spectateur militaire,^, b3, août 1841.

principaux passages des auteurs byzantins, source fondamentale en cette matière ; le livre de MM. Reinaud et FavéS qui ont exécuté le même travail sur les auteurs arabes ; les extraits des auteurs chinois, par le P. Gaubil ; et Touvrage magistral de M. Lacabane : De la poudre à canon '.

Nous allons résumer ces documents authentiques, retrouvés par les érudits de notre temps, mais en les commentant et les éclairant à l'aide des lumières nouvelles qui résultent de la connaissance expérimentale des effets des matières explosives et des lois de la chimie.

C'est la découverte du salpêtre (sal pelrœ) et de ses propriétés qui a servi de point de départ.

Les efOorescences salines qui se forment à la surface de certaines roches et de certains terrains étaient connues des anciens. Rappelons, pour l'intelligence de ce qui suit, que la composition n'en est pas toujours la même : le sulfate de soude, le carbonate de soude, le chlorure de sodium, en particulier, pouvant donner lieu à des formations analogues à celle du véritable sel de pierre. Cependant la fleur delà pierre d'Assos, ville de Mysie, décrite par Dioscoride et par Pline, parait bien identique à Tazotate de

1. Du feu grégeoU et des origines de la poudre à canon, 1845.

2. Biblioihéque de VEcole des chartes, V série, 1. 1«, p. 28, 1845.

Ht SCIENCE ET PHILOSOPHIE.

potasse. La neige de Chine était constituée par le même sel, el le nom de baroxid (c'est-à-dire grêle), employé par les Arabes, semble rappeler la structure rayonnée de ce sel recristallisé dans Teau.

Les anciens s'en servaient en matière médicale, pour ronger les excroissances charnues et déterminer la cicatrisation des ulcères indolents.

La connaissance de ces propriétés corrosives a-t-elle conduit, par une assimilation grossière, mais de Tordre des raisonnements que font les peuples primitifs, à envisager le salpêtre comme une matière comburante? Ou bien sa propriété d'entretenir la combustion, en fusant sur les charbons ardents, a-t-ellc été découverte par hasard? C'est ce qu'il n'est guère possible de décider. En tout cas, cette aptitude comburante du nilre ne parait pas avoir été connue des Grecs et des Romains.

Ce sont les Chinois qui semblent avoir eu les premiers l'idée d'en tirer parti, principalement pour la fabrication des arliûces, comme en témoignent les noms de sel de Chine et de neige de Chine^ donnés au salpêtre par les écrivains arabes. Mais il est difficile de préciser l'époque de cette découverte, antidatée d'ailleurs, comme beaucoup d'autres, par les premiers Européens qui ont traduit les livres chinois. Il est douteux que son application à la guerre

LES MATIERES^ EXPLOSIVES. lia

soit plos ancienne en Chine qa*en OccideDl; le» documents exacts cités au siècle dernier par les jésuites de Pékin % en réponse à une contes lation de Corneille de Fauw, disent seulement : t L'an 969 de Jésus-Christ, deuxième année du règne de Taî* Tsou, fondateur de la dynastie desSong, on présenta à ce prince une composition qui allumait les flèches et les portait fort loin. L'an 1002, sons son successeur Tchin-Tsong, on fit usage de tubes qui lançaient des globes de feu et des flèches allumées à la distance de 700 et même de 1000 pas*. » Les. missionnaires ajoutent que, suivant plusieurs savants, ces inventions remonteraient avant le viiT siècle. (M>servons qu'il s'agit ici de la fusée, et non des canons, ni même de la poudre à canon, comme le montrent les détails qui suivent.

En 1259, c on fabriqua une arme appelée Iho-ho- Uiang^ c'est-à-dire lance à feu impétueui ; on introduisit un nid de grains ' dans un long tube de bambou, auquel on mettait le feu ; un jet de flamme en sortait, puis le nid de grains était lancé avec bruit i .

1. Je tire cette ciUtioa de roarraje de MX. Reinaud ei FaTé, p. ]IS7.

t. Ces distances sool probablement fort exagérées.

3. Sorte de cartoaciie reniennant des grains de matières expl<»-

lU SCIENCE ET PHILOSOPHIE.

C'est la lance de guerre à feu ; mais il n*est question ni du fusil ni du canon.

Le siège de la ville de Kai-lbung-fou par les Mongols, en 1332, a été cité comme fournissant un exemple de l'emploi du canon, quoiqu'il ne donne pas un renseignement plus décisif. En effet, le P. Gaubil a fait observer avec raison que la machine, employée dans ce siège et désignée sous le nom de ho'paoy n'est probablement pas le canon, mais plutôt une machine à fronde, lançant des pots à feu dont la flamme s'étendait au loin. Au siège de Siang-yang par les Mongols, soldats de Koublai-Khan, en 1271, les machines d'attaque furent construites non par les Chinois, mais par des ingénieurs occidentaux, Italiens et Arabes, ou plutôt Persans. C'étaient des machines à fronde, mues par des contrepoids et lançant des projectiles pesants, ainsi qu'il résulte des récits concordants des historiens chinois et de Marco Polo.

Les Chinois ne possédaient donc alors, pas plus qu'aujourd'hui, le génie des inventions mécaniques, et ils étaient obligés d'emprunter les ingénieurs compétents à l'Europe et à la Perse. En 1621, les canons étaient encore inconnus en Chine.

Cependant, d'après une tradition constante, bien qu'elle n'ait peut-être pas été soumise à une cri-

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lique approfondie, les Chinois, je le répète, pands* senl aToir connu les premiers les comportions salpèlrées; mais ils en ignoraient la force expansive, et les dxamenls aulhentîqaes semblent conduire à leur refuser la découirerte des canons ei de la poudre de gaerre proprement dite. La date même attribuée plus haut i rinrention des fosées de guerre en Chine, c'est-â-dire la fin da x* siècle de notre ère, ne remonte pas au delà de la date de cette même invenlion dans TOccident.

Cest trois siècles auparafant, c'est-i-dire vers67d, que le feu grec ou grégeois apparaît pour la première fois dans l'histoire, comme inTcnté par Ting^nieor Callinicus. La flotte des Arabes, qui assiégeait alors Coostantinople, fut détruite i Cyzique par son emploi, et pmdant plusieurs siècles le feu grégeois assura la Tictoire aux Byzantins dans leurs batailles nafales contre les Arabes et contre les Russes. Cette composition incendiaire, que l'eau ii'étei^ait point, était particulièrement efûcace à une é:<«!pe ou les narires étaient obligés de se rappr»>:her pjor combattre. Sa propriété de traverser Tair arec vitesse, en produisant un grand bruit et une flimme éclatante, frappait vivement les imagilutivQS et augmentait la terreur que produisaient ses e:Tets deslruoleurs. L'empereur Léon le Philo-

sophe en décrit remploi, dans ses Institutions militaireSf comme celui d'une matière disposée dans des tubes, d'où elle part avec un bruit de tonnerre et une fumée enflammée, et va brûler les navires sur lesquels on Tenvoie. On la lançait par de longs tubes de cuivre, placés à la proue des navires, au travers de la gueule des tètes d'animaux sauvages destinés par leuraspect à augmenter l'effroi de l'ennemi. Jusqu'à quel point la force impulsive des gaz émis par la matière enflammée s'ajoutait-elle à celle des cordes tendues dont le ressort constituait la force motrice initiale? C'est ce que le vague intentionnel des descriptions des auteurs grecs ne permet pas de décider. Les Byzantins parlent aussi des tubes à main (chirosiphons), destinés à être lancés au visage de l'ennemi avec la composition enflammée qu'ils reaferment. Enfin, ils insistent, comme sur un phénomène extraordinaire, sur la propriété de la flamme du feu grégeois de pouvoir être dirigée en tous sens, même de haut en bas, au lieu de s'élever toujours de bas en haut, comme la flamme ordinaire. Cette propriété, due aux propriétés fusantes du mélange nitrate, n'a plus rien de surprenant pour nous; mais elle frappait alors les hommes d'étonné* ment, et elle concourait aux effets destructeurs de la nouvelle matière.

Les Grecs se réservèrent pendant longtemps le secret de cet agent : un ange Pavait donné, disait-on, à Vempereur Constantin, et il était interdit, sous les anathèmes les plus effrayants, d'en faire part à Tennemî. Cependant, par trahison ou corruption, la connaissance du feu grégeois finit par se répandre parmi leurs adversaires. S'il est douteux qu'il ait été employé lors des premières croisades, il est certain que remploi en était en pleine vigueur lors de la cinquième croisade et des suivantes. Ces dates mêmes semblent indiquer que ce n'est pas de la Chine, mais de Constantinople, que la communication de la découverte se fit aux musulmans, confondus sous le nom impropre d'Arabes à cause de la langue employée par leurs historiens.

Ces musulmans, c'est-à-dire les peuples turcs et persans combattus par les croisés, cultivèrent le nouvel art et lui donnèrent des développements considérables. Ils attachèrent des compositions incendiaires à tous leurs traits, armes d'attaque et machines de guerre. Tantôt ils lançaient à la main des pots métalliques, ou des balles de verre, qui se rompaient sur l'ennemi en le couvrant de matières incendiaires; ou bien ils les attachaient à Textrémité de bâtons et de massues, qu'ils brisaient sur l'adversaire en l'aspergeant de feu. Ils lançaient la

matière enflammée au moyen dé tubes; ils en garnissaient aussi des tubes placés à l'exlrémité des lances tenues par les cavaliers, des flèches projetées par les arcs, des carreaux lancés par les machines; ils la plaçaient dans des pots à feu, des carcasses incendiaires, envoyés à de grandes distances par des arbalètes à tour et des machines à fronde. C'est ainsi que l'armée de saint Louis, en Egypte, fut assaillie par de gros tonneaux ou carcasses remplis de matières incendiaires.

a Ung soir advint que les Turcs amenèrent ung •

engin qu'ilz appeloient la perrière, ung terrible

engin à mal faire... par lequel engin ils nous get-

toient le feu grégois à planté, qui estoit la plus

horrible chose que oncques jamès je veisse... la

matière du feu grégois estoit telle qu'il venoit bien

devant aussi'gros que ung tonneau, et de longueur

la queue en duroit bien comme d'une demie canne

de quatre pans. 11 faisoit tel bruit à venir, qu'il

sembloit que ce fust fouldre qui cheust du ciel et me

sembloit d'un grant dragon voilant par l'air... et

getloit si grant clarté qu'il faisoit aussi cler dedans

nostre host comme le jour, tant y avoit grant flamme

de feu. » (Joinville, Histoire du roy sainciLoys.)

On trouve tout le détail de cet emploi dans un manuscrit arabe, pour\'u de peintures, dont l'auteur

est mort en 1S95, manuscrit traduit par Reinaud pour Fouvrage cité plus haut, lequel reproduit en même temps les figures dans un allas extrêmement curieux.

Le feu devint ainsi un moyen de blesser directement Tennemi et un agent universel d'attaque, usages auxquels la combustion vive des compositions nilratées les rendait éminemment propres.

Au même ordre d'engins paraissent appartenir les traits tonnants et enflammés et les globes de feu lancés par les assiégés au siège de Niébla, en Espagne, à la même époque. Les divers faits, rapportés à tort par Casîri comme attestant l'emploi des canons en Espagne au xm' siècle, ainsi que les instruments rais en œuvre par les Mongols en Chine à la même époque, et que nous avons relatés plus haut, se rapportent aussi à l'emploi du feu projeté par les anciennes machines de guerre.

Une remarque essentielle trouve ici sa place. Les Grecs tiennent soigneusement cachée la composition du feu grégeois : dans les descriptions les plus minutieuses, celle d'Anne Comnène par exemple, au XI* siècle, ils nous parlent de la poix, du naphte, du soufre, toutes matières incendiaires que les anciens connaissaient déjà, mais sans dire un mot de l'ingrédient fondamental qui distinguait le feu gré-

m SCIENCE ET PHILOSOPHIE.

geois des anciennes compositions, je veux dire le salpêtre : c'était là le secret.

Mais il n'existe plus pour les auteurs arabes, et le caractère véritable des compositions qu'ils emploient ressort pleinement de leurs descriptions. Ainsi, dans le traité cité plus haut, les compositions qui y sont données renferment en général du salpêtre, associé en différentes proportions à des matières combustibles, dont la nature varie suivant les effets qu'on voulait produire.

Vers la même époque paraît avoir été écrit le célèbre livre de Marcus Grœcus : Liher ignium ad comburendos hostes; ouvrage dont la date incertaine a été tantôt avancée, tantôt reculée entre le ix* et le xiip siècle. Il renferme un grand nombre de recettes de compositions incendiaires à base de nitre, parmi lesquelles il en est de fort voisines de la poudre à canon. Mais, de même que les auteurs arabes, l'auteur parle surtout des propriétés incendiaires; il décrit seulement la fusée et le pétard, sans aller plus loin : on y reviendra fout à l'heure.

Le salpêtre lui-même n'avait pas, à cette époque, le degré de pureté qui assure des propriétés invariables aux matières explosives dont il constitue la base. Extrait d'abord par simple récolte à la surface du sol et des pierres, on n'avait pas tardé à chercher

â le pcrli-îT par Li i^ti^iniiatiira îl=5 r-*.!*: ; r' iT? La ?irî3iK« lins; cct-^c-:-» «t tîi d-êlinr* •:•? r'.isi-rir?

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Tiit v-amir defprorii's de p-ireiê fort irê-;i>: pir

drTi'cD? varier eitr-niemenl. Tac*.!t la ica'.ière fi-aû; !an:04 eîle doociit Meu à une cxr'.rsîon 5ul;te ^ re'^O'i-.iêe. q^iî bri^sit I':s réirîpenls ei les armes. Acfsi coT»prend-on Topinion de ces autcirs, d'.'iprês îa ;^e;Ie Temploi de telles matières éta'l parioîs plos din^er-?ax p-3or ceux qni les inettaienl en œcTre qae p»>ar lenrs ennernis.

Cef-?ndanL Femploî même du feu gréçeo^is aTaii mU sar la v»>ie d'une nouvelle pr:priélé : la force împ'JÎsiTe des in»-ianpes sa'pèlrês. En plaçanl ceuxci ^ans an lube el en les enOaramanl du côle fermé on rétréci de ce tube, ils étaient chassés en avant avec Tiolence. Au contraire, la flèche garnie d'un tube incendiaire, i laquelle on mettait le feo, ne tardait pas i perdre une portion de sa vitesse initiale.

sinon même à reculer en arrière. De celle observalion naquit la fusée, ou feu volant (ignis volatilisy tunica ad volandum)^ décrite par les Arabes et par Marcus Grsecus. Ce dernier indique même une formule de composition explosive (1 partie de soufre, 3 parties de charbon de tilleul ou de saule, et 6 parlies de salpêtre), fort voisine de celle de la poudre de chasse et des poudres de guerre anglaises. Si le salpêtre de cette époque avait été de l'azotate de potasse sec et pur, cette composition aurait même détoné^ au lieu de fuser, ce qui en aurait rendu remploi presque impossible; mais nous avons dit que le salpêtre d'alors était fort impur.

Les Arabes construisirent, d'après ce principe, des engins de guerre plus compliqués, tels que Vœu f qui se meut et qui brûle; deux ou même trois fusées y poussaient en avant un projectile incendiaire, également enflammé.

L'explosion fut aussi utilisée, mais plutôt pour épouvanter l'adversaire par le bruit du pétard {tunica tonitmum faciens de Marcus Graecus), que pour exercer une action directe.

C'est à cet état des connaissances et à cet usage des mélanges nitrates que se rapportent les phrases célèbres de Roger Bacon (1214-1292), si souvent citées, mais dont on a tiré des conséquences excessives :

* On peot produire dans les airs, dit cet auteur, dn tonnerre el des éclairs, beaucoup plus violenlB que cens de la nature. Il sufTit d'une petite quantité de matière de la grosseur du pouce pour produire on bruit épouvantable et des éclairs effrayants. On peut détruire ainsi une ville et une armée'. Cest un vrai prodige pour qui ne connaît pas parfaitement les substances et les proportions nécessaires. >

Bacon dit encore que f certaines choses ébranlent l'ouïe si violemment que, si on les emploie subitement, pendant la nuit et avecune habileté sufflsante, il n'y a ni ville ni armée qui puisse y résister. Le fracas du tonnerre n'est rien en comparaison, et les éclairs des nuages sont loin de produire une pareille épouvante. On en a un exemple dans ce jouet d'enfant très répandu qui se compose d'un sac en parchemin assez épais, de la grosseur du pouce et contenant du salpêtre : la violence de l'explosion produit un craquement plus formidable que les roulements du tonnerre, et un éclat qui efface les éclairs les plus puissants. >

On voit qu'il s'agit ici surtout des effets du pétard et de ta fusée, mais non, comme on l'a cru, de

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