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mèoes, de formations de minéraux, de volatilisations apparentes de corps Gxes, phénomènes jusquela inconcevables. Toutefois elle ne constitue que le premier pas dans la nouvelle découverte ; celle-ci ne se dégagea dans toule son étendue que peu à peu, et non sans quelque confusion, par la suite des recherches incessantes de H. Deville: ce fut le fruit mérité de cette longue patience, que l'on a pu regarder à juste titre comme équivalant au génie.
En effet, non seulement les corps composés sont résolus en éléments à une haute température, éléments qui se recombinent pendant le refroidissement; mais la décomposition, aussi bien que la recombinaison, sont graduelles et variables dans leur proportion, avec la température, la pression et diverses autres circonstances. En un mot, pendant un intervalle de température plus ou moins étendu, un composé peut coexister avec ses éléments ; le tout constituant un système en équilibre, entre les actions calorifiques, qui tendent à le résoudre en éléments, et les actions chimiques, qui tendent à le transformer entièrement en une combinaison définie. Telle est la notion fondamentale de la dissodation^ notion simple et féconde, qui a changé les idées des chimistes et est devenue Torigine d'une multitude de découvertes.
H. Deville avait été nommé membre de T Académie des sciences en 1861 ; il était devenu, en 1867, titulaire de la chaire de chimie de la Sorbonne, qu'il occupait depuis quatorze ans à titre de suppléant. Administrateur du chemin de fer de l'Est et de la Compagnie parisienne du gaz, il occupait dans le monde des affaires une situation non moindre que dans la science pure. Les satisfactions morales' et les joies privées de la famille, au milieu de ses cinq fils et de ses nombreux amis, auraient mis le comble à son bonheur, sans quelques ennuis, nés des discussions relatives au mètre international, et auxquelles son imagination impressionnable attacha peut-être trop d'importance.
Quoi qu'il en soit, je me reprocherais de tracer un tableau incomplet de la vie de H. Sainte-Claire- Deville, si je ne le montrais maintenant, tel que ses contemporains l'ont connu, actif, affairé, sympathique, dans ces réunions du dimanche à l'École normale, où nous ne le verrons plus. Toujours prêt à s'intéresser à ses amis, jeunes et vieux, à leur donner un conseil scientifique et au besoin un coup d'épaule; usant des influences multiples que son caractère et sa position lui avaient acquises pour servir les uns et les autres; prêt à s'associer à vos plaisirs et à vos peines avec une chaleur de cœur inu-
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silée dans la froideur ordinaire de nos relations modernes, il était devenu le centre de tous les hommes de science. Qui ne se le rappelle assis vis-à-vis de ce lai^e poêle autour duquel nous étions rangés, et racontant quelque gai récit qui nous faisait sourire, ou quelque histoire aimable pour Tun des assistants? Depuis près d'un an, sa santé s*était affaiblie peu à peu ; une affection du cœur dont il avait éprouvé déjà quelques atteintes avait reparu en s'aggi*avant. II avait dû interrompre son coiurs de la Sorbonne au mois de janvier, et n'avait pas tardé à descendre vers le midi de la France, chercher à retarder le déclin de ses forces sous un climat plus doux. Mais U était frappé sans ressources, et il est revenu mourir au milieu de ses amis, en conservant jusque dans son agonie ces préoccupations affectueuses qui avaient tenu tant de place dans sa vie.
limai 1884.
Voici l'une des pertes les plus douloureuses et les plus inattendues pour la science et pour le pays. Il y a douze jours à peine, Wurtz était debout, parlant et agissant, avec ce feu communicatif, cette autorité, cette activité un peu inquiète, que tous se plaisaient à regarder comme le témoignage d'une individualité puissante et d'une vitalité inépuisable. De longs jours semblaient encore promis à sa famille, à ses amis, à ses élèves. Qui eût dit que ce discours ému prononcé par lui sur la tombe de son maître, Dumas, devait être le dernier? Hier, en entrant à la séance ordinaire de l'Académie, nous avons appris avec slu-
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peur qae noas ne le rererrioiu plus : Wuiiz Tenait de s'éteindre, fra{^ tout à coup par une maladie iDTsIérieuse qni avait tari sourdemenl les sources de celte roboïte existence. Entre les amis et les confrères qui raimaîeot et l'adDiiraient, nal peat>étre n'a la Tacnlté plus spéciale, et par là même le devoir ptDs étroit, d'apprécier l'œurre de Wurtz que celui qui écrit ces lignes. Uoeémolalion de trente ans, soutenue par l'amour commun d'une science que nous cuIiîtIods parallèleoienl, émulation qui n'a jamais Doi à la courtoisie des relations personnelles, me permet, hélas ! déjuger toute la grandeur de la carrière parcourue par l'homrae que nous venons de Toir disparaître, toute l'étendae do vide que sa mort produit dans la science, toute l'amertume de la perte que la France éprouve en œ moment !
Né à Strasbotti^, il y a 3oisante>sept ans, Wurtz a été l'nn des plus brillants représentants de cette benrense alliance entre le génie germanique et le génie français, alliance trois fois féconde que nous aiions sa réaliser pleinement en Alsace dans le xar siècle !
La cmelle séparation accomplie par la guerre de 1870 n*a guère proGté jusqu'ici au développe""*"* inielleetuel de TAUeniagne, et elle menace de perdre i jamus les fruits de cette association Ti
Délie des esprits, consacrée par deux siècles d'union, et qui fut si féconde pour la civilisation générale.
Wurtz réalisait Talliance morale des deux races, non seulement par sa naissance, mais par son éducation, ses tendances doctrinales, et par ses découvertes mêmes. Élève à la fois de Liebig, qui dirigea ses débuts, et de Dumas, qui l'accueillit dans ce laboratoire où venait de se former Henry Sainte-Claire- Deville, il ne tarda pas à s'engager à son tour dans une voie originale.
Ainsi fut poursuivie et soutenue la tradition nationale de la chimie, si brillamment cultivée en France depuis un siècle. À la génération créatric de Lavoisier ont succédé Berthollet, puis Gay-Lussac et Thénard, puis Chevreul, qui conserve encore parmi nous, après un siècle d'existence, le souvenir de cette grande époque. Laurent et Gerhardt sont morts prématurément; Dumas vient de s'éteindre chargé d'années, Wurtz et Deville ont eu leur jour, qui est le nôtre, et leur grandeur; ils ont été, eux aussi, les chefs de la chimie française. Puisse cette filiation éclatante se poursuivre encore pendant plusieurs générations I
Nul de nos contemporains ne laissera, à cet égard, une trace plus profonde que Wurtz. Deux grandes découvertes, particulièrement, ont illustré son nom
et montré Tactivilé créatrice de son esprit : la découverte des ammoniaques composées et la découverte des glycols.
Les ammoniaques composées ont donné la clef de la constitution de ces alcaloïdes organiques, poisons et remèdes, que les végétaux fabriquent sous nos yeux et que la médecine emploie continuellement. H. Wurtz nous a appris à Taide de quelles méthodes et en vertu de quelles règles on peut espérer les reproduire.
Les glycols sont le fruit d'une généralisation non moins capitale. Leur formation synthétique et la connaissance de leurs propriétés sont venues se joindre aux découvertes que j'avais faites moi-même .sur la glycérine, pour établir la théorie générale des alcools polyatomiques. C'est à cette occasion que s'est élevée entre nous une rivalité féconde, où chacun a développé les ressources variées d'un esprit aussi différent par son point de vue que par son évolution. Des travaux sans nombre sont sortis de ces théories et ont transformé depuis trente ans la chimie organique. M. Wurtz a eu une part de premier ordre dans celte transformation. M. Wurtz réclamait aussi parmi ses titres de gloire l'influence qu'il avait eue sur le développement des doctrines et des notations de la nouvelle théorie atomique.
Sa carrière officielle s'accomplit avec la facilité due à son mérite hors ligne, et avec la régularité qui accompagne ordinairementla carrière des savants. Docteur en médecine en 1843, il succéda dix ans après à son maître, M. Dumas, comme professeur de chimie médicale à la faculté de médecine de Paris; nommé membre de l'Académie de médecine en 1856, il devint doyen de la faculté en 1866. il y fonda une puissante école de chimie, qui attira autour de lui de nombreux élèves français et étrangers et fit l'éducation de savants nombreux et d'un très grand mérite. Parmi ceux-ci, qui pourrait oublier M. Friedel, lié à son maître par le dévouement d'une affection sans limite?
En 1867, Wurlz devint membre de l'Académie des sciences; en 1875, professeur de chimie organique à la faculté des sciences de Paris. Professeur éloquent, sa parole ardente entraînait les esprits de la jeunesse. Enfin, en 1881, son illustration le fit désigner par le centre gauche au choix du Sénat comme sénateur inamovible.
Sa vie privée fut heureuse et tranquille. Les personnes, aujourd'hui peu nombreuses, qui l'ont vu arriver à Paris, se rappellent encore ce jeune homme vif et actif, plein d'enthousiasme pour la science et partout accueilli. Marié à une femme in-
telligenle et dévouée, enioiiré, comme un patriarche d'autrefois, par l'essaim de ses nombreui enrants, de ses gendres, de ses neveux et nièces qu'il avait élevés, il est mort comblé dejoui's et d'honneurs, et sans longes souiïraaces. Moins âgé que Dumas, dont il parlnit hier encore en termes si sympathiques, il a eu nne vie aussi remplie, aussi glorieuse pour les siens et pour son pays. C'est là ce qui doit adoucir sa perle pour sa famille, si quelque chose peut alté- Duer une semblable douleur I
Naguère, nous comptions à Paris cette brillante pléiade des trois écoles de la chimie française : l'École normale, l'École de médecine, le Collège de France; la se sont formés depuis vingt ans les initiateurs des générations nouvelles, qui se sont partagé la science et l'enseignement. Aujourd'hui, voici deux des maîtres de la chimie disparus, deux des fleurons de la couronne nationale !
La seule consolation de ceux qui survivent, en attendant leur tour, c'est de pouvoir proclamer hautement la gloire de leurs émules et les services qu'ils ont rendus à la patrie et à l'humanité.