I. — MAITRES DE CONFÉRENCES
Les maîtres de conférences sont, comme l'an dernier, au nombre de onze, les mêmes pour la plupart.
Peut-être n'est-il pas déplacé de regretter cette permanence absolue des maîtres de conférences. En principe, la place de maftre de conférences devrait être transitoire, comme représentant une étape nécessaire entre la situation d'élève et celle de professeur dans renseignement supérieur. Un jeune
homme de mérite, dès qu'il aurait fait sus premières preuves par les travaux originaux qui conduisent au grade de docteur, pourrait devenir maître de conférences ; et, s'il donnait les garanties de travail et de capacité, il serait alors élevé au titre de professeur de Faculté. C'est précisément ce qui s'est passé jusqu'ici pour les maîtres de conférences de maihémaliques, et peut-être est-il regrettable que la même règle ne se soit pas établie pour les autres ordres.
La jeunesse du maiire de conférences répond mieux d'ailleurs à celle des élèves; elle trouve son contrepoids dans la maturité des professeurs titulaires, etelleestéminemmentpropre ^communiquer aux jeunes gens l'ardeur et l'élan, le feu sacré, comme on disait autrefois. Au contraire, l'homme qui vieillit dans une situation secondaire, quel qu'ait été son mérite à l'origine, perd de plus en plus ces premières qualités d'initiative et de spipathie.
Toutes les conférences d'ailleurs sont faites avec un très grand zèle, peut-être même avec trop de lèle, s'il est permis de le dire. Sous ce rapport, on pourrait se plaindre de la direaion un peu exclusive donnée aujourd'hui aux examens de la licence es sciences naturelles ÂlaFaculté des sciences de Paris. Les professeurs, entraînés par une ardeur
en principe, ne se sont-ils pas exposés à dépasser le le but ? Ils réclament des aspirants à la licence, — non seulement les connaissances générales, indispensables pour leur permettre soit d'enseigner dans les lycées, soit de pousser eux-mêmes la science plus avant, — mais les connaissances techniques, dont le détail indéfini relève plutôt des savants spéciaux. Il en résulte que la préparation de cette licence exige jusqu'à trois années, deux au moins, indépendamment des années consacrées à la licence es sciences physiques. Un si long stage ne fournit cependant aucune garantie exceptionnelle d'intelligence, ou d'aptitude à l'enseignement des sciences naturelles, ou de capacité pour les recherches scientifiques. Mais un tel état de choses écarte et rebute beaucoup déjeunes gens qui auraient formé d'excellents professeurs de lycée; il écarte également les licenciés es sciences physiques, qui auraient pu être tentés de donner à leurs études une direction mixte, mais qui ne sauraient y consacrer les quatre ou cinq années rendues obligatoires par le système actuellement suivi dans les examens de la licence es sciences naturelles. Nul ne reconnaît plus que moi la haute importance des sciences naturelles dans l'enseignement à tous les degrés, et je crois en avoir donné des preuves par l'insistance que j'ai mise récemment à faire
rendre i cel ordre de connaissances la part qui leur est due dans les programmes de l'enseignement secondaire. Mais il est toujours à craindre que les professeurs de chaque science particulière, pénétrés de l'importance de leur spécialité, n'en exagèrent le rôle dans les examens.
Si ces prétentions devenaient communes à tous les examinateurs, il en résulterait pour les élèves des difficultés excessives et Tobligation d'acquérir une multitude de connaissances détaillées, quoique peu utiles au fond pour la culture de l'esprit. Un tel état de choses va contre le but même que les examinateurs se sont proposé ; car il diminue le nombre des aspirants et contrarie les vocations.
Deux remèdes différents pourraient être apportés i un semblable excès. L'un d'eux consisterait à remanier les programmes, en les simplifiant, et à engager par des circulaires les professeurs à plus de modération. Mais il est à craindre qu'on ne se heurte ici i des habitudes prises, peut-être même à des préjugés absolus de spécialistes. L'autre remède consisterait dans le système des équivalences facultatives, système que j'ai déjà eu occasion de développer dans les commissions du Conseil supérieur de l'instruction publique. D'après ce système, l'examen consisterait en deux ordres d'épreuves : les unes générales et
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soigneusement restreintes; les autres portant sui une spécialité au choix du candidat, et où il pourrait faire la preuve de connaissances approfondies, sans que celles-ci dussent avoir un caractère encyclopédique. L'admission aux examens de licence des professeurs de renseignement supérieur du Muséum et du Collège de France, pourvus du litre de docteur es sciences, serait aussi une bonne mesure sous ce rapport.
Quoi qu*il en soit, le service des maîtres de conférences se résume ainsi :
Onze maîtres en titre, seize professeurs en réalité, y concourent. Ils donnent vingt-huit conférences pai semaine, tant pour les licences que pour les agrégations. Il y a, en outre, un certain nombre de manipulations et travaux pratiques pour la physique, la chimie et l'histoire naturelle.
Je rappellerai que les professeurs titulaires de la Faculté des sciences ont donné, de leur côté, vingtquatre leçons par semaine; ces dernières publiques «t ouvertes à tous, tandis que les conférences n'admettent que les élèves inscrits.
rxczLjt DES scie:<ces de paris.
C*e5l là la grande lacune et la grande infériorilé de noire organisation actuelle, et il est à craindre qu'il ne faille bien des années encore avant que la reconstruction de la nouvelle Sorbonne nous permette de meure l'enseignement au niveau réclamé par l'élat actuel des sciences, lequel est atteint d'ores et déjà en Allemagne et dans d'autres États de l'Europe. En attendant, on travaille dans les vieilles maisonsde lame Saint-Jacques, accommodées d'une façon telle quelle, et dans les nouveaux baraque* ments construits l'an dernier sur les terrains destinés à la construction définitive : baraquements qui devront disparaître d'ici quelques années. Dans lenr étal présent, ils constituent après tout une grande amélioration et ils ont permis de porter un remède, au moins provisoire, à nos misères. J'ai "nâté avec soin ces baraquements; ils offrent l'avanta^ d'être bien éclairés, bien aérés, et denepas être élonfiës dans ces constructions massives, où les architectes ont trop souvent entassé les pierres de taille comme s'il s'agissait d'^ever des Torteresses. Gardoos-nous surtout de ravir aux laboratoires et aux salles de collections l'air et la lumière. Évitons, pai
exemple, ces vasles portiques, destinés en apparence à la circulation des élèves, qui ne devraient jamais avoir le loisir d'y séjourner et d'y perdre leur temps; portiques derrière lesquels on rejetait au- Irefois, au grand détriment de ces mêmes élèves, les objets et les instruments de l'enseignement lui-même, c'est-à-dire le but définitif et réel de leur circulation et de leur présence dans les établissements. Espérons que ces désastreuses pratiques, plus funestes que partout ailleurs dans une ville comme Paris, où l'espace est si étroitement mesuré, seront évitées dans la nouvelle Sorbonne.
Les baraquements destinés aux sciences sont compris entre la rue Saint-Jacques, la rue des Écoles et la rue de la Sorbonne. Ils comprennent quatre parties principales, savoir :
V Salles de mathématiques. Une grande salle d'études, a ec tables, chaises, bibliothèque de livres courants, pouvant contenir quarante-six élèves; salle d'attente du professeur et petite salle d'entrée.
2" Salle de géologie. Salle d'études et de collection très bien organisée. Soixante-cinq élèves distribués en trois séries viennent y travailler à tour de rôle. M. Velain, qui dirige ces exercices de conférences, a pris le soin de faire autographier, ou plutôt, d'autographier lui-même, avec le concours
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d'an garçon de laboratoire, ses conférences : excellent usage, pourvu qu'il ne dégénère pas en rédactions systématiques qui absorberaient tout le temps de M. Yelain, l'un de nos savants les plus distingués. Il a son cabinet de travail personnel à côté, ce qui est très proGtable pour les élèves.
L'amphithéâtre lui est commun avec les mathématiciens, et avec M. Chatin.
3"* Salle de botanique^ avec tables, chaises, etc.; elle n'entrera en activité qu'à partir du 16 mars. Elle est bien éclairée et bien disposée pour les travaux microscopiques. Le cabinet du professeur est à côté.
4* Salle de chimie. Amphithéâtre pour une centaine d'élèves, avec très petit laboratoire annexe et cabinet. M. Joly y donne des conférences de licence et d'agrégation, avec un soin exemplaire.
En dehors et à côté, se trouve un laboratoire de travaux pratiques, construit pour les élèves qui travaillent sous la direction de H. Riban. J'y ai vu de nombreux élèves, parmi lesquels quelques jeanes gens d'un véritable avenir scientifique.
M. Troost, professeur, s'est installé récemment dans une salle basse, donnant rue Saint-Jacques.
M. Debray, professeur, n'a qu'un misérableet vieux cabinet pour la préparation de son cours. Mais on
promet de lui construire un laboratoire sur terrains vacants (toujours un baraquement), et la même promesse est faite à M. Friedel, professeur de minéralogie.
Ces savants professeurs, connus dans l'Europe entière, auront alors, sinon des laboratoires dignes d'eux, du moins des asiles pour poursuivre leurs recherches, préparer leurs cours et former des élèves, enattendant lejourlointaiti des constructions définitives, destinées à eux ou à leurs successeurs.