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CHAPITRE VII

Les intermédiaires entre l’homme et Dieu.

Les intermédiaires du paganisme, — du mosaïisme, — du catholicisme, — du protestantisme. — Que la conception de leur existence et de leur rôle doit se modifier en raison du progrès de nos connaissances. — Qu'elle n’a rien d’inacceptable, :

Toutes les religions sont fondées sur les rapports de la Divinité avec l’homme. Mais ces rapports sont-ils directs? Entre l’homme et l’Étre qui l’a créé et qui le gouverne, n’y a-t-il point d’intermédiaires ? Dieu est-il seul en présence de l’homme? N'’existe-t-il pas au-dessous de ce souverain de l'univers une hiérarchie d'êtres plus rapprochés de sa nature que de celle de l’homme, chargés de transmettre ou d'exécuter ses commandements, comme dans les gouvernements terrestres? Cette hiérarchie in-

termédiaire apparaît dans la généralité des religions, mais avec des caractères et des rôles différents. Dans le paganisme, le monde divin se compose d’une multitude de Dieux, de demi-Dieux et de génies des champs, des forêts, des eaux, du foyer domestique, ayant chacun ses attributions, et auxquels l’homme s'adresse pour les choses qui sont de leur ressort, mais qui possèdent, dans ce ressort, une certaine indépendance.

C’est, comme nous l’avons remarqué plus haut, une république divine constituée sur le modèle des oligarchies gouvernantes des petits États de la Grèce. Toute autre est la constitution du monde divin du Mosaïsme et du Christianisme.

C’est la constitution d’une monarchie patriarcale. Le Seigneur de la Bible, Jéhovah, possède à son service, d’abord la milice guerrière d’archanges et d’anges au sein de laquelle s’est produite la révolte, rigoureusement réprimée, des mauvais anges, ensuite des chœurs de séraphins, occupés à célébrer sa gloire et à chanter ses louanges, enfin, parmi les hommes, des ‘prophètes, tels que Moïse, Isaïe, Ezéchiel, qu'il charge d'imposer ses lois ou de communiquer sa pensée à son peuple. Ce personnel du gouvernement céleste, le christianisme l’a emprunté au mosaisme, en y ajoutant toutefois d'autres élé-

ments, et en attribuant à ces nouveaux intermédiaires un caractère et un rôle charitables qui n’appartiennent pas à Ceux du Vieux Testament. Ils se chargent d'eux-mêmes de transmettre au Seigneur les vœux et les demandes des hommes, et de les appuyer quand ils les jugent dignes d’être écoutés et exaucés. Tel est le rôle de la Vierge- Mère et de la légion nombreuse des saints et des saintes. Ce personnel d’intermédiaires, le protestantisme l’a éliminé, du moins pour la grande partie. C’est au Seigneur lui-même que les fidèles des différentes sectes protestantes adressent leurs hommages et leurs prières. Toutefois, la plus progressive de ces sectes, modifiant le concept originaire du protestantisme, considère le Christ comme un délégué de la puissance divine au gouvernement de notre monde, et non comme cette puissance même. Ce serait donc un intermédiaire, mais le seul ! entre Dieu et l’homme.

Ces conceptions d’un monde d’êtres supérieurs à l’homme mais inférieurs à Dieu portent l’empreinte visible des lieux, des époques et des circonstances dans lesquelles elles ont pris naissance; elles se sont modifiées et devront se modifier encore pour s’accorder avec l’état progressif de nos connaissances. Nous savons déjà,

LE PROGRÈS RELIGIEUX 1al

— et c'est un point essentiel du désaccord qui existe entre la tradition religieuse et la science — que notre globe terrestre n’est pas unique; que l'univers est peuplé d’une multitude de mondes; que ces mondes, plus nombreux peutêtre que les sables de la mer, naissent et périssent. D'où il suit que la puissance et l’intelligence divines sont constamment à l’œuvre dans les différentes régions de l’univers, tandis que la tradition religieuse nous les représente comme exclusivement occupées à régir notre monde après l’avoir créé. Mais — étant données la nature et les limites de notre intelligence — pouvons-nous concevoir qu’un seul et même tre divin accomplisse dans le même moment l’œuvre multiple de la création et du gouvernement des mondes? En revanche, ce que nous pouvons comprendre, c’est que chaque système soit régi par une émanation particulière et distincte de la substance divine, répandue comme la matière elle-même dans l’univers sans limites. Cette conception est, à la bien considérer, celle de Channing et des Unitairiens, avec cette différence qu’elle s'accorde avec les données actuelles des sciences physiques tout en respectant le dogme chrétien de l’unité de la substance divine *,

1 Appendice, note F.

Mais, quel que soit le concept de l'Etre divin, de la création et du gouvernement de notre monde, l'existence et le rôle des intermédiaires entre Dieu et l’homme, tels que le sentiment religieux a porté l'intelligence humaine à les concevoir, ne sont point en opposition avec l’état présent de nos connaissances. On peut les admettre comme le catholicisme, ou les rejeter comme le protestantisme. C’est une affaire de sentiment, et, s’il faut tout dire, un ciel peuplé d'êtres qui remplissent de degré en degré la distance entre l’homme et Dieu, semble plus acceptable à notre intelligence qu’un espace vide que la science, en agrandissant l’univers, a agrandi dans la même mesure.

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