CHAPITRE IT
Les lois naturelles qui gouvernent l'existence des espèces végétales et animales. :
Comment se conserve la vitalité des espèces. — L'action de la loi de l’économie des forces. -- Celle de la concurrence vitale. — Que ces deux lois combinées agissent pour maintenir un équilibre utile entre la population de chaque espèce et sa subsistance, tout en procurant la survivance aux individus les plus capables d’assurer sa conservation.
Dans toutes les espèces végétales et animales, depuis le brin de mousse jusqu’à l’homme, la vie ne s’entretient et ne se conserve que par la consommation de matériaux appropriés à leur nature. Les végétaux se nourrissent de matières inorganiques, solides, liquides, gazeuses ; à leur tour ils servent de nourriture au plus grand nombre des espèces animales, et celles-ci alimentent d’autres espèces. Mais cette subsistance indispensable à la conservation des forces vitales ne s'obtient qu’en échange d’un effort, autrement
dit de la quantité de travail nécessaire pour s’en emparer. Cette quantité de travail est plus ou moins grande, mais, quelle qu’elle soit, elle consiste dans une dépense préalable des forces vitales qu’il s’agit d'alimenter, et cette dépense suscite une sensation de peine, tandis que l’assimilation des matériaux réparateurs de la vitalité provoque une sensation de plaisir. De là, les lois de l’économie des forces et dé la concurrence vitale qui régissent l’existence de tous les êtres. Les uns inconsciemment, les autres con sciemment, s'appliquent à dépenser la moindre somme de forces pour obtenir la plus grande somme de matériaux de vitalité ; les végétaux dirigent leurs racines vers les gisements les plus abondants de matières minérales assimilables, leurs tiges, leurs branches ou leurs ramilles vers les sources de chaleur et de lumière, de même que les animaux herbivores recherchent les pâturages les plus abondants, et que les animaux carnassiers emploient les procédés les plus efficaces pour s’emparer de leur gibier, en économisant leur travail et leur peine. Ceux qui obtiennent ainsi la plus grande somme de matériaux de réparation en échange de la moindre dépense, acquièrent et accumulent la plus grande somme de forces. Ils deviennent les plus forts.
L'UTILITÉ DES RELIGIONS pi
Tandis que la terre nourrit les espèces vègétales, celles-ci alimentent les espèces animales, et Les espèces animales inférieures alimentent les espèces supérieures. Les lois de l’économie des forces et de la concurrence vitale agissent à la fois pour maintenir l'équilibre entre la population de chacune et sa subsistance, et pour attribuer aux plus forts le soin de la conserver. Chaque espèce emploie à sa reproduction l’excédent de matériaux que lui laisse l’entretien de sa vitalité, et cet excédent est tel, au moins dans les espèces inférieures auxquelles l’acquisition de leur subsistance qu'elles trouvent sur place, à leur portée immédiate, ne coûte qu’une faible dépense, cet excédent est tel, disons-nous, qu’il dépasserait promptement le nombre que la terre ou les espèces propre à leur alimentation seraient capables de nourrir, et les limites mêmes de l'emplacement qui leur serait nécessaire. C’est la concurrence vitale qui maintient l'équilibre ou le rétablit quand il vient à être rompu. Elle le maintient ou le rétablit parmi les espèces végétales et animales, au moyen de deux procédés, savoir : la concurrence entre les individus de l’espèce alimentaire, et la concurrence entre les individus de l’espèce alimentée,
Les végétaux qui puisent leur nourriture dans
les matières et les fluides inorganiques du solet de l'atmosphère, forment la base de ce qu’on pourrait appeler l'édifice de la vitalité. Chaque espèce ou groupe d'espèces végétales, alimente une ou plusieurs espèces animales. De là, la double concurrence que nous venons de signaler : concurrence entre les individualités végétales pour trouver leur subsistance aux dépens du sol, concurrence entre les individualités animales pour trouver la leur aux dépens des végétaux. Dans cette double lutte, les plus forts l’emportent et survivent. Les individualités végétales les plus fortes s'emparent de la subsistance inorganique, au détriment des plus faibles, les individualités animales les plus fortes s'emparent de la subsistance végétale. Mais si les animaux à alimenter se multiplient au point d'entamer le croit nécessaire au maintien de la végétation, celle-ci devient moins abondante, elle ne fournit plus qu’une moindre quantité de subsistance à l’espèce qu’elle est chargée de nourrir. Alors, celle-ci diminue à son tour, décimée par la famine, les individus les plus faibles périssent, et l'effet naturel de cette réduction du nombre des bouches à nourrir est de permettre à la vègétation de reprendre son essor. L'équilibre se maintient ainsi, ou est sans cesse rétabli entre la
population animale et ia population végétale, à laquelle est commise la charge de sa subsistance. ;
La même loi maintient l'équilibre entre les espèces animales supérieures et les inférieures. Si l’espèce supérieure se multiplie avec excès, elle détruit une portion du contingent nécessaire de l’espèce qui la nourrit; la subsistance dont elle pouvait disposer venant à diminuer, les individus les plus faibles ne réussissent point à s’emparer d’un gibier devenu plus rare, ils périssent, et la diminution de l’espèce alimentée permet à la multiplication de l’espèce alimentaire de reprendre son essor.
C’est ainsi, par l’opération des lois naturelles de l’économie des forces et de la concurrence vitale, qu’il est pourvu à la conservation utile des espèces végétales etanimales, que leur reproduction est sauvegardée et leur dégénérescence empêchée.
Les mêmes lois régissent l'existence de l'espèce humaine, mais avec des différences d'application qui tiennent à d’autresdifférences entre la nature et la destination de l’espèce humaine et celles des espèces inférieures.