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La civilisation n'en a pas moins exercé sur la

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criminalité une influence bienfaisante. D'abord, elle Ta localisée en la reléguant dans certains groupes sociaux et, notamment, dans les bas-fonds de la société; répandue jadis dans tout l'organisme social, elle est resserrée aujourd'hui et cantonnée dans les classes criminelles.

Ensuite, elle l'a atténuée par le progrès des arts, des sciences, de l'industrie, offrant des débouchés nouveaux, multipliant les occasions d'activité honnête et accroissant le rôle de l'intelligence au détriment de la force.

Mais, dans ce rythme lent qui marque l'amélioration des instincts de l'homme, il y a des vibrations multiples, c'est-à-dire des périodes de troubles et d'agitations, succédant à des périodes de sécurité et de calme. L'époque Mérovingienne, la guerre de Cent ans, les guerres do religion, la Renaissance italienne, la Révolution de 89 sont, notamment, des dates de recrudescence de criminalité. La fin du xix® siècle se signale aussi par cette recrudescence, et, si trois siècles de police, de gendarmes, de discipline et d'efforts ont amorti en nous la fougue des passions natives, les causes économiques et sociales ont rendu une grande importance aux classes criminelles.

45. L'accroissement de la criminalité à notre époque est dû en premier lieu à Ténorme développement des villes dépeuplant les campagnes et attirant les énergies pour le mal comme pour le bien. La population urbaine a débordé ; la place a manqué et il s'est formé un prolétariat livré à toutes les fluctuations économiques et fournissant au vagabondage et à la criminalité un terrain propice.

46. Il faut noter en second lieu les appétits énormes éveillés dans la société actuelle ; la sensualité excitée par

le développement des richesses; l'avidité, le goût et la facilité des spéculations ; le contraste entre le luxe et la pauvreté ; les nécessités inéluctables du sbniggle for life en face de la concentration des capitaux.

Les législations ont sacrifié les campagnes et l'agriculture aux villes et à l'industrie; dans les villes, elles ont négligé l'enfance et l'apprentissage; elles ont abandonné le jeune ouvrier aux excitations de la rue et de l'atelier, à la promiscuité des taudis; ainsi se sont accrus les instincts criminels et s'est formé ce que M. G. Le Bon (1) appelle un « déchet inutilisable ^. C'est là le ferment le plus actif de la criminalité.

47. Ces constatations ont leur contre-coup sur les conditions de la répression. La criminalité ayant des causes sociales, on doit la combattre par des moyens sociaux et à cet égard les mesures préventives ont plus de portée que le.s mesures répressives, au même titre que l'hygiène préventive l'emporte sur le remède.

48. L'hygiène préventive dans le domaine de la criminalité comprend des moyens nombreux au premier rang desquels on peut citer :

Une politique économique fournissant le pain à bon marché et une législation sur les habitations ouvrières procurant au prolétaire à un prix modique, avec l'air, la lumière, l'eau potable, un intérieur qui ne lui fait regretter ni le cabaret ni la cellule confortable de la prison; des imions professionnelles conservant à l'ouvrier moderne ce qu'il y avait de bon dans la vie corporative d'autrefois, c'est-à-dire le contrôle mutuel et l'assistance mutuelle ; une organisation de la bienfaisance publique

(1) G. Le Bon, Psychologie du socialisme, Paris, 1898, p. 414.

garantissant le secours aux vrais indigents et non aux paresseux rebelles au travail; une législation sur les assurances ouvrières contre la maladie, l'accident, la vieillesse; le combat contre l'alcoolisme, cette intarissable source de criminalité; la protection, l'éducation physique et morale de l'enfance abandonnée et une instruction populaire surtout professionnelle, et variant suivant quelle s'adresse aux campagnes ou aux centres industriels; la lutte contre la presse licencieuse qui empoisonne l'âme populaire; des efforts constants pour empocher les \dlles d'attirer toutes les énergies d'un pays, pour repeupler les campagnes abandonnées et rendre la vigueur à la petite industrie. La distribution de la force motrice électrique à domicile, telle qu'elle existe à Genève, parait de nature à transformer les conditions de la vie industrielle.

49. A côté de la prévention, la répression apparaît comme un mal nécessaire, comme un expédient auquel il faut recourir en dernier ressort. Un système pénal quelconque est surtout un frein pour les hésitants, un moyen de mettre à l'écart les dangereux, il est rarement un moyeu de régénération pour les malfaiteurs.

50. Quoi qu'il en soit, la justice pénale, même dans ce rôle accessoire, a son utilité et son efficacité à condition de s'inspirer des réalités concrètes qui l'entourent. Pour exercer sa mission d'une façon salutaire, le juge n'a pas uniquement à constater la réunion des éléments de la définition théorique du délit, mais aussi à apprécier la nature plus ou moins antisociale du délinquant et le degré d'intensité du mobile antisocial qui le pousse comme les conditions du milieu où il vit

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