‹ Science pénale et droit positifChapitre 83 sur 165 · Le malheureux, né dans un milieu délétère, est · texte numérisé non relu

Le malheureux, né dans un milieu délétère, est

peu fait pour résister aux influences malsaines ; le privilégié, entouré dès son berceau de tous les bienfaits de réducation morale, est protégé contre la chute. Toutefois, le premier est capable de vivre en héros, le second en malfaiteur, et lexpérience démontre que parfois il en est ainsi.

Dans le court trajet de la prison à la guillotine, plusieurs condamnés à mort, marchant à Téchafaud , entourés de gardiens et les mains liées, n'auront pas tous la même attitude.

Us donneront, selon leur individualité, des preuves de fermeté, d'insolence, d'esprit rebelle ou de lâcheté, de désespoir, d'inertie. Alors même qu'extérieurement l'ampUtude des oscillations de la volonté semble réduite à rien, ces oscillations subsistent, révélatrices d'une liberté interne indiscutable.

*ît. Il y a des cas d'abolition complète de la personnaUté dont nous parlerons plus loin (voy. n"**** 393 et siiiv.) et qui rentrent dans la catégorie des maladies wientales. Sauf ces cas, la liberté existe, mais elle est relative ; elle a ses degrés ; elle s'accroît ou diminue sui- ^^t les conditions plus ou moins normales de l'orga- ^^niQ individuel et du milieu social.

Tous nos efforts doivent tendre assurément à l'aug- "^^nter. Mais nous sommes forcés de reconnaître que la liWté absolue est du domaine du monde idéal que ^^t appelle «* le monde intelligible et de la loi morale >» , tandis que dans le monde où nous vivons, la liberté est relative, et, par conséquent, la responsabilité n'est aussi 4^'une notion relative.

*î*. La grande erreur de 1 école pénale classique du ^ébut du siècle, c'est d'avoir donné comme base unique

à la législation pénale, le principe de la liberté et de la responsabilité absolues et de n'avoir connu que le type de l'homme absolument normal ou parfait et absolument responsable, d'une part, et le type de Thomme absolument anormal et absolument irresponsable, d'autre part; le premier appartenant exclusivement à la répression, le second exclusivement à la médecine mentale.

Or, le droit de punir est une science contingente et relative ; la peine est un moyen relatif de tenir en respect la volonté rebelle aux lois. Le législateur pénal doit avoir en vue non pas l'homme idéalement parfait que nous essayons en vain de concevoir même dans nos rêves, mais l'homme imparfait tel qu'il se rencontre dans la vie réelle.

Les imperfections humaines se meuvent entre deux limites extrêmes; d'une part, il y a un point où elles sont assez réduites pour que l'homme soit considéré comme doué du degré de perfection dont il est susceptil)le ; d'autre part, il y a un point où elles sont assez accentuées pour que l'homme soit considéré comme se trauvant absolument en dehors des règles ordiutiires de la vie ou comme aliéné.

Mais entre ces deux termes il y a une large zone intermédiaire avec des nuances et des gradations infinies et qui comprend la moyenne des êtres humains.

Quand l'homme devient délinquant, le rôle de la justice répressive consiste à envisager les caractères de son imperfection ou de son anormalité et à choisir le frein à y opposer, c'est-à-dire à appliquer une mesure de défense sociale en rapport avec la nature de l'agent. Le code pénal, qui ne connaît que la peine et l'acquittement, est beaucoup trop simpliste pour la solution d'un problème aussi complexe.

§ 3. Conclusions de la science pénale contemporaine.

Partant de ces données, la science pénale contemporaine proclame les principes suivants :

*Î8. Ni au moral, ni au physique, il n'existe d'homme absolument normal. L'homme parfait est une pure création de l'esprit; la volonté, se déterminant elle-même en toute liberté, est une conception abstraite de la raison.

L'homme normal, tel qu'il nous est permis de le connaître, est un homme doué d'une activité psychique plus ou moins régulière et se conduisant d'après des motifs d'action plus ou moins normaux.

L'exercice du droit de punir suppose un homme nor- Dial ainsi défini et envisagé dans l'ensemble de son orgalïisme mental et pliysique. Il est impossil)le de détacher 'a volonté de cet ensemble constituant l'individualité et de l'étudier isolément ; il faut la prendre dans le terrain où elle a germé, il faut la rattacher aux prédispositions, ^u caractère, au tempérament, à la nature de l'agent et ûinsi Ton sera à même de mesurer l'intensité de la réaction pénale à l'intensité du danger que présente le délinquant.

*Î4. Entre le domaine de la normalité approxima- ^ve qui appartient sans contestation au droit pénal et le domaine de l'anormalité complète qui appartient sans contestation à la médecine mentale, il y a la zone interinédiaire des anormaux dont la situation est douteuse et incertaine, dont l'état psychique est défectueux, dont la personnalité est incomplète et qui, par des étapes innombrables, passent de ce que le code pénal actuel appelle la responsabilité k ce qu'il appelle Tirresponsabilité.

im LIVRE m, CHAP. IV

Aussi Ton voit juristes comme médecins hésiter et discuter.

275. Nous aurons à examiner (voy. n*'* 392 et suiv.) la façon de classer les délinquants à ce point de vue et les mesures à prendre à leur égard (voy. n*** 741 et suivants).

Disons seulement ici : P que pour ceux qui se rapprochent, d'une part, du type de l'être normal, et, d'autre ^ part, du type de l'aliéné, il y aura toujours un peu d'arbitraire dans la chxssification et que cet arbitraire esM inévitable; 2** que pour ceux qui constituent le noyar de la zone intermédiaire, les dégénérés, les défectueux les déséquilibrés, les neurasthéniques, les individur atteints de faiblesse morale en vertu de tares congénLî tiJes ou acquises, il apparaît avec évidence que le prc blème de la responsabilité ne peut pas être posé et quc^ si on le posait, on ne parviendrait pas à le résoudre.

SJ76. S'il fallait en effet pour chacun de ces anon« maux doser la quantité de responsabilité qui entre darrr leurs actes et attribuer à ces actes une dose proportioi ^ nelle de peine, on aboutirait à établir une diminutioi^ considérable de responsabilité et une réduction consid^ rable de la pénalité. Or, rien ne serait plus contraire a^ maintien de la sécurité que de rendre rapidement la liberté des êtres inaptes à la vie sociale et qu*** faut en tenir éloignés dans leur intérêt comme dai l'intérêt public.

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