LIVRE II
»ENCE DU DESPOTISME PAR SUITE DE LA. NAISSANCE ET I)EV£LÛPPKMEI«TS DE LA PRESSE, RENDANT l'exAMEN OMPRE88IRLE.
<• Le moment est venu où aucune vérité ne peut plus élre dérobée aux regards humains ; et réprimer ou contraindre la liberté de la presse, cVst un vain projet. »
BARaiaB de Vif.uzaCi Assemblée uatioiialef 24aoàt 1789.
— «c L'imprimerie a changé le sort de TEuropc, ■elle changera la face du monde (1). »
SlEYÈS.
« La nation des poètes n'est point capable ,
pour l'ordinaire, de distinguer le bon du mau-
yais Mettons, par conséquent, cette loi au
norbre des lois qui astreint le poëte à ne
point s'écarter, dans ses vers, de ce qu'on tient dans l'État pour légitime, juste, beau et honnête ; qui loi défend de montrer ses ouvrages à aucun particulier^ qu'auparavant ils n'aient été vus et approuvés des gardiens des lois et des censeurs établis pour les examiner. Ces censeurs sont ceux à qui nous avons confié le soin de régler ce qui appartient à la musique (2), et celui qui préside k Téducation de la jeunesse. »
Platoic, Loitj liv. VIL
Toyes ce, passage de Sieyës au liv. I, chap. xi, S 3* L'instruction en général.
iOO SCIENCE SOCIALE.
— «A l'égard des dieax, ils (les sages qui exaininent) prétendent qn'ils n^existent point par nature, mais par art {\), en verta de certaines lois; qu^ils sont différenis cliez les difîérents peuples, selon que chaque peuple s'est entendu avec luimême en les établissant; que Thonnéte est autre suivfint la nature et autre suifant la loi; que pour ce qui est du juste , rien absolument n'est tel par nature; mais que les bommasi toujours partagii de sentiments à cet égard, font sans cesse de nouvelles dispositions par rapport aux mêmes ob* Jets; que ces dispositions sont la mesure du Juste pour autant de iempi qu^tUu dttrwtt, tirant leur origine de Tart et des lois, et nnllement de k nature.
M Telles sont, mes chers amis, les maximes que vos SAOES débitent à la jeunesse, tant les particu> liers que les poêles, soutenant que rien n*est plus juste que ce qiron vient d'emporter par la force. De là l'impiété qui se glisse peu a peu dans le cœur des jeunes gens, lorsquMs viennent à se persuader qu'il n'existe point de dieux tels que la loi prescrit d'en reconnaître; de la les sédittons, chacun tendant de son côté vers Vétat de vie coh* FORME A LA HATURE, Icçuel constste dans le vrcà
A SE KFINDRE SUrP.RIEUR AUX AUTRES PAR r.A FORCE, ET A SECOUER TOUTE SUBORBUTATIOH ETA' BLIK PAR LES LOIS (2). »
Platoit, Lois, 1. X.
— « Jamais les grands maux politiques , Jamais surtout lies attaques violentes portées contre le corps de l'État, ne peuvent être prévenus ou re* poussés que par des moyens pareillement violents. Ceci est au rang des axiomes politiques les plui incontestables. Dans tous les dangers imaginables,
(1) On voit : que, le si Dieu n'existait pas il faudrait l'inventer, remonte au moins à Platon. Il est évident qu'il remonte à l'origine sociale.
(2) Qoe diront, les partisans de la philosophie du dix-huitième siècle, d î la définition, de l'état de nature, donnée par Platon ; et, des résultats auxquels il conduit nécessairement ? C'est, d'après ces résultats, inévita* Lies quand l'examen n'est point comprimé ; que, Platon : déclare toute société, impossible avec la liberté de publier sa pensée ; et, qu'il établit : l'absolue nécessité d'une inquisition, ainsi que nous l'avons dit au chap. XI, g 2, B.
tout se réduit à la formule romaiue : Vidcant con,'^ suies, ne 'resptibUca delrimeutum copiât. Quant aux moyens, le meilleur [tout crime excepté (1)] est celui qui réussit. »
Comte de Maistre, lettre X""^ Sur V inquisition.
— « Si la loi espagnole , écrite pour tout le monde, porte la peine de Tcxil, de la prison, de la mort même, contre l'ennemi déclaré et public d'un dogme espagnol, personne ne doit plaindre le coupable qui aura mérité ces peines, et lui-même D*a pas le droit de se plaindre, car il y avait pour lui un moyen bien simple de les éviter, celui de se
taire A Tégard des Juifs en particulier
ils savaient à quoi ils s'exposaient s'ils osaient entreprendre de séduire un chrétien. Nul n*a droit de se plaindre de la loi qui est faite pour tons (2). »
Dk Maistri, ibid., lettre 2*.
— « Je crois cependant devoir ajouter que l'hérésiarque, Thérétique obstiné, et le propagateur de rbérésie, doivent être rangés incontestablement au rang des plus grands criminels (3). »
De Maistrs, ibid,
— « Dieu a parlé : c'est à nous de croire. La religion qu'il a établie est une, précisément comme lui. La vérité (4) étant intolérante de sa nature (ô), profejsser la tolérance religieuse c'est professer le
11 est évident : qu'ici, le seul crime est de ne pas réussir. Le comte de Maistre, en écrivant ce passage, ne réfléchissait peut- MIS : qu'il justiflait toutes les persécutions, faites sur les chrétiens itiis. Toute loi est-elle juste? voilà la question. Si, de Maistre dit s'est, la soumission au despotisme le plus brutal; s'il dit non, le anarchiste : jusqu'à la destruction de l'humanité; ou, jusqu'à ce ait fait distinguer, par tous et par chacun : ce qui est juste, de ce st injuste.
Voilà, l'infaillibilité du pape rendue nécessaire, sous peine d'anar- Et, tout ce que dit de Maistre, est Incontestablement vrai en pra- . 11 D'y a qu'une difficulté ; c'est : que, cette pratique n'est plus !fle.
C'est-à-dire : ce que la société, donne comme vérité; et, qu'elle ervir de base : à l'existence de Tordre.
Cela est vrai. Mais, il y a deux espèces de vérités : Tune hypothé- , l'autre démontrée. La première, a besoin de la force pour soue; la seconde, n'a besoin (;uedo sa démonstration. Jamais, lebourn'a dû être employé, pour faire accepter : que, trois ne sont pas lais, le contraire a eu lieu.
Chute eu deipotîtme, contîdéré dant son ensemble et abstraetîotf^ faîte de tout orîtérSuin propre à juger : de son état plus ou moin:^^ avancé de décadence.
«* Nous ne nous devons jamais laisser persuade^' qu'à l'évidence de notre raison. Et il est à remar— ^ quer qne je dis de notre raison et non point de no—' tre imagination ni de nos sens (1). »
DascARTES, Discours sur ia méthode, t. I des Œuvres y p. 166.
(1) Du moment qu'il a été possible : d'imprimer de pareilles maximes, sans être brûlé ; le despotisme est devenu incapable de servir de base à Tordre social ; et, la vérité est devenue nécessaire. Dès son apparition, la philosophie de Descartes fut jugée, et bien jugée, au point de vae despotique : par ceux, qui avaient des yeux pour voir; cl, des oreilles pour entendre. En voici les preuves :
^Le principe du jugement privé ou do la souveraineté de la raison individuelle passa d'abord do la religion dans la philosophie, où il excita moins d'alarmes, parce qu'il y eut peu d'esprits assez clairvoyants pour en prévoir les conséqucnr^'s, et qu'il y a toujours dans le cœur humain une secrète révolte contre l'autorité. M. Laurentie prouve très-clairement que le système de Descartes n'est que la théorie philosophique du protestantisme. Les jésuites s'en aperçurent et combattirent ce système nouveau. Fénelon y opposai^ la doctrine de saint • Augustin ; le docte Huet le réfuta plus fortement encore ; et Bossuet, qui l'avait vu naître, en déplorait déjà les funestes effets. — « Je vois, disait-il, un grand combat se préparer contre l'Église, sous le nom de philosophie cartésienne.,. Un inconvénient terrible gagne sensiblement tous les esprits ; car sous prétexte qu'il ne faut admettre que ce qu'on entend clairement, ce qui, réduit, à de certaines bornes, est très-véritable, chacun se donne la liberté de dire : J'entends ceci et je n'entends pas cela, et sur ce seul fondement on approuve et on rejette tout ce qu'on veut : sans songer qu'outre nos idées claires et distinctes, il y en a de confuses et de généreuses qui ne laissent pas d'enfermer des vérités si essentielles, qu'on renverseroit tout en les niant. Il s'introduit, sous ce prétexte, une liberté déjuger qui fait que, sans égard à la tradition, on avance témérairement tout ce qu'on pense. » La philosophie du dixhuitième siècle n'est qu'une vaste et rigoureuse application du principe
— « Epuiser les coxséqdf.nces du RÉtiiMs