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EXPOSITION SOMMAIRE DE LA DECADENCE DU DESPOTISME

t< Donc, société actuelle, tu nVs rîen dans ton sein . . . que ravenir, sans doute. Tu n^as ni Dien, ni droit, ni loi. Plus je te contemple, plus je tois que tu es folle et insensée. Tu crois au hasard, rt ta ne crois pas à autre chose. Tu ne tenx plus du passé, et tu t'efiorces d'échapper à Tavenir qui t*invite et t*appellc. Tu es dans cet état semblahlc à la mort qui précède et prépare la vie. Ta vis mé* caniquemeut, comme un automate, ou comme ou homme endormi. Tu ressembles à la chrysalide, où le ver s'est enfermé pour renaître un joor avec des ailes, et qui, en attendant la métamorphose, n*est ni chenille , ni papillon , mais un être informe où les deux vies dont elle est le centre s'y disputent pour ainsi dire et entrent en conflit. Les chimistes ont un axiome : Corpora non agunt msi sùiutOf la dissolution précède nécesscurement la forma» tion d'un nouveau corps. Tu es cette dissolution, cette dissolutiou nécessaire entre une société véri« table et une autre société véritable (1). Mais combien il est douloureux de te contempler, ô disso^ lotion! »

M. PiBERB Leroux, Ditcours aux philosophetf p. 131.

(1) Quelle erreur, basée sur rindétermination du mol véritable! Une société basée sur le mensonge ne peut être qu'une société ilhisoire. II n*y |i de société réelle, de société où chacun sait que l'ordre social est basé sur la vérité ; que, lorsque la vérité est découverte , généralement connue et généralement acceptée. Or, la vérité est une ; ou, il n'y a pas de vérité. Donc, il ne peut exister deux sociétés véritables : mais bien, une d'ignorance, de despotisme ; l'autre de science, de liberté. La dissolution, ou Tanarchie, est entre les deux.

— Lorsque, nous avons entrepris : rcxamcn des moyens que le despotisme emploie, empiriquement, pour s'établir et se maintenir au pouvoir ; nous avons prévenu : que, ce n'était point sciemment^ et, dans le but d'exploiter les masses ; que, les moyens despotiques avaient été inventés. Nous disons maintenant : que, la destruction de ces mêmes moyens, n'est point préméditée ; et, faite dans le but d'affranchir les majorités; mais, que la chute du despotisme, est inhérente aux développements de l'intelligence; développements, qui, nécessairement, caractérisent la marche des sociétés ; comme l'établissement du despotisme, est lui-même inhérent à l'état d'ignorance; qui, nécessairement aussi, caractérise la naissance et les premières phases de toute société. Cette analogie est remarquable. Nous allons trouver un contraste; qui, ne l'est pas moins .

En commençant l'histoire de l'établissement du despotisme, nous avons aussi prévenu : que, l'essence de chacun des moyens despotiques ; était : de tendre à diviser et à subdiviser l'humanité. Et, nous avons vu, en effet ; que, tous ces moyens convergeaient : vers ce but, nécessaire à l'existence de l'exploitation sociale, par les plus petites minorités possibles. Avant, de commencer l'examen, de la manière dont, après la naissance de la presse, ces mêmes moyens despotiques s'usent peu à peu; nous prévenons également : qu'à mesure, que l'activité de chacun d'eux vient à disparaître ; les fractions de l'humanité tendent : à se réunir; à former unité.

Après avoir ainsi, sous deux points de vue généraux, présenté une analogie et un contraste; commençons par tracer, rapidement, un exposé sommaire de la décadence du despotisme ; nous en examinerons ensuite, avec plus de facilité, les différents points de vue spéciaux.

Lorsque, dans le commencement des sociétés, le despotisme est nécessaire à Texistence de Tordre; c'est, essentiellement, sur la foi qu'il s'appuie. La foi, au commencement des sociétés, est donc : la base absolument nécessaire de tout ordre social.

Lorsque ensuite, par les développements de Thumanité, la presse est devenue indestructible; lorsque, des connaissances sont acquises , qu'elles commencent à se répandre, et que néanmoins il n'y en a pas encore assez, pour établir l'ordre : sur la coordination des développements de l'intelligence ; sur une conclusion rationnellement incontestable; il résulte, nécessairement aussi : que, peu à peu, les croyances aveugles s'évanouissent; que, peu à peu, l'anarchie s'établit; et, que cet état anarchique doit durer : jusqu'à ce que, les connaissances acquises soiouisuffîsantes .pour être coordonnées , à la direction rationnellement incontestable des actions : tant individuelles que sociales.

C'est, en effet, seulement alors : que, cette coordination peut servir de base à Texistence de l'ordre. Parce que c'est, seulement alors : qu'il est possible de mettre le droit en évidence ; et, de le rendre scientifiquement perceptible à tous : condition nécessaire pour faire régner, au lieu de la foi devenue impuis-

SCIENGB SOCIALE. 119

santé : l'intelligence, le raisonnement, la science^ la liberté.

Dans, l'examen de la décadence du despotisme; nous devrons donc rencontrer continuellement : foi, rendue obligatoire, comme conséquence nécessaire de l'ignorance primitive; protestantisme, s 'établissant nécessairement, par le développement des connaissances; PROPAGATION DU PROTESTANTISME, ayant nécessairement lieu, par la communication des idées, suite nécessaire des développements de la presse. Puis, comme conséquence de ces prémisses : destruction DE LA FOI ; et, par ignorance de ce qui peut rendre le droit incontestable, tendance vers l'anarchie : et, au sein de chaque société; et, au sein de l'ensemble des sociétés.

Ces considérations nous conduiront à reconnaître : l'indispensable besoin, pour l'humanité, d'une réorganisation sociale, complètement opposée à celle qui a existé, depuis l'origine de l'humanité; réorganisation, que, l'empirisme a déjà caractérisée : de l'épithète

de RADICALE.

Tel est l'exposé sommaire de la décadence du despotisme .

Mais, la mpidité de cet exposé nous empêche d'y percevoir : la loi des rapports des temps et des mouvements. Essayons, dès lors, comme dans la machine d'Athwood, de ralentir artificiellement les mouvements; sans, cependant, rien changer dans leurs rapports avec les temps. Et, comparant ensuite ces mouvements, ainsi ralentis, avec les temps; nous

parviendrons à déterminer cette loi, si essentielle pour reconnaître préalablement : l'époque, où Tancien ordre social devient absolument impossible ; et, par conséquent, l'époque, où la réorganisation radicale, devient absolument nécessaire.

La mise en rapport : de la foi avec le despotisme, va nous produire : ces différents résultats.

SCIENCE -OCIvLE 1^1

EXPOSE, MOIAS RAPIDE, DE LA DBCADEHCE DC DESPO- TISME; AU MOTER : DE SA MISE EH RAPPORT AVEC LA FOI.

« La rdipoB est de toat âge, (oat SB grand eapire sv la tmr la featMa qai, à oertams cfvds, toate leur tîc. Et c*est que dans b aioie k plonger dans k Mystire; cf le ifijifi ei9fmmt e*esi le WKgttère; et Fealonté qei ae provre point, q|w a'expliqBe peut, m wmt Rmob ■etndie, ■nédiate'afee k cnywee. Pin tud, le raiaoB se développe, «■ veat oeapieadre. Akn coueDce k doete, Ot de k scâcMe (1). fl kkr. roge raelorHé, qai acwt à dk répoHl (3), eOe ne pent répondre sans ircoaaitfn à k k droit de rinterrager, et par coDséqaeat de jager de k Taknr des répoosa qoi lai sont faites. L*aatorité ne doit jamais sortir de k foi pare (3). Qaand efle a parlé il soffit, oe cUe n'at plas

(1) C'est père qu*il aurait fallu dire. La science anéantit le doute. Jus* qu*à la mort du doute, la prétendue science n'est qu'opinion, croyance. Le doute est : le fils de Fezamen ; le frère de l'ignorance ; et, le père de la science. Le doute et l'ignorance meurent simultanément: dés, que la science est majeure.

(3) Voilà, pour toute l'époque d'ignorance, la nécessité d'une inquisition : sous peine de mort, pour toute autorité relative ; sous peine d'anarchie, ou d'anéantissement de la société. Une autorité illusoire, relative, ne doit répondre : que, par des bourreaux.

(3) Que faire avec une langue où les mots sont aussi indéterminés? Est-ce que la science ne forme pas autorité? Est-ce que la science, ou la raison réelle, n'est pas l'autorité réelle? 11 faudrait donc distinguer : Tautorité réelle, fondée sur la science; de l'autorité illusoire, fondée sur la foi. Alors, tout devient clair. Mais, aussi, on reconnaît : que, depuis l'existence de l'humanité, jamais encore il n'y a eu : d'autorité réelle.

lotitc. Que ïouieï-ïtHia lui demander de piiu? '1

EUb eidnl reiamen, parce qu'elleeidnl l'incerli- |

tade'i la posiibililË de l'errenr; que la vérité des- '

cewl d'elle k la nisoa , et ue remonle point de la H

rvison à elle. La ruigu l'écoute, se lait et obéit, i

c'est-à-dire croit, qu'elle compreane on non. Elle J

se pose plje-mème, et ai elle essaye arulement de ■

se pranïer, elle abdique (1); cor »c pranier, c'est 1 implicitemiuil au moini reoinnaltre dd jnge et h mumellre ■ ce juge [i). Opendaul la rai»Q (3),

cCRsaircment dca preuves (4). Vuilà pourquoi rdpe y

riiamme, est Tatal n l'autorité; j'entends l'autunté I qui ne dépend pgt des lois natordles de la raison

même (6). > |

M. DE Uk MtsHits, Distuiiioai critigHe*, p. 3S. J

(I) Cela est vrni ; trcB-vrai : pour l'autorité basée sut la foi. Haie, il 1 n'en est pas ilc mi'me, pour l'autorilé réelle, qui n'est autre : que, 1& ^' raison se prouvant .'i tltagvt raiton d'une manière inc«atestable. Dn '

resto, n'oublions pas : que, tout ror.l est on style figuré. Au propre, il n'y n pas de raisons; les misons no siinl pas di's èlrcs; il y a des ànies capables de raison lu-mi-ul, par leur union à diw organismes, et ciipables dcdistinguer: un raison nem eut i-Oel, il'uu raiRimuement illusoire. Les raûjonnements illusoires servent de liii^^i's aux différentes /iiLt .-au moyeu des inquisitions. Quand.'Ies bûchers des inr]iLisilions sont délii)iti\enicnt éleinls) il faut: que l'autorilù réell'' : l'aiLlorilé bravant l'exameu; apparaisse : ou, que l'Iiumanité périss,.

{I) Oui. Et, quand le juge est ÎDauiiiu; ce. qui est le cas, aussi longtemps que riiieontcstaliilitê u'exi.ste p»^ eiieore ; le monde reste nécessiiromeul ; soit, smisk- desiHjtisniit ; siJl nu scinde l'anarchie.

(3) \a raison, aussi loU|!teinps que l'inconteslabilité n'existe pas, est un mut qui n'a de valeur : que , jiour prouver l'alisurde. Jusque-là, la raison «8t caclusivemeut anarHii<|iii'.

(4) Et, aussi lont;temps qu'elle ne les a pas, res preuves; aussi Ionstemps, qu'elle ne les a pas d'une uiauiire i neoii testa ble ; que fait-elle, quand l'aulurilé de la loi u'esl plus |)o>sil>li' .'' Dv la Tore'', en absence de toute an ton t£ ; c'est-à-dire ; qu'elle fait de l'anarchie.

(5) Ce n'est pas l'il^e de raison, qu'il fallait dire, \n ce qui* a suivre; c'est Vlijie d'aii.ir<'lLie. I.'à;;e ile raison di s iieiipifs est encore à venir; H, loin d'être fatal à l'aoloiité réelle ; il a |«)ur caractéristique : la soumission à ei'lle autiii ité.

(S) Voilà, l'autorité réelle distiniiiu-e de l'autorité illusoire. Mais, cette disliiictioa reste utnpiquc : aussi loiiîitenips, qu'il n'est pas possible de distinguer, d'uiiL' manière ineonlotable, le raisonnement réel du raisonnement illusoire ; le syllogisme du sophisme.

SCIfiMCB SOCIAL!. if 8

— « Dèg que ▼ous séparez la raison de la foi , k réfélatioD ne ponvant plus être prouvée ne proBve plus rien (1) ; ainsi il faudra toujours en revenir à l'axiome si connu de saint Paul : que la foi est Justifiée par la raison. »

Dx Maistax, Examen de la philosophie de Bacon, t II, p. 23.

— « La première chose (dit M. de la Mennais en citant le passage ci-dessus) est donc de prouver la réféktion : la révélation ne peut donc avoir plus de certitude et d'autorité que la raison même qui la prouve (3). »

Discussions critiques, p. 115.

— « H y a des miracles quand on y croit ; ils disparaissent quand on n'y croit plus. »

Ibid., p. 64.

• — H Le christianisme théologique a des doctrines sombres, sinistres, pleines, je ne dis pas de mystères, le mystère est partout (3), mais d'absolues contradictions (4). Par une route âpre et désolée, il conduit ses disciples au sommet aigu d'un pic gigantesque, au pied duquel est on abime (5), et sur l'extrême bord de la dernière roche pendante sur cet abime, il dit à chacun d'eux :

R«tl« U •! tu peux, et saute tï tu Tosei.

(1) Si, de Maistre avait publié cette proposition, à une époque où les bîieh«n n'étaient pas éteints; il aurait été brûlé et avec juste raison. Car, cette proposition est l'anéantissement du christianisme.

(2) C'est très-bien. Mais, si la raison ne conclut à rien ; ou, ce qui est le cas de la prétendue science actuelle; si, la raison conclut: à Tanéantissexnent de la raison ; que faire ?

(3) Pendant l'époque d'ignorance, oui; pendant l'époque de science, il n'y a de mystère nulle part. Si , le mystère est partout , la science n'est nulle part Alors, toute foi est bonne : pourvu qu'elle soit commune; et, dans ce cas, les inquisitions , les bourreaux : sont les véritables bases de l'ordre social.

(4) Essayes donc : de ne point trouver desjcontradictions partout ; si, partout il y a mystère. Partout où il y a mystère, il y a contradiction ; et, il n'y a contradiction que là.

(ô) Oui : pour celui qui proteste; pour celui qui a perdu la foi et n'a point encore la science. Mais, pour le fidèle, il n'y a point d'abime. 11 n'y a plus de foi dira M. de la Mennais. C'est vrai. Mais, jusqu'à ce que la science vienne à se montrer : l'abîme reste ; et, ce qu'il y a de pire, ehaenn le voit.

1S4 8CIKMCB SOCIALE.

Que fera ce pauvre chrétien? Ce qie &inH niai Paul. Il fermera les yeax en s*écriant : 0 tiMêl oh! qu*il y a haut! »

Ibid,, p. 146.

— « Après des siècles horribles , il en vint de plus horribles encore. Ce règne de Charies-QdBt forme le centre d'une des époques les plus dénstreuses de Thumanité. Il n*existait plus ni rdigiooy ni droit, ni justice, ni morale, ni honneur. Q«iques monstres aflamés de puissance et d'argeal dévoraient les peuples et se dévoraient entre eu. Jamais Thomme ne fut compté pour moins : il s'y avait que Dieu qu'on méprisât plus. Les Boinf pervers étaient ceux qui n'y croyaient pas. Qad temps que celui où, je ne dis pas le mensoof^ et la violence, mais l'assassinat et l'empoisoBneoMit, étaient les moyens ordinaires de la politiqae, aiployés sans honte par les princes et leurs ageals, par les empereurs et les papes; où les Médicif jetaient leurs bâtards sur le tr6ne pontifical; oà sur le même trône s'asseyaient l'inceste, le mesiire et l'athéisme! '

« Pendant des siècles, les Césars et les poattfo y ont eu (en Italie) le pied dans le sang. Dortnt ce période, elle fat le champ de bataille des deex pouvoirs qui se disputaient le monde. De qui teraf t-il la propriété, la proie? Dieu l'a-t-il datiaé aux jouissances du prêtre ou à celles des roia? La terre sera-t-elle un parc ou un bercail? TeB' était la question qui se discutait les armes à ^ main, et dont U solution penchait altemativev^^ d'un côté ou de Tautre, à Taide du piUage, de l'i^ cendie, des égorgements et du viol. Puis les p»I>^ s'étant mis à avoir des enfants de leurs filles» *^ n'abandonnèrent certes pas leurs droits impr^*' criptibles sur les habitants des quatre partie» ^ globe; mais leur politique pratique fut modl^^ par les devoirs nouveaux que leur imposait ki «l^*** lité de pères de famille. Il fallut qu'ils songeas»^^ à ces innocentes petites créatures couvées son^ tiare. "Alors ils regardèrent autour d'eux ; part^^ où ils virent quelque prince faible, la guerre, l'^-^*' trigue ou le poison en débarrassèrent ses wa}^^ Force était bien de leur donner nn noaveaa vit^*^ de Jésus-Cbrist au temporel , et il s'en troo^^^' toujours quelqu'un de prêt dans la race saÎDl» ^

8CIENCB SOGIALC. 125

YÎcaire de Jésus-Christ aa spiritod

« Après la bâtardise vînt le népotisme. Ce n*élait pins le temps de fonder des sonverainetés indépendantes; mais ou fonda d*énormes fortooet aniet à des titres splendides. Le titre ne co6tait rien, la fortnne ne coûtait que des crimes ; on taait poor confisquer. Il est peu de grande famille romaine, . da qniniième an setaième siècle, qui n*ait sa racine dans le sang : plus tard elles ne Tearent que dans la booe. Aii)oard*iini nu vieillard, conseillé par d'antres vieillards, serre conTulsitement je ne sala qnel morceau de terre sacrée, di{*il, haletant d'une taine frayeur, et s*unissant pour sa défense ant oppresseurs des peuples, à ses propres enneous; dernière croisade de la papauté, oà die combat pour un tombeau. ••

Ibid,, p. 44.

— « Partout rbumanité gémit sous la sang^te domination de ses tyrans; elle rAIe sous les pieds de quelques monstres imbéciles. Et il y a dans le monde un prêtre couronné qui lui dit : Ne bouge pas! laisse-toi fouler, broyer, Dieu te Tordonne. Tes souffrances, tes angoisses, ton agonie, c'est Tordre suprême, étemd. Sachant bien que cette tenté pénétrerait diffidlemeut dans ton esprit et dans ta conscience , que jamais tu ne Taurais découverte toi-même, il a, du haut des deux, envoyé son fils poor la révéler. Crois, adore, et tais-toi ! »

Ibid., p. 183.

— « I^a foi décline. On ne trouve plus un paysan qui croie à Tenfer ; pas un académicien qui croie aux mystères. »

FouRiXR , Fausse industrie, p. 506.

— « Rien de plus rare chez les hommes que Ta-

monr réel de la vérité Ce peu de souci du vrai

apparaît prindpalement dans les discutions rdigienses ; car void ce qui se passe d'ordinaire eu ceux qui s'engagent dans ces discussions. Ils ne se disent point : Je ne me rendrai pas à la vérité certaine, lis lépagneraient à cette énormiié; mais, partant de la supposition , pour eux induintable, que leur croyance est certainement vraie, au lieu de Vexaroiner en vertu de principes différents d'elle-même, ils jugent de toute chose d'après elle, appellent vrai ce qui y est conforme, laux ee qui

126 8CIBNCE SOCIALE»

y est opposé ; et cela souvent avec une bonne foi qni leur fait une pleine illusîou anr le fiée, pourtant assez apparent , de ce paralogisme nbnrde. Cette disposition de l'esprit qu'il ne s*aTOM pu, que quelquefois même il ne soupçonne pu, (tit die lui est intime, est surtout commune en ood dont la foi repose sur une autorité extérienre imputée infaillible. Elle provient de Topinion inonlquéc de bonne heure, qu'on ne saurait, sans blesser la conscience, mettre seulement en dente ce qa'ensdgne cette autorité. Les controrerses alors irritent plus qu'elles n'éclairent. Toutefois, tôt on tard, la lumière se fait, elle pénètre à traTcn la préjugés les plus épais, et un jour arrire oà ViAd de Tintelligence a changé par une lente réndioB des lois de Tintelligence même. »

La MsvvAtSy Discussions eriêiques, p. 34.

— La foi, nous Tavons vu, est la base nécessaire de tout despotisme. Mais, la foi, isolément considérée comme croyance aveugle, est toujours ufie; et, le despotisme considéré isolément comme domination parle monopole, est aussi toujours un. De part et d'autre, il n'y a donc aucun moyen de les diviser : par temps et mouvements . U n'en est plus de même, en mettant le despotisme : en rapport avec la foi.

Si, nous étudions la décadence de la foi ; en y rapportant les diverses transformations, que Texploitation sociale subit, sous l'influence de cette chute ; nous saisirons, avec facilité, des rapports de temps et de mouvement; qui, nous échapperaient : sans, cet artifice d'observation.

Nous avons déjà étudié la foi ; mais , seulement comme croyance. Nous allons l'étudier, maintenant, dans ses rapports avec un socialisme quelconque (!)•

(i) Est-il besoin de dire : que, socialisme quelconque signifie ici: «* ordre sœîal queiconqfSM?

De ce nouveau point de vue, nous allons rechercher : 56 que c'est que la foi ; comment elle s'établit ; se iransmet; chancelle; et s'écroule.

La foi, absolument, isolément considérée, est, nous 'avons dit : toute croyance reçue aveuglément. Et, par •eçue, aveuglément, nous avons compris : reçue, par m raisonnement contestable quelconque.

La foi, relativement à un socialisme quelconque, îst : toute croyance aveugle, imposée par une autorité sociale; qui, soit seulement dans son propre intérêt, soit aussi dans un but d'ordre, fait admettre, comme réfités incontestables, à ceux qu'elle peut subjuguer : non-seulement les choses possibles ; non-seulement les choses apparemment justes ; mais, encore au besoin : celles, que le raisonnement le plus simple repousse comme absurdes ; ou, comme évidemment injustes.

La foi, socialement^ est donc : le despotisme en action.

Nous achèverons de connaître : ce que c'est que la foi, socialement considérée; si, nous étudions : ce qui lui est essentiellement opposé.

Le raisonnement, rendu incontestable, est l'antagoniste de la foi(l).

Étudions, dès lors, ce que c'est : que, le raisonnement rendu incontestable ; aussi considéré socialement.

Le raisonnement, nous l'avons dit ailleurs, peut

(0 Nous ne pouvons dire trop souvonl : que, la foi est aussi le résultat d'un raisonnement ; mais d'un sophisme. Le raisonnement, rendu

incontestable, est seul : un syllogisme réel ; est seul : l'antagoniste de Ufoi.

être, relativement à sa conclusion, illusoire ou réel: selon, que la conclusion dérive, par analogies ou par identités, du point de départ; et, selon que le point de départ est lui-même incontestable : illusoirement ou réellement.

Maintenant, le raisonnement réel, socialement considéré, est la méthode : de ramener les objets de nos sensations, objets que nous appelons indéterminément ËTftEs , à l'identité ou à la non-identité du sentiment de notre propre existence ; de notre propre sensibilité. En SUPPOSANT, néanmoins : que, ce sentiment; que, la sensibilité; soit lui-même; soit elle-même: un être réel; et non, une résultante d'organisme; supposition, qui doit se trouver démontrée être une vérité, avant de pouvoir raisonner sans hypothèse; mais, hypothèse nécessaire, pour pouvoir présupposer : que nous sommes, réellement, capables de raisonner.

Le but que nous avons, alors; est : de distinguer, parmi les objets de nos sensations : quels sont les êtres moraux; quels sont les êtres purement physiques, ou non moraux.

Et, cette détermination : est socialement nécessaire; est la base de toute organisation sociale ratioimelle. Car, relativement à la rationalité, à la justice ; c'est, la sensibilité et non: le raisonnement^ qui constitue Têtre moral. Un idiot, incapable de raisonner, a autant que Newton, des droits à la justice sociale ; une murène sentante autant de droits : qu'un empereur romain (1).

(1) L*opiiiion qu*il y a des êtres sensibles, en dehors de rhomm^f

sciËN(:e SOCIALE. 129

Du point de vue de justice, tout être sentant, tout être moral, appartient à la société ; soit comme ma* jeur: s'il est complètement développé, sous le rapport de raisonnement ; et, s'il n'est point la fraction nécessairement soumise de l'unité famille ; soit comme mineur : s'il n'est qu'incomplètement développé, sous le même rapport; ou, s'il est cette fraction.

Dn point de vue social, le raisonnement réel est en outre : la méthode d'arriver à la découverte, pouvant être rendue incontestable vis-à-vis de chaque individu : de la règle réellement rationnelle des actions, tant individuelles que sociales ; et, de son inèvitable sanction ; ensemble qui ne doit être autre : que, la conclusion de ce raisonnement.

Disons, maintenant : que, cette règle, qui exclut la sanction, doit être cherchée, trouvée, et acceptée, à une certaine époque des développements de l'humanité : sous peine de mort humanitaire.

En effet :

Une règle d'action, réellement ou illusoirement ra-

eonduit, chez ceux qui raisonnent exactement , à la déclaration suivante :

— « Rien d'immuable que la loi de la vie, la loi du droit, du devoir, la loi première et fondamentale des êtres, à quelque ordre qu'Us appar- Uammt; car pour les plus infimes comme les plus élevés, elle est uigouucmiKifT LA M&MB, vaiiaut seulement dans ses apparences, ses formes extérieures, selon la nature de chacun d'eux. )>

(La MEifNAis, Les Évangiles, traduction nouvelle avec notes et réflexions, p. 413.)

— Et encore :

•* « Science barbare, dur orgueil, qui ravale si bas la nature ani* Ittie, çt sçparc lollepaeji^ l'homuic do ses frères inférieurs. »

(MicBKLBT, Le peuple^ 2* édition, p. 109«}

Mh

tionnelle, est absolument nécessaire : à la conservation d'une espèce d'êtres, dont l'existence n'est point exclusivement soumise, à la nécessité physique. Et, une règle d'action réellement rationnelle, devient, par conséquent, de même absolument nécessaire : dès, que des règles d'actions illusoirement rationnelles, Jeûnent à se trouver incapables : de maintenir le monde moral en existence. Or, cette circonstance est inhérente aux développements de Thumanité ; et ^exp^e^ sion absolument nécessaire, appliquée à la société, signifie : sous peine de mort humanitaire.

La règle rationnelle des actions doit ensuite exister : pour déterminer ce qui constitue, le complet développement de l'intelligence ; afin, qu'au milieu de l'ensemble social, les majeurs puissent être distingaés des mineurs ; lorsque, la distinction, en maUres et esclaves^ ne peut plus avoir : d'existence sociale.

De ce qui précède, il résulte :

Que, le raisonnement réel, même du seul point de vue social, a encore pour point de départ nécessaire: le sentiment de l'existence, la sensibilité ;

Que, le développement de ce raisonnement a pour objet : la distinction des êtres : en physiques et moraux ; en illusoires et réels ; et, pour les êtres morani, la fixation de leur degré de développement moral, I6lativement à la détermination : de leur état de minorité ou de minorité ;

Enfin, que le but de ce raisonnement, est, vis-à-vis de chacun de ceux dont l'intelligence est déjà suscepti* ble d'être, complètement développée : la détermination

SCIENCE socialt:. iSl

incontestable de la règle des actions : tant individuelles que sociales.

PwiP achever de connaître le raisonnement réel, Ml point de vue social ; c'est-à-dire : le raisonnement social réel; répétons, pour ce raisonnement, ce que déjà ncHis avons dit du raisonnement individuel réel : qne, le sentiment de l'existence, c'est-à-dire la sensibilité, est un sentiment toujours nécessairement iVfentique chez les individus réels ou moraux : parce qu'il est absolu ; ou du moins, qu'il doit préalablement être eonsidéré comme absolu : pour que son existence, comme base de raisonnement réel, ne soit pas illusoire.

Maintenant disons de plus, ce qui du reste sera pvoQTé dans le cours du présent livre : que, ce même sentiment de l'existence, c'est-à-dire la sensibilité; produit nécessairement le raisonnement social, illusoire d'abord, et réel ensuite, après une enfance plus ou moins longue ; partout, où la sensibilité réelle existe, unie à un organisme qui la rend susceptible de modifications; pourvu néanmoins : que, cet organisme ait un centre, pouvant servir à la conservation et au rappel des modifications perçues, centre nommé mémoire; qu'en même temps, il y ait faculté d'actions ou non-paralysie des organes du mouvement ; et enfin, non-isolement, ou société ; ce qui signifie ici : contact nécessaire, entre plusieurs des êtres existants, sous ces conditions.

On le voit, nous restreignons ici la valeur de l'expression société, à la coexistence de plusieurs êtres

13f ^cvifKk m>ciàle«

moraux, dans une circonscription et des circonstances qui les mettent : nécessairement en contact.

Avec ces différentes données sur le raisonnement réel, considéré au point de \ue social, nous pouvons dire :

Que, le raisonnement réel, socialement considéré, est la sensibilité, socialemait en action, et complète* ment développée. Et, comme la sensibilité réelle, dans les circonstances que nous venons d'indiquer, n'est autre : que, l'humanité ou la capacité de liberté;, nous dirons : que, le raisonnement réel, socialement considéré ; est, l'expression de Thumanité : complète* ment développée, complètement libre.

Maintenant, nous connaissons : ce que c'est que la foi; et, ce que c'est que le raisonnement; socialement considérés.

*KCIEÏCCB SOCI1M.E.

rr TRAIISlflSSIOH DE Ul FOI : SOCfAT,yifE?IT GOHSIoéREE.

- n ae MBUe 4Mb MparttitiMi (l)aélé il gioée pour le bîca des Étais. Si Tm pomûi poser une société cfrile e (ThomiMs sages (1) , ce gare «riastitatisB ae asrait peut-être pas néœsnôie (3). Mais tout lien la anltiCwle est foiage.

Jette à des pastioas et è des fcaiaes fislfifi ci déraisoBBabIcs, il a'y a pas d'astres BMyf f de k retenir daas Tordre qae par k ■eats fatars et par rappardl pagae ce genre de JuHem (4). CTest paarfasi les aadeDS Me paraisacat avorr agi avec bcaacoap de jagcBMBt et de pésétrâtioa sar k ckn qa'ik oat inspirées aax peapks < et an état fatar; ci k sièck piésai eoap dladiscréiBOB d'an si grand Maa^pe de seas(S),lonqa'a ticfe d-cflbccr ces idée* . 4|Bli caooarage k peapk à les aéprkcr, ci ef[^ \m éla k Ma de k crakte. •

îoon remarquerex : que, par lapenUtioB. Mjbe œmpttmà ici :

^OD, sans disiinctioo de réelk oa d*illiifoirie.

3n Toil que Polybe a été dape de llroaie de FlatoB. Tojnn ce^pM

TOBS dit à cet égard ao du^pitie nr. Use tooété de mi|9 » iclMi

(, serait : une société de brigâads, q«i n'cxistcfait : q«e, k tevfs

lire poor s'égorger.

Lecteurs ! remarquei ces paO-^rc Ua hnma»t^ qoi dit ftmUHtêf

'une opinioo; et, luie opinioa, eit toaj<wrs mmt «4tMe«

On voit : que, Polybe ciaîl : oa naténaliste p«r.

ifsgrirnir les philosophes oot toojoori to«1« : «ae rdif^ ftmi

^SaaseeU, ik k rwopaais«iftaiMe Mieiykiitat4e.

134 SCIBMqS SOCIALE. 1

— R C'est par une loi nécessaire qu'une doo> trine se produit ; c'est par une loi nécessaire qu'cUe règne ; c*est par une loi nécessaire qn*eUe passe {{), quand sa mission est termmée (2). Celle du cbris* tianisme me semble avoir été d'achever TéducatioB de rhumanitéy et de la rendre capable de connaître la vérité sans figures et de Taccepter sans antre titre que sa propre évidence. Dès que œUe œuvre est terminée dans un esprit, il est nécessaire que le christianisme s'en retire; mais en s'en reti* rant, il emporte avec lui le germe d« jtoate foi, et c'est toigonrs la philosophie qni lui succède. »

JouFFROT, Leçon sur la destinée humaine^ insérée dans les Premiers mélanges ; cité par la Revue indépendante, novembre 1842.

— « Quel philosophe, en effet, depuis le seizième siècle et même avant, quel philosophe n'a pas douté de la divinité du christianisme? Montaigne en a douté, Bayle en a douté, Pascal luimême [vous le savez bien (3)]; Pascal en a douté, Gassendi et Deseartes en doutaient fort aussi; Locke, l'auteur du christianisme raisonnable a &it I^us qne d*en donter. Or, Descartes a produit Spi* nosa , Locke a engendré Hume. Vainement vooi reculez devant le dix-huitième siècle ; vainement vous répudiez Théritage philosophique de la Franee: oe petit nid de philosophes hypocrites, qu'il vous serait si agréable de découvrir pour couver votre oeuf à votre aise, n'existe en vérité nulle part, pas plus en Allemagne qu'en France. Kant, comme Jouffroy, doutait de tout, même du doute; et voire maître» Hegel, que vous n'avez pas compris, a produit Strauss, l'iacrédule auteur de la Vie de Jésus •ousla bannière duquel les hégéliens se séparent anjourd'hui en AJlemagne de toutes les communions

(1) Qae signlGe cette expression : loi nécessaire? Cela veut-il dire : que, ces choses sont inhérentes aux développements de l'intelligence ? A II bonne heure ! Mais, alors , pourquoi se servir de ce mot nécessaire, qui se rapporte plus au physique qu'au moral ; et, de ce mot loi qui, jusqa'â présent, ne signifie rien du tout de déterminé?

(2) Comment trouvez-vous une loi qui a une mission? Avec un style figuré, on fait de la poésie; mais, à coup sûr, on ne fait jamais de U science.

(3) Il 8*adre8se h M. Cousin.

chrétieiiiies, et annoncent haotement qne le chris* tianUme doit céder là place à la philosophie. »

PxEAEB Laaoux, HutiJation ttun. écrit dé . Jouffroy {par M, Comsim); Bevtœ indépendante, novembre 1842.

— « Jouffroy, d^aillearSf fait-il autre chose dans ce livre que répéter ce qu'il avait dit si sonveai en Sorbonne? Et quand vous le mutiliex ainsi, ae vow sou?enait-il plus qn*il avait jadis , en pleine Thlitersîté, défini les religions eu général, et en particulier le christianisme : «• Une production spontanée

•«des idées des masses se faisant jour et s^incar- « nant, quand elles sont mûres, dans une imaginA- « tion exaltée , dupe elle-même le plus souvent de « la révélation qn*elle annonce? » Leçon sur la deftinée humaine y recueillie, 1^*^ mélange.) »

Pi£Ra£ Leroux, Mutilation d'un écrit de Jouf» frofff novembre 1842.

^ — « Quelques personnes voudraient nous impo-

ser aujourd'hui comme authentique la Chronique de Turpin ou celle de Geoffroi Montmonth, auteur dont le talent brille surtout au sujet d'un miracle. Mais saint Augustin a sur tous la priorité, lui qui t nous ordonne de croire l'impossible parce qu'il est

impossible (i)..Épiioguez, écrivez, ergotez , jouez sur les mots, il vous ferme la bouche avec quia im^ pouibile.

« Ainsi donc, mortels, ne chicanez pas du tout, croyez; — si la chose est improbable , vous devez la croire, et si elle est impossible, il faut la croire absolument. Il est toujours préférable de croire sur parole.»

Lord Byron, Don Juan, ch. XYI, st. 5 et 6.

— « Tant qu'il y aura*des hommes qUi n'obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leur opinion d'une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain les opinions décommande seraient d'u/i/M vérités, le genre hamain n'en resterait pas moins partagé en deux classes ; celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient; celle des maîtres et celle des esclaves. »

Coicdorcet, Rapport sur V organisation gêné' raie de finstruction publique, 20 avril 1792, réimprimé par ordre de la Convention.

) La Sorbonne a déclaré qu'un bâton pouvait n'avoir qu'un bout.

i36 SGIEJfCB SOCIALE.

— L'homme ne raisonne point en naissant. Pour qu'il puisse raisonner, bien ou mal, il faut : que, Torgane de la mémoire soit développé ; que, deux intelligences soient en contact^ pour que le verbe puisse naître. Et, pour qu'il puisse bien raisonner ; il faut qu'il reconnaisse : que, toute modification perçue; tout mouvement perçu; toute sensation; tout sentiment de modification; c'est-à-dire toute croyance; jusqu'à ce qu'elle ait été ramenée à l'incontestabilité du sentiment de sa propre existence ; reste exclusivement : une modification perçue ; un mouvement perçu ; une sensation; un sentiment de modification; une croyance; c'est-à-dire : un préjugé, une apparence, un phénomène. Et, avant qu'il puisse être dit : qu'il existe autre chose que préjugé, apparence, phénomène; il faut: que, le sentiment de l'existence, ou la sensibiUté, s4f lui-même démontré ; être : une réaUté ; et, non point une simple modification d'organisme.

Mais, l'arrivée à cet état des développements de Fintelligence, n'est nullement relative à la vie d'un seul homme ; et, par conséquent, d'une seule génération. Pour, que l'humanité y parvienne ; il faut, puisque l'humanité ne se développe que par ses be-. soins : que, l'état de raisonnement illusoire, soit devenu incompatible, avec l'humanité même : ce qui, théoriquement, indique un grand nombre de siècles; et, pratiquement aussi : puisque, même à présent, l'humanité n'y est point encore par\^enue.

Or, l'impossibilité de raisonner réellement, sous le rapport social, est un état : d'enfance sociale.

ftCIENCE SOCIALE. 1^7

Avant donc, que le raisonnement réel, la liberté réelle ne puissent se trouver, socialement, en activité |leHe; l'homme : individuellement enfant, sous le rapport de ses propres facultés ; socialement enfuit,, Boûë^le rapport du développement des facultés de l'humanité ; reçoit, nécessairement, les croyances sociales : par autorité étrangère. 11 doit croire, aveuglément; avant de croire, sciemment; ou, pour être plus bref, il doit : croire ; avant de savoir. ^ C'est, sur cette nécessité de croire avant de sav^ C[àet la foi s'établit : socialement. ^'^

Dès que la foi, socialement considérée, se trouve établie; nécessairement, elle se transmet sous une forme quelconque, aussi longtemps qu'elle reste compatible : avec l'existence de l'humanité .

Cette proposition, extraordinaire de prime abord, n'a cependant rien d'exagéré.

En effet :

La foi, socialement considérée, n'est autre : qu'un raisonnement social illusoire. Et, c'est sur un rwS^ inmement social illusoire ; que, primitivement, l'ordre social repose.

Or, l'humanité ne change, radicalement, ^ée maoière d'exister; que, lorsqu'un pareil changeoMmi ^é^ vient : un besoin réel. Et, pour l'humanité, toujours socialement considérée, il n'y a de besoin réel : que, la condition d'exister.

L'humanité ne peut donc abandonner la foi, aussi longtemps : qu'elle peut exister, basée sur des croyances aveugles. Et, la foi, socialen^ent considérée, se

transmet nécessairement ; aussi longtemps : qu'elle reste compatible, avec l'existence de l'humanité.

Voyons, maintenant : comment, l'empirisme tah vaille, nécessairement, à la transmission de la foi, 80eialement considérée.

Le raisonnement réel, étant l'antagoniste essentid: de toute foi ; de tout raisonnement contestable, admis comme vérité; toute foi, considérée comme base ; d'ordre social, doit se trouver : à l'abri de l'examen. :t Cette prémisse^ une fois incontestablement étabU^; que doit faire l'empirisme : pour, que toute croyance aveugle se transmette nécessairement? Une discussion, aussi courte que possible, suffira pour l'établir.

Toute croyance, admise comme réelle, indépen* damment du raisonnement ; c'est - à - dire : toute croyance aveugle, qui ne doit pas être soumise à l'examen, est reçue par l'éducation. Le nom d'instruction est réservé : aux connaissances reçues par le raisonnement *, que, celui-ci soit illusoire ou réel ; ^IQtt'il soit sophisme ou syllogisme.

C'est donc, par l'éducation, que la foi, socialemeiit considérée ; c'est-à-dire : le despotisme ; se transmet nécessairement. Et, l'instruction, sous le despotisme, doit, ^essentiellement, se trouver soumise aux croyance» aveugles reçues par l'éducation : sinon, l'instruction détruirait les résultats de l'éducation ; et, empêcherait ainsi, pour les générations suivantes : que, la foi se transmît.

Ainsi, pour que toute croyance aveugle se transmette nécessairement ; il suffit : de toujours soumet-

scaraci sociALR. 13*^

tre l'instruction, à la foi socialement établie et transmise par l'éducation ; c'est-à-dire : qu'il suffit : de bawr l'instruction sur l'éducation.

En dehors du despotisme, au contraire; sous le règne de la liberté réelle, du raisonnement réel ; l'éducation doit se trouver exclusivement basée : sur l'instruction. Et, les croyances reçues par l'éducatioa, toujours nécessairement des croyances aveugles, doivent toutes pouvoir être incontestablement démontrées ; lorsque, l'âge de l'individu lui permet : de recevoir l'instruction.

Nous pouvons donc traduire, ce qui est relatif à la transmission nécessaire des croyances aveugles, ou à la transmission nécessaire du despotisme ; en disant : ^e, l'éducation est à la foi ; ce, que la chair est à l'humanité; et, que si l'humanité meurt; dès, que la chair cesse de la perpétuer; de même, la foi meurt ; dès^ que l'éducation cesse de la transmettre.

nfffb 8CIEMCB aociAUB.

ÉBBANLEMENT DE LA FOI, SOCIALBBfEKT CONSIDEREE. DIS" CUSSION, A CET EGARD, d'UHE PROPOSITION DE PASCAL

« Je ne pnis concevoir antre cboee delà jilqMK de ceux qui meurent, sinon qa*iU puMot dHtiM tie plus douce et plus trinqnille que la nftb«(l]

et, quoique la reh'gion nous enseigMboM*

coup de choses sur ce sujet , j^avoue néanaoÎM • moi une infirmité, qui m'est, ce me semble, mune avec la plupart des hommes ^ à savoir nonobstant que nous Tonlions croire et nous pensions croire très -fermement tovt ee nous est ensdgné par la religion, nous n*Knm$ ftà coutume d*étre si touchés des choses q«e la sait toi nous enseigne et où notre raiaon ne pent atUén dre, que de celles qui nous sont avec cela pui» dées par des raisons naturelles fort éTidentea ()).■ DascARTis , Lettre de condoîéanet k ÉLéê Zuitkchen^ t. YIII, p. 634.

— « Dans ce moment solennel oà toat aamaM que TEurope touche à une réTofaUîon mémonUs^ dont celle que nous avons vue ne toi que le tenrftle et indispensable préliminaire..... que les priaeei surtout s'aperçoivent que le pouvoir leur échappai et que la monarchie européenne n'a pu être oOBftituée et ne peut être conservée que par la reUgioa une et unique^ et que si cette alliée leur WÊaiffm^ il faut qu'ils tombent (3)... «

Da Maistbb, Dh Pape, t H, p. 315.

(1) C*e8t, ce qui est précisément contraire à la foi.

(2) Une foi pareille est déjà bien ébranlée.

(3) Quand, on n*a que de pareilles raisons, pour appuyer sa foi ; elle est bien près de s*éteindre.

SGIBMCE SOCIALE. 141

— « Le bot de la ré? élatH» ii*est que «Tameoer l'esprit humain à lire dans lai-méme ce qae la main divine y traça ; et la récélaiion serait «ullx, n la raÎMûH , après renseignement divin , néUB rendue capable de se démontrer a elle-même les vérités révélées : comme Teusagnement mathématique ou tout autre enseignement humain n*ett reconnu vrai et légitime que lorsque la raison, examinant les nouveaux théorèmes sur la règle étemdk cachée dans le fond de son essence, dit à la révélation humaine : Vous avei raison , c'est-à-dire ▼oos êtes la raison (1). »

Di Maistri » Examen de la pkUùsopkU de Boam^ t. n, p. 28.

^.NoQS venons de voir : que, sous le despotiflp&e) la foi sociale est inébranlable, aussi longtemps : que^ Téducadon reste au pouvoir du despotisme qu'elle supporte; et, que l'instruction demeure soumise, aux ooyances reçues par l'éducation. Mais, aussi ; que, toute foi s'écroulait au contraire : lorsque l'instruction cessait de se trouver soumise, aux croyances aveuglément reçues par l'éducation.

Maintenant, nous avons à examiner : comment, TinstroctioD, malgré le despotisme, vient à dominer l'édu-* cation.

Pour faciliter cet examen, nous étudierons préala-^ blemeut : quels sont, sur les sentiments, les résultats de l'éducation généralement considérée. Et, pour ne point étendre nos recherches au delà de nos besoins ictaels ; nous les bornerons : à l'étude de deux points de vue généraux :

V Les sentiments, considérés comme moraux ;

(1) Quand y la révélation dominante peut être examinée | oomme an MorèoM de géométrie \ tonte foi a disparu «

i4î SCIBNCB SOCIALE.

2^ Les sentiments , considérés comme niKârelfl ou normaux.

Commençons par l'étude des sentiments : considérés comme moraux.

Déjà , nous avons démontré théoriquement : que, les sentiments, en général; dès, qu'ils sont considérés comme indépendants du raisonnement rationnellement incontestable; sont tous des préjugés; et, quetow dérivent, essentiellement, de Téducation. La proposition particulière^ relative : aux sentiments de bien A de mal ; aux sentiments moraux ; est donc : également vraie.

Avant de démontrer : que , la pratique est ici coiH forme à la théorie ; nous renvoyons nos lecteurs : i ce que nous avons déjà dit, à cet égard, au chap. n da présent livre^ § I9 L.

Nous y ajouterons quelques nouvelles autorités. Nous les prendrons au hasard ; s'il fallait les énoncer toutes, il faudrait des volumes.

Au chapitre iv, nous avons déjà cité Platon disant! que, la justice n'est autre chose : que, ce qui est avantageux au plus fort. Dans un endroit, que nous n'avons pas cité, il fait dire par Socrate : que,

•^ « La Terta n'est pas natarelle i Tliomme (le Menon), qu'efle us fM^ »Vppr«iMlre ; mais qu'elle snnrient par une influence ditineà ctn «if^ elle se rencontre, sans intelligence de leur part. »

— On voit ici : que, Platon est l'inventeur de U grtee ; et, selon lui : il n'y a pas plus de mérite, potf

SCRRCB SOCIALE. 143

un homme, d'être vertueux ; que, pour une chienne,

de lécher ses petits.

Dans le même dialogue, on trouve :

— « Est-il bien Trai, Socrate, qae tous ne sarez pas ce qoe e^est que la Tcrtu? Est-ce là ce que nous publierons de tous à notre relonr cbcs nous? — Socrate, Noo-seolemeat cela, mon cber ami, maïs ajoalv que je n^ai encore trouTé personne qui le sût, à ce qu'il me semble. »

— Et ^ plus loin, toujours dans la bouche de Socrate :

•» a Si je fais naître des doutes dans Tesprit des autres , ce n^'est pas que j^en sacbe plus qu*eux ; je doute au contraire plus que personne, et c'est ainsi que je fais douter les autres. Maintenant donc, au sujet de la fertu^ n m sais poott du tout es qck c'est, v

— Et, Ânstote? saura-t-il mieux, que son maître et son rival, ce que c'est : que, le bien et le mal; la justice? Voyons.

— « Les droits, dit-il, Tarient suitant Tespèce d*organisatio& politique ; la justice se modifie dans le même rapport. »

{Polit., liv. V, cb. IX.)

— « Égalité, justice, sont le cri des faibles et le jouet des puisants. «

{Polit. y lÎT. YI, cb. m.)

-^ « Tous n*ont pas des idées uniformes sur ce qui constitue la Terts ; par conséquent, on diffère sur la nature des œuTres de Tertu. »

(PoW.,liT. Vm, cb. n.)

— 11 est évident : que, pour ces Messiem^, il n'y a ni bien ni mal; ou, plutôt : que, le bien est d'être fort; et, le mal, d'être faible.

Et, Gcéron en sait-il davantage? Voici son avis':

— « Qui sint boni, et quid sit bene agi, magna questio est. 9

{DêÔff.y^.UUcvrn.)

m 8CIBNCE SOCfALE.

— « Sepe cnim tempore fit, ut , quo.i pleramque larpe haberi loleiit, iiiTeniattir non esse tuipe. »

(/6id., lib. m, cap. v.)

— Au chapitre vi, du même livre, vous y trouverez : qu'il est permis de voler, avec bonne intention.

En voilà encore un, pour lequel : il n'y a ni bien ni mal.

Et, pour Pascal ; pour le philosophe chrétien ; y en a-t-il? Écoutons-le.

•» « Le larcin, Tincestc, le mcurlre des enfants et dos pèrc5^ tout a eh la place entre les actions vertueuses. »

(Pascal, PenséeSj partie I", art. 6, no 9.)

— « Les philosophes ont beau dire : Rentrez en vous-même, vous y trouvères votre bien^ on ne les croit pas. £t ceux qui le croient sont les plus vuides et les plus sols. »

(Pascal.)

— n paraît : que, Pascal est comme les autres. Et Montaigne?

— « J'ai vu telle chose qui étoit capitale devenir légitime...... et en

l'espace de peu d'années, prenant une essence contraire. »

(MOKTAIGNB.)

-^ « Nous n'avons autre mire de la vérité et de la raison que rexemplc et l'idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaicte religion, la parfaicte police, parfaict et accomply usa^e de toutes choses. 9

(Montaigne^ liv. I, ch. xxx.)

— Théoriquement ; et, de Taveu de tous ceux qui ontéci^ità cet égard; les sentiments moraux, les sentiments de bien et de m^l, dépendent donc : de Téduca*

SCIKNCE SOCIALE. 115

lion. Prouvons : que, pratiquement, cette assertion est aussi réelle.

Pour obéir aux ci'oyances, aux tendances reçues par rédueaiion , les fanatiques , c'est-à-dire les fidèles, à quelque foi qu'ils appartiennent, assassinent, tout aussi naturellement : que, l'anthropophage tue son prisonnier et le mange ; que, les militaires tuent l'homme sur un champ de bataille ; que, des juges le font tuer sur un échafaud; que, des législateurs ordonnent le massacre ou l'exposition de nouveau-nés ; que, d'au* très font avorter les femmes ; que, d'autres ordonnent la promiscuité des sexes et le communisme ; que, Caton se suicidait; que, l'Indienne se brûle, sur le bûcher d'un mari qu'elle déteste ; que, le mage et tant d'autres épousaient leurs sœurs; que, toutes les vierges d'un fief se livraient à leur suzerain ; que, celui-ci les déflorait; que, le propriétaire colon possède des es claves ; que , le propriétaire européen possède le sol ; que, le brahme repousse de ses aliments tout ce qui, selon lui, a été animé; que, l'esclave africain vénère son maître; que, l'Européen vénère son roi; que, le Turc ou le chrétien vénèiH) : soit l'auteur de la révélation ; soit la révélation elle-même.

n n'en est pas autrement des sentiments de parenté, quelque singulière que cette assertion puisse paraître. Un enfant, changé en nourrice, vénère ses prétendus parents; et, en est chéri, absolument, comme si l'échange n'avait pas eu lieu. Et, il en est de même : pour toute répulsion à Tinceste ( 1 ) .

(1) • n ne laut pas chercher dans la nature les causes de prohibition

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