OPPOSITION
« L'abolitioB de la peîoe de mort est lAériiaUe. Hâtons cette ère qui sera, dans les annales di l*hninanité, nne hrt égale à celle de labolitioa Ai sacrifices humains. »
Bàllarcu y t. I des Œuvres, p. 423.
— « On Thomme peut disposer de sa propre ^if, on il n'a pu donner à nn seul, on à la sodéléestière, nn dijoit qu il n'avait pas Ini-méme. »
BaccARiA., Det déUU et det peines^ p. 139.
— Cl Cbes les criminalistes , la crédiUlité if u témoin augmente à proportion de ratrodté <h crime. Voici cet axiome de fer qu'a dicté li pl*< cruelle imbécillité : in airoctsnmis leviont ewjectttrœ sujj/iciuntf et licei judict jura lraMS§rtà. Traduisons cette aiîrense maxime, et que parmi k grand nombre de principes déraisonnables anqnds l'Europe s'est soumise sam le savoir^ cOe en connaisse au moins un. Dans les délits les phi atroces, c'est-à-dire les moins probables, les plis Itères conjectures sufTisent , et il est permis as juge d'outrepasser les lois. >•
BeccAHiA, iSid.f p. 67.
— « En 1748, ou brûla une vieille femme dans révédié de "Wurtabourg , convaincue d'être Mr* cière. C'est un grand phénomène dans le sièdeM nous sommes. Biais est-il possible que des pes* pies qui se vantaient d'être réformés et de fookr* aux pieds les superstitions, qui pensaient esis avoir perfectionné leur raison , aient pourtant O* aux sortilèges , aient fait brûler de pauvres ternes accusées d'être sorcières, et cela pinacle offt années après la prétendue réforme de lev raisoS'
- Dans l'année 1652, une paysanne du petit te^ ritoire de Genève, nommée Michelle Chandnt»
8CnSHCB SOCIALE. 3i3
rencontra le diable e» sortant de la ville. Le diable lui donna on baiser, reçut son hommage, et im- |>rima sar sa lèvre sapérieare et à son' téton droit la marque qu'il a coutume d'appliquer à toutes les personnes qu'il reconnaît pour ses favorites. Ce sceau du diable est un petit seing qui rend la peau insensible, comme TalBnuent tous les jurisconsultes démonographes de ce temps-là.
« Le diable ordonna à Michelle Chaudron d'ensorceler deux filles. Elle obéit à son seigneur ponctuellement. Les parents des filles Taccusèrent juridiquement de diablerie. Les filles furent interrogées et confrontées avec la coupable : elles attestèrent qu'elles sentaient continuellemeni une fourmilière dans les parties de lenr corps, et qu-elles étaient possédées. On appela les médecins, ou du moins ceux qui passaient alors pour médecins. Ils visitèrent les filles; ils cherchèrent sur le corps de Michelle le sceau du diable , que le procès-verbal appelle les marques sataniques. Ils y enfoncèrent une longue aiguille , ce qui était déjà une torture douloureuse. Il en sortit du sang , et Michelle fit connaître par ses cris que les marques sataniqnet ne rendent point insensible. Les juges ne voyant pas de preuves complètes que Michelle Chaudron ffit sorcière, lui firent donner la question, qui produisit infailliblement ces preuves ; cette malheureuse, cédant à la violence des tourments, confessa enfin tout ce qu*on voulut. Les médecins cherchèrent encoft la marque satanique. Ils la trouvèrent à un petit seing noir sur une de ses cuisses ; ils y enfoncèrent Taiguille. Les tourments de la question avaient été si horribles que cette pauvre créature expirante sentit à peine Taiguille; elle ne cria point : ainsi le crime fut avéré. Mais comme les mœurs commençaient à s'adoucir, elle ne fut bnilée qu'après avoir été pendue et étranglée.
« Tous les tribunaux de l'Europe chrétienne retentissaient alors de pareils arrêts. Les bûchers étaient allumés partout, pour les sorciers comme pour les héi-étiques. Ce qu'on reprochait le plus aux Turcs, c'était de n'avuir ni sorciers ni possédés parmi eux. On regardait cette privation de possédés comme une marque infaillible de la fausseté d'une religion.
« Un homme zélé pour le bien public, pour Thumanité, pour la vraie religion, a publié, dans uu de
écrits eo faveur de llnnocence, que les Iribe- Baux chrétiens ont condamné à la mort plas de cent mille prétendus sorciers. Si on joint à ces mu»cres juridiques le nombre infiniment sopérienr d'hérétiques immolés , cette partie du monde ne paraitra qu'un vaste échafaud couvert de bourreaux et de victimes, entouré de juges, de sbirei et de spectateurs. »
CommenUdre accompagnant l'édition des DiiAt eitUs peines (Paris, 1784), p. 41.
— « La sévérité, on plutôt la cruauté de cette cour (whéemique, établie par Charlemagne) allait jusqu'à punir de mort tout Saxon qui avait rompu le jeAue en carême. La même loi fut établie a Flandre et en Franche-Comté, au commencenent du dix-septième siècle. Les archives d'un petit coin de pays appelé Saint-Claude, dans les plus affreux rochers de la comté de Bourgogne, conservent la sentence et le procès-verbal d*exécutioi d'un pauvre gentilhomme, nommé Claude Gailloo, auquel on trancha la tète le 28 juillet 1629. Il était réduit à la misère, et, pressé d'une faim dè- Toraute, il mangea un jour maigre un morceai d'un cheval qu'on avait tué dans un pré voisin. Voilà son crime ; il fut condamné comme sacrilège. S'il eût été riche et qu'il se fût fait servir à souper pour 200 écus de marée, eu laissant mourir de faim les pauvres , il aurait été regardé comnke on homme qui remplissait tous ses devoirs. Voici le prononcé de la sentence du juge :
« Nous, après avoir vu toutes les pièces do pro- « ces, et oui l'avis des docleurs en droit, déclarons « ledit Claude Guillon duement atteint et couvainca « d'avoir emporté de la viande d'un cheval tué dans « le pré de cette ville , d'avoir (ait cuire ladite «< viande le 31 mars, jour de samedi, et d'en avoir « mangé, etc. >*
Id., ibid.y p. 51.
— « Naguère encore on punissait de mort, ei Anglf terre, la résidence des égyptiens (gi/ts^j bohémien») dans le royaume. prt>longée p^;ndant ux mois ; le fait d'aller déguisé dans les mines, la tentitive de détruire les ponts, la destruction des cerisiers dans le jardin de son voisin, et les dégradations d'un étang ayant pour résultat d'en (aire échapper le poisson (voy. 9, Georges I'*", c. 23;
8CIBKGE SOCIALE. 318
31, Georges II , c^ 42, etc.). En 1819, %f avait deox cent vingt-troû lois qui prononçaient {àfllËnf . de mort, et Ton y connaissait six mille a^t mit quatre-vingt-neuf espèces de délits. »
M. Édii.stand uu Mer il, Philoiop/tie du budget, t I, p. 37.
— •» Hors de la société civile , qu*un ennemi acharné vienne attaquer mes jours , ou que, repoussé vingt fois, il revienne encore ravager le champ que mes mains ont cultivé, puisque je ne puis opposer que mes forces individuelles aux siennes, il faut que je périsse ou que je le tue ; et la loi de la défense naturelle me justifie et m*approQve. Mais dans la société, quand la force de tous est armée contre un seul , quel principe de justice peut l'antoriser à lui donner la mort ? quelle nécessité peut l'en absoudre? Un vainqueur qui fait mourir ses ennemis captifs est appelé barbare! Un homme fait qui égorge un enfant quMI peut désarmer et punir, parait un monstre ! Un accusé que la société condamne n*est tout au plus pour elle qu'un ennemi vaincu et impuissant ; il est devant die pins faible qu^un enfant devant un homme fait.
« Ainsi , aux yeux de la vérité et de la justice, ces scènes de mort, quVIle ordonne avec tant d'ap* pareil, ne sont autre chose que de lâches assassinats, que des crimes solennels, commis, non par des individus, mais par des nations entières, avec des formes légales
« Il faut que la hii présente toujours au peuple le modèle le plus pur de la justice et de la raison. Si , à la place de cette sévérité puissante, calme, modérée qui doit les caractériser, elles mettent la colère, la vengeance ; si elles font couler le sang humain, qu'elles peuvent épargner et qu'elles n'ont pas le droit de répandre; si elles étalent aux yeux du peuple des scènes cruelles et des cadavres meurtris par des tortures , alors elles allèrent dans le cœur des citoyens les idées du juste et de l'injuste ; elles font germer au sein de la société des préjugés féroces qui en produisent d'autres à leur tour. L'homme n'est plus pour l'homme un objet si sacré : on a une idée moins grande de sa dignité quand l'autorité publique se joue de sa vie. L'idée dtt meurtre inspire bien moins d'effroi lorsque la
loi même en donne Texemple et le speelick;rW< rear du crime diminue dès qn*dle ne le ponil pUi que par un autre crime. »
Robespierre, A$iem6lée naUonaU^ mai 1791, Ditaanon $ur la peine de marL
— « L'assassin est-il le seul qui coure le rif* que de hAter la fin de sa vie? L*ofBcier dTÛ, le militaire, le simple citoyen ne doiTent-ils paiitn prêts à s'offrir à la mort plutôt que de trahir lein devoirs? C'est vous-mêmes qui le leur prescrirez; mais comment espérex-vous assouplir ainsi l'esprit des hommes et modifier leurs pensées ao poiit de les diriger à votre gré dans des idées cootn^ toires ? Quelle est votre position ? Vous d aveiqK la mort à offrir au crime et à la vertu; tous la montrez également au héros et à Tassassin : à Tah à la vérité , comme un devoir qui Tassocie à one gloire immortelle; à Tautre, comme un sappiice ignominieux. Mais c'est donc encore sur une distinction subtile et métaphysique que s*appaie au* quement le ressort que vous employez ; c'est dus 1 amour de Testime, dans la crainte du b]âae<i>e vous clierclftz à trouver le seul mobile qoidoil auimer les hommes ou les contenir (I). Vooiréusisscz sans doute pour Thomme vertueux (2), qao* peut aisément diriger par ce genre d'inâoeDoe; mais aussi vous échouez nécessairemeut contre k scélérat (3) : celui-ci ne voit que reffet matériel (k) daus votre supplice ; sa moralité ne saarait l'ittt'indrc (5) , Tiufamie ne le touche poiut (6); h peine pour lui n'est que la mort ; la mort s'est qu'un mauvais quart tt heure (7).
(1) Quand, la sociélé en est réduite à ce seul mobile; elle est pns d'expirer, dans les convulsions de l'anarchie.
(2) Ici, vertueux signitie : imbécile.
(3) Ici, scélérat signifie : un homme qui raisonne.
(4) Ils sont singuliers ces Messieurs ! Il serait curieux d'entendre l'un d'eux raconter ce qu'il a vu qui ne fût point matériel. Un effet imma* tériel, doit cire une bien jolie chose 1
(à) Et comment diable voulez-vous qu'elle l'atteigne, s'il n'est pas on sot; quand, vous-même lui apprenez : que, la moralité n'est qa'aM distinction subtile; une folie métaphysique?
(6) Il a raison : puisque, l'infamie n'atteint que le faible. C'est, du reste, pour s'y soustraire : qu'il a voulu être fort.
(7) Avec la consolation de ne pas avoir été un sot. Tandts, que «lu
SORICB SOCIALE. 317
• Je le demawie an pk» sacs pertîsuw de la peme de mort, qia'Us répoMkat aa dikase saivant : oa le foâérat est aficcié de Fidée de fialaaiie attadiée à eon sappiice, alors 3 est bica atile de la joindre à aa sapplke Tiraat et darable, car il 7 sera certaiacaMat plas teasible lonqa'îl ca ■era personadlesMat Tobtet, qae lersqae apr^ki eDe doit t'atiachcr à sa aiéaMMie (I); oa liiai fl ae sera pas afrccté de l'idée de Fiafaiaie; alors voaa èlcs forcés de coaircaîr qae la BMrt aVst plas poar lai <|a*aa acddeat coamaa à toas les koaiHcs ^ae lecriBKet la verla accélèreat égaletacat, et fai ae reaferme plas riea de péaal , plas rica de capable de répriaMr et de coalcair ()}. Il est doac éridcot , daas les deax cas, qae la pciae de Mort est Doa-sealesMat iaatile, auûs pca propre â féprimer le crisBe (3).
« Aiasi raisoBBe sortoat rkoauae qae Yotre loi a pour objet; aoa le dloyea qai est gaidé par la considératioa de ses deroîrs, aoo le Iripoa oa le TÎI escroc poar leqod d*aatres peiaes fMt dcatinées, auûs Tboaiaw sangaioaire et ftroce qai coaçoit au forCut et csicale froideaMat les sMjeas de Fezécaler : Toid celai qoe Toaa ■yr^fr* de la ssort poar le déioaner de soa criaM. Mais se vojrz- Toas pas qae eet boaioM est déjà lasiiltarisé avf c ridée de la mort et l'cffosioa da saog (4;? Vo« Bicaaces se saaraieat le retcair, et votre loi oiéaie Vj eoooarage^.. (Menaares.) L^borrear da a^artre dioiinae ea loi loriqo*il se dit à lai-aiéaK qa'îl s*ezpose à la oiéoie peine; ane sorte de coorage semble eaooblîr son crime et le rendre amas odieav à ses jeax (NoaTcant Bormares.) Si Montei
sur an champ de bataille; n'a, tonjoandaDi lliypotbèfe de irs, d*autre consolation : qae, sa folie.
voyez : que, ces Messiears croient ponvoir Caire des lois
aucane espèce de base religieuse. Aussi , leur code a , jolialtsé la société !
vous trompez. La peine de mort empêche : de parler; d*éûre eiaminer; et, de œ point de vue, cette peine atteint : le
(ail employer.
certain : que, du moment que l'examen est devenu ioeomla peine de mort, tend à rendre le pouvoir haïssable ; et son à rendre la société impossible. C'est, une belle alternadve ! lument comme un grenadier.
318 SCIEMGB SOGULB.
quiea oo Beccaria étaient en ce ntoment dus «Ui tribanc, je deoMuide qui aurait Tandace de ks isterrompie?
« Les luMOMncs, à la Térité, craignent tous la don* leur, et si vous voulez consentir à prolooger la mort par œa tourments raiBués que reufermeot les lois actuelles, peot-étre parviendrez-Tous à ins(Mrer aux assassius nn véritable effroi. Sans auan doute vous rejetteriez avec horreur cette idée, s'il était possible qu^elle vous fût présentée ; mtii par* là voua décidez en même temps 1 abulition de la simple peiue de mort, car Texpérience a prouvé que la mort, lorsqu'elle n'est que la mort en perspective, est insurfisaute pour réprimer, et qu'il fanty joindre pour cela des tortures et cet appareil dV trocité et de barbarie inventé contre les esclafeti lorsqu'on semblait avoir oublié qu'ils étaient des hommes.
« Cherchons donc ailleurs les moyens de répriiner les crimes.
« Je ne cesserai de la répéter cette vérité qa'oa semble mépriser parce qu'elle est trop simple : le premier de ces moyens et le plus efficace, c'est la justice, la douceur des lois et la probité du goa* vememeut (1).
« Le second est dans ces institutions locales (2] établies pour prévenir chez les hommes le déaespoir ou l'extrême pauvreté, source ordinaire des crimes. Je ne crains pas de le dire, tout cet appa> reil de peiue, ces lois, ces tribunaux, tous ces remèdes qui s*appiiquent aux effets ne sont rien pris de ceux qui vont à la source du mal (3}. Foumis-
(1) Organisez la société, de la manière la plus parfaite possible, quiot à la propriété; et, ne lui donnez point une base religieuse; vous D*aares fait qu'accélérer le développement de tous les crimes. L'unique moyea d'empêcher les crimes, chez c^ux qui ne sont pas fous; c'est, de leur prouver : que, toutes les fautes sont inévitablement punies. Quant aux ious, iltautétre fou : pour, en faire des criminels.
(2) Et pourquoi locales, s'il vous plait ?
(3) Donnez-les donc, ces remèdes, législateurs malencontreux; et» M nous anmsez point avec des paroles insolites ! La peine de mort B*aé inventée : que, pour suppléer à ces remèdes que l'on n'a jamm Cherchez ces remèdes, puis rendez la malade capable de ka preadn;
ce». Ce droit monarchiqac fut conservé par la loi des doaze tables dans toas les âges de rancienne Rome : patri f ami lias jus vitte et necis in Uberos esto; le père de famille a sur les enfants droit de vie et de mort (1). »
Vxco, Philosophie de l'histoire^ t. I, p. 370.
— Étudions l'effet : que, rinstruction, ou plutôt les discussions de 1 époque, doivent produire : relativement au droit de vie et de mort.
Pour faciliter cette étude, séparons, en deux classes, ceux sur lesquels les discussions peuvent agir. Nous I placerons dans la première : ceux, qui ne reconnaissent d'autorité que le raisonnement ; c'est-à-dire, en époque de cohtestabilité : que, leur propre raisonnement ; et, lui soumettent tout : même, les révélations. Nous placerons dans la seconde : ceux, chez lesquels une révélation ou un préjugé quelconque, a été inculqué : soit, par l'éducation ; soit, par une fausse instruction ; comme étant la vérité. Cette révélation, ou même ce préjugé, devient ainsi un sentiment, auquel, comme à un critérium, ils assujettissent toute espèce de raisonnement. Nous appellerons la première classe rationnelle ; et, la seconde sentimentale : quoique la première soii sentimentale ^ toutes les fois qu'elle se soumet à un sophisme, à un préjugé ; et, que la seconde soit rationnelle en ce que, tout on se SQumettant à sa révélation ou à son préjugé ; elle croit néanmoins avoir KAisoN de s'y soumettre.
(I) Aussi longtemps : que raolhropomorpbismc et l'aliénalion du sol à des individus ne^ont point anéantis ; Tordre social ne peut avoir de base : que, le droit de vie et de mort, exercé parles gouvernants, sur les gouvernés.
320 SCIENCE SOCIALK.
Le prétendu droit naturel est indéterminé : conme, tout ce qui est contestable. Tout prétendu droit révélé, est également indéterminé : du moment, qu'il est cootesté ; et, il est nécessairement contesté : du moment, qu'il est examiné.
Quand, Tanarchie est comprimée; quand, une force sociale existe ; ces deux prétendus droits sont unis par cette force. Leurs expressions se contredisent i chaque instant. Mais, la force, qui les unit, les base pour ainsi dire : sur la contradiction même ; elle fait ^ admettre le principe credo quia absurdum; principe, en dehors duquel, il n'y a, en effet, aucun ordre possible ; pendant, toute l'époque d'ignorance.
Faisons ressortir : quelques-unes des contradictions que nous avons indiquées : en exposant la pratique sociale.
In chef de brigands, non encore reconnu : pour exercer son métier, sous la protection des droits unis; vous enrôle, pour l'aider à rançonner : soit sur les grands chemins ; soit dans les villes ; soit dans les villages; selon sa propensité à choisir ses champs d'eIe^ cice.
Supposez : que, ce chef soit un nouveau Romains; dont, tous les grands hommes, des siècles futurs, se vanteront peut-être : d'être les successeurs. Sous ce chef, vous tuez ; ou même, vous ne tuez pas. Si vous êtes pris par les protégés des droits unis ; vous eles : guillotiné, fusillé, pendu, roué, empalé, ott scalpé et mangé : selon l'humanité ; selon la civilisation du pays où vous travaillez. Pourquoi? Parce qu'A .
SGIEiNCE SOCIALE 33 1
natérialistes. Ici, nous plaçons les religieux en tèle; parce qu'aussi longtemps : que, l'instruction actuelle n'est point généralement répandue ; il y a par éducation, par sentiment ; plus de religieux, que de matérialistes.
La division religieuse protège la peine de mort en théorie, parce que sa révélation a dit : Si quis aliqxiem inierfecerit^ volens occidere^ morte moriatur. Mais, le protestantisme philosophique qui de jour en jour envahit cette division ; lui fait , petit à petit, rejeter cette maxime avec le Stasol de Josué; sous prétexte : que, les explications bibliques doivent varier avec les époques. La division matérialiste rejette la peine de mort en théorie. Mais, comme elle est de la dernière poltronnerie, pour ce qui concerne la conservation de ses inté- ^ts d'argent (1), elle trouvera des circonstances atténuantes, pour sauver un parricide ; et, fera exécute^ sans pitié un garçon épicier qui aura volé, avec effraction, une simple caisse de chandelles.
Mais, la peine de mort n'a pas été inventée : pour protéger le suif ou la chandelle. Elle Va été : pour anéantir , à mesure qu'il paraît , tout protestantisme leligienx ; et, pour rendre, ainsi, la société possible.
(1) NoQS avons déjà dit : que, Vex pression intérêt matériel ^ était mauîaisc; parce qu'il n'y a aucun inlérét, qui ne soit matériel ; même à fommencer, par celui du prétendu paradis. Nous nous servons donc ici i'ooe antre expression. H nous est cependant arrivé et il nous arrivera encore de faire usage de l'expression que nous venons de condamner. C'est, ainsi que nous l'avons fait remarquer plusieurs fois : qu'il est bien difficile de se soustraire, complètement, aux influences d'une mau' vaise éducation. Quand nous manquerons, que nos lecteurs aient la koBté de nous corriger.
s'est agi seulement : de la détermiDation d'un protégé des droits civils. Poursuivons notre examen, relativement à la jouissance de la protection.
De même, que les enfants s'amusent à voir refr verser des capucins de cartes ; de même, les protégés du droit naturel et d*un droit révélé aiment à Toir tuer des hommes. Aussi, et le plus souvent qu'il est possible, en rassemblent-ils : des cent milliers, qu'ils placent vis-à-vis les uns des autres, en leur donnant de part et d'autre, tous les moyens de destructia que, depuis son origine, l'humanité a pu inventer. D'abord, eux se mettent à l'abri. Puis, ils disent a© massacreurs payés : de s'entr'égorger à outrance. Et, ceux-ci obéissent avec un plaisir, qui enivre de délices : les protégés du droit naturel et d'un droit révélé.
Convaincus : du bonheur que l'homme goûte, à voir tuer de sang-froid son semblable ; les protégés dn droit naturel et d'un droit révélé, ont souvent voulu procurer ce bonheur, même aux gens du peuple; pour les récompenser : des jouissances que, ceux-ci procurent à leurs maîtres. Néron fait illuminer ses jardins: avec des milliers de chrétiens goudronnés ; et, le dément Titus fait étrangler, en deux heures : cinquante* quatre mille Juifs par des lions et des tigres.
Passons à la détermination du bien et du mal, rela* tivement : au droit naturel, uni à un droit révélé.
Vous commettez un fait parfaitement déterminé: par exemple un sacrilège, un assassinat, un acte d'an* thropophagie, un inceste, un meurtre, un suidde, eto-
8CIENCB SOCIALE. 323
Et, selon que vous vous trouvez géographiquement placé; vous êtes : ou selon le droit naturel et selon un droit révélé ; ou contre le droit naturel et contre un àtoii révélé. Vous commettez un fait plus ou moins indéterminé. L'un place ce fait dans le droit naturel et selon un droit révélé ; l'autre le place : en dehors da droit naturel, et contre ce même droit révélé.
Vous paraissez devant douze hommes, qui vont décider à laquelle de ces qualiGcations appartient le fait fDe vous avez commis, et auquel souvent eux-mêmes Be comprennent pas davantage : qu'un Kamtchadale ne comprend le basque. Pendant, ce même temps: ti^is ou quatre cents autres décident ; ou, ont décidé : qnel est le nombre de voix, strictement nécessaire : pour rendre vrai, ce qui est douteux. Minuit sonne, 9n moment relatif à la transition d'une législation à iine autre; et, ces douze prononcent. Vous n'êtes ni ÎQDocent ni coupable. Y a-t-il une seconde de plus? ^oas êtes contre le droit naturel et contre un droit térélé. Y a-t-il une seconde de moins ? vous êtes ini^centé.
Deux hommes se rencontrent dans une forêt : l'un diargé de pain, ou de ce qui en procure; Tautre de Dnisère et d'enfants. Le dernier veut avoir du pain; 'e premier refuse. Le combat s'engage. Le pauvre est Lue. Le riche sera-t-il pris? Non : c'est, la famille du ;Kiuvre, qui sera traînée dans les cachots!
Deux hommes se rencontrent au bois de Boulogne.
L'un a volé à-l'autre : tout ce que celui-ci a de plus
dier, de plus précieux. Et cela : par une multitude
32 i SCIEffCB S0€1ALB.
(Je moyens, que la loi ne frappe point; el, que le public reconnaît inévitablement. Le combat s'engage. Le volé est tué. Et, par cela seul, que le volé est lue; le voleur se trouve innocenté. Jadis le droit révélé, sanctionnait même ce jugement ; qui, alors, était dit de Dieu. Aujourd'hui, ce jugement n'est plus sanctionné : que, par le prétendu droit naturel.
Quelle est donc Torigine de contradictions aussi bizarres ?
Otte origine , nous l'avons déjà dit, et nous ne pouvons trop le répéter; est : Tignorance primitive, encore existante, qui fait nommer droi(, par les despotes : tout ce qui est nécessaire à Texistence de l'ordre; quelque mal que ce droit puisse causer aux esclaves ; ou, en d*autres mots : quelque irrationnel que puisse être co droit, lorsqu'il est rationnellement examiné : au point de vue des individus.
Voyons, maintenant : si, le pouvoir de disposer de la vie de l'homme, peut être érigé en droit.
Distinguons d'abord les deux époques : d'ignorance et de connaissance.
Pendant Tépoque d'ignorance, Tordre social repose exclusivement ; sur le despotisme; le despotisme, sur le pouvoir de disposer de la vie de l'homme, érigé en droit. Pendant, l'époque d'ignorance, le pouvoir de disposer de la vie de l'homme, doit donc être érigé cd droit; ou, l'humanité n'a de droit : que, celui de s^ laisser mourir; ce qui est absurde.
Dans l'époque de connaissance, l'âme est démontrée : être éternelle; être immatérielle. L'existeoce
SClEïfCB SOGULE. 335
Voici ce qa'on lit dans la Gazette des trihunavw du ]2juinetl845:
Xa Jwtkt disciplinaire m Algérie,
« Le National signalait il y a quelques jours les châtiments odieux infligés à nos soldats dans qaelques-uns des corps de l'armée d'Afrique , châtiments d*ane nature telle, que plusieurs de ceux qui les ont suhis aunient dû être amputés^ et que d^autres auraient succombé. En publiant Ces faits^ le National demandait que, pour l'honneur de l'administration nilitaire, une prompte explication fût donnée à cet égard. Cette réponse n'est pas pas tenue ; les faits n'ont été ni démentis ni expliqués.
«Noos ne toulons pas prendre ce silence de l'adrainislration comme un •vea de tous les récits qui circulent sur les excès imputés à la justice milittM dé l'Algérie^ mais il ne nous permet plus d'hésiter à publier les femeignements qui nous ont été transmis à nous-mêmes.
« On sait qu'indépendamment de la répression régulière à laquelle est
loomis le soldat parla loi pénale, il y a, il doit y avoir une répression
disciplinaire abandonnée h l'appréciation des supérieurs , et qui est pro-
P<Mionnée à la nature des infractions, à leurs conséquences, aux circons-
traces particulières dans lesquelles elles se produisent. On sait quelle est,
^n général, sur le continent, la nature de ces peines disciplinaires. Voici
celles que l'on ne craindrait pas d'appliquer en Algérie : nous ne parlons
^ue des plus graves , et nous leur conserverons les noms que , dans sa
'^îfeté brutale, leur donne le langage disciplinaire.
ft£e sont :
f Le silo;
c La barre;
eLa crapaudine;
€ Le clou au rouge et au bleu.
« Voici en quoi consiste chacune de ces peines, ou plutôt de ces tortures :
« Le silo. — On appelle silo une fosse profonde dans laquelle on descend les hommes coupables d'infractions à la discipline militaire. Le silo est le premier degré de Téchelle de cette pénalité exceptionnelle ; il vient «près la salle de police et la prison. Dans l'espace étroit qui forme le fond de celte fosse , les condamnés peuvent rarement s'asseoir ou se coucher , car presque toujours leur nombre est considérable. En été, on y étoulfe, car rien n^y girantit contre les ardeurs d'un soleil brûlant; en hiver, on y a de Tean, ou plutôt de la houe, jusqu'aux genoux ; en tout temps, les insectes, les immondices qui y sont accumulés, éh font un cloaque infect» Qnelqoefois des condamnés sont descendus dans cette fosse tout nus, à poU (c'est l'expression consacrée) . Ceux qui ont conservé leurs vêtements