IV
34 SCIEKCE SOCIALE.
— Le premier signe n'est pas un être ; et, ne doq8 donne rien du tout. Le premier signe est inventé par rame ; et, TAme s'en sert : pour en acquérir d'autres. Nous ne disposons pas, non plus, de notre attention; nous sommes attentifs. Toutes ces manières de parler seraient pardonnables à un matérialiste ; dans la bouche d'un spiritualiste, elles sont ridicules.
— (( ... est, continae Condillac, le plus faible qa^il soit possible. Miif, tel qu*il est, il commence à Caire sentir l'ayantage des signes, et par co^ séquent il est propre à faire saisir au moins quelqu'une des occasions où il peut cire utile ou nécessaire d'en inrenter de nouveaux. Par ce moyen, il augmentera rcxcrcice de la mémoire et de Timagination ; dès lors, b réflexion pourra aussi en aroir davantage. . • »
— Dites donc le raisonnement ; et, tout le moode vous comprendra. Cette rage de toujours chercher à embrouiller les choses I Et rien, n'est plus propre i embrouiller : que, cette mauvaise distinction entre !&-> réflexion et la raison. Du reste, convenons : que, Coadillac est, de tous les philosophes, celui qui a parlé le plus clairement ou le moins obscurément. Dans notre jeunesse, nous avons été idolâtre de Condillac ; que, nous nous imaginions : être d'une lucidité parfaite. 11 nous a fallu bien du temps et du travail : pour nous guérir de cette idolâtrie.
— « .•• et, continue Condillac, réagissant sur Timagination et la mémoire qui Tout produite... >•
— Comment ! la réflexion ou la raison est le produit des signes ? Les signes arrivent donc sans raison ? 11
faut être fou pour avancer de pareilles choses. Signe, idée, raison, apparaissent en même temps et avec le temps. Un signe est une idée, une raison, une existence dans le temps ; une idée est un signe, une raison, une existence dans le temps ; une raison est un signe, une idée, une existence dans le temps ; une existence dans le temps est un signe, une idée, une raison. Essayez donc de trouver : une existence, dans le temps, qui ne soit pas ces trois choses !
— il ...elle leur donnera à son tour, continue Gondillac, un nouvel exercice. Ainsi, par les secours mutuels ([iic ces opérations se prêteronf... »
— Allons ! nouvelle calembredaine. Des opérations ne sont pas des êtres et ne se prêtent pas de secours. C'est, rame qui opère, elle seule, exclusivement seule, lorsqu'elle est unie à un organisme, etc.; et, si elle n'opère pas essentiellement seule ; s'il est un être audessus d'elle; si un anthropomorphe existe; elle n'opère plus, elle fonctionne. D'ailleurs, l'âme n'a pas d'opérations au pluriel ; elle n'en a qu'une, une seule, exclusivement une : raisonner. Là, où le raisonnement n'existe plus, l'homme disparaît, il n'y a plus que la bête.
— « ... elles concourront réciproquement à leur grc, » continue Conilillac.
— Comprenez-vous cela?
— a Si, poursuit Condillac, en rcfléchisçant sur les faibles commencements de ces opérations, on ne voit pas d'une manière assez sensible Tin*
flucnce réciproque des unes sur les autres , on n*a qu^à appliquer ce qof je viens de dire à ces opérations considérées sous le point de perfection où nous les possédons. Combien , par exemple , n*a-t-il pas Tallu de réflexions pour former les langues! »
— Qu'est-ce que vous nous chantez ? Est-ce qu'un signe n^cst pas une langue? Quant au temps et à la civilisation, nous vous avons cité M, de Chateaubriand qui ne vous donne pas la langue huronne comme audessus de toutes les autres ; mais, qui vous prouve : qu'elle Test incontestablement. La perfection du langage dépend des besoins qu'on éprouve. L'humanité n'a pas eu encore besoin d'un langage, précis; et jusqu'àprésent, elle a parlé une langue de fous. L'anarchie va bientôt lui faire sentir, qu'il est nécessaire de donner aux mots des valeurs : qui, soient déterminées ; et, non absurdes. Cette nécessité ne sera pas plutôt reconnue : (|ue, son langage deviendra mathématique.
— (( Et, continue Condillao, de quel secours les langues ne sont-elie» pas à la réilcxion? »
— Eh grand Dieu! dites donc à la raison. Puisi reconnaissez : que, parler et raisonner, c'est une seule et même chose. Cela, vous fera connaître, enmêmetemps: que, tout votre livre est une perpétuelle tautologie.
Plus loin Condillac dit :
— « Il n'est pas douteux qu'on ne puisse, selon la ma- « nière dont on voudra concevoir les choses, multiplier « plus ou moins les opérations de l'âme ; on pourrai* « même les réduire à une seule, qui serait la consrienrf\ • — Dîtes donc : que, l'homme se borne exelusîvemen'. â
SCIENCE SOCUEftS. 39
< nous, nous recevons différentes idées par les sens ;
• et selon que nous réfléchissons sur les opérations a que les sensations occasionnent dans notre âme,
• nous acquérons toutes les idées que nous n'aurions ■ pu recevoir des choses extérieures. »
Voilà les contradictions dans lesqu^6& on tombe quand on écrit avant d'avoir des idées claires.
— « Quant aux antres, continue Condillac, tels que les bétes^ ils n'ont qne des sensations et des perceptions... »
— Une perception, une sensation dans le temps est accompagnée de l'idée : je suis modifié de telle manière. Si, les bêtes ont des perceptions, elles raisonnent. Alors, pourquoi, si elles raisonnent en dedans, ne raisonnent^elles pas au dehors? Si, elles raisonnent bas, pourquoi ne raisonnent-elles pas haut ?
— « Ce qui, continue Condillac, n*est pour eux qu'une perception, devient idée à noire égard par la rcQexion que nous faisons, que celte perception représente quelque chose. »
— Et, pourquoi les bêtes ne réfléchiraient-elles pas ? Parce que leur âme n'est pas capable de réfléchir, n'est-ce pas? Jolie réponse!
•— « Nous voyons, continue Condillac, dans ce jeune homme (i).. quelques faibles traces des opérations de Tâme^ continue Condillac ; mais si on excepte la perception , la conscience , Tatlenlion , la
(1) Un jeune sourd-muet de naissance qui avait recouvré l'ouïe à vingt-trois ans.
— A ... ne 8*acquerrait-il , continue Gondillac^ ijuepar Tusage des signes?
« Je réponds que je salisferai à cette difficulté lorsqae je domierû Yhktoire du langage. »
— Condillac n'a nullement répondu à cette objection, d'une manière satisfaisante. Et, en admettant ce qu'il donne comme vrai; il pourrait lui être demandé: pourquoi les animaux ne parlent-ils pas comme les hommes? La réponse : que, leur âme est inférieure à la nôtre ; n'est bonne : que, pour satisfaire des enfants. Nous donnerons, du reste, la solution de Condillac.
— « Il me suffit ici, continue Condillac, de £aire connaître qu'elle le m*a pas échappé. (Sect. 2, § 42)
« J*ai encore une remarque a faire sur les mots dUdée et de noIkÊ; c'est que le premier signifiant une perception considérée comme imige, et le second une idée que l'esprit a lui-même formée, les idées et les notions ne peuvent appartenir qu'aux êtres qui sont capables de réflexion. »
— Cela signifie : qu'après le développement du verbe ; puisque, la réflexion n'a lieu : qu'après l'existence des signes réels. Alors, pourquoi Condillac a-t-il dit : « Considérons un bomme au premier moment de « son existence, son âme éprouve d'abord différentes « sensations telles que la lumière, les couleurs, la « douleur, le plaisir, le mouvement, le repos : voilà « ses premières pensées? » Est-ce que des pensées ne sont pas des idées?
Et plus loin :
« Ainsi, selon que les objets extérieurs agissent sur
lentioD^ réminiscence et imagination? A rien du tout. Dès, que Tanimal obéit à une règle, il se conserve; que \oulez-vou8 de plus. C'est, par instinct que des plantes aquatiques viennent se féconder hors de l'eau. Que feraient de plus vos opérations, sans réflexion ?
— « n imiterait les ours en tout , continue Condillac , aurait un cri à peu près semblable au leur, et se traînerait sur les pieds et sur les mains. Nous sommes si fort portés à Pimitation, que peut-être Defcartes^ à sa place, n'essayerait pas seulement de marcber sur les pieds. »
— Si, Condillac avait étudié plus d'anatomie et moins de folies métaphysiques, il aurait reconnu : que, la position verticale est naturelle à Thomme, du moment qu'il est capable de marcher.
— a Mais quoi! medira-t-on, poursuit Condillar, la ncccs>ité de pourvoir à fes besoins et de satisfaire ses passions ne tuffira-t-clle pas pour développer toutes les opérations de son âme?
« Je réponds que non, parce que tant qu*il vivra sans aucun commerce avec le reste des hommes, il n'aura point occasion de lier ses idées... o
— Il aura donc des idées. Pourquoi, alors, dites-vous : que, les idées ne peuvent exister: que, pour l'être capable de réflexion? Le capable signifie-t-il : capable dans l'avenir, capable dans de certaines circonstances données? Vous avez dit : que, les premières sensations^ avant le verbe, sont des pensées. Et, si même ce que vous dites était admis; alors, pourquoi les animaux, non isolés, ne parlent-ils pas? Toujours : parce que, leur âme est inférieure à la nôtre, n'est-il pas vrai ? Vous pouvez donner cette raison pour la toute-
40 SCtBNCE SOCIALE.
réminisccuce et rimagination, quand elle irest poiot eucore en iMlre pouvoir, on ne trouvera aucun vestige des autres dans quelqu'un qui aurait été privé- de tout commerce avec les hommes , et qui, avec deio^ gaucs s.iins et bien constitués, aurait, par exemple, été élevé parmi des ours. »
— 11 n'y aurait rien d'excepté pour cet homme, (londillac convient : qu'élevé isolément, il n'aurait pas Tusage du verbe. Or', avant le verbe, le temps n'existe pas; et Tâme peut exclusivement agir dans le temps. Auparavant, il n'y a que la bète, qui est dirigée par l'organisme ou l'instinct, ce qui e§t une seule et même chose. Du reste, Condillac va le dire.
— «Presque saus rémrnisceuce, continue Condillnc, il passerait souvent par le même état sans reconnaître qu*il y eût été. »
— 11 ne le reconnaîtrait jamais : par la raison que, pour reconnaître, il faut connaître ; et, qu'avant le Aerbe, il n'y a pas de connaissance.
— « Sans mémoire , continue Condillac , il n'aurait aucun signe pour suppléer à l'absence des choses. N'ayant qu*UDe imagination dont il ne pourrait disposer, ses perceptions ne se réveilleraient... »
— Pour se réveiller il faut s'endormir ; et, avant le verbe, il n'y a pas de perception.
— « ... qu'autant, continue Condillac, que le hasard lui présenterait uu objet avec lequel .quelques circonstuuces les auraient liées; enfin, sant réflexion, il recevrait les impressions que les choses feraient sur ses seus^ i't ne leur obéirait que par instinct. »
— Alors, à quoi servent, perception, conscience, at-
>cii:n(;e soci.uj:. 1!
lention, réiniiiisceiice et imagination? A rien du tout. Dès, que l'animal obéit à une règle , il se conserve ; que voulez-vous de plus. C'est, par instinct que des plantes aquatiques viennent se féconder hors do l'^au. Que feraient de plus vos opérations, sans réflexion ?
— « Il imiterait les ours en tout , continue Condinac , aurait un cri à V<iu près semblable au leur, et se traînerait sur les pieds et sur les mains. NoDs sommes si fort portés à Timitation, que peut-être Defcartes^ à sa pisce, n'essayerait pas seulement de marcber sur les pieds. »
— Si, Condillac avait étudié plus d'analomie et moins de folies métaphysiques, il aurait reconnu : que, la position verticale est naturelle à Thomme, du moment qu'il est capable de marcher.
— « Mais quoi! me dira-t-on, poursuit Condillac, la nécessité de pourvoir à .«es besoins et de satisfaire ses passions ne suffira-t-elle pas pour déTeloppor toutes les opérations de* son âme?
« Je réponds que non, parce que tant qu'il vivra sans aucun commerce avec le reste des hommes, il n'aura point occasion de lier ses idées... »
— 11 aura donc des idées. Pourquoi, alors, dites-vous : que, les idées ne peuvent exister: que, pourrôtro capable de réflexion? Le capable signifie-t-il : capable dans l'avenir, capable dans de certaines circonstances données? Vous avez dit : que, les premières sensations, avant le verbe, sont des pensées. Et, si môme ce que vous dites était admis; alors, pourquoi les animaux, non isolés, ne parlent-ils pas? Toujours : parce que, leur âme est inférieure à la nôtre, n'est-il pas vrai ? Vous pouvez donner cette raison pour la toute-
puissance de Dieu ; c'est, qu'il a une âme supérieure a la nôtre. Mais, faites-y attention : pour parler, sdon vous-même, il faut être deux. Si, votre Dieu est seul il ne parlera pas; et, s'ils sont deux : comment B'a^ corderont-ils ?
— (f ... de lier ses idées, continue Condillac, à des signes arbitraires. Il sera sans mémoire , par conséquent son imagination ne sera point en son pouvoir; d'où il résulte qu*il sera entièrement incapable de réflexion. 9
— C'est-à-dire de raison. Voilà, Tétat du Dieu anthropomorphe ; si même, on accordait la possibilité de son existence. A la vérité, Condillac dit : qu'avant le péché 'originel , les âmes parlaient toutes seules. Par conséquent, l'anthropomorphe peut aussi parler seul. Mais, une fois le péché originel admis; la raison se sauve et devient muette.
— c( Je suppose, continue Condillac, qu'un monstre auquel ilt^u dévorer d'autres animaux... p
— Il a VU est une expression inexactCi un figuré j)ris pour un propre. Avant le verbe, l'homme ne voit [)as au propre, intellectuellement. Voir, intellectuellement; c'est, raisonner; et, avant le verbe, le raisonnement n'existe pas encore. Pour être exact, il faudrait (lire : qu'un monstre a dévoré devant son organisme.
— a ... ou^ continue Condillac, que ceux ayec lesquels il vit lui ont appris à fuir... v
— Autre inexactitude ; mais, celle-là est impardon-
uable : parce que, l'expérience pouvait l'instruire. Un animal, élevé dans Tisolement d'animaux de son espèce, fuit devant son ennemi, comme s'il avait été élevé au milieu de mille autres. La souris, fuit devant le chat; l'oisillon, devant ^éper^•ier; par effet d'organisme, par instinct.
— c ... vienne à lui , continue Condillac; celte vue attire son attention... »
— Avoir de l'attention, c'est raisonner. Dire :que, l'enfant, au sein de la mère, a son attention attirée par lés cabots de la voiture, dans laquelle peut se trouver sa mère; est absurde. Avant le verbe, il n'y a pas d'attention proprement dite.
— « ... réreille, continue Condillac, les sentiments de frayeur... »
— Avant le verbe , il n'y a pas de frayeur proprement dite. L'enfant n'a pas peur : quand il est caboté dans le sein de sa mère ; et, que sa mère est prôte à tomber. Avant le verbe, il n'y a que des répulsions ou des attractions. C'est, seulement après le verbe : que, les différentes répulsions et les différentes attractions sont distinguées. L^n cheval fuit devant un cheval mort. Dira-t^n : que, c'est la crainte des revenants, qui le fait fuir?
— «... qui, continue Condillac, sont liés avec l'idée du monstre... u
— Voilà qui est clair : l'homme a des idées avant le
ii SCIENCE SOCIALE.
verbe. Et pourquoi? Parce que son âme, dansTaveuir, sera capable de réflexion. Et Tanimal? Ohl l'animal, dans le même cas, n'aura pas d'idées. — Et pou^ (juoi ? Parce que son âme est d'une nature inférieure. Dites-nous donc : si, cette manière de raisonner diffère de celle des théologiens?
— « ... et, coiilîiuic Condillnc , le disposent à la fuite. 11 écliAppeà i'et ennemi, mais le tremblement dont tout son corps est agité lui en conserve quelque lenips Tidéc préseule. »
— Encore Tidée !
— 0. Voilà, poursuit Condilluc, la contemplation.»
— Et^ si c'était une poule, qui se fût trouvée en face d'un renard, serait-elle en contemplation? Oh! non, dit -Condillac. Les bêtes n'ont que la perception, etc., etc. — Et, pourquoi la poule ne contemplet-cUe pas? — Parce que son âme est inférieure à celle de rhomme. Peut-être aussi, l'âme de la poule est inférieure à celle du chien. Sans cela nous aurions la perception, la conscience, l'attention, la réminiscence^ et l'imagination des éponges ; puis, comme la distinction des règnes est purement scolastique, nous aurons la perception, la conscience, etc., etc., des laitues, des écritoires, etc., etc. Alors M. de la Mennais a raison : tout parle.
— « Peu après, continue Condillac, le hasard... »
8CIENCE SOCIALE. 45
— Le Inot hasard est vide de sens ; un homme de science ne doit jamais s'en servir. N'empiétez pas sur le domaine des poëtes.
— «... le conduit , continue Condillac, dans le même tien; Tidée du ico... »
— Encore l'idée !
— (C ... réveille , continue Gond illac, relie du monstre avec laquelle îlle s^élaît liée : voilà Timagination. Enfîn, puisqu*il se reconnaît pour le nême être qui s'est déjà trouvé dans ce lieu... »
— Se reconnaître pour le même être qui a déjà été ians le même lieu! Et, tout cela sans raisonner! En vérité il vaut mieux être reconduit aux carrières : que, d'admettre de semblables balivernes.
— « ... il y a encore en lui, continue Condillac, réminiscence, etc.,
a Je n^avance pas de simples conjectures. Dans les forêts qui confinent la Lithuanieel la Russie,, on prit, en 1694, un jeune homme d'environ dix ans, qui vivait parmi les ours ; il ne donnait aucune marque de raison, marchait sur ses pieds et sur ses mains... »
— Ce point est attesté comme les miracles du diacre Paris. La conformation de Thomme ne lui permet pas de marcher à quatre pattes, aussitôt qu'il peut se tenir debout. Le chimpanzé est encore éloigné de l'organisation osseuse de l'homme; et, cependant, la plus grande partie du temps qu'il est à terre, il marche : sur ses mains de derrière.
— «... iravait, continue Condillac, aucun langage, et formait des sons qui ne ressemblaient en rien a ceux d^un liomaM ; il fui lMk|leiifi avant de pouvoir proférer quelques paroles : encore le fit-il d'une minière bien barbare. Aussitôt qu'il put parler, on l'interrogea sur son premier état, mais il ne s'en souvint non plus que nous nous sourenons decetpii nous est arrivé au berceau. »
— Et, pourquoi ne pas dire : au sein de la mère, voire même au premier moment de son existence, puisqu'alors il a des pensées? Et, le serin, avant que le jaune dans lequel il se trouve ne soit environné de blanc ; avant qu'il ne soit dans sa coque ; a-t-il aiuai : perception, conscience, attention, etc.?
— « Ce fait , continue Gondillac , prouve parfaitement la Térité de ce que j'ai dit sur le progrès des opérations de Tàme. 11 était aisé de prévoir que cet cnfaut ne devait pas se rappeler son premier-état. Il pouvait en avoir quelque souvenir... »
— Quelque souvenir? Et, avec quoi donc, puisque vous dites : qu'avant les signes, il n'y a pas de mémoire.C'est bien joli, un souvenir sans mémoire ! Quand on est sur le chemin de l'absurde, il faut trébucher à chaque pas. Anthropomorphisme ou prétendue philosophie; c'est, folie de part et d'autre. Si, cependant, il faut choisir : l'anthropomorphisme est préférable. Vaut mieux goujat debout qu'empereur enterré; et, la prétendue philosophie ; c'est : la puanteur des sépulcres.
— a ... au moment qu'on l'en relira, continue Condillac; maif ce souvenir, uniquement produit par une attention donnée rarement, et jamais fortifiée par la rédexion, était si faible, que les traces s*en ellacèresl pendant rinlervallc qu'il y eut du moment où il commença à se faire des
i'Iées... »
SClBIfCB SOCIALE. 47
— Comment, comment? Mais, selon vous, Thomnic a des idées avant le verbe ; il avait des idées dans le bois, toujours selon vous.
•—«... à celaî, pourrait Gondillac , où l'on put lui ftire des que^ tions. Bo rapposantf pour épuiser toutes les hypothèses... »
— Des hypothèses ! Au moral il n'en est qu'une seule d'utile : c'est, que l'homme est capable de moralité, capable de raisonner, réellement et non illusoirement ; c'est, l'hypothèse qu'il n'est pas une pure machine, qu'il existe en lui un être réel, éternel, etc. Et, jusqu'à ce que cette hypothèse soit démontrée Ctrc ime vérité, toute affirmation est une sottise,
— « ... qu'il se fût encore sonvenu du temps qu*il fivait dans les forêts , continue Condiliac , il n'aurait pu se le représenter que pnr les perceptions qu'il se serait rappelées. »
— Quel galimatias! Et, comment veut-il qu'on se rwpeile : si, ce n'est par des perceptions? Est-ce que, pour Be rappeler une chose, le signe ne doit pas en Itare perçu ? Où donc en sommes-nous ?
— a Ces perceptions, continue Condiliac, ne pouvaient être qu'en po- % nombre. »
— Encore une millième fois, et peut-être ce ii'osL pas assez : avant le verbe, il n'y a pas de perception. La perception n'existe que dans le temps; et, vous allez
dire vous-même : qu'avant le verbe, il n'y a qu'éter-
ai té.
— n Ne se souvenant point, continue CondilUc, de celles qui Ici avaient précédées... »
— Et pourquoi donc? Vous venez de dire : qu'il pouvait avoir quelque souvenir. Est-ce que quelque signifie : rien du tout?
— « ... suivies ou interrompues, continue Condillac, il *ne se serait point retracé la succession des parties de ce temps. »
— Et, il aurait pu avoir quelque souvenir? Un souvenir, qui n'existe pas dans le temps, est une bien jolie chose !
— « D*où il serait arrivé, continue Condillac, qu*il n*aurait jtmais i soupçonné qu^elle ait eu un commencement, cl qu'il ne l'aurait cepen- 7 Hant envisagée que comme un instant. En un mot, le souvenir coofos... •
— Condillac dit: que, des idées confuses ne sontpas (les idées; il aurait dû ajouter : que, des souvenirs confus, ne sont pas des souvenirs.
— «... de son premier état , continue Condillac , l'aurait mis h^ l'emlmrras de s*iuiagiiier d'avoir toujours été, et de ne pouvoir te rep senter son éternité prétendue que comme un moment, cte » ^
— Voilà l'éternilé, avant le verbe, reconnue, p|^ Condillac. Or, le temps et rélernité sont incompatibles; et, la perception, la conscience, l'attention, la réminiscence sont exclusivement relatives au temps. Comment Condillac n'a-t-il pas remarqué : que, toutes les opérations de l'âme, avant l'existence du verbe, ne sont ; que de pures folies ?
— « L'illnttre seerétaire de rAcadéfliie des scieaecf , contûiBe dm- «yiUe, a fort bien remarqué qne le plus grawi foads des idées des nés est dans leur commerce rédproqae. •
— L'illustre secrétaire de l'Académie des sciences, aurait bien dû porter son illustration, jusqu'à reconnaître : que, la société est la source exclnsire des idées ; et, que l'homme, élevé dans l'isolement, en est absolument privé.
— « Celte Térité développée , coalnne CoadiUae, atbrwcra de mer toat ce qœ je Tiens de dire.
« J*ai distingué trois sortes de signes : les signes aeddenleb, ks signes mtnrels et les signes d^institntion. Cn enfant élevé parmi les onrs n*a qne le secours àt$ premiers. *
— Des accidents dans l'éternité ! N'est-ce pas que c'est harmonique ? .
— « Il est vrai, continue GondQlac, qa*on ne peut Ini refuser les cris ■iinrels à chaque passion ; mais comment sonp^onnerait^il qu'ils soient propres à être les signes des sentiments qu'il épronte? »
— En effet : le soupçon est difficilement compatible avec l'éternité.
^- « S'il Tivait avec d'autres hommes, continue Condillac, il lenr en* tcSdrait si sauvent pousser des cris semblables... »
— Pendant combien de temps? Du moment, qu'il n'y a pas une raison : pour, que le langage se développe immédiatement ; il n'y en a pas : pour, qu'il se développe, dans une suite de siècles. C'est une belle science