‹ Science sociale (volume 2)Chapitre 40 sur 55 · IV. iVi · texte numérisé non relu

IV. iVi

146 SCIENCE SOQALE.

qu'au moyen du verbe. Avant le verbe, la vue réelle n'existe pas ; il n'y a qu'attraction et répulsion. Pour l'âme qui voit, elle voit la vertu comme un oignon.

^ — c< ... qu'il n*est pas, continue Rousseau^ d'un usage unÎTersel... >

— Allez donc demander aux sourds-muets de naissance, dont l'instruction est faite; si, le geste n'wl pas d'un usage universel.

<— « ... puisque, continue Rousseau, Tobscuritc ou rioterpositiôlîid'aD corps le rendent inutile... »

— Et aux sourds ! le son se fait-il entendre? Le verbe n'a besoin : que, d'un contact quelconque. Toute cette amplification n'a de rapport : qu'aux espèces de verbes; et, n'a rien de commun avec le verbe : prop^^ ment et généralement dit. >

— « ... et qu'il exige l'allcntion , continue Rousseau, plutôt qu'il dî rexcile... »

— Allez donc crier aux oreilles d'un sourd : et, \oiis verrez : comme vous exciterez son attention. Toute cette discussion est celle d'un mauvais avocat, disputant sur un mur mitoyen.

— 0 ... on s'u>is:i enfin, continue Rousseau, de lui substituer les articulations de la ¥oix... »

— 11 ne s'agit pas, ici, du changement de signes; il s'agit : de l'établissement des signes^ de l'établissemeol

du yerbe, du premier mot enfm. Dès qu'un mot existe, tout le dictionnaire existe ; le reste, est l'affaire du raisoimement. Mais, comment naît le verbe? comment naît le raisonnement? ^oilà, ce qu'il faut dire.

— « ... qui, continue Rousseau, sans a?oir le même rapport a?ec certaines idées... »

— Tous ces rapports sont des billevesées. Il n'y a à considérer, dans le verbe, que le sens qu'on attribue au signe : qu'il soit de la main ou de la voix. Tout cela est verbiage, d'un mauvais avocat.

— « ... sont plus propres, continue Rousseau, à les représenter toutes comme signes institués , substitution qui ne put se faire que d'un commun consentement... »

— Ke dirait-on pas : que, des nations ont dû exister des milliers d'années, avec le verbe relatif aux yeux, avant d'avoir le verbe relatif aux oreilles ; et, que le passage, d'un verbe à un autre, a été discuté en assemblée démocratique ou aristocratique, comme le cens au marc d'argent, par la constituante?

— « ... et, continue Rousseau^ d'une manière assez diflicile à prati- «iner pour des hommes dont les organes grossiiTs... d

— Et,^ pourquoi grossiers , s'il vous plaît? IS'e dites-vous pas : que, l'homme de la nature les a pluc> exquis ?

-« « ... u'aviiicnl encore, couli.iue Rousseau, aucun exercice... »

qu'au moyen du verbe. Avant le verbe, la vue réelle n'existe pas ; il n'y a qu'attraction et répulsion. Pour l'âme qui voit, elle voit la vertu comme un oignon.

^ — ^^ ^ ^ qu*i] ^•q^^ p^^^ continue Rousseau^ d'un usage unÎTersel... •

— Allez donc demander aux sourds-muets de naissance, dont l'instruction est faite; si, le geste n'est pas d'un usage universel.

<— « ...pTitsq'nc, continue Rousseau, robscurité ourinterposttimii'on corps le rendent inutile... »

— Et aux sourds ! le son se fait-il entendre? Le verbe n'a besoin : que, d'un contact quelconque. Toute cette amplification n'a de rapport : qu'aux espèces de verbes; et, n'a rien de commun avec le verbe : proprement et gtinéralement dit. h

— «... et qu'il exige rallcnlion , continue Rousseau, plutôt qu'il n? l'excite... w

-— Allez donc crier aux oreilles d'un sourd : et, vous verrez : comme \ous exciterez son attention. Toute cette discussion est celle d'un mauvais avocat, disputant sur un mur mîloyen.

— « ... on s'a>is.-i enfin, continue Rousseau, de lui substituer les articulations de la \oix... »

— Il ne s'agit pas, ici, du changement de signes; il s'agit : de l'établissement des signes, de Tétablissenieol

da verbe, du premier mot enfin. Dès qu'un mot existe, tout le dictionnaire existe ; le reste, est l'affaire du rai« soanement. Mais, comment naît le verbe? comment naît le raisonnement? voilà, ce qu'il faut dire.

— « ... qui, continue Rousseau, sans a?oir le même rapport a?ec cer- Itinef idées... »

— Tous ces rapports sont des billevesées. Il n'y a à considérer, dans le verbe, que le sens qu'on attribue au signe : qu'il soit de la main ou de la voix. Tout cela est verbiage, d'un mauvais avocat.

— « ... sont plus propres, continue Rousseau, à les représenter toutes CMone signes institués , substitution qui ne put se faire que d'un com- ■an consentement... »

— Ne dirait-on pas : que, des nations ont dû exister des milliers d'années, avec le verbe relatif aux yeux, avant d'avoir le verbe relatif aux oreilles ; et, que le passage, d'un verbe à un autre, a été discuté en assemblée démocratique ou aristocratique, comme le cens au marc d'argent, par la constituante?

— «... et, continue Rousseau^ d'une manière assez diflicile à praticpwrpour des hommes dont les organes grossiers... n

— Et,^ pourquoi grossiers , s'il vous plaît? IVe dites-vous pas : que, l'homme de la nature les a pku exquis ?

— « «.. u'avaicnl encore, couli.iue Rousseau, aucun exercice... »

146 SCIEKCE M>0&LE.

qu'au moyen du verbe. Avant le verbe, la vue n'existe pas ; il n'y a qu'attraction et rcpulaion l'âme qui voit, elle voit la vcrlu comme un oignou.

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— « ... i]ifil n'est pts, continue Rnusienu, d'un uEsge uniieiwl... •

— Allez donc demander aux sourils-muets de âajssance, dont l'instruction est faite; si, le geste n'ert pas d'un usage universel.

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— Et aux sourds ! le son se fait-il ectéi)âl«? Le verbe n'a besoin : que, d'un contact quelconqM* Toute cette ampliûcalion n'a de rapport : qu'au3^6^)èces de verbes; et, n'a rien de commun avec le verbe : proprement et généralement dit. -^

— n ... et iju'il e^ige l'atlcntion , continue RaiisscHu , plulâl qu'il n:

— Allez donc crier aux oreilles d'un sourd : et, vous verrez : comme aous exciterez son attention. Toute celte discussion est celle d'un mauvais avocat, disputant sur un mur mitoyen.

— I ... on E'a>i;^i enfin, continue RouiSMU, de lui sulslituer \ci artî-

— Il ne s'agit pas, ici, du changement de signes ; il s'agit : de l'établissement des signes, de l'établissement

nationale^ d'imbéciles qui n'ont pas le verbe, pour trouver la division du discours. Au second instant du verbe, le présent, le passé, le futur, les personnes, le nombre, etc., etc., sont reconnus ; il n'y a plus rien à découvrir. Vous viendrez nous parler de peuplades , qui ne savaient pas compter jusqu'à quatre. Quel est donc le moqueur qui vous a fait ce puff ? Il était de bonne foi, direz-vous? C'est possible. Pline et saint Augustin et Buffon étaient aussi de bonne foi ; et, vous Iroavez chez eux : de& contes de vieilles, qui sont de la même force. Nous vous avons déjà dit : que, les miracles de saint Médard sont bien mieux attestés : que, ceux de Jésus-Christ.

— (t ... ils donnèrent d'abord à chaque mot, continue Rousseau, le dens d^une proposition entière. »

— 11 n'y a pas de mot, qui n'ait le sens d'une proposition entière. Maij signifie : l'homme que je suis; qui ne suis : ni toi, ni lui, ni eux, etc. On pourrait vous faire un volume là-dessus. Il en est de même : de tous les mots possibles ; il n'en est pas un seul, qui ne contienne : toute la grammaire.

— « Qaand ils commencèrent à distinguer le sujet de l*attribut, continue Rousseau, et le Terbe d'avec le nom... »

. — Le quand ils commencèrent est très-joli. Rousseau s'imagine-t-il ; que, primitivement, l'homme caressiant, s'imaginait : être la femme caressée ? Il faut avoir perdu toute espèce de jugement, pour dire de pareilles

ISO SCIENCE SOCIALB.

choses. Quant au verbe, il n'y en a pas qui ne ren* ferme le nom|; conome^ il n'y a pas de nom qui ne raiferme le verbe. Pierre signifie : être (substantif) phénomène, auquel je donne le nom de Pierre. Être (verbe) signifie : mi quelconque^ une affirmation, tout, excepté le néant, qui est la négation. Homme est cai*essant; femme est caressée ; il n'y a pas besoin d'une seconde aurore : pour trouver cette grammaire.

— « ... ce qui ne fut pas un médiocre effort de génie, continae Rôwseau. Les substantifs ne furent d*abord qu*autant de noms propres... •

— Cherchez donc un nom propre qui ne renferme pas toute la grammaire? J'appelle Pierre : l'être qui n'est pas moi, qui n'est pas lui, qui n'est pas elle, qui a des yeux bleus, bruns, etc., qui n'a pas de crinière, pas de cornes, pas de queue, qui ne mord pas, qui va vers cette rivière, etc.

— « ... le présent de l'infinitif , continue Rousseau , fut le seul temps des verbes... )*

— Rousseau dira-t-il : que , les Espagnols sont des sauvages, parce qu'ils disent aussi souvent : estar dormiendo que dormir; estar comiendo, etc. Est-ce ainsi, grand Dieu ! qu'on développe l'origine du langage? Dites donc comment sont venus : la première idée, le premier signe ; et, vous aurez trouvé l'origine du verbe. Ici, comme pour saint Denis portant sa tête, il n'y a que le premier pas qui coûte. Mais, prenez garde à ce premier pas : et, snrlont dites-nous : pourquoi le chien ne

le franchit pas aussi bien que nous, sans venir nous parier de la calembredaine : d'une âme inférieure.

— «... et à regard des adjectifs, continue Rousseau, la notion ne dnt s'en développer que fort difficilement... s

— En effet, comment trouver une différence : entre

^ une morsure et un baiser ; entre l'incarnat du désir et

la pâleur de la crainte. Tout cela se ressemble comme

deux gouttes d'eau. Si, un père raisonnait ainsi, sur ses

affaires de commerce, ses enfants le feraient enfermer.

— «... parce que^ continue Rousseau, tout adjectif est un mot abs« trait,.. 9

— Trouvez donc un mot : qui ne soit pas abstjcaît, qui ne soit pas une abstraction? Le mot pomme de terre est l'abstraction , la copie de l'idée que vous avez de la pomme de terre ; laquelle idée est, ellemême, l'abstraction, la copie de la sensation produite par une force que vous appelez pomme de teirre. Tout cela est pitoyable; et, le siècle qui accepte de

pareilles balourdises : est, plus pitoyable encore.

— tf ... et que les abstractions, continue Rousseau , sont des opéra-» iMBf pénibles et pea naturelles. »

— Pénible 1 Abstraire, c'est raisonner. Le raisonuo* ment est donc pénible? Quant, au peu naturel j il est charmant. Certes, il est peu naturel à pne pierre de

^ parier. Mais, si un être sepsible existai^ en société ; *^ cela est si naturel : qu'il e^t^mpossibfe qu'il. ne parle

f52 SCIEKCB SOCIALE.

pas. Ce serait un bien plus beau miracle que de voir : deux êtres sensibles, se trouver en contact nécessaire; et, ne point parler. Essayez donc de nous donner ce spectacle! TSous l'attendrons longtemps.

— « Chaque objet, continue Rousseau , reçut d'abord un nom particulier, sans égard aux genres et aux espèces... »

— Vous verrez : que, le père et la mère ne distinguaient point leur enfant, du petit d'un chien ; que, s'il leur naissait un garçon, ils le prenaient pour une ûUe. Pitié 1

— « ... aux genres et aux espèces que ces premiers instituteurs, csotinue ROBSSMu» n*étaient pas en état de distinguer; et tous les indifîdv se préseiitèrenl isolés à leur esprit comme ils le sont dans le laUesaJe la nature. »

— Toujours comme Condillac, faire du matérialisme sans le savoir; prendre le cerveau d'un homme* comme un miroir capable de refléter; et, ne tenir aucuri compte du raisonnement. Eh malheureux ! le premier homme raisonnait mieux que vous ; il n'était pas entaché d'autant de préjugés.

— « Si une cbose s*appe1ait  , continue Rousseau j une autre »*appelait R. »

— Avant , de donner des noms aux autres ; il faut s en être donné un, à soi-même ; au complément de soi-même; et, après cela, aux nécessités physiques. On n'appelait pas telle pojnme ou telle banane PerreUe,

SCityCE SOCIALE. 133

telle autre Française, telle autre Margot; on disait : une pomme ou une banane*; ni mieux ni pire qu'à TAcadémie.

— « Car \jL première idée qu'on tire de deux choses , continue Rou$teaa, c'est qa*elles ne sont pts la même. •

•^ Quelle malice !

*- « Et il fant Hm^ent beaucoup de temps , continue Rousseau y pour •bcerver ce qu'elles ont de commun. *

— Ces malheureux étaient capables de croire : que, la banane qu'ils mangeaient aujourd'hui, était la même que celle qu'ils avaient mangée hier. Il faut être de rAcadémie pour découvrir : cette différence de banane ; et cette identité de fruit.

— « De sorte, continue Rousseau, que plus les connaissances étaicnf bornées, et plus le dictionnaire devint étendu. »

— Rousseau s'imagine-t-il : qu'un nom commun anéantit tous les noms particuliers ; et, qu'une fois que le mot HOMME existe; les mots Pierre, Gille ou François ne sont plus d'aucune utilité, dans le vocabulaire?

— « L'embarras de toute cette nomenclature ne put être levé facile- MMot, continue Rousseau ; car, pour ranger tous les êtres sous des dénomÎBations communes et génériques, il en fallait connaître les propriétés «t les différences. »

Rousseau oublie que lui-môme a dit : qu'il y avait

plus de distance, de tel homme à tel homme; que, de tel homme à telle bète ; et , que cette proposition est Vanéantissement de tous les genres, pris comme absolus. La série continue des êtres, expression de leUl actuel de la science, a pour conséquence : que, les genres et les espèces, ainsi que les règnes, ne sont: que, des séparations arbitraires, établies pour faciliter l'étude du tout.

— n II fallait, continue Rousseau, des obsenrations et dca dcfiûlNV, c*est>à-dire de rhisloirc naturelle et de la métaphysique... »

— 11 serait curieux de savoir : ce que Rousseau entend, ici, par métaphysique.

-^ « ... beaucoup plus, continue Rousseau, que les hommes de ce temps n'en pouvaient avoir. »

— Quant à Thistoire naturelle ou Tétude de lama- ' tière, il y a, actuellement, infiniment plus de connaissances, qu'au sortir du noble état de nature. Quant à la métaphysique, si par là on entend : l'étude de ce qui n'est pas physique, de ce qui n'est pas matière ; i est évident : qu'on n'en sait pas plus que le premier homme.

— « D'ailleurs, poursuit Rousseau^ les idées générales ne peaTeot s'introduire dans l'esprit qu'à Taide des mots... »

— On ne raisonne qu'avec des mots ; et, il n'y a d'idée que par le raisonnement. Mot, idée, verbe, raisonnement, c'est tout un. Mais, une fois qu'on ff'jQst

mis dans la tète : qu'il y a (le& idées, avant qu'il y ait des mots ; des idées avant le verbe, ce qui est absurde ; il faut soutenir l'absurde par l'absurde ; ce n'est qu'à ce prix : qu'il est possible de le soutenir.

*— « ... et renlendeineni, contbae Rousseau^ ne les saisit que par îles propositions. »

— Tout verbe, tout mot, tout signe, toute idée, toute pensée est une proposition ; et, rentendement n'existe : que, par lexistence d'une proposition. Ce serait joli : qu'un entendement sans proposition !

— > « C'est, continue Rousseau, une des raisons pourquoi les animaux Ut naraient se former de telles idées, ni jamais acquérir la perfeclibililé qui en dépend. »

— Celle de n'avoir pas de mots, n^est-ce pas ? Bien. Mais, pourquoi n'ont-ils pas de mots? Que leur manque-t-il donc : pour en avoir? Leur âme est inférieure à la nôtre, n'est-ce pas? Et, vous ne rougissez pas de donner pour raison : une semblable l)illexesée .

— « Quand^ continue Rousseau, un singe va, sans hésiter... »

— D'abord, pour aller sans hésiter, il faut raisonner; à moins que vous ne disiez : que', le tonnerre va, sans hésiter, sur telle ou telle girouette.

— « ...ya sans hésiter, continue Rousseau, d'une noix à Tautre , pcnae-t-on qn^il ait l'idée générale de cette sorte de fruit... »

— Et, pensez -VOUS qu'il ailles idées particulièrei^ (les noix nommées : Françoise , Peirette , Jeannette, etc.

— «... et, coutinue Rousseau, qu'il compare son archétype... »

— Un archétype est une bêtise. Allez donc pêcher : Tarchétype de la noix ou de la vertu ! Tout cela est du galimatias.

— (I ... à ces deux individus? Non , sans doute , continue Rooismb; mais la vue de Tune de ces noix rappelle à sa mémoire les seontiMb qu*il a reçues de Tautre... »

— Votre maître Condillac vous a appris : qu'avant le verbe, il n'y a pas de mémoire proprement dite. Pourquoi, alors, donnez-vous une mémoire au singe. Rappeler des sensations à la mémoire ; c'est raisonner; c'est comparer.

— R ... et ses yeu\^ continue Rousseau, modifiés d'une certaine nuiiière, annoncent à son goût ia modification qu*il ya recevoir. »

— Quel galimatias ! Des yeux qui annoncent au goût! Si le singe est sensible, pourquoi ne parle-t-il pas, puisqu'il est en société, qu'il a des idées, une mémoire et des membres pour exprimer, au moyen de gestes établis en signes, tout ce qu'il éprouve? C'est: qu'il a une âme d'une espèce inférieure, n'est-ce pas? 0 manie de l'absurde !

*- « Toute idée générale , continue Rousseau , est purement inteilertuelle. «

SCIE!CCB SO€IALE. 157

— Que signifie ce purement intellectuelle? Est-ce qu*il y a des idées : qui. ne dérivent point de Tintelligence; est-ce qu'il y a des idées : qui, ne dérivent que de la matière ? Alors, à quoi sert donc riminatérialité?

— « Pour pen^ conUmie Roiuseta, que rifluçiiutMNi s'en inéîe, ïiâée devient aassitdt particulière. »

— Autre galimatias. Voyez-vous cette imagination, qui se mêle à une idée générale, pour en faire une idée particulière, comme on fait du gris : en mettant de l'encre dans du lait?

— « Essayex, continue Rousseau, de vous tracer rimaçe d'un aiiir# tu général, jamais tous n'en Yieadrez à InhiI : mal^c tous il fau<lra le Totr^ petit ou grand , rare ou touiïu , clair ou foocé ; et s'il dépendait de tmm» lie n'y voir que ce qui se (rouTC en tout arbre, celte image ne ressemblerait plus à un arbre. »

— Après cela, essayez de vous tracer l'image d'un arbre en particulier : sans raisonner, sans vouloir; et, vous verrez ce que vous aurez. Tout cela est du galimatias ; et, c'est à cela qu'on doit arriver, nécessairement; quand, en se supposant , dans le temps, avant le verbe ; on veut raisonner, sur l'origine du verbe.

— - « Les êtres purement abfdraits, » continue Rousseau...

11 V a donc des êtres : moitié abstraits , moitié

concrets ? On ne voit, on ne conçoit, ce qui est la même chose, d'êtres : que, par le moyen du raisonne-

158 &C1F.NC£ SOCIALE.

ment. Les phénomènes, supposés êtres, sont-ils des êtres réels; ou, de pures apparences? Question; et, question qui est encore à résoudre. Elle sera résolue : avant la fin de ce chapitre.

— fl ... se voient de même, continue Rousseau, ou ne se conçoirent <{uc par le discours. »

— Lue pomme de terre ne se voit, ne se conçoit : que, par le discours ; que, par le raisonnement. Avant le raisonnement, elle n'est pas vue : d'une manière proprement dite ; elle est : attraction ou répulsion. Faut-il le répéter mille fois?

.-^ « La définition seule du triangle, continue Rousieau, vousi en donne la véritable idée, o

— La définition seule de la pomme de terre, vons en «lonne la véritable idée. Essayez donc : d'avoir Tidée d'un? pomme de terre quelconque; sans y attacher, des idées quelconques?

— u Sitôt que vous en figurez un dans votre esprit , continue Rms- 8cau, cVst un tel triangle et non pas un autre... »

— Cela est faux. C'est, quand vous vous figurez un triangle dans le cerveau, dans Timaginalion, que c'est tel triangle, et non pas tel autre. Quand vous vous figurez un triangle dans Tesprit, c'est-à-dire dans Tintolligence, c'est-à-dire dans la mémoire intellectuelle; vous pensez : à une figure définie par trois côtés; et,

8CIB?rCE SOCULE. 159

peu importe alors : que , le triangle soit rectangle , aigu, ou obtus.

•— a ... et, continue Roosseau, tous ne pouTez éditer d'ea rtmàrt !<:? sensibles on le plnn coloré. »

— Rousseau ignore : qu'il y a tr*?.s-peu de personne» qui soient capables de se figurer un triangle, ou tout autre objet, à volonté^ ainsi que cela se fait invoVmtairement dans les rêves. Plus, même, V'niUAVi^f'Uc/t e.-,? exercée, c'est-à-dire plu3 la mémoire mU\\^(tUit:\\ft i:^A ^pxercée parle raisonnement : moins, la xntiiioirf*, mat^;- •tielle est propre à représenter les objets absents, indépendamment des idées. On dit : qu'il n\ a que les fouH: ou mieux les sots, qui ne rêvent jamais. Si; ti^hi rêier en raisonnant ; cela est vrai. Si, c'est rê%er en voyant les objets, en raisonnant peu ; si , c'est rêv^r en n*voyant que des tableaux; alors, il n'y a ^uêre que leé aots qui rêvent; ou mieux : ceux qui font peu d'usagi^ dn raisonnement.

— 4 n r«ut donc, poursuit Ronsfnu. énoncer dei proposition» ; il faut ptrler pour tfoir des idées générales.. • 9

— n faut parier pour avoir une idée quelconque. Avant le verbe, loin que des idées existent, il n'y a pas même de sensations dans le temps ; et, ce que vous appelez ime idée particulière , existant en dehors du verbe, n'est qu'une sensation dans l'élernilé. Avec des VEkOiJè, dont la valeur est fausse , on ne peut faire : que, de faux raisonnements.

— «... car sitôt que rimagination s'arrête, continue Rousieia , r» prit ne marche plus qu*à Taide du discourv. m

— Que riinaginatioD) qui est le cerveau, s'arrête m lie s'arrête pas ; l'esprit ne marche : qu'à l'aide da discours, qui est le verbe.

— a Si donc , continue Rousseau , les premiers înTenteurs n*oat fi donner des noms qu^auv idées qu'ils avaient déjà... »

— Est-ce que Rousseau s'imagine : que, les seeonè inventeurs pouvaient donner des noms, aux idéei qu'ils n'avaient pas ? Les philosophes ont parfois : de singulières idées !

— c( ... il s'ensuit , continue Rousseau , que les premiers sobsfiitifc u*ont jamais pu être que des noms propres. »

— Les premiers substantifs sont : moi et toi. Dire : que ce sont là des noms propres; c'est dire : que, l'être est un nom propre. Ces Messieurs partent de l'idée biscornue : que, les bêtes ont des idées ; et cela : parce qu'ils n'attachent aucun sens précis au mot idée; et, qu'ils confondent sa valeur, avec celle d'une modifica* tion quelconque du cerveau. C'est, sur cette base baroque, qu'ils établissent leurs théories : sur l'origine du langage.

— « Mais lorsque^ continue Rousseau, par des moyens qae je necon- «;ois pas... i>

— Voilà, Rousseau qui fait le pendant de cet aveugte, qui affirmait: avoir une idée claire de l'écarlate. L'éca^

SCIENCE SOCJALE. 159

|)eu importe alors : que , le triangle soit rectangle , aigu, ou obtus.

— « ... et, continue Rousseau, tous ne pouvez éviter d'en rendre les signes sensibles ou le plan coloré. »

— Rousseau ignore : qu'il y a très-peu de personnes qui soient capables de se figurer un triangle, ou tout autre objet, à volonté^ ainsi que cela se fait involontairement dans les rêves. Plus, même, rintelligence est exercée, c'est-à-dire plus la mémoire intellectuelle est exercée parle raisonnement ; moins, la mémoire matérielle est propre à représenter les objets absents, indépendamment des idées. On dit : qu'il n'y a que les fous; ou mieux les sots, qui ne rêvent jamais. Si^ c'est rêver en raisonnant; cela est vrai. Si, c'est rêver en voyant les objets, en raisonnant peu ; si , c'est rêver en ne voyant que des tableaux; alors, il n'y a guère que les sots qui rêvent; ou mieux : ceux qui font peu d'usage du raisonnement.

— « Il faut donc, poursuit Rousseau, énoncer des propositions ; il faut dooc parler pour avoir des idées. générales... »

— n faut parler pour avoir une idée quelconque. Avant le verbe, loin que des idées existent, il n'y a pas même de sensations dans le temps ; et, ce que vous appelez rme idée particulière , existant en dehors du verbe, n'est qu'une sensation dans l'éternilé. Avec des mots^ dont la valeur est fausse , on ne peut faire : que, de faux raisonnements.

162' SCIENCE SOCl&LB.

par exemple, auraieat-iU imagîaé on entendu les mois de natiènt <!*•• prit, de substance, de mode, de figure, de iBOUfement, puisque neiplii» losopbcs, qui s*en servent depuis si longtemps, ont bien de la peine iki entendre eux-mêmes. .. «

— Bien de la peine ! Dites donc : qu'ils ne les entendent pas du tout ; puisqu'il n'en est pas deux qui, i cet égard, aient des idées communes.

-* « ... et que les idées qu'on attacbe à ces mots, contioue RooiietB, étant purement métapby:iiquea... »

— Comment voulez-vous que Rousseau ait une i Jée nette des mots physique et métaphysique, lorsqu'il attache : au mot physique, le sens de corporel; et, au mot métaphysique, le sens d'incorporel ? 11 est remarquable : que, Condillac et Rousseau qui, eux-mêmes, n'étaient point matérialistes, se soient fait, sans le savoir, les plus fermes appuis des matérialistes.

— i n ... ik n'en trouvaient, continue Rousseau , aucon modèle éwU

nature? d

— Ils sont excellents : avec leurs modèles dans la nature ! Y a-t-il, dans la nature, des modèles du doux, de l'aigre , etc. ? Vous allez voir : que, les premiers raisonneurs n'eurent aucune idée du doux et de Taigre. Et, y a-^t-il, dans la nature, un modèle de Ftrfee pomme de terre ? Pas davantage. 11 n'est, dans la nature physique, aucun modèle de raisonnement; et, une fois le raisonnement établi ; tous les modèles en découlent.

SCIENCE SOCIALE. i6l

late, disait-il, est l'analogue du son d'une trompette. Les Esquimaux disaient aussi : que , les navires des Européens étaient de grands animaux. Quand on raisonne , en pédagogue , sur ce qu'on ne connaît pas : on ne peut dire : que des bêtises.

— ff ... nos nouveaux grammairiens, continue Rousseau, commencèrent à étendre leurs idées et à généraliser leurs mots, Tignorance des in- Tenteursdut assujettir cette méthode à des bornes fort étroites ; et comme ils avaient d^ahord trop multiplié les noms des individus faute de connaitre l^s genres et les espèces, ils firent ensuite trop peu d'espèces et de genres, faute d'avoir considéré les êtres par toutes leurs différences. »

— Depuis Rousseau, les différences ont été étudiées ; et, on est parvenu à se retrouver au point de départ, en démontrant : qu'il n'y a ni genre, ni espèce d'une manière proprement dite ; et, qu'il n'y a que des groupes relatifs : auxtemps, aux climats, aux circonstances, etc. On doit beaucoup de reconnaissance à MM. Geoffroy- Saint-Hilaire qui ont rendu cette thèse inconiestahle : jusqu'à ce que la série des êtres puisse être tranchée, d'une manière absolue, en deux groupes : l'un, où il y a sensibilité réelle, immatérialité, unie à de la matière, à un organisme, à de la force; l'autre, où il y a exclusivement matière.

— a Pour pousser les divisions assez loin, continue Rousseau, il eût fallu plus d'expérience et de lumières qu'ils n'en pouvaient avoir, et plus de rcclierchcs et de travail qu'ils n'y en voulaient employer. Or, si même aujourd'hui l'on découvre chaque jour de nouvelles espèces qui avaient échappé jusqu'ici à nos observations, qu'on pense combien il dut s'en dérober i des iiommes qui ne jugeaient des choses que sur le premier aspect. Quant aux classes primitives et au\ notions les plus générales, il est superflu d'ajouter qu'elles durent leur échapper encore. Comment ,

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