‹ Science sociale (volume 2)Chapitre 41 sur 55 · IV. tl · texte numérisé non relu

IV. tl

gine du langage; mais, du besoin qui existe : d'un meilleur outil. Une fois que l'homme a dit moi, il a dit toi, il a dit lui : le temps et le verbe existent.

— a Je les supplie de réfléchir, continue Rousseau, à ce qn*il a CtUi de temps et de connaissances pour trouver les nombres, etc. 9

— Ici, Rousseau fait une note, si singulière, que nous allons la donner, avant de continuer le texte.

— « Platon, (lit-il, montrant combien les idées de la quantité discrète « et de ses rapports sont nécessaires dans les moindres arts, se moqoetTCc « raison des auteurs de son temps, qui prétendaient que Palamède iviit « inventé les nombres au siège de Troie , comme si , dit ce philosophe. « Agamemnon eût pu ignorer jusque-là combien il avait de jambes. »

— Les jambes, ni les mains, ni les doigts ne sont l'origine des nombres. Quand Thomme a dit mot^ il adit M//; quand il a dit woi et toij il a dit deux. Dire, quune peuplade n'a jamais pu compter que jusqu'à trois; c est dire : qu'ils n'ont jamais été que trois. 11 faut être fou, pour écouter les contes de voyageurs ; qui, n'ont aucune idée de la langue du peuple qu'ils observent ; qui doivent s'en rapporter à des interprètes, qu'ils ne comprennent pas et dont ils sont mal compris ; et qui, enfin, sont toujours menteurs : même, sans le vouloir ni lesavoir.

— a. En efTet , continue Rousseau, on sent rimpossibilitc qac lasoa ciélé et les arts fussent parvenus où ils étaient déjà du (erops du siège à<^ « Troie , sans ({ue les hommes eussent Tus^gc des nombres et du calcul ; « mais... »

— Écoutez Rousseau, tout ce qu'il va dire décou-

SCIENCi: SOCIALE. I Go

lera du préjugé : que, les mots sont nécessaires pour avoir les pensées ; c'est-à-dire : quq , le mot trois soit inventé, avant de pouvoir avoir Tidée de trois. C'est là le préjugé, qui a retenu le dix-huitième siècle dans les fers de l'ignorance ; et , y relient encore le dix-neuvième. L'idée de trois est composée de moi, plus loi, plus lui. Que le toi et le lui soient des êtres identiques au moi^ ou qu'ils ne soient que des êtres hypothétiques, peu importe. Dès que l'être raisonnant a dit : moi, loi, et lui ; il a eu l'idée de trois ; et, bientôt un mot est in* venté', pour remplacer : les mots 7/iojV, toi et lui. Et, quand nous disons mot^ nous disons signe; que le signe soit fait : avec le geste, avec le son, ou avec le toucher sur la peau générale ; au lieu de l'être, sur la peau des yeux; ou, sur la peau des oreilles ; peu importe.

— « ... mais, continue Rousseau, la nécessité de connaUrc les nombres avant que d'acquérir d'autres connaissances... »

— Les nombres sont les premières connaissances que rhommc acquiert. Car, moi et loi sont les premières connaissances ; et, moi et toi sont h/i et un; ou deux. Pour aller de là, jusqu'à l'indéfini, il n'y a qu'à' raisonner-, et, le développement du raisonnement est relatif aux besoins. Quand on a besoin : d'un ou de plusieurs Dieux; d'un ou de plusieurs anthropomorphes ; on les invente. Quand , l'anthropomorphisme devient incompatible , avec l'existence de la société ; parce que, l'examen ne peut plus être comprimé ; l'anthropomorphisme est anéanti.

— «... n*eD rend pas riavention plus aisée à imaginer, eontia» « Rousseau. Ces noms de nombres une fois connus, il est aisé de ses « expliquer le sens... »

— Comment I expliquer le sens d'un mot qui n'a pas de sens? 11 faut être d'un siècle, qui n'a pas de sens commun, pour dire de pareilles choses.

— « ... et d'exciter, continue Rousseau, les idées que ces noms repré- « sentent, v

— Après en avoir expliqué le sens, qu'ils n'avaient pas auparavant, n'est-ce pas? Pitié!

— « Mais, continue Rousseau, pour les inventer... »

— Écoutez, lecteurs !

— a ... il afallu, continue Rousseau, avant que de concevoir ces mèau^ « idées... »

— Avant de dire : moi, loi, et lui.

— «... s^èlre pour ainsi dire familiarisé, continue Rousseau , avec if» « méditations philosophiques... »

— Les premières méditations philosophiques, proprement dites, ont eu pour but : le maintien de Tordre social et l'invention de l'anthropomorphisme. Les premières méditations philosophiques ont donc eu pour but : de faire accepter l'hypothèse, comme vérité. C'est dire : que , les premières méditations philosophiques

ont eu pour but : le mensonge. Et, cela doi^ être : pour toute l'époque d'ignorance.

— « ... s*ê(re exercé à considérer les êtres par leur senle essence, con* « tinue Rousseau , et indépendamment de toute autre perception... »

— Toute cette phrase pompeuse consiste à dire : moi, toi et lui. Que d'étalage inutile ou plutôt nuisible!

—•«... abstraction très -pénible, continue Rousseau, très-métaphr- € sique, très-peu naturelle.. • »

— Toute abstraction est un raisonnement; et, tout raisonnement est une abstraction ; aucun bon raisonnement, aucune abstraction bien faite ne sont possibles, il n'y a de possible que les mauvais raisonnements : quand on veut s'efforcer de les prendre pour bons. De plus, il n'y a ni raisonnement, ni abstraction métaphysiques ; il' n'y a que l'âme de métaphysique, si métaphysique il y a. Un raisonnement, une abstraction, une idée est un mouvement, une modification de l'âme, un ébranlement du cerveau qui la modifie ; et, cet ébranlement, ce mouvement, quoique causé par l'âme, n'en est pas moins un mouvement; n'en est pas moins physique. De plus, un raisonnement, une abstraction est une chose tellement naturelle à l'homme; que, l'homme ne fait que cela, exclusivement que cela ; et, que tout ce qui n'est pas raisonnement ou abstraction , n'est fait que par la bête. Aussi, que de folies ! que d'absurdités en quelques mots!

— «... et sans laquelle cependant, continue Rousseau, ces idées n'eus*

« sent jamais pu se transporter d*nne espèce ou d^un genre à un autre, « ni les nombres détenir universels, i»

— Quel jargon 1 comme si jamais : tnoi^ toi et lui avaient pu être pris : pour le même individu.

— (^ Un sauvage, » continue Rousseau . . .

— Laissez donc les sauvages tranquilles ! ils raisonnent infiniment mieux que vous. Dites un homme naturel, dites une bête, dites un homme avant' le verb« si vous voulez ; mais, ne vous servez pas d'expression indéterminée.

— a ... pouvait considérer séparément, continue Rousseau, sa jambe « droite et sa jambe gauche. . . »

— Un sauvage, si par cette expression vous entendez un homme avant le verbe, ne considère rien du tout. Considérer, c'est raisonner, c'est exister dans le temps; et, avant le verbe, le temps n'existe pas.

— « ... ou, continue Rousseau , les regarder ensemble sons l'idée iir- « divisible d'un couple. . . »

— Admirez donc : Vidée indivisible . d'un cmiple! réclectisme n'a rien dit de plus joli. Cela équivaut : à un égale plusieurs.

— «... sans jamais, continue Rousseau, penser. . . »

— Penser, avant le verbe! Vous oubliez donc tout ce que vous avez dit ?

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— « ... qu'il en aTait deox, continne Rousseao ; car aotre chose est « ridée représcntalÎTe qui bous peint on objet. . . »

— Une idée, proprement dite, ne représente pas un objet ; elle représente le raisonnement fait sur un objet. Quand un objet est tu, sans raisonnement, c'est une sensation, dont la cause peut même n'exister que dans l'organisme. Rien ne distingue une pomme de terre, vue par hallucination , vue palhologiquement ; d'une pomme de terre, vue physiologiquement. Le raisonnement pouvait seul faire dire à Pascal : que, le précipice n'était pas à ses pieds.

— « ... et autre cliosc, conlînac Rousseau, ri'Jée numérique qui le « détermine. »

— Si, vous vouiez appeler idée numérique, la différentiation du toi avec le moi; il ne tient qu'à vous. Ce qu'il y a de certain ; c'est, que cette différenliation, ou le raisonnement fait sur l'un et l'autre, sont la base de ridée qui détermine l'objet. Ne dirait-on pas : qu'une idée numérique est d'une nature ; et, une idée de qualification d'ime autre? Toute idée est l'abstraction d'un raisonnement , quel qu'il soit. Est-il donc permis d'embrouiller des choses aussi simples !

— i« Mais encore , continue Rousseau , pourrait-il calculer jusqu'à « cinq.. . »

— Calculer avant le verbe, n'est-ce pas? JNi jusqu'à cixq, ni jusqu'à deux, ni jusqu'à un. U y a autant de diffletilté à dire un : qu'un million. Si, on ne dit pas un

million, quand on a dit un; c'est, que cela ii*e6t pas nécessaire. 11 en est de même, pour oublier les folies. L'adoration de Jupiter, n'est tombée dans le ridicule : que, par nécessité sociale. Il en avait été de même: pour l'adoration de l'oignon. Il en sera bientôt de même : pour l'adoration de l'anthropomorphe.

— « ... et quoique, appliquant ses mains Tune sur FAulre, contloae « Rousseau, il eût pu remarquer. . . s

— • On ne remarque point, avant le verbe.

— «... que les doigts se répondaient exactement, continue Roussean, 0 il était bien loin de songer... »

— Avant le verbe, on ne songe point : dans ce sens-là.

— « ... à leur égalité numérique^ coatinue Rousseau ; il ne savait... >

— Avant le verbe, on ne sait rien ; pas même que l'on existe.

— «... il ne savait pas plus le compte de ses doigts, continue Roo5n seau, que de ses cheveux ; et si, après lui avoir fait entendre. . . »

— Lui faire entendre, avant ie verbe, n'est-ce pas? Que de folies !

— « ... après lui avoir fait entendre, continue Rousseau, ce que c'e>t a que nombres ...»

— Du moment, que le verbe existe; que, le moi est différencié du toi; le nombre est connu, avec antant

de netteté, qu'il pourrait Têtre : par T Académie des sciences.

— « ... quelqu*un lui eût dit, continue Rousseau, qu*il avait aulant de « doigts aux pieds qu'aux mains, il eût peut-être été fort surpris, en les « comparant, de trouver que cela était vrai. »

— H y a des milliers d'académiciens, auxquels il nous serait impossible de faire accepter comme vérité : que, un n'est pas la même chose que plusieurs .

— Maintenant revenons au texte, interrompu depuis la page 164.

— a Je les supplie de réfléchir, continue Rousseau, à ce qu'il a fallu de temps et de connaissances pour trouver les nombres, les mots abstraits, les aoristes et tous les temps des verbes , les particules , la syntaxe , lier les propositions, les raisonnements, el former toute la logique du discours. »

— Que d'emphase pour dire : parler ! Allez donc voir ces peuplades, que vous dites être comme dans l'état de nature; et, vous y trouverez des langues, où il y a plus de délicatesses de pensées : que, toute votre ancienne Grèce n'a pu en avoir. Et, si les langues font tant de progrès, par le seul temps ; comment trouvezvous donc : que, la langue française soit moins propre, à énoncer la pensée, que la langue grecque ?

— « Quast à moi , continue Rousseau , effrayé des difûcultés qui se multiplient , et convaincu de Timpossibilité presque démontrée que les langues aient pu naître et s'établir par des moyens purement humains... »

— Pendant toute l'époque d'ignorance, ce qu'on ne comprend pas , est le résultat d'un miracle. C'est ainsi : que, la création a été inventée.

— « ...je laisse, continue Rousseau, à qui Toudra i*entrepreiidre U discussion de ce diflicilc problème, lequel a été le plus nécessaire de la »ciélé déjà liée h rioslitution des langues^ ou des langues déjà inTentéesi rétablissement de la société. »

— Tout ce qu'on ne sait pas, paraît impossible à savoir : surtout, à ceux qui s'imaginent : que, ce qu'ils ne savent pas, personne ne peut le savoir. M. Coriolis, avant sa mort directeur de l'École polytechnique, disait à quelqu'un, qui croyait avoir fait une découverte en mécanique : « Monsieur, s'il y avait eu quelque chose à trouver sur cette voie, je Paurais trouvé. • Quant à l'embarras de Rousseau, il est facile à lever : la société et le verbe sont nés au même instant. Quant à l'espèce de société, c'est celle relative à l'ignorance, société qui dure encore. Quant à celle relative à la connaissance, elle est à naître; aussi bien^: que, la langue ayant des expressions , dont les valeurs sont déterminées.

»- Cl Quoi qu^il en soit de ces origines^ continue Rousseau, on voit da moins, au peu de soin qu*a pris la nature de rapprocher les hommes par des besoins muluels et de leur faciliter Tusage de la parole, combien elle a peu préparé leur sociabilité. . . »

— La nature n'est pas un être, et ne prépare rien du tout. Le reproche s'adresserait à l'anthropomorphe. Si, du reste, il y avait eu des soins de pris pai* l'un ou l'autre, il serait possible de dire que rien n'a été épargné. Car, les attractions sont tellement fortes, pour rapprocher les hommes ; que, l'humatdté peut seulement se perpétuer : par le rapprochement des individus.

Quant à l'usage de la parole, il est Impossible : que, deux individus soient en contact nécessaire ; sans, que le verbe vienne à se développer. Ainsi, voilà une autre fois : autant de folies que de mots.

— «... et combien, contîooe Ronsseta, elle a pea mis du sien dtni toat ce quUis ont fait pour en établir les liens. En effet, il est impossible d'imaginer pourquoi, dans cet état primitif. . • »

— Dans l'état primitif, dans l'état avant le verbe, il n'y a pas de pourquoi. Tout pourquoi , est relatif au temps; et, avant le verbe, le temps n'existe pas. Pour nous qui parlons, nous dirons : qu'avant le verbe, le mâle et la femelle se rapprochent et demeurent rap^ proches; parce que ce rapprochement est une tendance organique, que chacun peut encore observer : soit chez les hommes; soit chez les animaux ; dont les petits ne peuvent se passer de soins.

— « ... pourquoi, dans cet état primitif, contimie Rousseau, Un homme aurait plutôt besoin d*un autre homme qu'un singe ou un loup de son semblable ...»

— En supposant même : que, par tendance organique, l'homme avant le verbe ne se rapproche pas d'un autre homme ; ce qui est bien certain : c'est , que l'homme se rapproche de la femme, par cette seule tendance; et, qu'elle suffit au développement du verbe et de la société. Du reste, l'exemple des loups et des singes est mal choisi ; car, les loups vont souvent en troupe ; et, les singes toujours, sauf quelques espèces

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qui paraissent faire exception ; mais, qtd n'en ont pas moins des familles naturelles.

— a ... ni» ce besoin supposé, coatiao* RoMMUi, qt^ IMIII poomil engager Tautre à y pourvoir. . . »

— Avant le verbe , il n'y a pas de matif ; il n'y a qne des tendances ; et , la tendance , de ce qui après le verbe s'appelle secours mutuels, existe ... parce qu'elle existe. Pour le savoir, ouvrez les yenx et voyez : des couples unis, par la force organique.

— <(... ni même, en ce dernier caff, c<m(îirae Rooss^Miiy commait ib pottmient conveatr entre eax des conditioas* »

— Voyez quelle malice ! Rousseau trouve : qu'avant le verbe on ne parle pas ; et, que pour faire des conditions, il faut parler.

— a Je sais, continue Rousseau, qu'on nous répète sans cesse que rien n*eût été si misérable que Thomme dans cet état,.. »

— Autre conte bleu. Avant le verbe , il n'y a ni misère ni bonheur. Misère et bonheur sont relatifs au temps; et, avant le verbe, le temps n'existe pas.

-^ «... et s*il est vrai^ continue Rousseau, comme j& croîs TaToir prouvé, qu il n*eût pu qu^après bien des siècles avoir le désir et roccasion iPen sortir. . . 9

— Il n'y a pas plus de raison, pour en sortir, après un millier de siècles, qu'après deux instants. Quant au

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désir, il n'y en a point avant le verbe; il n'y a que des tendances .

— «... ce senit, ctatÎMie Ronafictii, un procès à £ûre à la nature».. »

— Dites donc à l'auteur de la nature, puisque cette pauvre nature a été faite.

— «... et oon , contînoe Rousseau, à celui quMle turah tiusi constitaé. 9

— Dans ces deux hypothèses de matérialisme et d'anthropomorphisme, il n'y a pas plus de procès à faire : à l'homme qu'au tigre. Dans ces deux hypothèses, l'homme et le tigre tuent comme ils lèchent : naturellement.

— « Mais si, poursuit Ransseau, j'entends bien ce terme de misérablfi, c'est un mot qui n'a aucun sens, ou qui ne signifie qu'une privation dou« loureuse, la soufiTrance du corps ou de l'àme. »

— Ils sont délicieux, ces messieurs, avec leurs souffrances du corps. Quand ils ont mal à la tète, s'i* maginent-ils : que, c'est leur tète qui a mal ; et quand leur cerveau est affecté , par une mauvaise nouvelle, s'imaginent-ils aussi : que, ce soit leur cerveau qui souffre ?

— « Or, continue Rousseau, je voudrais bien qu'on m*expliqu&t quel peut être le genre de misère d*un être libre. . . n

— Libre avant le verbe! libre avant de penser.

ayant d'exister dans le temps ! Vous perdez donc la tête!

— 0 ... dont le cœur, continue Roossetu, est en paix. . . »

— Le cœur, ici, signifie la conscience. Une conscience avant le verbe ! c'est, de plus fort en plus fort.

— « ... et le corps en santé, » continue Rousseau.

— 11 paraît, qu'avant le verbe, on est exempt de se casser la jambe. Du reste, vous avez raison ; avant le verbe, on ne souffre pas : dans le sens que vous entendez. Pour souffrir, dans ce sens; il faut exister dans le temps; et, avant le verbe, il n'y a qu'éternité. •

— « Je demande, continue Rousseau , laqueUe , de la vie civile ou naturelle , est la plus sujette à devenir insupportable à ceux qui en joimseut.- V

— Sans contredit, c'est la vie civile. I^a vie naturelle, dans le sens d'existence avant le verbe, n'est ni supportable ni insupportable. Une vie, dans l'éternité, n'est ni Turi ni l'autre ; il en est de même : pour la jouissance. Dans l'éternité, il n'y a ni souffrance, ni jouissance ; dans le sens : que nous attachons à ces mots.

— « Nous ne voyons pres([ue autour de nous, continue Rousseau , que des gens qui se plaignent de leur existence, plusieurs même qui s*cn privent autant qu'il est en eux; et la réunion des lois divines et bumaines suffît à peine pour arrêter le désordre. Je demande si jamais on a oui dire qu*un sauvage en liberté ait seulement songé à se plaindre de la iit et i se donner la mort. »

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— Est-ce de bonne foi, on de manraise foi, qne Jean-Jacques affecte, à chaque instant^ de confondre : rhomme que nous appelons sauvage^ ayec l*homme avant le verbe ? L'homme, avant le verbe, ne peut se plaindre ; pour se plaindre, il faut raisonner. Quant à ceux que nous appelons sauvages^ parce que leur civilisation est différente de la nôtre, il y a, parmi eux : des plaintes, sur la vie, et des suicides. Il y en a moins que chez nous, à la vérité, parce que les injustices sociales y sont infiniment moins grandes.

— * « Qtt*on juge donc atec moins d'orgueil de quel côté est la TérilaUe misère, continue Rousseau. Rien, au contraire, n*eût été si misérable qne rhomme sanTage ébloui par des lumières , tourmenté par des passions et raisonnant sur un état différent du sien. »

— Que de folies en peu de mots I Cette phrase signifie : que l'homme, avant le verbe, ébloui par le verbe, tourmenté avant le temps par des passions qui ne peuvent tourmenter que dans le temps ^ raisonnerait avant le verbe, ce que Rousseau sait être impossible ; et, qu'il raisonnerait sur un état différent du sien : quand les états sont relatifs au temps ; et, qu'avant le verbe il n'y a pas de temps.

— « Ce fut, poursuit Rousseau» par une providence très-sage. . . »

— La providence appartient : à l'anthropomorphisme,

à rignorance, à l'erreur; la justice étemelle appartient :

à la religion démontrée, à la vérité. Mais, Rousseau

Tignorait; et, cette ignorance doit excuser toutes ses

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