‹ Science sociale (volume 2)Chapitre 46 sur 55 · IV · texte numérisé non relu

IV

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comme il aurait fait en de pareilles circonstances , t{ eottclut que leur manière de pensenel de sentir étnit entièrement conforme à la sienne; et cette importante vérilé, bien établie dans son esprit, lui fit suivre, paru pressentiment aussi sûr et plus prompt que la dialectique , les meiUevts règles de conduite que , pour son avantage et sa sûreté, il lui conviât de garder avec eux. •

— Puis, VOUS direz : que, le verbe est utile pourrai sonner! Vous voyez bien que non. Bientôt, il faudra demander, à un concours universel : s'il n'y aurait pas moyen d'anéantir le verbe ?

— « Instruit par Texpérience, • continue Rousseau.. .

— Vous voyez : que, l'expérience peut instruire sans le verbe. Alors, à quoi sert-il? A bas le verbe !

— « ...que Tamour du bien-î^tre, continue Rousseau, est le seulmo* bile des actions humaines, il se trouve en état de distinguer les occasions rares où Tintérêt commun devait le faire compter sur Tassisfance de ses semblables, et celles plus rares encore où la concurrence devait le foire défier d*eux. Dans le premier cas, il s'unissait avec eux en Iroupean... »

— S'ils raisonnaient, s'ils distinguaient, ce n'était pas un troupeau ; s'ils ne raisonnaient pas, ils ne se mettaient pas en troupeau ; puisque vous dîtes : que, l'instinct de l'Iiomme est d'aller seul ; et même, de ne pas rester plus qu'un instant avec sa femme.

— (( ou tout au plu% continue Rousseau, par quelque sorte d*association libre.. . »

— Une association non libre est donc un troupeau? Alors, cette quelque sorte d'association libre était la

SŒ^OE SOCIAIX. SU

siliie d'ua minonniinent. El coamient raisomuùenl-îls avant le

— Cne association libre, qui n'oUige personne, est une association raisonnée sans raison. C'est, anr seuls philosopbes, qu'il est permis de dire : de pareilles choses.

— «... el qui ne dvait. c^ntmoe RMtfMtt, fB*a«taBt qme le besm

i[ui l'aTail forosée. »

— Que signifie ce mot be^in ? Est-il pris an propre ou au figuré? Signifie-t-il tendance organique, ou tendance rationnelle? Si, c'est tendance organique, il n'est pas causé par une distinction. Si, c'est une tendance rationnelle, l'instinct solitaire a donc changé? L'instinct ne change que par cause physique. Quelle est la cause qui Ta fait changer?

— « Dans le second , contiune Rousseau , chacun cherchnit à prendre SCS tTantages, soit à force ourerte s^il croyait le pouToir, soit par adresse et subtilité s'il se sentait le plus faible. »

— Mais, tout cela est raisonner; ou, tout ce que NOUS dites n'a pas le sens commun. 11 est bien ennuyeux de toujours répéter : que, vous-même convenez qu'avant le verbe, il n'y a pas de raison possible; et que, cependant, à chaque instant, vous faites raison* ner avant le verbe. Si Ton veut conserver quelque

estime pour vous, il est impossible de le faire, sans ^ vous taxer de folie.

— « Voilà comment, poursuit Rousseau^ les hommes parent avoir in-

sciisiblcinent. .. »

— Vous avez dit voys-même : qu'à la fin, d'une longue suite de siècles, il était le même qu'au commencement. Soyez donc d'accord avec vous-même.

— « ... purent avoir insensiblement, continue Rousseau, quelque idée groMÎère des engagements mutuels ...»

* — Grossière ou non, une idée d'engagement mutuel est relative au temps, au verbe. Comment l'homme a-t-il eu le verbe ? Une seule idée appartient au verbe, tout aussi bien que la Mécanique céleste.

— «... et, continue Rousseau, de Tavantage de les remplir. . . »

— 11 faut toute une grammaire : pour avoir de pareilles idées.

— «... mais seulement, continue Rousseau^, autant que pouvait Texiger rintérêt présent et sensible. . . »

— Cela entrait- il dans le contrat? 11 parait aussi : qu'il y a des intérêts présents et insensibles. Rousseau aurait bien dû nous en donner un exemple.

*-«... car, continue Rousseau, la prévoyance n^étaît rien pour cux...j

— Exister, en dehors de la prévoyance ; c'est, ne

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pas encore exister dans le temps ; c'est, n'avoir pas le verbe; c'est, ne pas raisonner. Vous le voyez : Rousseau en convient à chaque instant ; et, à chaque instant il l'oublie. Pour lire Rousseau, et né pas le trouver absurde à chaque instant, il faut avoir autant de foi, autant de répulsion pour le raisonnement : que, pour lire la Bible. Et, ce n'est pas seulement à son discours sur l'inégalité des conditions, que ceci s'applique; c'est, au Contrat social, à V Emile, à tout ce qui , de lui, est le plus admiré.

— « ... et, continue Rousseau, loin de s'occuper d'un avenir éloigné...»

— Un avenir est un avenir : qu'importe , pour être avenir, qu'il soit près ou éloigné ? Il n'y a pas d'avenir sans verbe.

— «... ils ne songeaient pas même au lendemain , » continue Rousseau.

— La mort est le lendemain de la vie. Combien peu d'hommes, qui se disent philosophes, pensent sérieusement à ce lendemain? Et combien peu, parmi eux, qui se disent y croire, se conduisent : comme ^i ce lendemain existait !

— « S'agisîtait-il , continue Rousseau , de prendre un cerf? Chacun sentait Lien qu'il devait pour cela garder fidèlement son poste. »

— Le tout sanè^verbe, sans raisonnement!

— a Mais^ continue Rousseau, fi un lièvre venait h passer à la portée

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de l*iin d'eux, il ne faut pas douter qu^il ne le poursuivit «ans scrapuk. et qu'ayant atteint sa proie, il ne se souciât fort p«a de faire manquer li leur à ses compagnons. » "^ ^

— Et certes, si la quelque sorte â^ association libre n'avait pas de sanction y il faisait très-bien ; ce qui signifie : qu'il raisonnait très-bien.

— « II est aisé de comprendre, poursuit Rousseau, qu''un pareil commerce n'exigeait pas un langage beaucoup plus raffiné que celui des corneilles ou des singes qui s'attroupent à peu près de même. »

— In langage est un langage, peu importe son degré de raffinement. Les corneilles ont donc un langage? Alors, Ja laitue parle, Técritoire parle, et tout parle: comme dit M. de la Mennais. Puis, comme tout ce qui parle, tout ce qui a le verbe, est homme, il s'ensuit: qu'une laitue et une écritoire sont des hommes. De pareilles conclusions, tirées .par analogie, font pitié.

— « Des cris inarliculés , continue Rousseau , beaucoup de gestes et quelques bruits imitatifs durent composer pendant longtemps la langue universelle. . . »

— Que dire : à des gens qui, à chaque instant, vous donnent le figuré pour le propre; qui appellent langue ^ Texpression de Tinstinct ; qui trouvent que les croassements des corneilles sont des verbes? Rien. Que dire : à ceux qui admirent de pareilles folies? Pas davantage. Alors, pourquoi écrire? Pour les générations qui s'élèvent. Celles qui sont élevées sont incorrigibles, à l'exception peut-être d'un individu, sur cent mille.

— «... à quoi , continue Rousseau , joignant dans chaque contrée quelques sons articulés. . . j>

— Allons! voilà la langue universelle à tous les iables.

— a ... et conventionnels, dont, comme je Vui dit, continue Rousseau, il n*est pas trop facile d'expliquer Tiustilution ...»

• — Alors, taisez-\ous donc; car, tout est là. C'est, de Torigine du verbe qu'il s'agit; et une fois qu'un seul signe conventionnel existe, le verbe existe dans toute son intégralité. Dites : comment ce signe existe; et, comment il vient aux corneilles , puisque les corneilles ont un langage.

— a ... on eut, continue Rousseau, des langues particulières, mni> grossières, imparfaites, et telles à peu près qu'en ont aujourd'hui diverses nations sauvages. »

— Et, après tout ce long verbiage plein de nonsens ; voilà, toutes les explications que vous donnez , sur l'origine du verbe? Lequel donc faut-il le plus admirer : ou, votre vanité ; ou, la sottise de ceux qui vous admirent? Quant aux langues des nations sauvages, allez donc les étudier; et, vous en trouverez, dont les grammaires sont au-dessus : de vos grammaires grecques et latines.

— « Je parcours comme un trait , continue Rousseau , des multitudes de siècles. . . »

— Toujours des multitudes de siècles. A chaque

instant, il oublie qu'il a formellement énoncé : qu'après des multitudes de siècles, on n'était pas plus avancé qu'au premier jour. Du reste, vaus allez \oir : que, l'origine du verbe est due au déluge. On ne s'attendait pas : à trouver le déluge dans cette affaire.

— «... forcé par le temps qui s* écoule , continue Rousseao, ptr IV boudance des choses que j\'ii a dire et par le progrès presque insensible des commencements ; car plus les événements étaient lents à se saccé<ler, plus ils sont prompts à décrire. »

— Connaissez-vous des gens qui vont à l'Opéra et ne font attention qu'à la musique? Vous avez le pendant do ceux qui ne s'occupent que du style et non des pensées; vous avez le dix-huitième siècle, et aussi une grande partie du dix-neuvième. La musique parlée de Rousseau est de toute beauté.

— « Ces premiers progrès, poursuit Rousseau, mirent enfin rbomnie ù portée d*cn faire do plus rapides. Plus Tesprit s*éclairait , et plus l'industrie se perfectionnait. Bientôt, cessant de s*endormir sous le premier arbre ou de se retirer dans des cavernes... »

— Après des multitudes de siècles ! 11 serait curieux de savoir : si, les oiseaux sont restés des multitudes de siècles, avant d'inventer les nids. Ce serait, du reste, moins absurde que pour l'homme. Car, les oiseaux sont, en effet, depuis une multitude de siècles sur le globe ; et, tous les monuments géologiques attestent : qu'il n'y en a point quatre-vingts, que l'homme s'y trouve.

— «... on trouva quelques sortes; de liaclies de pierres dures et tranthaitfe?, continue Rousseau, qui scrvirciif à coiiprf du bois, creuser U

terre et faird des huttes de branchages qu^on s*avisa ensuite d'enduire dWgile et de boue. Ce fut là l'époque d'une première rétolution qui forma rétablissement et la distinction des familles. . . >»

— Ainsi, la hache est Torigine de la famille ; et, non la famille Torigine de la hache. On croirait que Rousseau, dans ce discours, s'est efforcé d'affirmer : tout ce qui est contre le sens commun.

— « .:. cl qui, continue Rousseau, introduisit une sorte de propriété. . . »

— Toujours une sorte^ ou quelque espèce ^ ou toute autre indétermination. Quand on a des idées claires, ce n'est point ainsi qu'on s'exprime. La propriété est, ou n'est pas. La propriété est : le droit de disposer d'une chose conformément à la loi, conformément au raisonnement. Avant la loi, avant le raisonnement, il n'y a pas de propriété ; après le raisonnement, après le verbe, après la loi, ce qui est tout un, tout est propriété. Vient ensuite la distinction : de bon et de mauvais raisonnement, de bonne et de mauvaise loi ; mais, cette distinction ne fait rien à Texistence de la propriété. La propriété est aussi ancienne que le verbe ; et, également indestructible.

— a ... d'où peut-être, continue Rousseau, naquirent déjà bien des querelles et des combats. »

— Les querelles et les combats, proprement dits, naquirent avec le verbe. Auparavant, il n'y a pas de querelles ; et, il n'y a que des combats figurés ; comme.

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lorsqu'on dit : que, les vents se combattent. Les quelles et les combats durent ensuite, tant pour les sociétés que pour les individus : aussi longtemps qu'il y a des opinions ; aussi longtemps que Tordre peut exister par la force ; aussi longtemps que le raisonnemeDl, rendu incontestalile, ne domine pas socialement et iodividnellement. Après cette époque, les querelles el combats n'ont plus d'existence qu'au figuré. Car, les querelles et les combats, de maniaques échappés d'un hôpital, ne sont querelles et combats que figurément : ce sont des organismes qui se heurtent.

— R Cependant, continue Rousseau , comme les plus forts furent Traisemblablemcnt les preiiiiors à se faire des logements qu*ils se senlaieit capables de défendre. . . «

— Mauvaise observation. Les plus forts sont toujours ceux qui font le moins. Ils font travailler les autres. Remarquez, en outre qu'avant le raisonnement il n'y a pas de force socialement, proprement dite; un parasite tue un colosse. Après le verbe, la force proprement, socialement dite, ne consiste point dans les muscles ; mais, dans le cerveau, dans le raisonnement, qui fait mouvoir les hommes et les muscles.

— « ... il est à croire , continue Rousseau^ que les faibles trouvèrent plus court cl plus sûr de les imiter que de tenter de les déloger. . . »

— Depuis que la société existe, les faibles n'ont jamais fait ce qu'ils ont voulu ; mais, ce que les forts ont voulu ; et, cela uniquement pour le bien des forts.

Lorsque le raisonnement domine, il n'y a plus, socialement, ni forts, ni faibles ; tous sont placés : conformément à la raison.

— « ... et quant à ceux qui avaient déjà des cabanes, continue Roui>seau, aucun d*eux ne dut chercher à s^approprîer celle de son toitin . meins parce qu'elle ne lui appartenait pas que parce qu'elle lui était inutile... V

— Inutile! Nous voilà dans le fourriérismc. Là, il n'y a plus de crimes, parce qu'ils sont devenus inutiles. Les crimes sont toujours utiles : aui passions des plus forts, tant qu'ils sont les plus forts. Les crimes sont seulement inutiles : lorsque, la raison démontre qu'ils sont nuisibles.

-— «... et qu*il ne pouvait sVn emparer, continue Rousseau, sans s*exposer k un combat très-tif atec la famille qui roccupnil »

— Comment, très-vif ! S'il est le plus fort, ce sera bientôt fait; et s'il est reconnu le plus fort, il n'y aura pas même combat.

— « On entrevoit un peu mieux ici, continue Rousseau, commeul i*utage de la parole s'établit,,, m

— Comment s'établit? Est-ce que vous ne nous avez pas dit : que, la langue des corneilles existait déjà; et, de plus, des signes conventionnels? Est-ce que des signes conventionnels ne sont pas des paroles? Vous trouveriez donc : qu'un élève de l'abbé Sicard ne parle

pas ; et, qu'un perroquet parle ?

' — M ... ou se ptrfectionnaf » continue Rousseau. . .

— Encore une indétermination. Quant au perfeetionnement, ne vous en vantez point. Votre langage est certainement plus indéterminé, et par conséquent plus mauvais, que celui du premier homme. Pour que la langue soit parfaite, c'est-à-dire claire, il faut: que, la société, Thumanité, ait besoin de cette perfectiao. Quand, cette nécessité existe; et, se trouve socialement sentie ; la perfection se trouve : immédiatement.

— « ... insensiblement dans le sein de chaque famille, conlinae Rossseau, et Ton peut conjecturer encore comment ditcrses causes partial- Hères purent étendre le langage et en accélérer le progrès en le rendant plus nécessaire. De grandes inondations. . . »

— Nous voilà au déluge.

— a ... ou des tremblements de terre, continue Rousseau , euTiroiuèrent d^eau ou de précipices des cantons habités ; des révolutions du globe détachèrent et coupèrent en îles des portions du continent. On coaçoit qu'entre des hommes ainsi rapprochés et forcés de tivrc ensemble, il dot se former un idiome commun. . . »

— Vous le voyez : auparavant il n'y avait pas d'idiome commun à deux personnes ; car, un idiome commun à deux personnes, est bien un idiome commun; à moins, que le français ne soit pas un idiome conunun, parce que les Hottentots ne le comprennent pas. Vous figurez-vous, maintenant, ce que c'est qu'un idiome relatif à un individu ; quand, de l'aveu de Fauteur, un individu isolé ne peut parler? Et, cependant , de pareilles balivernes ont été couronnées !

— «... plus tôt, continue Rousseau, qu* entre ^s qui erraient Kilkment dans les forêti de la terre ferme. Âipsi il est tfàsi-possibte qu'aprà»

les premiers essais de navigation , des insulaires aienl porté parmi nous Tusage de la parole; et il est au moins très-vraisemblable que la société et les langues ont pris naissance dans les ilcs, et s'y sont perfectionnées avmnt que d'être connues dans le continent. »

— En voilà assez sur Rousseau. Casti, faît perdre la parole aux animaux , par suite d'un déluge. Rousseau, veut que ce soit un déluge, qui ait donné la parole à l'homme. Nous préférons Casti : il est plus amusant.

Passons, maintenant, à l'auteur de V Histoire comparée des phtlosophieSj relativement aux principes des connaissances humaines (de Gérando).

— « Platon, dit-il, considérait le langage comme un. art trop profond poitr n'avoir pas été produit et réglé par une intelligence. »

— D'après cet énoncé, il paraîtrait : que, pour Platon , il y aurait des arts moins profonds, qui n'auraient point été produits par l'intelligence. On aurait bien dû : en donner un petit échantillon.

— «Il se demande, continue de Gérando, s*il doit son origine à une intelligence divine ou à une intelligence bumaine. »

— 11 est bien singulier : que le divin Platon n'ait pas eu l'esprit de deviner : quUntelligence divine et intelligence humaine sont absolument inco^ipatibles. Si rintelUgence divine existe, l'intelligence humaine n'est intelligence que pour rire ; et , si l'intelligence humaine existe, rien n'est moins sérieux : que l'intelli- <;ence divine.

— » « La première de ces deux solutions , continue de Gérando , ne lui l>ar«it qu'une supposition commode à Tignorancc et imaginée |Mir elle ,

tanquam Deus ex machina, et il attribue l'origine du langage à fiinrMh tion humaine. (Cratyle, p. 296, 316, 543, etc.)

« Quelques écrivains affectent aujourd'hui de présenter Topinioii de ta possibilité de l'invention du langage, comme un système imaginé pir ceuY qu'ils appellent Us yhilosophes modernes. Ces écrivains me paraissent bien peu connaître eux-mêmes les philosophes de t antiquité. >

— Les écrivains anthropomorphes et instruits n'ont point dit : que, la possibilité de rinvention du langage était un système imaginé par la philosophie moderne; mais, par la philosophie. Et, ils ont dû le dire : parce qu'en effet, l'existence de l'anthropomorphe repose exclusivement : sur L'impossibilité de cette invention. C'est, ce que nous verrons : dans le courant de ce chapitre.

— « Les citations auxquelles nous Tenons de les renvoyer, continue de tjérando, suilisent pour leur répondre.

n On alTectc également de présenior cette opinion comme irréligieuse. «

— Si, par opinion irréligieuse il faut entendre : opinion qui nie l'existence de Dieu ; il n'y a pas de doute : que , cette opinion est éminemment irréligieuse ; car, du moment qu'il est démontré : que , l'invention du langage est nécessaii*e au sein de la famille; l'utilité <le Dieu, considérée comme base sociale, s'évanouit complètement.

— « J'espère, continue de Gérando, qu*ici encore rautoritc de Platon, le plus religieux des philosophes. . . »

— Nous avons déjà donné mille preuves : que, Platon était le moins religieux des philosophes; si, par religieux on comprend : anthropomorphiste. Platon, dans

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tous ses ouvrages, se sert de la religion comme d'un moyen politique; et, il se moque des dieux et de Dieu : bien plus encore que des hommes.

-~ « ... doitsnfGre, continue de Gérando, pour repousser une pareille accnsalioD.

« Ceux qui prétendent que le langage n*a pu être inventé, ont coutume de confondre la faculté du langage avec le langage lui-même. »

— Cela est faux. Bonàld a dit : il faut penser sa parole avant de parler sa pensée. Et , tant que vous n'aurez point détruit la valeur de cet argument, tout ce que vous direz : ne sera que paroles.

— « Sans doute, continue de Gérando, Thomme a reçu en naissant la faculté de parler. »

— Recevoir une faculté! quel langage. On reçoit une propriété. Une faculté est ou n'est pas. Le langage est une propriété de Tunion de Tâme à un organisme. La faculté de parler appartient à Tâme , dans certaines conditions, dont Tuno est son union à un organisme.

— R Sans quoi , continue de Gcrando , il no parlerait jamais ; et c^e^t en cela qu'il doit rendre gr&ce à la libéralité de son auteur. »

— Si riiomme a un auteur, il ne peut : ni parler, iiî rendre grâce d'une manière proprement dite. Dans ce cas, il parle comme le vent siffle ; et, il rend grâce comme le lion rugit.

— *- M Mail, continue de Géraudo, il ne s'ensuit pas Je là qu'il n*ait pu user ensuite de cette faculté, . . »

â24 SCIENCE SOCIALE.

— Si rhomme a un auteur, il n'use pas, il s'use. A-t-on jamais dit : qu'une horloge use de la faculté de

sonner.

— «... pour inventer^ continue de Gérando, le langage et s'en seirir; €t nous ne voyons pas que l'eutenr de la nature en toit moins admirable dans ses œuvres pour nous avoir donné la fac%Mé de parler, comme eeDe de penser j d*agir, d*inYenter les arts libéraux et industriels , au lieu de nous avoir donné nos idées toutes développées, nos arts entièrement créés et nos paroles déjà formées. »

— Effectivement : que ce soit lui qui sonne la cloche; ou, qu'il la fasse sonner; c'est toujours lui qui sonne.

— K Un antre argument ordinaire au\ mêmes écrivains, continue àe GéranJo, est d'a$surcr quMls ne conçoivent pas comment le langage a pu *Mre inventé. »

— Ceci est encore faux. Ils vous disent : qu'il n'a pu être inventé; et, comme preuve, ils vous disent : il faut penser sa parole avant de parler sa pensée. Détruisez cet argument; ou, taisez-vous.

— « Nous le croyons sans peine, » continue de Gérando. . .

— Si VOUS le croyez ainsi, restez donc dans le doute; affirmer sans savoir, en fait de science, est d'un sot. Ces affinnations ne sont permises qu au fidèle disant : credo quia absurdum.

— « ... mais t continue de Gcrando , ce n*est ici qu'un argument tiré de rignorance, et ils nous apprennent souvent eux-mêmes, dans d*autre> occasions, qu*il n^cst pas juste de nier une chose, parce qu*on ne comprend pas comment elle peut avoir lieu. »

SGISMCE SOGULB. 225

— Bien. Mais, il n'est pas plus juste : de l'affirmer ; que, de le nier.

— « Cependant, poursuit de Géï*ando, s'ils veulent trouver le comment an peu moins difUcile k concevoir, ...»

— Voyons. Cela va devenir curieux.

— «... qu'ils veulent bien examiner, continue de Gérando, de quelle manière nos enfants sont initiés chaque jour aux langues existantes. Ils ne font que répéter rapidement les mêmes opérations par lesquelles ces langnes ont pu être longuement inventées. »

— En vérité, il faut être philosophe : pour dire de pareilles choses. Comment : un enfant invente la parole 1 C'est , comme si vous disiez : qu'un bambin a inventé la mécanique céleste.

* — « Un enfant, continue de Gérando, n'apprend sa langue maternelle ue parce qu'il l'invente en quelque sorte avec sa mère. i>

— Toutes les fois qu'un homme vous dira en quelque sorte, soyez persuadé : qu'il ne sait ce qu'il dit, en aucune sorte.

— • U faut, continue de Gcrando, qu'il essaye avec elle un premier langage commun donné par la nature ; ... »

— Il n'y a pas de langage donné par la nature. La nature c'est l'organisme ; et, un homme isolé ne parle pas. Respirer, peu ou prou, n'estpoint parler; et, crier c'est respirer : aspirer ou expirer; et, rien de plus.

— « . . . il faut, continué de Gérando, que, par son secours, il forme avec sa mère certaines conventions secondaires. . . »

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