IV. lîJ
226 8CIKNCE SOCULK.
— Des conventions secondaires sont très-jolies !
— a . . • pour l'adoption, continue de Gérando, du langage articulé. »
— Les articulations ne sont pas nécessaires au langage, pas 'plus qu'elles ne constituent le langage. Au propre : un perroquet ne parle pas.
*- <f Les mêmes conTcntîonSy continue de Gérando^ auraient suffi pour faire naître. »
(De GiBAKDO, Histoire comparée de la phiheopkieg t. UU p. 35, etc.)
— Oui. Mais, pour convenir, il faut parler. Et, sans paroles : adieu les conventions.
8i Dieu est l'autour du langage (1).
« Les mots, il faut le dire, ne reprétentent plus les mêmes idées poor toos (2) ; il en est même, s*il est permis de parler ainsi , qui sont derenos de simples sons ?ides de sens , auxqoeb ou n'ajoaie plus aocnne idée, le signe d^ancon sentiment (3).» M. Ballaxtcui t Estai sur les ituHiuHont, t. II des Œuvrety p. 87.
— « On anra bean se récrier snr ce qu'on ap« pdle des disputes de mots , tant que les hommes n*anront que des mots pour ezpn'mer leurs pensées, il faudra peser les mots (4). »
Mirabeau, Était généraux, mai 1789.
(t) La démonstration, que l'anthropomorphisme est absurde, sufûrait, pour anéantir la valeur du titre de ce paragraphe. Mais, il était nécessnire de laisser subsister cette h3rpothèse, qui repose exclusivement sur la nécessité d'une révélation pour que le langage puisse exister ; afin, de pouvoir citer tout ce qui a été dit do mieux : en faveur de cette bypo* thèse. Ce mieux appartient à Bonald. C'est donc lui que nous examinerons, principalement : après avoir rapporté quelques autres citations, qui se rattachent au même sujet.
(2) Il en a clé de même dans tous les temps. Avant l'incompressibilité do Texamen, on ne pesait pas la valeur de beaucoup d'expressions ; par la bonne raison : que, ceux qui osaient se permettre de les excpîner, et de publier les résultats de leur examen, étaient grillés. Âujouridliui, qit*il y a impossibilité de griller personne, on examine, on publie ses examens ; et, Ton commence à s'apercevoir : qu'en dehors des mathématiques, il n'y a pas encore d'expressions parfaitement déterminées.
(3) M. Ballanchc oublie : qu'il n*est pas permis de parler ainsi. Un son n'est pas un mot; et, ce qui n'a aucuu sens n'est qu'un son. M. Ballanchc a voulu dire : que, beaucoup de mots examinés n*avaient qu'un sens absurde. A cet égard le mot Dieu, comme expression anthropomorphique^ peut être mis : en tête de la 8crie.
(4) L'indétermination des expressions est la source de toutes les cr-
228 SClEIiCE SOGULE.
— «c Les noms représentent les idées (1) et sont toujours aussi clairs qu^elles ; ils ne peaveat Fètie ni plus ni moins, puisqu'ils ne sont dans le rai que des idées parlées (2)..^. Les mots ne «at point faits pour exprimer ou définir les choses, mais seulement les idées que nous en a?ons; antrement nous ne pourrions parler. Les modernes que e contredis ici de front, Tondraittit-ils , par hasard, condamner l'espèce humaine an silence jusqu'à ce que les essences lui soient connues (3)?* De MiiSTai , Examen de la philosopkie de Bacon, t. I, p. 130.
reurs; et, aussi longtemps qu'il existe un seul mot indéterminé, et dont la valeur est absurde ou conduit à Tabsurde ; partout, où ce mot sera entré comme élément; l'ensemble, où il se trouvera, sera absurde; oa, conduira à Tabsurde. Aussi longtemps que le mot Dieu^ anthropomorphiquement parlant, n'est point absolument banni du langage, il est impossible de raisonner d'une manière exacte. Que dirait-on d'an mathématicien, s'il lui était demandé : quel sens il attache à tel ou tel signe ; et, qu'il répondit : j'y attache le sens de tant d'unités p/t» ou moâui' Il en est de même de l'homme auquel on demande quel sens : il attache au mot Dieu ; et, qui répond : j'y attache le sens d'un être : qui fait quelque chose de rien; qui rend ce qu'il a fait libre, etc., etc. Avec des gens qui répondent ainsi, soit en mathématiques, soit en morale, il faut se taire. Essayez donc de trouver : une proposition mathématique où, l'unité ne se trouve pas : implicitement ou explicitement? Essayei ensuite de trouver : une proposition morale ; où, la liberté ne se trouve pas : implicitement ou explicitement ? Les deux sont impossibles.
Parler, c'est-à-dire : discuter avec des gens qui affirment l'eiifitence de Dieu ; ou, qui nient l'immatérialité de l'âme, comme nécessaire à l'existence de la liberté ; est, une folie égale de part et d'autre. On ne raisonne point avec des fous, avant de les avoir guéris. Quand on ne le pest, il faut, laii^scr au temps le soin de la cure ; ou, se résigner à les voir mourir fous. Ajoutons : qu'il y a des double-fous. Ce sont ceux qui affirment également : et, l'anthropomorphisme et le matérialiame.
(j) Nous avons déjà cité cet admirable passage de de Maistre au cb. n, g 3, du présent livre. A l'époque où nous nous trouvons» Dons le répéterions mille fois, et ce ne serait pas assez.
(?!) Que l'on n'oublie jamais : que, verbe et idée sont inséparables. L'idée kst le vebbe kk DiiJ)A>s ; le vebbe est l'idée e» dbboas.
(3) Si, dès son apparition sur le globe, l'espcce humaine avait eu le sens commun, elle ne se serait point condamnée au silence, mais aa doute : j u^qu'â ce que les essences lui fubscnt coniuics. Mais, comme on eift fou, aussi longtemps qu'on est ignorant; et, que d'ailleurs le doute Foçial, a Vauaichie pour consiqucucc iiié\itable ; les législateurs ont, fort
— « Une des comiBoditei du chnstumUtse »>• (1; est de 8*ètre fait ua cerUîn jai^^hi d«
nos idées (1) avec leqael oa ntisluît à t<Mt, bon à h raison. »
J. J. RocsscAU, Lettre m Af. de ^VanmiMif.
— ■ J'ai cberclié la \érile dans ita li\res, je n'y ai trcmTé qae le measim^e et Terreur ^3). »
il/,, ihiii,
— m Le langage Aninmm n*est pas asseï clair (4). Dieu lui-aième, s'il daignait nous i^arltMr dans uits langues (5), ne nous dirait rien sur quoi Tvn ne pût disputer (6)... 11 n'y a )>oint de \i'rit(^ si olai< rement énoncée, il u\v a pi>iiit de si gro.<!(îer men» songe qu'on ne puisse étayer de quelque fausat raisou (7). »
sagement, anéanti le doute : eu afflrmaut et on envoyant à l'ôchafaud : quiconque se permettait d'exprimer son scepticisme. (^>uand, TincHmipressibilité de l'examen vient rendre la liberté au doute social ; ranar* chie redevient endémique sur le globe ; cl, alors, la vcrilé doit np))aral< tre ; ou, rbumanité s'évnnouir.
(1) Rousseau est ici dans IVrrcur. Ce n'est point du cbristinnismt^ mt»derne, qu'il fallait dire ce qu'il va énoncer ; c'est, de toutes les révélations, possibles ; et, de toutes les loi^islations possibles : jus4|uVi ce que la vérité soit découverte.
(3) Sans idées est mauvais ; il fallait dire : sans idées, dont les conséquences ne conduisent point à Vabsuide.
(3) Et, comme tout ce qui a été dit se trouve dans les livres ; il fallait en conclure : que, depuis l'origine de Tiiumanité, il n'y a eu que mensonge et erreur. Mais, Jean-Jac(]ues s'imaginait : que, les folies qu'il débitait sur dame nature, qui n'est autre que le diable de toutes les n'*- Télations, n'avaient pas été dites avant lui.
(4) Rousseau s'imaginait, sans doute, qu'il pouvait exister: un langage non humain. Aussi longtemps, qu'on se sert de pareilles expressions ; on ne peut que déraisonner.
(5) Voyez-vous ce Dieu, transformé en grand seigneur, qui daigne parlera ses esclaves? Jamais la raison n'apparaîtra sur notre globo ; tant, que les expressions : fHen, cause prcmï^rCy créateur, intelligence suprême, etc., etc., appartiendront au dictionnaire terrestre.
(6) Au lieu de toutes ces circonlocutions, ne valait-il p«i8 mieux dire : l'humanité est encore une sotte, l'hunanité ne sait pas encore parler ; jusqu'il présent elle n'a fait que bégayer : sottises sur sottises ?
(7) El, comment distinguez-vous : les fausses raisons des vraies ? Si, vous le pouvez, les langues sont bonnes : si, vous ne le pouvez, comment supposez-vous: qu'il y ait des vérités, déjà énoncées ?
230 SCIENCE SOCULE.
— « Herder a recours à des ezplicaUons mjs-
tiques ea cootradiction avec la théorie géoénle et
Tesprit de son oovrage. Ainsi, poor avoir (ait
Hiomme trop passif et presqae exclosivemcnt sa-
sltif, il ne sait plos comment résoudre le proUèatr
des langues (1) ; et comme Rousseau , et depiis
M. de BonaM , il le résond par le Deus ex au-
china, L*instiintion du langage, selon HerJe^f est
<i*ins(itntion divine : cela peut être (2) , mais ce
n*est pas moins un contre-sens dans Poonage de
Herder (3), où tout est expliqué humaiuement (K).
Si Dieu intervient dans cette difficulté , ilfsadnle
faire btervenir dans d*autres difficultés qoi ne not
pas moins grandes (5) , et c'en est fait de J'idée
fondamentale du livre (6). »
M. Cousin , Introduction a Vhistoirt de U pki/osopkie, p. 349.
— « Sitôt qu*on accoutume les gens à dire des mots sans les entendre, il est facile aprb cela de leur faire dire tout ce qu*on veut (7). •
Rousseau, Émiie, L II, p. 223.
(0 Et vous, M. Cousin, l'avez-vous résolu ? C*cst, cependant, le premier qu*il faut résoudre : avant de pouvoir rien affirmer. Jusque-là, il n'y a de rationnel : que, négation, scepticisme, et hypothèse.
(2) Comment, cela peut être? Si, le Dieu créateur existait ; cela ne 9^ rait pas un peut être : mais, une nécessité. Qu'un ouvrier ait mis, dans une machine, la nécessité du développement d*une propriété, avant de la mettre en place ; ou, qu'il vienne Vy insérer, après qu*il Ta mise aa clou ; peu importe; c'est toujours à lui que se doit : le développement de la propriété. Ce, qu'il y a de sûr; ce, qui né souffre pas de peut être; c'est, que si le Dieu créateur existe; ce n'est pas nous qui raisonnons, c'est Dieu. Quand une horloge sonne ; ce n'est pas elle qui se fait sonner; c'est, l'ouvrier qui l'a construite.
(3) Ce n'est pas seulement dans l'ouvrage de Herder, que lemotDieo est un contre-sens ; c'est, dans les ouvrages de M. Cousin ; et, dans tous ics ouvrages possibles : ou ce non-sens est supposé être : une réalité.
(4) Essayez donc de faire une explication, qui ne soit pas humaine? Ce sera joli !
(5) Ce n'est pas de cette seule difficulté, qu'il faut éliminer Diea ; c'est, du langage: sous peine de ne pouvoir parler réellement ; sons peioe de ne produire que des sons forcés comme ceux d'ua tuyau d'orgae^ «luand l'air vient le frapper.
(6) Il fallait dire : et, c'en est fait du raisonnement.
(7) Et, comme le mot Dieu est un non-sens; et, renferme tous les ron-sens possibles.; c'est le premier : qu'il faut éliminer.
— «• Les idées de création, dVnuhilation, d'abiquité, d'éternité (l), de toate-poissanoe, celle des attributs divins, tontes ces idées qa*il appartient à si pea d'hommes de voir aussi confases et aussi obscures qa*elles le sont , et qui n*ont rien d*obscur pour le peuple, parce qu*il n y comprend rien du tout, comment se présentent-elles d&us toute leur jorce^ c'est-à-dire dans toute leur obscurité (3), à -de jeunes esprits? etc. »
RousssAV, Emile f t. II, p. 226.
— « Au fond que sont les mots, sinon les images des choses (3)? Et ces images, si la vigueur des raisons ne leur donne de Fâme et de la vie , s*y attacher si fort, c'est. être amoureux d'une statue (4). »
Bacoh, Dignité ci accroissemeni des sciences , liv. I , p. 29.
— «En effet, Socrate, parmi les sectateurs d*Héradite, on comme vous dites, d'Homère ou de quelque auteur plus ancien , ceux d'Épbèse qui se donnent pour savants, sont tels qu'il n'est pas plus possiUe de disputer avec eux qu'avec des furieux. Il n'y a réellement rien de fixe dans leurs écrits. S'arrêter sur une matière, sur une question , et interroger à son tour paisiblement, est une chose qui est en leur pouvoir moins que rien , et infiniment moins que rien , tant ils ont peu de consistance.
(1) II est bien singulier : que, ces Messieurs aient toujours donné l'idée 4'étemitc, comme difficile à comprendre ; tandis, qu'il est impossible de se figurer quelque chose de réel, ou même exempt do forme, qui ne soit étemel. Rousseau vient de donner l'idée de la création comme adisurde. Si, l'idée de création est absurde ; Ildée d'éternité est tellement naturelle : qu'il est impossible de raisonner sans l'avoir.
(2) Ainsi les idées de création, de toute-puissance, des attributs divins, de Dieu enfin n'ont de force : que, leur obscurité? C'est dire implidtement : que, Tidée de Dieu est absurde. Mais, il fallait le dire explicitement Il est toujours lâche de fléchir le genou devant le mensonge : quelque dissimulée que soit la génuflexion.
(3) C'est, l'image des idées qu*il fallait dire.
(4) Le mot Dieu est, de tous, le plus dépourvu : de vigueur, de raison. Que ceux qui ne veulent pas se soumettre à la raison ; s'en servent, rien de mieux. Avec cesgens-là, il ne faut pas raisonner. Mais, que ceux qui prétendent raisonner, se servent de celte expression, dont la conséquence est l'anéantissement du raisonnement réel ; c'est, à sourire de pitié.
232 sasKCE sociale.
Si yooB les interrogez, ils tirent aussitôt de kan carqoois quelques petits mots énigmatiqoes qaHs TOUS déeocbent. Essayez-vous de demander raison de ce qu*iU viennent de dire , tous serez wrle champ frappé d'un antre mot détourné à an sens nouveau. EInfin tous ne conclurez jamais rien attc eux. Ils n'avancent pas davantage entre eux, nais ils prennent garde par-dessus tout de ne lai&ser rien de fixe dans leurs discours , ni dans iesn pensées, persuadés, ce me scmblç, que c'est là cette stabilité à laquelle ils fout la guerre et qu'ils exdnent de tous les lieux autant qu'ils peuvent (t).*
Plxtow, TAectète, p. 105.
— « Les mots destinés à représenter les idéei n'ont jamais tort; ils sont anssi clairs qu'ils doivent Têtre, c'est-à-dire aussi clairs que la pensée, et même ils ne sont que la pensée : de mâni^ qu*il n*y a d'antres moyens de pcrfectionaer me langue que celui de perfectionner la pensée (1). ->
De. MAiSTaa, Examen de la philosophie de Bacon, t. I, p. 13 f.
— « Qui nie l'Église et croit en Dieu est m insKusK (3). »
M. DK J.A Mehnais, Nouteaiuc mélanges,^ris, 1826, Préface, p. 2.
— « Nous l'avons déjà dit : si Ton prouve qa'3 est impossible, d'une impossibilité physique et norale, que l'bomme, tel qu'il est constitué, eàt pa
(1) Le dialogue intitulé Théélèle, est l'exploration de la sdence; la recherche de savoir : si, toute sensation est science; si tout est en mouvcmcnt, ou si tout est en repos ; si la justice est absolue ou relatÎTC ; s'il y a des vérités ou s'il n'y a que des opinions. Pourtant Platon, sous le nom de Socratc, tout en condamnant les sophistes, joue lai-méme le rôle de sophiste ; et, le portrait qu'il vient de faire, des partisans d'Heraclite, lui est parfaitement applicable. Pour lui les mots : choses âme, homme, sensation, connaissance, science. Dieu, vérité, justice, etc., n'ont aucun sens déterminé.
(2) C'est, par le seul perfectionnement de la pensée ; que, les mots: Dieit, cause première, créateur, etc., peuvent cire éliminés : du langage.
(3) Depuis celte époque, M. do la Mcnnais nie l'Église. Voyez, à cet égard, ses discussions critiques.
Maintenant, nous arrivons à Donald ; et, nous prions nos lecteurs : de l'étudier avec le plus grand soin. Il renferme, en lui seul, tout ce qui a été dit de plus fort; en faveur. de l'anthropomorphisme; et, des révélations.
de lai-méme, et par len seules forces de son esprit, ioventer l'art de parler (1), on aura rigoareusement démontré l'existence d'ane cause intelligente, sopérieure à l'homme et antérieure au genre humain (2). Il y a même lien de s'étonner que les différentes académies de l'Europe n'aient pas appelé l'attention des savants sur cette question plu- . tôt que sur une foule de sujets inutiles à éclaircir, on même dangereux k traiter (3). On ne peut pas croire qu'elles en aient été détournées par la considération de tont ce qui a été écrit en faveur de l'opinion contraire, ou de l'invention du langage. Rien de plus romanesque, de moins philosophique, de plus faible, en un mot, de principes, d'observations et de raisonnement , que tout ce que les idéologues modernes ont publié snr la possibilité du langage inventé par l'homme , et les moyens qu'ils ont dû employer pour y parvenir (4). J. J. Rousseau , dans quelques pages, a soufBé sur ces
(1) Pour Bonald, Texpression parler signifie: taDtôt penser: tantôt communiquer ses pensées d'une manière quelconque ; et, tantôt communiquer sa pensée au moyen de sons articulés. Quand, on donne plusieurs valeurs, à un même signe, c'est une preuve que, la valeur de ce signe n'est point suffisamment déterminée : par celui qui l'emploie.
(2) Il faudrait être complètement fou : pour opposer, l'ombre d'un doute, à cette assertion. Mais aussi, il faut : que, la preuve do cette im possibilité, soit incontestable. Car, aussi longtemps : quç, cette impossibilité n'est point parfaitement démontrée; ou, que les adversaires ne démontrent point cette possibilité; l'hypothèse de l'anthropomorphisme, abstraction faite de son absurdité démontrée, doit rester : dans le doute.
(3) Et, pourquoi les anthropomorphistes, n'ont-ils pas mis les académies, ou le matérialisme, au défi sur la solution de celte question, base de f anthropomorphisme? C'est, que, de part et d'autre, l'absurdité de la doctrine craignait toute discussion serrée. Chaque parti craignait la lumière. Il n'appartient qu'à la vérité, de ne craindre ni objection ni discussion. Pour elle, rien n*est dangeureux à traiter. Dans l'ignorance, il D*est rien qui ne le soit. Aussi, l'ignorance sociale n'a de base : qu'une inquisition.
(4) Cela est parfaitement vrai. C'est, que du moment : que, vous admettez le sentiment de l'existence, ou la sensibilité réelle, chez les animaux ; il est de toute impossibilité de trouver une origine du langage, pour l'homme ; qui, ne le soit aus8i:pour les animaux. LesjBul Descartes, capable d'une pareille discussion, a rejeté la sensibilité des animaux. Mais, il s'imaginait : que, l'âme isolée pouvait penser ; et, sur cette voie, il est impossible de rencontrer la vérité.
234 8C1ENCB SOCIALE.
révet de rînuq^matioB (1) , et sans doate le scntiment de cet homme oâèbre animit été d'ut pbs grand poids anx yeux de ses oonteniporaltts, si ks plus clairvoyants n*en eussent redonté les oontéqnences pour des croyances qoe J. J. Roasseaa a toujours défendues et qa*oa ne loi a jamais pardonnées. »
BoNALD , Retàerckes piiloêopkiqwm tnr la premiers objets dee eommaintmeH «ors- ^«, t. If, 1818, p. 22.
n faut convenir : que , s'il ne s'était agi que de la vérité, jamais il n'aurait existé d'aussi sotte querelle : que , celle des anthropomorphistes avec les matérialistes. Si y l'anthropomorphisme est réel; l'homme n'est rien : que, le jouet de l'anthropomorphisme. Si,le matérialisme est réel ; l'homme n'est rien : que, le jouet des forces. Un seul brin de raisonnement aurait dû suffire : pour les mettre d'accord ; ou plutôt pour reconnaître : que, rienne pouvait dépendre d'eux. Hais, ce n'était point de la vérité, qu'il s'agissait ; c'était : d'une part, de conserver l'exploitation des masses ; de l'autre, d'arracher cette exploitation à ceux qui en jouissaient : pour en joiiir soi-même.
Voilà l'opinion de Bonald bien établie. Selon lui, le verbe est révélé. Selon lui, cela doit être prouvé car il dit:
— « Que ce soit BacoQ où Descartes , Leibnitz ou Locke qai tienne rac proposer ses opinions, je n*en reçois jamais que ce que je comprends ou ce que je crois comprendre. Je ne puis même adhérer à ses pensées
(1) Jean- Jacques admettait Tanthropomorphisme ; et , une fois cette absurdité admise, il est absurde : de ne point admettre une révélation, quelle qu^elle soit. Si, Dieu a fait Thomme, il est évident : qu'il lui a donné la parole. Le nier, ce serait nier : que, Thorloger donne à Thorloge, faite pour sonner, la nécessité de sonner.
SCIENCE SOCULE. 235
qu*aataDt qae je les retroaTe dans mon esprit, oa plutôt qu'elles sout les miennes ; conmie je ne puis obéir à on autre homme , ou héhb ▲ Dieu , qQ*autaDt qu'il me iiit vouloir moi-même. •
— Voyons, comment l'auteur va s'y prendre : pour^ que ses pensées, sur la révélation du verbe, deviennent les nôtres.
— - « Le vœu de tous les philosophes, dit l'auteur, ou plutôt le premier besoin de la philosophie , est de trouver une base certaine aux connaissances humaines, une vérité première de laquelle on puisse légitimement dédoire toutes les vérités subséquentes , un point fixe auquel on puisse attacher le premier anneau de la chaîne de la- science, un critérium enfin qui puisse servir à distinguer la vérité de l'erreur ; et c'est à la détermi* nation de cette base, de cette vérité première, de ce point fixe, de ce critérium que commence la dirergcnce de tous les systèmes. »
— Si, c'est là que commence celle divergence; et, cela est vrai ; il faut commencer par la faire cesser, sinon, elle continuera d'exister. Bonald l'essaye. Nous allons prouver qu'il n'a nullement réussi ; ce ne sera : ni long, ni difficile.
D'abord, on ne détermine pas un critérium ; on détermine la valeur de cette expression*, puis, on cherche : le critérium déterminé. Quand on veut une règle, une mesure quelconque, on détermine d'abord : la longueur, le poids, le volume, etc., qu'elle doit avoir; puis, on cherche si elle existe. Si, elle n'existe pas ; et , aucun critérium physique n'existe d'une manière absolue ; on prend une approximation, suffisante aux besoins de la vie. Au moral , le critérium ne peut être un à peu près ; il faut : qu'il soit absolu. Or , pendant toute l'époque d'ignorance; pendant toute l'époque que la
règle rationnelle des actions ne peut être déoiontrée-, ce critérium ne peut être absolu. La nécessité oblige donc d'en prendre un relatif ; et , on le prend relatif à un fait non démontré. De là, les révélations, les critériums moraux qui régissent les nations : depuis Torigine sociale. Voilà, un commencement qui est clair; et, que personne ne contestera.
Quand, l'examen devenu incompressible, par l'impuissance des inquisitions, vient renverser ces critérîa ; les sociétés se trouvent en état d'anarchie : jusqu'à ce que le critérium moral, qui doit être absolu, soit trouvé. Pendant l'époque d'ignorance, le mot critérium serait déterminé : si, du reste, on s'en servait. Alors, il signifie révélation : puisque, tout raisonnement, sans aucune espèce d'exception, lui est soumis ; même jusqu'à celui de : trois ne sont pas trois j mais un. Une fois que l'époque d'examen, ou d'anarchie par défaut de critérium, est arrivée ; le mot, critérium^ cesse d'être déterminé. Déterminons cette valeur.
Le mot cn7<^nMm signifie : règle, me sure, étalon, etc. Voilà qui est clair. C'est : un mètre, un kilogramme, un litre, un are, etc. Et, comment fait-on pour les avoir ? On raisonne. Ce n'est donc, en réalité : ni le mètre, ni le kilogramme, ni le litre, ni l'are qui sont des critéria; c'est, le raisonnement. Mais, comme le raisonnement est bon ou mauvais; et, que là où il n'y a rien d'absolu, il n'y a, en réalité, ni bon ni mauvais; la société donne sa force à un raisonnement quiconque, et dit : Ta peu prùs de ce mètre, de ce kilogramme, de ce litre, etc., sera considéré : comme absolu. Il en
est de même, pour toutes les sciences physiques 5 nous n'avons que des à peu près et que des inductions j nous n'avons même, pendant toute l'époque d'ignorance, d'autre certitude sur la réalité du raisonnement : que , les révélations ; et, une fois les révélations anéan-> ties, le raisonnement lui-même, critérium physique, reste : socialement sans valeur.
Qu'est-ce, maintenant, que le critérium moral? C'est le critérium du critérium physique, le critérium du raisonnement; qui, pendant toute l'époque d'ignorance, n'est réel : que, relativement aux révélations ; qui, toutes ont été inventées : pour rendre I'ame, base du raisonnement , une réalité et non une illusion ; c'est-à-dire : un être immatériel ; et non, un fait temporel.
L'âme, ou la base du raisonnement , ou la sensibilité, doit donc être : un fait non temporel; un fait éternel ; pour, que le critérium moral, qui doit avoir une existence absolue , puisse : e^dster.
C'est donc par savoir : si, l'âme est éternelle, qu'il faut commencer : pour, que le critérium puisse être connu : s'il existe. Nous avons dit ailleurs : quel est le chemin qu'il faut suivre, pour arriver à cette connaissance ; et, nous y arriverons au présent chapitre.
Une fois, arrivé à celte connaissance ; et, par cela seul qu'on y est arrivé -, il est facile de distinguer : les AMES, seules vérités ; de ce qui n'est pas ame; do ce qui n'est qu'illusion ; c'est-à-dire : erreir.
Pour ce qui est illusion ou physique, la bonté du raisonnement consiste : à observer l'enchaînement des
238 SCIENCE SOCIALB.
illusions ; ce qu'on appelle causes et e^éts ; et, l'expression de ces enchaînements se nomme : Térité physique.
En morale, en société, ce qui est la même chose; la bonté du raisonnement consiste : à déduire, par identités et non par analogies; à déduire, dis-je : des âmes, réconnues étemelles : la liberté réelle de Thomme; Tégalité réelle des hommes, basée sur des âmes égales, comme étemelles, immatérielles; et, leur fraternité, comme se rattachant tous : à une sanction identique et également étemelle.
Voilà, le critérium moral déterminé. Reste à voir s'il existe ; et, il doit exister : pour, que Hiamanité, la société, puisse persister : une fois , que les puissances de révélation sont anéanties.
Tout ce que nous venons de dire : est clair, incontestable, et rend la valeur du mot critérium moral parfaitement diaphane. Voyons, maintenant, ce que va dire Bonald. Nous allons lui laisser citer un morceau de VHistoire comparée des systèmes philosophiques, etc.
— « Les philosophes y ditr/ri>fotre comparée ^ demandent une chose qui serait fans doute bien agréable et bien commode dans Tusage ^ lorsqu*ili Teulent trouver un critérium tellement prompt , tellement simple, qu'il puisse au premier .coup d'œîl faire distinguer la vérité de Terreur. . • » X
— Tout ce que l'on sait bien est prompt, simple ; et, si c'est une règle, elle fait distinguer, au premier coup d'oeil, la vérité de Terreur ; et cela, bien plus au moral qu'au physique. Bien n'est plus long, plus composé, plus difficile à trouver : qu'un mètre, considéré
8C1EKCE SOCIALE. 239
comme dix-millionième partie du quart du méridien. Mais, une fois trouvé, le mètre, le kilogramme et le litre servent, au premier coup d'œil, à distinguer la vérité de Terreur. Ici, cependant, remarquons bien: •que, le critérium n'est pas tel mètre en bois, en fer, en or ou en argent. Le mètre corporel n'est que l'expression, plus ou moins approchée, du mètre incorporel, donné par le raisonnement ; ou , du mètre abstrait, pour se servir du langage de ces messieurs. Il en est de même pour le critérium moral. Rien n'est moins prompt, moins simple , pour celui qui l'ignore, que le raisonnement, qui démontre l'immatérialité des âmes. Mais, une fois que cette démonstration est faite; une fois que le verbe est donné comme l'expression de ce critérium, en tant que les âmes ont une existence dans le temps ; rien ne devient plus prompt, plus simple : que, l'usage de ce Qjritérium ; ou, plutôt de l'expression du critérium ; et, rien alors n'est plus facile : que, de distinguer, au premier coup d'œil, la vérité de l'erreur, les réalités des illusions. Après cela, rien n'est encore plus facile : que, d'en déduire toutes les vérités subséquentes.
— - <K ... senrir, continue de Gérando^ de cachet sensible. . . »
— Nous avons déjà dit : qu'une idée est aussi sensible qu'un boeuf. 11 faut traîner dans les boues de l'ignorance, ces expressions : àe sensible et d* insensible, de tangible et d'intangible, de visible et d'mvmite. Encore une fois, une idée, à l'âme qui seule voit; une idée est visible : comme un bœuf.
— a ... universel , continue de Gérando, aax connaisitacei lé^timcs... »
— Ceci est du galimatias. Le critérium est applicable à toutes les connaissances ; comme un mètre est applicable : à toutes sortes d'étoffes.
— <K ... ety continue de Gérando, dispenser ainsi de tout examen. «
— Autre galimatias. Gomment un critérium peut-il dispenser d'examen? C'est, comme si on disait : que, Ton mesure sans mesurer. Quand on a le critérium moral ; et, qu'il est démontré que le verbe est son expression ; on examine : un chien, une laitue, une écritoire ; on regarde s'ils ont le verbe. S'ils l'ont, on dit : ce sont des hommes ; des êtres moraux comme vous et moi ; des êtres réels ; des vérités. S'ils ne l'ont pas, on dit : ces êtres, ne sont êtres : qu'illusoirement ; que figurément ; ce sont des êtres physiques, des phénomènes, des apparences, des illusions, des en^eurs. Tout cela se fait : promptement, simplement ; mais, ne dispense pas : de tout examen.
— a Mais , continue de Gérando , ils demandent une chose tout i fait impossible. . . »
— Et pourquoi, s'il vous plaît, déclarez-vous cela impossible ? Qui vous autorise : à donner vos connaissances, comme les bornes du possible ? Cela est tellement possible, qu'il faut : que, cela soit, et promptement ; ou, que notre moïïde moral périsse.
— « ... et, coDtÎBiiê 6e Gèmôm^ T'maASàt ^ ifiÉBJjffi fai mâéêé kîtes dans tous les itnt^ pov Ti 'impossibilité. »
— D^abord, il n'y a jamais eo qwr det bê&i'Am^ gpii aient cherché le criténiSD ; et ^ ft'ib fairaâwt trouvé ; et, qu'ils eussent eu la soUise d^ Tanker k montrer à la sodété; ils aoraieDl été artipaplis par le» [nquisitioqs, aTant de pooroir ex(<iser kiEir dénmHta^ tion. La première chose, pour tramer le wiJaîmu rationnel ou moral, est de lépodiiT : twte; wy^M ék révélation ; toute espèee â'2mihrnpt0j^m \kmmt ; wimk le régime desqueb. les âmes soat beeessairemi^trt tem porelles; sous le régime desqueb, ïi ne pfot exister > m liberté, ni i^a3i\éj m fralemif^. Ij: rrMfmm nwhk ne peut être soeialeroent aeeept^ : qoe^ Ws^oH^Mt socialement cherrbé : il ne petit ^re ts^j^rtsiemerrt *%0^ché : que, lorsque le besoio «'en fait yp^'vAfr^n^A nm^ tir; et, ce besoin peut «eulenjerit ^re M^^tî, h^/^^miI^/ment, lorsque la société KtjHanùi : qu elle ^UM pmhséder ce cntérram; ou, yittT*
— - « La deftinée de si«4n^ r»ÎMiii« * #.w6<i»i' 4^ l/iv«i«4^^ ^ ^
— Autre sottise, f! n'y a pM^i^st r4i^m%, i\ lie peut y en avoir qu'une : la sensibilité fi«/^iiiéfr p;ur u» ^tryi/Êâmu^^ ayant un centre* Si, v<4re bofi limi raiit/^nne, il raiié^Hêtm comme nous. Si, un chien nmmofi ; il raisonne iupmttm le bon Dieu. Quiconque n'est pas susceptible de rai* sonner mal ; n'est pas susceptible de raisonner bien,
— « .^ senit ifof Liillule et înf lievmKe, amÛÊmt 6ê Génad*, IV. 16
242 scnsifCE socialb.
s^il eiistait pour la TériCé des caractères u apparents qu*ils paueni être reconnus du premier coup d*œîl ; ... »
— M. de Gérando veut, sans doute, qu'il n'y ait: que, les intelb'gences d'élite; les académiciens; les riches; les nobles; qui puissent voir la vérité. H lui faut du privilège à ce Monsieur. Seigneur ! le temps des privilèges est passé. Il faut maintenant : que, la vérité soit pour tout le monde; ou, pour personne.
<— n ... il n*est rien , continue de Gérando , qui paisse rafErandiir du flevoir d*ane réQexion patiente et méthodique. »
— Eh ! malheureux homme ; il n'y a que la bête
qui ne réfléchisse pas Nous nous trompons, ou
plutôt vous vous trompez. Si, votre Dieu existe, vous êtes incapable de réfléchir, en réalité. Écoutez Donald :
— « Que ce soit Bacon ou Descartes , Leibnitz ou Locke qui vienne me proposer ses opinions, je n'en reçois jamais que ce que je comprends ou ce que je crois comprendre. Je ne puis même adhérer à ses pensées qu'autant que je les relrouve dans mon esprit ou plutôt qu'elles sont les miennes , comme je ne puis obéir à un autre bommc , ou même a Dieu, qu'autant Qr*iL me fait vouloir moi-même. »
— Vous voyez bien que Bonald, lui-même, reconnaît : que, Dieu existant, Thomme n'est qu'une machine.
Maintenant, c'est Bonald qui va continuer :
— « Mais il s'en faut bien , dit-il , que les bommcs aient cherché à s'afftanchir du devoir d'une réflexion patiente et méthodique dans la
SCIENCB SOCIALE.
poursuite de ce critérium^ puùquil y a trois mille tns qu'ils y réfléchissent avec une patience qae Diea n*a pa rebuter, et qu'ils ont de siècle ea siècle imaginé de nouTeUes méthodes d'iuTestigation. »
— Nous répétons : que, pendant l'époque d'ignorance ; et, avant que la vérité soit devenue nécessaire; il est permis de dire toutes les bêtises possibles; mais, que eelui qui s'aviserait de dire la vérité- est nécessairement brûlé; et avec raison. La vérité n'est utile: que, lorsqu'elle est nécessaire. Il est évident, qu'ici : le mot, socialement, est sous-entendu.
— « L'inutilité des tentatires faites jnsqu^à présent, continue Bonald, prouTO bien moins l'impossibilité de réussir que la constance des recherches et les talents de ceux qui s'y sont lirrés ne praoTe qu'il existe un objet à cet eiïbrt opiniâtre de l'esprit humain , et qa^l ne doit pas déses- |>érer de l'atteindre. »
— Vous voyez : que, Bonald est d'avis : que, le critérium incontestable, nécessaire pour distinguer la vérité de l'erreur, doit exister. Cela est vrai. Mais, ce critérium devient seulement nécessaire : lorsque la société ne peut plus se baser : sur une révélation ; sur l'anthropomorphisme ; sur l'erreur.
— a Enfin , continue Bonald , Thomne n'a aucune raison de penser que la raison ne soit pas appelée k une destinée heureuse ê$t' brillante ; et il n'y a rien dans la philosophie, dans là morale, roéme dans Tliisloire de l'esprit humain^ qui puisse nous autoriser à borner ainsi la fortune de notre raison.
« Cette base , cette vérité primitive j| ce point fixe, ce principe en un mot, ne peut être qu'un fait qu'il faut admettre comme certain ...»
— Comme certain ! Que signifie ce mot? Certain d'illusion? certain de réalité? certain de doute? Un
244 SCIBffCB 80QULB.
fait est toujours certain, quand même ce serait ime illusion. Quand on a une illusion, on est bien certain de l'avoir. S'il y a un Dieu, tout est illusion ; et, luimôme, comme étant aeul : n^est rien, ▲dmetfare un fait comme certain, sans distinction d'illusion au de r^« lité, sans démonstration; c'est, répoiidre à la question par la question. Commet est-il possible, qu'on homme de la capacité de Bonald, capacité immense, ait pu avancer de pareilles ofaosés ? Le malhenram croyait ; il croyait en Dieu. Dans cette croy^noe, et en présence de l'examen, il n'y a pas de salut.
— «... pour pouToir, continue Bonald^ aller en ataot arec êécunH dans la route de la Térilé. »
— Et, où est-elle cette roule ? C'est, n'est-il pas ATai? celle de la révélation, que vous admettez comme vérité. Soit! Mais , vous voyez bien : que, sur celte route, le raisonnement réel est impossible.
— «Les faits primitifs, dit M. Ancillon, ou les premières conditions de la pensée, sont la bme qni doit porter Tédifice de nos connaissances... On doit piloter jtisqu^à ce qu*on arrive à un fond solide. »
— Quel galimatias 1 Qu'est-ce qu'un fait primitif? C'est un fait éternel. C'est Dieu, dans votre système; et, alors, tout le reste : est secondaire ; n'est rien de réel. Hors de là, les faits primitifs sont : les âmes et la matière. En dehors de leur union, il n'y a aucune connaissance possible. La base des connaissances est :
V L'union d'âmeS) à de& orgttiiâmûs^ ayant capacité de développer rintelligenoe ; 2"" La société; 3** Le verbe.
Le fond solide est : la connoiasaiifle de la vérité.
— « Mais les philosophes, dit Tauteur que j*ai souTent cité, continue M. ÂncilloD, ont commencé par admettre comme un fait primitif Texpélienc» des phénomàBes intelUduelt». . »
— Quel jargon! L'expérience, le raisonnement, est le premier phénomène intellectuel.
— « ... et ils ont dit, continue M. Ancillon : le germe de la science de rhomme est renfermé tout entier dans le phénomène de la conscience* »
— Continuation de jargon. Conscience et raisonnement, c'est la même chose; et, en dehors de la société, il n'y a pas de raisonnement.
— « Cest-à>dire , reprend Donald , qu'ils ont cherché ce fait primitif dans notre esprit , dans noire 4me , et ses opérations purement inteUfiotuelles;... »
— Voilà rame qui fait des opérations ; qui raisonne seule. C'est là, du pur matérialisme ; car, raisonner, ou comprendre, est complexe ; et, si Tâme seule raisonne, elle n'est que matière. Il est impossible d'être anthropombrphiste, sans être matérialiste, si on est logicien.
— «... ils Font cherché dans Thomme intérieur, continue Bonald, au Heu de le chercher dans l'homme extérieur. »
— Autre jargon, galimatias double. Qu'est-ce quun homme intérieur? qu'est-ce qu'un homme extérieur? Comment un homme de talent peut-il écrire de pareilles balivernes? Supposons même : que, l'homme intérieur soit l'âme ; et, l'homme extérieur la bête. C'est donc dans la bête qu'il faut chercher le fait primitif de nos connaissances ? C'est encore là du matérialisme. Au seizième siècle, M. de Bonald aurait été brûlé mille fois ; et, avec toute justice.
— d Ainsi^ confmue Bonald, les rationalUtes,,. >
— Les faiseurs de fables, comme les faiseurs d'évangiles, comme les faiseurs des meilleures équations , sont des rationalistes. Quiconque a le verbe est rationaliste ; et, Bonald, lui-même, qui dit : ne pouvoir obéir à Dieu qu'en raisonnant ; peut fort bien être taxé de rationalisme, au premier chef. Nous dirons même : que, toutes les fois qu'il n'a plus TinteUigence obscurcie par le préjugé ; il raisonne trèsbien.
— «... les rationalistes, continue Bonald, ont cru le trouTer dan; l'évidence, la raison suffisante , la raison pure^ la conscience^ Vintuitionf la connaissance réfléchie, le sens moral, le sens commun, etc; ils ont donc posé nn fait purement intérieur et inleliectoel, dont chacun est juge et dont personne n'est témoin... »
— Voilà, Bonald qui, après avoir démontré : que, l'homme isolé ne peut raisonner ; prétend : que, l'âme isolée raisonne.
— c ... (ail aussi obscur, continue BonalJ, que nos esprits sont impénétrables... »
— Si, nos esprits sont impénétrables, c'est-à-dire : incompréhensibles; pourquoi donc écrivez-vous? Votre intention est-elle de ne professer : que, la physiologie ? Voilà encore du matérialisme .
— « ... aussi varié, continue Bonald, qu'ils sont différents... »
— Pour Bonald le mot esprit signifie âme, il vient encore de le dire. Ainsi, les âmes sont différentes. Et, comme il n'y a que la matière qui soit susceptible d'avoir des qualités ; voilà encore : l'âme matérielle.
— «... fait sur lequel, continue Bonald, il est à peine possible à deui bommes de s'accorder pleinement et entièrement... ••
— Rien n'est plus facile , que de s'accorder sur l'âme; quand on n'est : ni anthropomorphiste ; ni panthéiste. Et quand on est l'un ou l'autre; et, qu'on est logicien ; il est encore très-facile de s'accorder, en reconnaissant : que, dans les deux cas, l'âme n'est rien du tout. Quant au fait intellectuel, le raisonnement, il est évident : que, deux hommes ne peuvent s'accorder, aussi longtemps : qu'ils se trouvent hors du giron d'une foi commune ; et, que la vérité n'est point encore démontrée : d'une manière rationnellement incontestable.
— «... fait par conséquent insuffisant, continue Bonald, pour fonder une certitude générale et unÎTersellement couTenue... )»
34f8 scnracE sociale.
— Que signifie ce nouveau galimatias, une certitude convenue? Une certitude convenue est une sottise. La certitude réelle, la vérité démontrée , est si peu coavenue ; qu'elle est : nécessairement acceptée.
— c( ... et qui même , continue Bonald , fùt-il éfident pour chtcaii, ne pourrait avoir d'autorité sur tous , pabce que TéTidence sertit indi- ▼iduelle;... •
— Voilà bien le plus singulier parce que^ qu'il soit possible d'inventer 1 Comment, le fait \m est un, n'a pas autorité sur tous ? 11 n'y a qu'à Charenton : que, ce fait soit sans autorité.
— « ... et, continue Bonald, que Pautorité doit être publique... »
— 11 paraît que vous voulez insinuer : que, Tautorité pratique peut faire accepter : que, un n'est pas un, mais trois. C'est vrai; mais : poiur autant que l'inquisition peut subsister. Essayez donc d'obl^er à croire, maintenant : que, un n'est pas un?
—>«... «t de (& uniquement sont veoua, continue Bonald , et lessj»tèmes, et les incertitudes, et les disputes. »
— C'est vrai, depuis qu'on ne peut plus brûler les hérétiques. Mais, il faut que cela finisse; ou, que rhumam'té finisse elle-même.
— (( Il 8*agirait donc, poursuit Bonald, de trouter un fait, on biX sensible et extérieur.. . »
— Tous les faits perçus sont sensibles ; tous les
sciKifCK socinz. 249
faits sensibles ne sont ni mtérieors, ni extérieurs à rftme qui n'a ni intérieur ni extérieur; ils sont relatiTb à l'intelligence : qui est l'union de Tâme à un organisme.
— « ... un fait, continue Bonald*^ absolument primitif. • . »
— Un fait, absolument primitif, est : une âme ; ou, la matière. Est-ce la matière que vous voulez prendre : pour critérium moral ?
•—«... et d priori, continue Bontld, pour parler afec Técole. • . 9
— L'école est une sotte. Si, elle était sage, elle forcerait : l'assentiment universel.
-—«... absolument général, » continue Bonald. • .
— Le seul fait absolument général , absolument identique, est : l'existence des âmes; si, âme réelle il y a.
<—«... absolument évident, » continue Bonald. . •
— L'évidence absolue est exclusivement relative aux âmes; à l'âme, après cependant : que, la réalité des âmes est incontestablement démontrée. Jusquelà : un est un; est une hypothèse.
— «... absolument perpétuel, continue Bonald ^ dans ses effets. . • »
— Pourquoi, ne pas dire étemel? A cause de la
création, n'est-ce pas? Mais, si la création existe, devant la logique qui vous est si chère, il n'y a absolument rien, de réel; pas même : le Créateur.
— «... un fait commun, continue Bonald, et même usuel. • • »
— Au moral, le seul fait commun et usuel ; c'est : rame. Mais, y a-t-il des âmes? y a-t-il un moral? Voilà ce qu'il faut démontrer. Autrement, c'est se rouler perpétuellement dans un cercle vicieux.
— «... qui pût servir de base à nos connaissances, conlinae Bonald, de principe à n0s raisonnements , de point fixe de départ , de cfHérmm finfin de vérité. »
— Le point fixe de départ, est : le sentiment de l'existence ; la sensibilité. Le point d'arrivée à la vérité ; elf le critérium de vérité ; est la démonstration : que, le sentiment de l'existence, la sensibilité, l'âme: n'est point matière; n'est point temporelle; mais, qu'elle est immatérielle; éternelle. Voilà, qui est clair; voilà, qui est dépouillé : de toute espèce de galimatias.
— « Ce fait existe , continue Bonald , pour les sciences phpiqaes , spéculatives ou pratiques. »
— Est-ce que la morale n'est pas une science spéculative et pratique ? Sciences physiques , signifie : sciences relatives à la matière ; et, vis-à-vis de la raison, à laquelle vous vous soumettez plus qu'à Dieu lui-même, il n'y a que des sciences physiques : jusqu'à
ce que vous ayez démontré : qu'il y â des êtres qui ne sont point matière.
— « Âiusi, continue Bonald^ les unes partent du fait extérieur, primi- Itfy général , éfident, usuel, que la ligne droite est la plus courte entre deux points donnés. • . »
— Ce fait n'est pas plus extérieur : que la connaissance du carré de l'hypothénuse. On démontre, en géométrie : que, la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre ; et, cette démonstration appartient à la connaissance des triangles, qui démontre : qu'un côté est toujours plus court que les deux autres. Ce fait n'est pas primitif . puisque, le raisonnement lui est antérieur ; il n'est pas général : puisque, avant le verbe il est impossible qu'il soit connu ; il n'est pas évident : puisqu'il a besoin de raisonnement, de démonstration ; et il n'est pas usuel : puisque, ceux qui ne raisonnent pas n'en usent pas.
— - « ... du mouyement en ligne droite, continue Bonald, ou de la tendance des fluides à se mettre en équilibre, etc., elc. Les autres, comme la zoologie, la botanique, la minéralogie, ont pour fait primitif les corps mêmes soumis à leurs obser?ations, plantes, métaux, animaux, dont les propriétés sontreffcl de leurs recherches ; et c'est uniquement a Tayantage qa*ont toutes ces sciences de commencer par quelque chose d'évident , d'extérieur et d'universellement convenu. . . »
— Les sciences, relatives à la nature, commencent si peu par quelque chose d'évident, et d'universellemsnt convenu ; qu'il n'est pas deux organismes qui soient identiquement affectés par la même force ; que l'on se trompe, continuellement, en n'écoutant que le
252 SCIENCE soaAxs.
rapport des sens ; et, que c'est exclusivement le raûsonnement, qui est la base de toute science queiconqae. II y a plus : ou, M. de Bonald devait renoncer à la raison, à laquelle il se dit si soumis ; ou, il devait reconnaître : que, si Tâme doit être reconnue immaténâUD, ce ne peut être : qu'après avoir obtenu une parfaite connaissance de la matière ; et, qu'ainsi, û la science morale existe en réalité ; elle doit avoir lea scienfies physiques pour point de départ. Sinon : aoumettexvous à la révélation ; et abjurez le raiaonnûmeiit.
*-«... qu'elles doÎTent, continae Bo»itdy U «crtttada de Iran êàmoiutratioiis ...»
— 11 n'y a de certitude, dans les sciences physiques, que pour ce qu'elles ont de ramené aux sciences mathématiques. I^a certitude réelle, absolue, appartient exclusivement à la science morale ; si, cette science peut exister.
— K ... l'autorité de leur enseignement, • continue Bontld. ••
— Quiconque affirme, d'une manière abscrfue : que, le soleil paraîtra demain, est un sot. Tous les jours des étoiles disparaissent.
— « ••. et, continue Bonald, les progrès de leurs défiouTedAs»
a Ce fait pour les sciences morales doit être non-seulement extérieur et par conséquent sensible, mais il doit encore être monl. • . »
— Avant de parler de morale, devant la raison, il faut avoir prouvé : que, tout n'est pas physique; «t,
quand vous avez fait cette preuve ; vous avez le critérium. Vouloir l'avoir, auparavant, est digne de Cha-^ mtoii.
— « ... <Mi pris dans l'ordre clés choses morales , continne Bonald , pnîsqo'il doit servir de base à la science des êtres moraux. . . »
— Vous admettez, donc : qu'il y a des êtres moraux? Qui vous Ta dit? — La révélation? — Avec celle-là on ne raisonne pas. — La raison? — Où sont vos preuves ? Donnez-les ; puis, Tâme sera votre critérium ; et, la preuve son expression.
— « ... et, continue Bonald, de leurs rapports à la science de Dieu... »
— Si, Dieu existe : il n'y a pas d*êtres moraux. Devant la raison , dégagée de préjugé , c'est clair comme un est un.
— « ... de l'homme, continue Bonald, et de la société. V Ce fait, n«as en aTons tu la raison, ne peut se trouver dans Thomme intérieur.. . »
— Nous répétons : que, l'expression Vhomme intérieur, est un galimatias qui n'a pas de sens ; ou, qui n*a qu'un sens absurde : ce qui est encore pire.
— c ...je veux dire, continue Bonald, dans Tindividualité morale... »
— 11 n'y a pas d'individualité morale ; l'âme, isolée, n'est pas morale ; elle est. L'individu moral est divisible : en âme ; et, en organisme. L'âme n'est morale qu'en tant : qu'unie à un organisme.
— ... « ou physique, » continue Bontld;. • .
— Une individualité physique est très-joli ! L'organisme de riiomme, dira-t-on, ne peut se couper eo deux sans mourir. Cela pourrait être autrement, en tant qu'organisme. Au bas de Téchelle, une foule dïniUvidualîtés physiques se coupent en deux, en dix. Jolies individualités !
— « ... il faut ilonc, continue Bonald, le chercher dans rhomme extérieur ou social ...»
— Que signifie : cet autre galimatias? Qu'est-ce qu'un homme extérieur, qui est synonyme d'homme social? Comment se nomme-t-il? Société? Et, l'on accepte un pareil jargon !
— a ... c^est-à-dire, continue Bonald, dans la société. »
— Il y a donc quelque chose, dans la société. Dans quelle poche garde -t-elle ce qu'il y faut prendre? L'expression de l'homme moral est le raisonnement; l'expression delà société est un raisonnement. Il y a : raisonnement bon ; et, raisonnement mauvais. Sortez de là, il n'y a plus que galimatias. En y restant, il n'y a plus qu'à examiner : si, le raisonnement est réel; si, nous sommes libres; si, Tâme est immatérielle; si, enfin, Dieu n'est qu'une absurdité. Ces points éclaircis, le critérium est trouvé.
— « Ce fait cft, poursuit Bonald, ou me parait être.. . »
SCIENCE SOCIALE. â5S
— On ne dit point me paraît en mathématiques. Toutes les fois, qu'en fait de science, on dit il me paraît; cela signifie : je ne sais pas; et, je ne suis pas a^scz modeste : pour V avouer.
— « ... le don primitif et nécessaire, continue Bonald, du langage fait au genre humain. . . »
— Pourquoi un don? Vous décidez, ce qui est à prouver. Pourquoi primitif? L'homme existe avant le langage. Le langage appartient à la société, direz-vous. Alors, pourquoi les bêtes ne parlent-elles pas? Parce qu'elles ne sont pas des hommes direz-vous. Alors, le langage n'appartient pas à la société ; mais, à des hommes en contact nécessaire ; et, la société, proprement dite, n'est : que, le résultat de ce contact; ou, l'expression du langage. Le langage, au contraire, est l'expression de l'humanité. Le langage ou le verbe est le Uen : qui unit l'homme à la société.
— - <f ...question fondamentale, continue Bonald, de toutes les queslions morales, disait Tauteur de ce discours (dans la Législation prtmt- Hve)y et qu^on peut comparer h ces postes importants que deux armées se disputent avec opiniâtreté, et dont la possession décide du succès d'une campagne. »
— Cela est vrai. Mais, il n'appartient : ni, aux anthropomorphistes ; ni, aux panthéistes ; de résoudre cîette question, en effet fondamentale. Cela ne leur appartient pas : parce que, sa solution anéantit : et,
l'anthropomorphisme; et, le panthéisme.
^ ^- i^.Eatmiiions-en tous les caractères^ continue Bonald, pour pouToir en indiqùeir toutes les conséquences.
« Ce fait est pris dans TliomUe social ou la société. . . n
— Cela est faux. La société n'est que l'expression du langage. Le langage, et la société, sont simultanés; comme, la pensée et la parole ou le verbe. Mais, comma dans la communication de la pensée, l'expression est postérieure à la pensée ; de même, dans la conception de deux faits, la société est postérieure au langage.
— c ... puisque, continue Booald, la parole n'a été donnée à llioiiUBe que pour la société. . . »
— Voilà, encore une fois, la question décidée par la question.
— « .. .et, continue Bonald, qu'elle n'est nécessaire qn*à Tbomnie Titast en société. »
— Nécessaire pour quoi ? Il n'y a pas de doute : que, la parole n'est pas nécessaire pour respirer; mais, elle est nécessaire : pour être un être moral; dans le sens d'agissant en réalité. Dira-t-on ; que, le . verbe n'était pas nécessaire à Robinson dans son Se? Ou, dira-t-on qu'il était en société? Alors, un homme, seul sur le globe, serait en société avec les habitants de la lune. Une fois, qu'on a quitté le chemm de la vérité; on trébuche à chaque pas.
— R Ce fait^ continue fionald, est à la fois moral et physique. . . »
— Tâchez de trouver un fait : qui, ne soit pas moral et physique en même temps 1 Un bœuf ^ comme organisme, est un fait physique; comme perçu, il est
SCIENCE SOCIALE. . . !2o7
un fait moral. L'âme, est un fait moral, enfant qu'immatérielle. C est un fait matériel, si on ne considère que la pensée, par laquelle elle est connue, qui est elle-même matérielle.
— « ... intérieur et extérieur , continue Bonald, puisque ^ parole esl IVipression de rhoipmc iporal < t de ce qu'il y a de plus intérieur dans rhomme, et qu'elle résiinllc de l'action des organes de rhonimc extérieur et physique. »
— Nous répéterons mille fois : qu'il n'y a pas d'homme intérieur; ni d'homme extérieur. L'homme est l'union : de l'âme à un organisme. De plus, l'organisme est incapable : d'action réelle. ^
— « Ce fait, poursuit Bonald , est absolument primitif 0Ji^%friorîy puisqu^on ne saurait remonter plus baut, et qu'il a comniMdl avec rbomme et avec la société. »
— Quel galimatias ! Si même, Dieu a donné la parole à l'homme ; il fallait encore : que, rhomq|^ existât avant la parole; sinon : la parole serak inhérente à rhomme; puis, adieu le don de la parole!
— « Ce fait e^t absolument général et perpétuel, continue Bonald, puisqu'on le retrouve partout où il y a deux créatures bumûnes,' et qu*il peut finir qu'avec le genre bumain. »
— Un homme et une femme, élevés dans l'isolement, et réunis, feraient des enfants ; et, continueraient le genre humain, si même ils restaient seuls sur le globe. Ils parleraiftit donc! Alors, à quoi sert le bon Dieu. Du reste, ce que vous dites là devrait encore IV. 17
258 8CIBHCB SOCIALE.
être démontré ; et, nous le démontrerons : par le raisonnement. Rien, ensuite, ne serait plus facile ; que, de le démontrer par la pratique. Pourquoi donc ne Fa-t-on pas fait? Pourquoi, aussi^ n'a-t^on pas raisonné juste ? Parce que, cela n'a pas encore été : socialement nécessaire.
— a Ce fait est absolument commun et même usueV, continae BoaaM, puisque absolument tous le^ hommes libres de corps et d'etpril en offrcat encore la preuve; les plus ignorants iie« hommes comme les plus hibile.<, et les peuples les plus abrutis comme les plus civilisés. »
— Très-bien. Mais, cela ne prou\e point : que, la parole ou le verbe a été révélé.
— c Ge fait , poursuit Donald , sur lequel il ne s^était pas élevé de contestation, et qu'aujourd'hui il Taul détendre avant d'avoir songé à l'établir, peul| je croiSf devenir absolument évident. . . »
— Il Test devenu pour vous. Et, vous dites : je crois. Allons! c'est trop modeste; ou, ce ne lest pas assez.
— « ... et, continue Bonald, être ri^roureusement démontré par Fimpossibilité physique et morale que Thomme ait pu inventer Teipressioa de ses idées avant d'avoir aucune idée de leur expression. . . »
— Voilà, tout ce que vous avez à dire ? Cet argument tombe en vous disant : que, l'idée et le verbe ; l'idée et l'expression ; sont simultanées; que du moi, verbe tout entier, connu et exprimé par un mouvement quelconque, verbe constituant fè raisonnement, débitent : toutes les idées; toutes les expressions d'idées;
SCIENCE 80GULE. 259
tous les raisonnements. Vous direz : prouvez. Nous prouverons.
— « ... et encore, continue Bonnld, par des considérations prises dans la nature même du langage et des idées de l'homme y du temps et des modes de son action , des rapports des .j)ersonnes diins la société, de la correspondance de ses organes avec les opérations de son intelligence, etc., etc.
€t En exigeant la démonstration de ce fait primitif, je Tai|.plat loin que plusieurs philosophes même de noire temp^, qui, forcés d'admettre des vérités primitives ou imiié>liates, des Tc'rilés de fMly.où Ton puisse Jégilimetnent placer le principe de nos connai^^^ancct , veulent que cet yériiés n'aient aucun besoin de démonstration , et qu'elles éclairent les esprits immédiatement et par elles-mêmes. »
— Ceci est bon : pour ceux qui trouvent la vérité en regardant leur nombril. 11 n'est aucun £ai( qui n'ait besoin : . d'une démonstration bonne ou mauvaise. Démontrer, c'est raisonner. Uîi est un^ est une démonstration, un raisonnement; et, ce raisonnement, pour être accepté sans contestation, a besoin de la preuve de l'immatérialité de Tâme; car, jusque-là, un n*est un qu'hypothéliquement, tcmporellement. Rien ne vient de rien, est une démonstration, un raisonnement ; c'est, le même est le même. La matière est éternelle, n'est : que, la conséquence de cette démonstration. L'attraction, elle-môme, d|t démontréejgwtr le raisonnement, qui prouve : qu'Sle est. L'intuition n'est bonne que pour les pierres.
— a Dieu, l'homme, la société , poursuit Bonald, sont, comme nous Tavons dit, Tobjet de la philosophie.
«Examinons donc si le fait supposé du don primitif du langage donne une raison tuf Usante des questions élevées, en philosophie, sur Dieu, sur rhomme et sur la société. » jtfiL
t2(50 SCIENCE SOCIALE.
— Il n'y a rien à dire : à un homme, qurvous offre d'examiner. Ainsi ^ examinons !
— « i** S*il a été nécessaire, continue Bonald, à prendre cette eipmsion dans le sens rigoureux et métaphysique , que l'iiomme , quelle que soit l'époque de Torij^ine de IVspèce humaine , ait reçu le langage ei même temps que l'existence ; s*il est impossible qu*it se soit élevé de lui-même et avec les facultés que nous lui connaissons , jusqu'à cette étonnante propriété de sa nature, il a donc existé de toute nécessité, antérieurement à l'espèce humaine , une caus<^ première de ce menreilleoi effet, un être supérieur 4 Thomme en intelligence, supérieur à lout ce que nous pouvons connaître ou même imaginer, de qui Tbomme a pAsitivemeut reçu le don de la pensée , le don de la parole , et qui a forné ritiexplicahle nœud de la parole et de la pensée , de l'esprit et des organes, etc., etc. »
— Tout cela est incontestable. Prouvez cette impossibilité; et, vous aurez prouvé : l'existence de la cause prenSère ; si, l'absurde peut être prouvé. Mais, admettons cette cause première, cet absurde qui tombe devant la démonstration ex nihilo nihil; qu'en résulterait-il? Que, de votre propre aveu, vous ne pourrez vouloir : sans, que cette cause ne vous fasse vouloir; ce qui vous rend : une véritable machine parlante; comme, une horloge est une machine sonnante. Est-ce là ce que vous voulez prouver? Alors, ne vous disputez pas avec les mg^énaliistes ; c'est là, aussi : ce qu'ils
veulent. -^^.
Le chapitre quê'hous venons d'examiner, et qui est le premier, a pour titre : De la philosophie. Le second, traite : De Vorigim du langage,
-— « Les philosophes^ dit-il, s4M|| partagés sur la <|uestioii de rongise du langage comme sur toutes les autres questions de la société. « Les uns pensent que Thomnie, être essentiellement intelligeol, «* JÊ^' né d*une cause iuielli^ente ...»
— C'est ranthropomorphisme. Ce système ne peut masquer son absurdité : que, viB-à-vis de ceux, qui répudient le raisonnement.
«—«... qui^ contiune Bonald, a formé les organes et les a sHÊU» d'un souffle de Tie et d'un principe actif de pensée et de noouvcmenf ; • . . »'
— Ce qui les rend de pures machines.
— a ... ils croient, continue Bonald, que cette première cause de l'existenre des premiers humains , après les avoir produits de deux sexps, dans le pl«'in eiercice de toutes les facultés de Tesprit et du corps. . . »
— Cependant : sans vouloir; que, ce que Dieu fait vouloir; ainsi, que le dit fort bien l'auteur.
— «... et par conséquent, continue Bonald, avec la parole, a confié à cette première société le devoir. . . »
— Quelle espèce de devoir peut donc avoir : une machine ; un vase de terre ; ainsi, que le dit saint Augustin. * .
— - A ... le devoir, continue Bonald . de se reproduire, de perpétuer le :§enre humain , de conserver et d'étendre la société par la transmission *^J^béréditaire et jamaift interrompue de la vie et du langage, expression na- '^Ittrelle des pensées de Tliorome, et moyen nécessaire de la société. ^ « D*autres, hcurenseroent en petit nombre, ...»
— L'auteur se trompe. Ceux qui comptent, en fait de science, sont ceux : qui sont à hauteur ; ou qui ont dé^elteé Tétat de la science. Ces derniers, même, ne comptent pas socialement; ils sont toujours considérés . comme des fou8« Or, Tétat de la science est matérlo.-
26S SCIÈNCB SOCfALB.
liste. Le nombre des matérialistes n'est donc pas petit; mais, embrasse : la totalité de ceux qui se considèrent, comme capables de raisonner. Ce qu'il y a de i^inguUer. c'est : que, les matérialistes se croient capa* bled dé^raisonner ; n'étant que des machines. C'est en celaj que le système, que l'état de la science, est évidemment : absurde.
— « ... font éclore Thomme , continue Bonald , par les seules foittt des agents physiques, de la chaleur du soleil et des sens de la terre... ■
— Quand, on combat un système ; il faut, su^ tout ne le rendre ridicule : que, dans ce qu'il a réellement de ridicule. Lascience ne dit pas : que, rbomme est venu de la chaleur du soleil; et, des sens de la terre ; l'état de la science dit et prouve : que, depuis sa conception jusqu'à sa naissance, l'homme passe par tous les états de. la série animale ; et, que sur le globe, l'homme n'est apparu : qu'après l'apparition successive des animaux de cette même série. 11 y a là, ordre éternel ; et, non point, effet de chaleur solaire et de sens terrestres. L'absurdité de la science ne consiste pas : à avoir établi la série zoologique ; mais, à n'avoir pas su distinguer : là, où commençait la sensiUlité réelle ; là, où finissait la sensibilité apparente.
— a ... d'abord plante ou poisson, continue Bonald, insecte ou reptik, ayant tout à acquérir pour devenir homme, âme et corps , pensée et pt* rôle, et ayant tout acquis à force de temps et de circonstances /imrahles. 9
— liCS c\rcoTVft\aTi(t^^ faî\3ora6tes. ne sont jamais invo-
sciEnce sociALK. 203
quées : que, par les sots, qui se servent du mot Aosard^ sans savoir : qu'il ne signifie qu'ignorances 11 y a des sots partout ; et, dans ce qu'on appelle science) plus que partout ailleurs.
— « D^aatres enfin , poursuit Bonald , tenant le milttii eotrt cet deux opinions extrêmes , . . . »
— Et, toutes les deux absurdes, nous venons de le voir.
— «... en ont hasardé une troisième , continue Bonald , faible et inconséquente^ comme toutes les opinions moyennes en moiEtle, »
— Voilà, une immense vérité. De trois opinions, également fausses ; la plus inepte , la plus fatale à la société est toujours celle qui tient des extrêmes.
. On a dit : in medio virtiis. C'est une sottise énorme en
r morale. La vérité est absolue; et non, sur une ligne.
Cette maxime appartient exclusivement au domaine
physique; et là, elle est la vérité figurée; la véi|j|é
absolue n'y pouvant exister.
— - « Ils ne nient pas, continue Bonatd, qu'nne cause ralelligenfe lirait créé ou n*ait pu créer Thomme et runivcm; mais ils Teulent qu*en donnant à rhomme rorganisntion physique qui le distingue des autres êtres animés, et sans laquelle il n'aumit pu vivre, elle Tait doté d*une simple puissance ou capacité de dovenir être moral, mi^onnable ou sociable, et qu'il ait dik à sa seule industrie Kinvention <fu langnge et par conséquent deUfiOciété. n
— Cette troisième opinion, est la plus évidemment absurde des trois ; en ce : qu'elle se prive des avan-
264 SCIRNCL SOCIALE.
tages d'une révélation ; et, qu'elle ne couvre point, du bouclier de la foi, Tabsurdité : d'accorder la liberté, à un être fabriqué. Mais, parmi les hommes instruits et de bonne foi, il y a infiniment peu de déistes. U déisme, de toute antiquité, a été inventé : pour masquer le matérialisme. C'est, surtout Voltaire qui a renouvelé cette doctrine ; et, jamais personne n'a été, plus que lui, entiché du matérialisme. Nous le prouverons ailleurs.
-— a Ainsi, continue BonalJ, jusqu'à Pépoque de Tinvention du tangage, époque nécexsairement très- éloignée de V origine de V homme ,\t genre humain a véca dnns la condition la pins misérable quVn poisse imaginer, sans parole, sans^ pensée, sans société, au-dessous même de k brute'rt
— Comment un homme, aussi instruit que Bonald, peut-il allier : les idées de misère, avec celles d'absence de pensée, de parole? i
— « Cet élat primitif, continue Bonald, quHIs appellent nature on de fÉhi nature, ...»
— La doctrine de l'état de nature est une sottise, inévitablement professée, par ceux qui, rejetant toute révélation , ne se servent du déisme : que, comme masque du matérialisme. Il faut^ peut-être, en excepter ce pauvre Jean-Jacques; dont, l'éloquence couvrait rincapacité d'établir un système d'une certîiinc étendue, sans le tisser d'absurdités.
— « .. lia le re\elteat ^ coatinoe Bonald , data mn passé indéfiai , et
SaCSCS 50CULB.
qiiel«|«e( afriades et tièrles arant l«n les ■o— <■!» kistoriqaes tl tottlrt 1» tradkÎM». m
— Si, toi» ces Messieurs, i style musical et ne pou- Tant plaire qu'aux oreilles, aTaient la modestie de croire Tétade de lliistoire naturelle bonne à quelque chose ; ils apprendraient : que, Thorome n^est sur le globe, que depuis un très-petit nombre de siècles. S'ils voulaient, même, lire un peu d'histoire; ils trouYeraient dans Solis : que, les Mexicains , sous Montézuma, étaient arrÎTés du degré des peuplades les plus brutes à l'état de civilisation où les trouva Cortès : en
CEBIT ET TtETTE A.VVÉES.
— c Ces Iroit opinions svr l'origine du langage, poursuit Bonald, cor* respondent, comme on peut le voir, etc. m
— Nous avons déjà dit : que, pour l'auteur, le mot parler n'a point exclusivement le sens de penser et de pouvoir transmettre sa pensée. Nous reviendrons souvent sur ce point important.
— ■ Un homme, dit Bonald (p. S5) , ne parle pas s'il n*a pas enUmdm parler ; il ne parle que les langues qu'il a apprises i parler ; le mnlisma ne Tient que de surdité , soit que l'homme , par ou vice de rorg«ne de rouie, ne puisse pas entendre la parole de ses semblables-, ou qu*il n*ait pn Tenlendre par la (aule de circonstances qui l'auraient isi>lé de tovie société ; et on ne trouve ni dans l'histoire ni dans la tradition la tracn ^ A'aucnn fait qui démente la nécessité de la transmission succetsiTe dâ langage. Pascal aurait inventé la géométrie, un autre homme de génie pourrait inventer la musique ou la poésie; des hommes industrieux inventent tous les jours dans les arts; mais il faut pour inventer, même d4n8 les arts, avoir appris à parler, pxrce que la parole , qui nous sert à nousmêmes pour connaHre nos propres pensées. . . »
— Le verbe ne sert pas : pour connattre des pen-
266 SCIEffCE SOCIALE.
sées, que Ton ne peut avoir avant le verbe. Le verbe n'est autre : que, Isl pensée : tant à rinlérîeur; qu'à l'extérieur ; verber, qu'on nous passe cette expression, c'est : PENSER ; comme, penser ; c'est, verbee. Alors, qu'est donc la pensée : si, elle n'est le verbe ?
— « ... est; continue Bonald, le moyen et rinstraioeiit de toutes \m intentions. »
-~Ici, l'auteur met en note :
— a On ne Toit pas que les sourds-muets aient rien inrenté dans les arts. V
— Il est évident : qu'ici, Bonald parle des sourdjmuels instruits. Ainsi, pour lui, Massieu ne parlait pas. Il soutient donc : que, si Massieu eût été doué du génie de la peinture, du génie de la mécanique, etc., il aurait été incapable de rien inventer. En vérité, une pareille proposition ne mérite pas d'être réfutée.
Et ailleurs (p. 123) :
— « L'organe de Touîe^ quoique isolé et physiquement indépendant de Torgane vocal , est absolument nécessaire pour recevoir la connaitsaoce
^ du langage. . . n
— Ici, l'auteur veut dire : ou, qu'un sourd-muet de naissance ne peut avoir le verbe; et, pour le contredire, il suffit d'aller à l'institut des sourds-muets ; ou, qu'un sourd-muet de naissance ne peut apprendre à parler sa pensée , par des sons articulés , qu'il ne peut cependant entendre en sa qualité de sourd. A cet
égard, l'auteur aurait encore pu se convaincre : qu'il était dans Terreur. Déjà, à la fin du siècle dernier, toute l'Europe a \u une charmante petite Anglaise, à Técole des sourds-muets, qui parlait parfaitement, quoique sans accent ; ce qui provenait seulement de ce qu'elle était sourde.
— (c ... puisque, continue Bonald^les hommes sont toujours muets on peuvent le devenir^ lorsqu'ils ii*ont pas entendu ou qu'ils cessent d'entendre la parole ... » >
— L'auteur met ici en note : « Les sourds par accident finissent par parler très-peu. » C'est vrai. Mais c'est parce qu'ils n'entendent pas ce qu'on leur dit.
— «... faute du sens de Tome, continue Bonald, ou faute de société. Les langues, cipre^sion des idées commnneâ , confirment cette Térilé en faisant du mot entendre le synonyme de comprendre ;. . . »
— Si le genre humain avait été, originairement, privé de l'ouïe ; il n'en aurait pas moins inventé le langage. Et, alors, voir : eût été synonyme de comprend (Ire y comme, à présent, entendre : est synonyme de comprendre.
11 y a même plus :
Si le genre humain avait été primitivement privé de l'ouïe, de la vue et de l'odorat; à supposer qu'il pût se conserver physiquement dans cet état; le verbe aurait encore été inventé, sous la seule condition d'un contact nécessaire ; car le verbe a pu être inculqué à des sourds-muets et aveugles de naissance par le seul tact. Et, ce qui peut être inculqué, se dével(^pe aeul^
nous le prouverons bientôt, dans la circonstance de contact nécessaire.
— «... et Toa dit iDdifFéremmeol, continue Bonald, je n*entenés pas on je ne comprendt pas, »
— Et ailleurs (p. 124), Tauteur dit encore :
— « La question tout entière du langage réel on inventé peut être réduite à la démonstration de rimpossibilité de son invention; et cette démonslrntion se trouve dans celte proposition sérieusement méditée : qm l'homme pense sa parole avant de parler sa pensée , ou antreroent, qm l'homme ne peut parleb sa pensée sans penser sa parole^ »
— Cela est vrai. Mais, ce n*est nullement une preuve qu'il soit impossible, à l'humanité, d'inventer le langage. En effet, cela prouve : que, le verbe et la pensée sont une seule et même chose ; et, quand nous avons dit : que, le verbe et la pensée naissaient simultanément ; nous réservions de faire sentir à nos lecteurs , sans qu'il fût besoin de le leur dire : que, verbe et pensée c'est une seule et même chose. La proposition de Bonald, pour être exacte, et ne laisser aucune ambiguïté, sur la valeur de l'expression parole; devrait être : l'homme ne peut vorber sa pensée; sans, penser son verbe.
Écoutons l'auteur, revenant à sa thèse favorite: l'anthropomorphisme .
— «Comment^ dit-il, ceux 'pii admettent un èfre suprême, et même la création de l?liomme , pruvent-ils supposer ipie ret être, essentiellement puis^nntet bon, ait mis l'homme sur la terre pour y vivre en société, sans reconnaître en môme temps qu^ii a dik lui donner ou lui inspirer dt's le premier moment de son existence les connaissances nécessaires à sa vie
individuelle et sociale, physique et morale, connaissances qui, transmises naturellement du père aux enfants et de génération en génération, se sont développées avec la société^ et ont pu s*altérer avec la société?...., »
— Tout cela est très-vrai. Mais, c'est du raisonnement. Et , du moment que le raisonnement est admis comme autorité ; il vient proclamer : qu'une cause première est absurde; et, que, toute création, est l'expression de cette absurdité. 11 ajoute : que, dans rhypothèse de la création , il est encore absurde , à Têtre créé, de se croire libre; que, relativement à la puissance et à la bonté, il est encore absurde d'accorder cette bonté : à un être qui crée des êtres destinés à être brûlés, pendant toute l'éternité ; et cela, pour le seul amusement de les voir brûler.
— a En supposant, contre toute raison et toute autorité, continue BonalJ, que le genre humain ait commencé dans la barbarie absolue. . . » -
— Ce morceau est dirigé contre le prétendu état de nature embrassant des générations. 11 est digne du ^ talent de l'auteur.
— • ... où pouvait être pour Thomme^ continue Bonald, la nécessité du langage? En avait-il besoin pour être éclairé de la lumière du soleil, pour se retirer dans une grotte à l'ubri de» injures de Pair, pour cueillir le }(land et s*en nourrir? En avail-il besoin pourllteindre sa proie ou éviter un ennemi, pour manger, digère». ou â^tanjut Dans cette miséjj^ble eiistence, il ne pouvait avoir que des HlfclMsîtés corporelles. . • »
— Et, des néfU^ssités incorporelles aussi. L'homme a besoin de lumière ; et, la lumière n'est pas un corps.
— » ... et il lui suffisait pour les satisfaire, e(N||inu6 Bonald, de voir et
S70 SCIENCE SOGllLB.
de toucher les objets qui é|Aient i u portée , et dont rimage reçue pir set sens se retraçait iavolootairemeDt à son imagiuation. . • »
— Avant le verbe , rimagination : c'est le cerveau.
— « ... sans qu*il lui îhi nécesï^iire, continue Bonild, de leur donner un nom ou de disserter sur leurs propriétés. Les brutes <)ui éprouventles mêmes besoins reçoivent au^si les images des objets que l'instinct de leur conservation [\) les porte à fuir ou à chercher. . . »
— Fuir et chercher supposent le raisonnement. En dehors du raisonnement, fuir et chercher sont des expressions figurées / dont les valeurs sont : effets d'attraction ou de répulsion.
— ff ... et, continue Bonalil^ n'ont pas besoin de Ungage. «
— Pour avoir un besoin y il faut avoir le langage. Auparavant, il n'y a : que, tendance.
— « L'enfant qui ne parle pas encore, continue Donald, le muet qui ne parlera jamais, se font aussi des images des choses sensibles. . . «
— Se faire^ au propre, est la suite d'un raisonnement. Avant le verbe, on n'est pas actif, mais passif. Il n'est ensuite aucune chose qui ne soit sensible; et, nous le répéterons mille fois : un bœuf, et la vertu, sont également sensibles au cerveau, après le développement du verbe.
— <t ... et la parole, continue Bdtiald^ nécessaire pour la vie morale et sociale... »
(1) Organisme serait plus clair.
SCIB.1CF. SOCIALE. 27 i
— La parole, ou mieux le verbe, n^est pas nécessaire pour la \ie morale ou sociale, qui sont une seule et même chose ; la parole, qui est la pensée, qui est le raisonnement, est : la vie morale.
»— « ... ne Test pas du toul, continue Bonald, à la Vie physique et individuelle; et c'est ce qui fait qu'il n^y a jamais eu de suciclé sans langage, et qu'il y a des hommes condamnés par la nature ou par Leur propre volonté à ne jamais parler. »
— Ne point parler volontairement; c'est encore parler ; c'est dire : je ne veux point parler. Quant à
t l'incapacité de parler, d'avoir le verbe, elle ne peut ^ être : que, physiologique. Des hommes, privés dès leur naissance : de l'ouïe, de la vue et de l'odorat, peuvent parler, je le répète. Pour parler, il ne faut : qu'être susceptible d'éprouver lès modifications du sentir; et, savoir à qui les faire éprouver.
— « Et comment supposer^ continue Bonald, que l'art delà parole... »
— Ce qui existe, nécessairement ^ n'est point un art; et, le verbe est la suite nécessaire : du contact, plus ou moins prolongé, de deux intelligences latmtes.
— cr ... le plus merveilleux et le plus compliqué de tous les arts, con* tinue Bonald, ait été inventé sans nécessité. . . »
— Rien n'est pltft vrai. Pour inventer il faut parler. Ajy^si, le ygthe n'est pas inventé : dans le sens d'être ' i^irt.
-* ' ... et encore au sein des pk»^||^NiinMiefl ténèhres de l'esprit^ con-
272 SGIEKCE SOCIALE.
tinuo BunalJ, si toutefois Tesprit peut eibter avant la parole qui lui révèle sa propre pensée? »
— Quel galimatias ! révéler une pensée qui n'existe pas ! Parole ou verbe , et pensée ; c'est : une seule et même chose.
-* a Qui est-ce qui aurait pu, daus cet état, continue Bonald, dooner aux boinmes le désir ou même la pensée. • . »
— Pour avoir des désirs, il faut penser; et, toute pensée vient d'une pensée , sauf la première : qui, résulte du contact de deux intelligences, même lorsque toutes les deux sont à l'état latent ; poui'vu : que, le contact soit excité et conservé : par des tendances organiques.
— « ... ou môme la pensée, continue Bouald, d'une condition meilleure ...»
— Avant le verbe, il n'y a : ni mauvais , ni meilleur.
— - a ... qui, continue Bonald, n'existait nulle part pour des créature! Iiumniaes^ et dont ils ne pouvaient avoir aucune connaissance ? Telle est I iiicoliérence de nos système;:, que nous comuien^'ons par placer Thomuic dans uu état contraire ù sa nature^ dans un état où il ne fut jamais, où il ne peut pas avoir été. . . »
— Cela est vrai. L'état de nati|||aÉ embrassant des générations, ne peut pas avoir exiéti» Mais, il faudrait dire un pourquoi; et, il n'y en a que jftfcjg Le.Ac-
^ mier, est la possibilité de la création, 4£Mi9^^ eal^b- \ surde. Le second , la nâiiissité du développement du
\erbe, au sein de la première famille naturelle. Voilà, ce qu'il fallait démontrer.
— «... pour, continue Donald, lui attribuer gratuilerocnt les goûts, les sentlnscnts, les connaissances, les besoins que fait nailreun état tout difTérent »
— Un matérialiste, un partisan de la série des êtres, ne peut rien répondre à de pareilles propositions; qui, nous le répétons, sont dignes du talent de Tauteur.
«— « Le basard, poursuit Bonald , qui peut arracber à Tbommc vivennent affecté d'un objet un cri^ un son fugiiif, ne sert de rien pour expliquer la formation du langage. Il aurait fallu, pour en iuTenter le système entier (car nous Terrons que le langage n^a pu exister sans ê^re romplet) ...»
— Alors, le langage n'existe pas encore ; car, tous les jours il acquiert plus de développement. Le langage est complet : dès qu'il y a communication de pensée. Et, dès que deux êtres, en contact, ont dit moi ; ils ont dit TOI ; et, le langage existe. Le reste, est l'affaire du raisonnement, développant cette première pensée ; ou, pour parler juste, de l'âme : développant cette première pensée, au moyen du raisonnement.
— « ... il aurait fallu, continue Bonald, si Finvention eût été possible, foute la force, toute Télendue^ loule la sagacité de réflexion et d'observation dont l'bomme peut être capable , et les plus profondes combinaisons de la pensée. »
— Il paraît que l'auteur ne se doute pas : que, le îijenrc humain est encore plongé : dans la plus profonde
iimorance.