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280 SCIENCE 80CIALB.
— « Éprouvées est délicieux !
— •.. pour courir, continue Bonald, après ua Tain luxe J*opinion« n«ttvclleSy etc. •
— Le chapitre sixième est intitulé :
— ce DéQnition de rhommc : une tuasse organisée et sensible, qui re- «,'<)it l^c.<|)rit de tout ce qui Tenvironne et de ses besoins. (Catéchisme phi' losophiquede Saint- Lambert.)
— Bonald prouve : que, cette définition est Tcxpression du matérialisme. Cela n'était pas difficile.
Ce chapitre contient une singulière proposition, la Aoici :
— « Hélas ! et les plus grandes découvertes qui appartiennent à l'iioinme, puisqu'on peut en nommer les auteurs et en assigner Tépoqae, r imprimerie, la boussole^ la poudre a canon, un nouveau monde tout «>ntier, on dispute encore et Ton disputera longtemps pour savoir si elles «Mit été plus utiles que funestes; et le problème devient tous les jours pins ilifficile à résoudre. »
— Il est évident : que, ces découvertes ont singulièrement affaibli la valeur de la définition de l'homme: une inlelliget}ce servie par des organes. Et, il n'y a [)as de doute : que, ce serait un grand malheur, s'il fallait s'en tenir à la définition de Saint-Lambert, <[ui a rempli d'enthousiasme la fin du dix-huitième siècle ; définition qui a placé et maintient, sur le trône du monde, le veau d'or israélite. Mais, ce règne passera : comme, tout ce qui est bâti sur Terreur. Il s'écroulera, sous son propre poids.
Le chapitre septième est intitulé : De la pensée.
A propos de la proposition, base, dit-il, du matérialisme : que, penser et sentir c'est une seule et même chose; proposition qui, cependant, ne conduit au matériaUsme : que, parce que la sensibilité réelle n'est point encore distinguée de la sensibilité purement apparente ; Bonald dit :
— « n y a même bien peu de philosophie à soutenir que penser et sentir sont une même chose^ lorsqu'on est forcé de se senrir de deux termes différents. »
— Puis il ajoute, avec beaucoup de raison :
— « Il peut y avoir des synonymes ou des termes à peu près équiva* lents en poésie; mais la philosophie n*en connaît pas; et elle conçoit deux idées partout où elle entend deux expressions. »
— Rien , n'est plus philosophique ; c'est-à-dire : rien n'est plus raisonnable; que, cette réflexion. Aussi , nous ne pouvons trop engager nos lecteurs à ne jamais la perdre de vue. Bonald, malheureusement, a manqué bien souvent à son propre précepte.
Nous avons déjà dit, et nous allons répéter, pour ceux dont la mémoire serait faible, quelle différence il y a entre penser; ei^ sentir. Penser, c'est : sentir <1ans le temps. Bonald avoue : que, les animaux sentent. Alors, ils sentent, dans Téternité ; ils sentent^ comme les enfants qui viennent de naître. Dans ce cas, et comme le dit Bonald, pourquoi les animaux n'q)prennent-ils pas à parler ? Parce que, dit toujours Boqald : il est impossible à l'homme de parler sans \a
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révélation; et, si Thomme parlait sans révélation, il n'y aurait pas de raison pour que les animaux ne parlent pas également. D'accord. Nous prouverons : que, rbomme parle sans avoir besoin de révélation. Si, cela est; alors, et de l'aveu de Bonald, les animaux n'ont pas de sensibilité.
— « L^âme, ditBonald, est : imagination, entcndemeut, sensibilité.!
— Laissons Timagination et l'entendement de côté, qui appartiennent à la définition : que, Tâme est intelligence. Si, la sensibilité est âme ; les animaux, qui sont sensibles, ont donc des âmes. Nous voilà au matérialisme démontré. Mais, dira Bonald, c'est par
la volonté de Dieu que les âmes sont immortelles; et, que celles des animaux sont mortelles. Alors, nous voilà dans l'anthropomorphisme ; et, ce chemin, visà-vis de la raison, conduit au matérialisme; aussi bien : que, le catéchisme de Saint-Lambert.
Le chapitre huitième a pour titre : De Vexpressm des idées.
Ce chapitre est important. Nous devrions, peutêtre, laisser à nos lecteurs : le soin de critiquer Bonald eux-mêmes. Ils doivent, maintenant, en êlre capables. Ce que nous allons dire, ne sera donc encore : qu'en faveur des faibles.
•— « Nous revicndroni , dans ce chapitre, dit I*auteur, sur la nécessité des eipressions ou piroles, pour penser aux choses qui ne peuvent se peindre à notre esprit sans images. »
— L'auteur pense donc qu'il* est possil^le : de peu-
8er à des choses, sans expressions,, sans, parole ou \erbe? Il estdansune erreur profonde j et, pour s*en coDvainore,.il n'aurait eu qu'à réfléchir. Pflbser à ua bœuf, n'est point \oir le bœuf comme on le voit dans un rêve, sans aucune espèce d'idée ou de raison? nemenL Voir un bœuf, comme Pascal, voyait un précipice,, n'est point penser ; c'est sentir : dans Véiemità.. Du moment, qu'il se joint à cette sensation un élément de temps, c'est penser ; et, alors, ce n'est pas de l'image bœuf, dont il est question ; mais, du raisonnement, représenté par l'expression bœuf. Poursuivons :
— « Gomme nous ne pouvons rien imaginer, dit Bonald, c*e8t-à-dire nous former des images d'aucun objet, que par les impressions que les corps extérieurs font sur nos organes, lesquelles impressions deveniies intérieuiement des imagés, peuvent êlre transportées au dehors parle ge»te ou le dessin... »
— Imaginer est actif; et, avant le verbe, il n'y a pas d'activité réelle. Ainsi, avant le verbe, pas d'imagination réelle. Après le verbe, pour s'imaginer un bœuf, il faut le vouloir ; et, on ne le peut : que, par des signes. Ajoutons même : qu'il est très-peu de personnes, qui soient assez maîtresses de leur cerveau, pour se figurer, à volonté, tel bœuf devant les yeux internes, comme on le voit dans un rêve, les yeux externes fermés. Quand on dessine un bœuf, on le dessine avec des raisonnements ; sans cela : un chien vous dessinerait un lièvre.
— « ... ainsi, continue Bonald, nous ne^pouvoni rien idéer, si ron me permet cette expression*..- »
28 i SCIENCE SOCtALB.
— On vous la passera, si vous voulez. Mais, vous avez dit : qu'en philosophie, il ne doit pas y avoir de synonyme ; et, alors il ne faut pas de terme inutile. Or, celui d'idéer^ est complètement inutile ; puisque idéer, c'est faire des idées ; et, que faire des idées, n'est autre chose : que, raisonner. Idéer vertu; ou idéer bœuf; c'est toujours idéer ; c'est toujours raisonner.
— «c ...je veux dire, continue Bonald^ aToir des idées préseotesdes choses... »
— Il serait très-joli : d'avoir des idées, qui ne fussent pas présentes. Quand , on veut retrancher les synonymes ; c'est, qu'on veut retrancher les mots inutiles; et Bonald ne prêche pas d'exemple.
— «... qui, continue Bonald , ne tombent sous le sens... »
— Le sens, c'est le cerveau ; et , il n'y a aucune chose qui ne tombe sous le sens : la vertu y tombe ; comme le bœuf.
— ce... qu'A l'aide, continue Bonald,'des expressions que nous recevons du dehors par la parole ouïe ou lue... »
— Et , pourquoi ne dites-vous pas : parole ouïe ; ou lue; ou sentie? Vous n'aviez donc pas deviné : que, des sourds-muets-aveugles et privés d'odorat, dès la naissance, pouvaient parler? Ils parlent français ou anglais, ou, etc., direz-vous. C'est vrai. Mais, si vous alliez dans un monde , ou dans un pays ; où, il
n'y aurait que des sourds ; et, qu'ils voulussent bien vous apprendre leur langue , qui ne serait : ni fran- ^se, ni anglaise, ni, etc.; alors, vous apprendriez une langue, qui n'aurait jamais été parlée, par la parole articulée ; et, pour nous la rendre, vous seriez obligé de nous la traduire. Alors, les sourds diraient : que, vous avez traduit la parole vue, en parole ouïe; et, si vous aviez été chez des sourds-muets-aveugles, qui remplaceraient les usages du son et de la lumière par l'odorat ; ils diraient que vous avez traduit la parole sentie par la peau ou par le nez en parole ouïe pour nous, et en parole vue par des sourds. Si, le verbe dépendait des articulations sonores; Vert-Vert aurait été composé : par un perroquet.
— «... et que nous transmettons au dehors^ continue Bonald, par la parole articulée ou écrite. »
— Tout ce qui suit, sur ce sujet, est d'une grande faiblesse. Non, que Bonald ne fût une intelligence de premier ordre . Mais, dans le chemin de l'erreur, on ne peut éviter l'absurde évident ; que , par des sophismes que l'on s'efforce, en vain, de faire accepter: comme de bons raisonnements.
Citons le passage suivant, qu'il est bien étonnant de rencontrer, chez un homme, qui avait profondément étudié le langage.
— a L^auteur des rapports du physique et du moral semble, dit-il, s^écarter de ce fentinieôt lorsqu'il dit, d'une manière générale : — « On <r peut penser sans se servir d'aucun idiome connu, » ce qui est vrai sans doute, continue Bonnld, tant qu'on pense par images et à des obji-ts
286 SCIENCE 60CULB.
— Voilà bien la proposition la plus hétérodite qa'fl soit possible d'imaginer. C'est, comme si an disait : qu'il est possible de parler sans penser. Nous afon relu dix fois cette proposition, airant de pouvoir no» imaginer : qu'elle avait pu être écrite, par un homme de mérite.
Le passage suivant , fait autant d*honneur à Bonald; que^ le passage que nous venons de citer, hn en fait peu. C'est, à propos de Cabanis, qu'il a critiqué, avec raison, sur la proposition idiote et ùàmk du dix-huitième siècle : qu'une science n'est qu'mio langue bien faite.
— « Toutes ces propositions, diuil, qa*9n rflmore dims toosletiivrages de la même école, sont Iouc)ie<: et sopliisttqnes. Un peuple ne&it pas de progrès parce qu'il améliore sa langue ; mais il améliore si laague parce qu'il fait, ou lorsqu'il fait des progrès. La langue u'est pub cause de ses progrès, elle en est le résultat et l'indice. »
— Bonald a raison. Il aurait dû conclure : que, la langue est le résultat du raisonnement; et, non pas le raisonnement, le résultat de la langue; et, qu'une fois que l'humanité a fait le premier raisonnement, idc»tique à la première expression : moi; le développement, de cette expression radicale, appartient en entier : au raisonnement. Nous ferons voir : comment, ce premier raisonnement n'existe jamais, chez une intelligence isolée ; et, comment ce premier raisonnement a heu , nécessairement; quand, l'organisme met deux intelligences latentes : en contact nécessaire.
Le passage, que nous venons de citer, est, malheu-
SCIEIfCI! SOtfALE. 287
reusement, suivi de raisonnements faux ; et, peu dignes de ce qui précède.
Ce qui va suivre, est encore : indigne de notre auteur.
— - « Dans ce qnc nous avons dit de la nécessité de l'expression pour la , ■nanifestation ou la présence même mentale d'une îdée^ c'est-à-dire pour ]a représentation d'an objet qni ne tombe pas sous le sens et ne lait pas iHift^e, on peut trouver un moyen d'accommodement entre les partisans dea idées innées et ceux qui ne veulent que des idées acquises par les sens ou des sensations transformées : Vidée est innée ^ son expression est mequise. »
— Donald, ne s'est pas rappelé avoir dit : qu'en morale, les opinions mitoyennes sont toujours : faibles et inconséquentes.
Le chapitre neuvième a pour titre : que^ Vâme n'est pas le résultat de l'organisation corporelle.
Pour Donald corporel est synonyme de matériel. Nous répétons que nous serions curieux de savoir : ce que l'auteur comprenait par une organisation immatérielle ? Il est évident, qu'à cet égard : il n'avait aucune espèce d'idée.
Certes Donald est loin de prouver la proposition qu'il avance. Mais, nous aimons à transcrire le commencement de ce chapitre ; dans lequel, il est facile de reconnaître : un homme d'un grand mérite.
— .-« Il n'en est pas, dit-il, de la réfutation d'un système de philosophie mornle, comme de la discussion d'un ouvrage historique. Une his-^ toire sp compose de faits, les uns vrais, les autres faux, d'autres douteux, de faits qui n'ont en eux-mêmes rien de nécessaire^ rien qui n'ait pu ne pas arriver, ou ne pas arriver autrement, et qui souvent n'ont entre eox
288 SCIBNGE SOCIALE.
d'autre liaison que de 8*ètre patsét dans le mènie ptjt et dens le temps. La critique est donc obligée de snÎTre rhistorien pu à pts, de parcourir avec lui la suite des époques, de reTenir sur les détaili des éténcments pour lui apprendre ce qu'il a ignoré, pour distinguer ce qu'il a Confondu, éclaircir ce qu'il a obscurci, et de Û il peut rémlter m ouvrage aussi étendu que Thistoire elle-même.
« Hais un système de philosophie morale (1) est un encbutnenent de raisonnements, qui tous tendent à un but, celui dVfo&Iir une opinûm. Cette opinion à prouver, est le pivot sur lequel roule toute la machine du système, et le point unique auquel tout se rapporte. Si ce point est prouvé, le système cesse d^ètre une simple hypothèse, et il prend foo rang parmi les vérités ; s'il est contesté, le système n^est encore qu'une supposition qui a besoin d^ètre fortifiée par de nouTelles preoTes; mais s'il vient à être renversé... »
— Ce qui signifie : s'il est reconnu anti-rationoeK absurde ; ainsi , par exemple , qu'il en est : pour la création, la cause première, ranthropomorphismc, etc.; vis-à-vis (le ceux qui sont parvenus : à se dépouiller des préjugés.
— a ... rédificc entier s'écroule, » continue Bonald...
— Ce qui signifie : la révélation s'écroule ; la morale qui se base sur la révélation, sur l'anthropomorphisme, s'écroule également; et, par conséquent, la société tout entière... Jusqu'à ce qu'une nouvelle base puisse la suppoi'ter.
— ce ... il n*y a plus de systèmo, continue Bonald, ni même d'hypo^ fhhe.,. »
— En effet : l'hypolhèse de Tanthropomorphisrat» a cessé d'exister : vis-à-vis de ceux qui raisonnent.
(I) Cette distinction est du plus grand niôrite; et, nous la recommandons particuliôrcment : à l'attention, à IVtude de nos lecteurs.
— Il ... et quelqaeîois rerreur, uoe fois démontrée, corilliuie BomIJ, prooTe toute seule U Térité de l'opinioD opposée. »
— Cela existe : lorsqu'il n'y a que deux possibilités. Par exemple : l'âme est matérielle ou immatlSHelle ; temporelle ou étemelle. Une fois, que vous aVez 4émontré : qu'elle n'est point matérielle ; vous avez démontré : qu'elle est immatérielle; une fois que vous
• avez prouvé : qu'elle est immatérielle; vous avez prouvé : qu'elle est éternelle.
-^ « Les raisonnements de ranleuri poursuit Bonald, peuvent être conséquents; »
— Comme, la création est conséquente : lorsque la cause preniière est le point de départ; lorsque, le
"^ néant est admis.
— « . . ouis^ continue Bonald, il est parti d'un principe erroné; les faits allégués peuvent être vrais, mais ils s'appliquent à un autre ordre de vérités. »
— Par exemple : il est vrai qu'il li^ a pas d'effet sans cause. Mais, c'est dans Tordre des temps. Vouloir induire de cette vérité, dofù rordre des temps; que, la création est une réalité ; c'est conclure : de Vordre de temps; à l'ordre d'éternité; •ce qui est absurde. L'étemitéjpe peut avoir : ni cause première ; ni cause finale.
— « Il sdJIit donc, dans Texameu d'un système de philosophie, continue ^nald, de s'attacher i la conclusion générale que Tauteur en a tirée.. •»