III. i
sur laquelle presque tous les législateurs anciens ont basé leur législation. Quant, à Tinsurrection permanente des pauvres contre les riches; comment, M. Blanqui n'a-t-il vu : qu'elle est inévitable, en présence de l'incompressibilité de Texamen ou de la raison, aussi longtemps : que, la propriété n'est pas organisée conformément à la raison? Et, qui donc excite, plus que M. Blanqui, à cette insurrection ; lorsqu'il appelle énergumène, celui qui ose affirmer : que, le droit de propriété ne peut être : que, celui d'affamer ses concitoyens ?
Quant à la loi agraire ; si ensuite, par cette expression, d'autant plus folle qu'elle est indéterminée , M. Blanqui entend : l'entrée du sol à la propriété collective, sans nuire à personne, en faisant le bien de tous et celui de la société ; et, si par démagogues forcenés il entend : les partisans de cette entrée ; nous lui dirons : qu'il est un démagogue forcené ; et nous l'en approuvons hautement. Quant aux hommes, qui, par crainte d'être comparés à tels ou tels, négligeraient de dire la vérité ; nous les considérons comme des lâches. M. Blanqui a été brave, quand il a défendu Malthus, quoique cette défense lui fasse peu d'honneur. Il n'a pas été brave, quand il a attaqué le président de la commune de Paris, par crainte d'être compai*é à Marat.
M. Blanqui nous assure : que, de tous les rêves brillants et généreux, qui ont agité le monde depuis Turgot jusqu'à nos jours, les conquêtes sociales, que l'économie politique a faites, sont principalement : l'émancipatipn des colonies anglaises et espagnoles de
SCIEIICE SOCIAL£. 61
'Amérique; et, l'abolition de l'esclayage des nègres. Laissons ces émancipations de côté, sur lesquelles il y ibien des choses à dire, et passons : car, voici bien iutre chose.
-* « A quoi, peut-être, dit M. Blaoqai, il convient d'ajouter la sappranton des prinléges de corporation, c*ef(-À-dtre riFFiAncHissuiiiiT
au TIATAIL. »
— Et , sans aucune espèce de transition, M. Blanqui ajoute :
— < Noos aTODS encore deux autres Tictoires à remporter : riFriiv- CBMsiBiirr DX8 TE1TAILLKU18 et celui du commerce. »
— 11 parait, qu'en économie politique bourgeoise : l'affranchissement des travailleurs n'est pas l'affranchissement du travail. Et, ceux qui font le commerce, est-ce qu'ils ne travaillent pas ? Et, les savants travaillent-ils ? Si, on appelle travailler^ faire ime chose utile: il peut être affirmé : qu'en fait d'organisation sociale, les savants, jusqu'à présent, n'ont jamais travaillé. 11 faut être de l'Académie des sciences morales et politiques, poiur dire des choses , comme M. Blanqui en avance quelquefois. Maintenant, voici le pendant de la belle dialectique , que nous venons de critiquer.
— « n sortira bientôt de rmDusnn, dit M. Blanqui, une puissance irréfistible destinée à gnérir, conune la lance d* Achille, les maux qu^ale aura laits, puissance née de nos discordes commerciales et qui finira far les éteindre toutes; c'est VtusQCiatûm importée d* Angleterre »
— Déjà, ailleurs, M. Blanqui a dit : que, l'asso-
58 sciBiiCB aocttOL
ciation a été dépassée en Angleterre ; qu'elle a causé tous les maux, etc. Nous pourrions demander : commeot on dépasse une association. Est-ce parce qu'il y a des associations injustes ? Alors ce ne sont point des associations. Une association est juste , absolue, ou elle n'est pas ; ce n'est qu'un abus de la force sous un nom quelconque. Mais, laissons ces considérations.
Par Vassociation , M. Blanqui entend évidemment : des associations particulières; et, non Toi^anisation sociale elle-même; qui, au matériel ^ n'est autre que l'organisation de la propriété; et, à Tintellectuel : que, l'anéantissement des nationalités par l'unité de droit. Or, vouloir que des associations particulières et arbitraires, remplacent l'organisation sociale , quand même la société sanctionnerait ces associations particulières; c'est, vouloir : que, les sots dirigent les sages ; que, la matière domine la pensée ; que, la brutalité domine la justice ; c'est vouloir : organiser l'anarchie (1). Ce n'est, du reste ; que, le Hobby-hone de M. Blanqui : la domination bourgeoise.
Cette miraculeuse association, Deus ex machina ^ nouveau Messie social, savez-\ous ce qu'elle a produit, selon M. Blanqui lui-même; et, une seule page auparavant? Le voici :
— « Le cbamp de bataille n'tst plus dans les plaines, dit M. Blanqui, il est dans les ateliers. C'est \\ que la guerre contiiuip, savanie, acharné?, infatigable, et qu'elle a fait des Ticlimes dans tous les paitis occupés à se nuire an lieu de s'enir* aider; guerre ^triiable, où les combattants se servent de machines ingénieuses et puissante?, qui laissent sur le ter-
(1) Voyez notre Théork générait des associaiwtts.
SCIENCE SOCIALE. o3
raio du paupérisme des millioDâ de travailleurs haleUnls, komoMt et JtaimeSy sans pitié pour la Tieillesse ni pour l'enfance.
€ Celle gtterre eit aoiofirdfrai la dernière expression de la vhiUe iamamiê poiUiqm en Ewope, et &e dernier vetentisseBeBt de k gnmde qeereile sociale soulevée par la révolution française. Ce n'est pas seule- ■ni nne latte internationale, c^est an combat sérient entre les diverses ^iMses de travaîllevs. La France a sans don le l'air de rivaliser avec l'Angleterre; mais 1$ capital lutte bien plus profondément avtc VoU' vriff. n
— Et, c'est après cette magnifique description : de l'horrible état de notre société ; de Tinfâme économie politique qui lui sert de base; que M. Blanqui vient nous donner des associations arbitraires : comme expression d'une nouvelle économie politique : qu'il désire ; mais qu'il ne connaît pas !! Si , le sujet n'était aussi sérieux, nous dirions : Risum teneatis. Nous aimons mieux déplorer : qu'une intelligence aussi belle que celle de M. Blanqui soit fourvoyée , par la manie de la domination bourgeoise, au point de lui faire énoncer : des absurdités , dont il rougira lui-même, dès qu'il voudra y réfléchir.
En parlant des machines, que nous, nous osons proclamer les gloires de l'humanité; et, qui ne sont fatales au peuple , que sous le régime bourgeois ; H. Blanqui nous affirme ; que :
— « C'est une transformation du travail patriarcal eu féodalité industHeRe, ta l'ouvrier, nouveau serf de l'atelier,, semble attaché à la gttilie éi salaire. »
— Encore le salaire ! Mais laissons cela ; et, ne voyons : que, les. effets de rheurenAe éiDancipation,
produite dans rimmortelle nuit du 4 août. Vous appelez cela une émancipation. Alors, vive Tesclavage II Il nous en coûte de relever autant de contradictions chez M. Blanqui; après nous avoir lu, nous croyons qu'il aura pour nous une estime suffisante pour le convaincre : que, notre but n'est nullement de le peiner; mais, de Téclairer. Il en est digne, par une foule d'aveux : que^ lui seul pouvait avoir le courage de faire.
— «Le but naturel des impôts, dit M. Blanqui, étant d'atteindre les revenus partout où ils se présentent »
— Très-bien ! parfaitement bien ! M. Blanqui confirme ici le principe de Montesquieu qu'il a déjà cité avec éloge. La conséquence nécessaire de cette proposition, incontestable vis-à-vis du raisonnement, est : que l'impôt ne doit pas frapper le travail (1). L'impôt, sur le revenu, ne doit même porter : que, sur le revenu productif. Celui-là seul doit payer, pour la protection, que lui donnent les travailleurs.
Ces principes compris ; et, il est impossible, à une conscience honnête et non cataractée par les préjugés, de ne pas les comprendre ; tout impôt indirect est un assassinat social : toutes les fois qu^il n'est pas absolument nécessaire, à l'existence de l'ordre, pour rendre possible l'exploitation des masses. Voyons : si, M. Blanqui va se trouver logique avec lui-même ; ou, si des cataractes bourgeoises viendront s'opposer , à ce qu'il
(I) Voyez : notre Théorie générale de Vimpdt.
déclare les objets : tels, que le tact du boo sens les lui avait fait reconnaître.
— « Oa devine aisénent, dil-iJ. que U scmcs de* fiaaaccs s'ci à^exfkriter le nooteau champ qui lai offrait ses récolles. L'extfêiDe ac- CToissemeal des produits iodastriels sppela sar cette brancbe de la richesse pshtiqne Tattention des législatears et des bômaes d^Êlal, et c*est ainsi qa*ea Angleterre réléfalion âts impôts imdirecls a ■nrché de front atec le dételoppement de la prodoction manofictnrière. •
— C^est-à-dire : que, par les machines , les profils des capitalistes ont augmenté énormément; et. que Ton a pris, sur la subsistance du peuple, ce qui aurait dû être pris sur le capital.
Voici, maintenant, la justification de cette théorie boiîrfjeoise :
— «On a cessé tont à co«p« dit H. Blanqai, d« chercher k di les charges des peuples; il a paru plos iTaotagevx de leur dooE.«r V^Urne de les supporter. Pcisqc'u. x*ist pas rossiiLE 4e drmimuer je f^ird^am, fortifioms la mtoniurty disait na ministre iBgliii , et ce ■»<»( can^eitrîse très-bien la tactique financière des çooTemements n^deraes. Les peuples, couHne les iodlTidns, ont cessé de s'eniermer dans le cercle étraît des prÎTatJons. Us ont pins de besoins, parce qn'iis ont pins de m^/^tim^ de les satbfaire : il lenr suffit d^angoenler la dose dn Iravul. •
— Après, que M. Blanqui a énoncé mille foi* : que, Touvrier est malheureux, asseni au capital. attaclWr à la glèbe du salaire, ayant les fers aux pîeis : et. qu'il y en a des millions, en France, qui n^ mandent pas de pain et ne boiTcnt que de l'eau : Tenir affirmer : quf-, l'ouvrier n'a plus besoin de s'enfermer dins le cercle étroit des priTations ; que. s*il a plus de Ifesoins. il a plus de moyens de les satisfaire ; et . qu'il lui ^uflli
d'augmenter la dose de son travail ; il y a là : de qimi exciter l'indignation d'un honnête homme ; ' il y a de quoi le forcer à se taire : de crainte, de laisser échapper, avec trop de violence, l'expression de l'horreur : qu'une pareille palinodie doit inspirer.
Et, que l'on ne dise point, pour excuser M. Blanqui, qu'il ignore : que, les impôts indirects frappent le travail ; il le sait parfaitement ; et, il va vous le dire :
— « Singilier contraste, en effet, s'écrie-t-il, que celui de deux peuples (rAngleterre et la Convention) dont Tun se précipitait vers les impAls indirects, tandis qu'ils étaient abolis par Tautre. Et ces antipathies sont aisées à expliquer. L*aristocr^tie loute- puissante en Angleterre troatait simple de rejeter sur le travail tout le poids des impôts (par les contributions indirectes). La démocratie Tictorieuse en France, commettait la même injustice envers la propriété Il n*est pas étonnant
qu*une guerre implacable ait éclate enire deux principes si opposés, et cette guerre n*a cessé de régner qu^au moment où IVconomtV politique m opéré une transaction fondée sur l'analyse Tcritable de la richesse. »
— M. Blanqui oublie : que, les impôts indirects n'ont pas été tous al^olis par la Convention. Car, les assignats étaient encore un impôt indirect, qui forçait le travailleur à travailler pour rien. Mais, supposons qu'ils l'aient été tous. Alors, dira M. Blanqui, pourquoi le travail n'a-t-il pas été libre ?
Parce que, la liberté du travail consiste :
Dans l'entrée du sol à la propriété collective (1) ;
Dans la répartition égale, pour autant qu'il dépend
(1) En dehors de tonte injustice commise envers les individus, nous ne, cessons de le répéter : pour fermer la bouche aux sophistes de mauvaise foi.
SCI£If€B SO&kLW. < SI
de la société , des connaissances acquises : lorsque , ces connaissaDces existent en réalité et non en appaiftace ; lorsqu'elles ont pour base : la vérité incontestablement démontrée ; et non une hypothèse donnée comme vérité. i
Ayant cela : plus, on voudra fouler le sol àb la liberté; et plus, on s'enfoncera dans l'anarchie. L'ordre boui^eois est actuellement le seul possible ; et, bientôt il va cesser : d'être possible.
Du reste nous avons prouvé , surabondamme^t : que, M. Blanqui connaît et avoue : que , les œntribu-
lions indirectes rejettent sur le travail : tout le poids de r impôt.
Le résumé du passage, que nous venons de cfter, est : que, M. Blanqui veut un juste milieu; et, que pour lui, ce juste milieu consiste : à faire payer, en apparence j une part du budget à la propriété foncière; qui, en réalité, ne paye rien du tout, tant que la bourgeoisie a le monopole du sol ; et, à faire payer ouvertement, le reste aux travailleurs. Dans tous ses ouvrages, M. Blanqui est plus ou moins partisan des impositions indirectes. El, cela doit être en sa qualité de bourgeois, de dominateur par le capital. Les impositions indirectes et les emprunts ont remplacé : l'exploitation par l'esclavage domestique.
Nos lecteurs aimeront, peut-être , à connaître : la source des erreurs de M. Blanqui. Nous allons les satisfaire'.
— t Dece jour^ dil-il, on comprit qu'il n'y avait rien d*ABS0Lu dans
58 SGIENCET 80GIALfe;
la PHTSiOLOGiB SOCIALE ; elle passait naturcIlemcnWau rang des sciences d'observation, et ses jugemeuls devaient être fondes sur l'expérience fjL la comparaisoa des faits accomplis, plutôt que sur des théories primitives. » n
— Quiconque, admettra ces propositions, est matérialiste par essence; et, dès lors, la, justice^ base nécessaire de Téconomie sociale, est relative; relative à la force : par conséquent, M. Blanqui admet : qu'il n'y a pas de justice.
Les sciences d'observation , sont exclusivement : celles relatives à la matière, à la nécessité, où les faits sont constants, immuables. Dans ce domaine, le point de départ doit être Tobservation ; et, le raisonnement doit lui être subordonné. Mais, dans le domaine de la science^ morale, dans le domaine de la justice , soumettre la justice aux faits, c'est l'annihiler. C'est, du reste, ce que doit faire tout système bourgeois, qui soumet la justice aux majorités. Du moment que les révélations, faits matériels hypothctiqxwsj donnés comme primitifs et relatifs à des observations acceptées comme VRAIES, ne peuvent plus servir de base aux sociétés; l'ordre ne peut résulter : que, d'une théorie, préalablement établie sur un absolu; et, sans exception possible. Vouloir se soustraire à la nécessité de cette théorie, seule réelle; c'est, vouloir se soumettre à l'observation de tous les faits anarchiques possibles : sans, qu'il y ait possibilité d'arriver à l'ordre et de s'y maintenir. Car, quand même on arriverait à la vérité pratique, sans théorie ; cela serait inutile, parce qu'alors même
tClBNCK SCMSiALB. HiÂ
on ignorerait : que , l'on se trouve dans le domaioe de la vérité.
Cette erreur de M. Blanqui, qui, nous le répétons, « pour caractéristique l'expression physiologie sociale^ est celle de tous les matérialistes du siècle. L'erreur opposée est de croire à la possibilité : de ramener les peuples, au système des révélations.
En parlant de J.-B. Say, M. Blanqui nous dit :
— « L^économîe politique n'était qae la science de la production des richesses. Il était réservé à un Français de compléter l'œuvre et de nous initier aox systènnes de la distribution des profits du travail , en même temps qu'il nous faisait connaître les phénomènes si variés de la consoob» mation des produits. »
— Sans doute, M. Blanqui entend ; la production, la distribution et la consommation des richesses, selon la jusiice. Alors, pourquoi M. Blanqui écrit-il encore ? Rien de plus inutile. Dès que la science est trouvée, écoutons et adorons J.-B. Say. 11 est donc bien difficile d'avoir un peu de sens commun !!
M. Blanqui joue de malheur. Presque toujours, il se contredit dans une même page.
— « Le principal mérite de cet ouvrage (de J .-B. Say) fut, dit M. Blanqui, d*avoir défini nettement les bases de la science. J,'B, Say la sépara <f« la politique. »
— Si, la justice doit être la base de l'économie sociale; la politique doit être l'expression de cette même économie. Sinon, la politique est injuste. Or : une politique injuste, un gouvernement injuste sont incom-
$0 SCfEIfCK SOGfiI.E.
'telibles aTec Hne économie sociale juste. II fant donc : que, Tun ou l'autre cède. C'est, ce qui arrive nécessairemf^t : quand, la politique est séparée de Téconomk€ sociale juste. Et , cette séparation existe nécessairement : aussi longtemps que le capital domiiie.
Un économiste, a voulu, plus par esprit de conciliationi que par conviction , séparer la science économie politique de la science économie sociale; pour, ensuite, les CONCILIER.
D'abord, le mot science est improprement appliqué : à des ramassis de propositions, sur lesquelles pas deux ^rsonnes, même au sein de l'Académie, ne sont d'accord. Mais laissons cette bagatelle; et, passons à l'essentiel.
L'économie politique est l'économie de ceux qui sont les maîtres de la société ; l'économie des gouvernements, l'économie des citoyens actifs ^ pour nous servir de l'expression bourgeoise; et alors, c'est l'économie ou la science des tyrans pour exploiter les esclaves ; ou bien, cette économie, alors faussement dite politique, est Téconomie de la société , la science de répartir la richesse naturelle, et les produits du travail sur cette richesse , de manière à ce que le tout soit conforme à la justice. Dès, que la seconde valeur, qui comprend production et consommation^ est admise ; la première se trouve anéantie ; et, dès qu'on les admet toutes les deux, il est évident : qu'elles sont aussi incompatibles que le juste etTinjuste. Aussi, nous nous étonnons beaucoup qu'un homme de mérite ait con-
SGIEJIGE SOGIAU* M
senti à mettre son nom, à \m projet de conciliation, que son propre bon sens doit désavouer.
Après un éloge^ qui passe toute borne raisonnable, M.Blaoqaî ajoute, toujours en parlant de /.-fi. Say :
— ft Les sujets qui iwiis touchent le plus vivement aujqjDrd'hui » ceux même qui de tout temps ont eu le privilège de remuer les esprits , les 9 ^estions de salaire, de population, semblent Vénumvoir à peine; il pro- ^^<ie i leur examen avec sa rigidité naturelle, et il adopte EXTiÉansHT à ^^^mr égard les idées de Malthus, »
— Après une pareille oraison funèbre , il ne nous ï^Ofite rien à dire. Nos lecteurs jugeront et de J.-B. Say ^t de son panégyriste. Nous devons ajouter, cependant : qtie, M. Blanqui joint à ses éloges le correctif suivant:
— • G^est par U seul, dit-il, que ses écrits sont vulnérables. »
— Mais nous dirons de J.-B. Say, ce que M. Blanqui a dit de Malthus : toute la doctrine de J.-B. Say était dans l'approbation qu'iffaisait de Malthus. Poiu* lui : le droit de propriété consistait aussi, à affamer ses Concitoyens* L'éloge de M. Blanqui pourrait se traduire par ces mots : J.-B. Say était le premier des hommes. Seulement , il lui manquait : une tète et un cceur. Du reste^ c'était un ange.
Ne se faliguera-t-on jamais de ces éloges de coterie? Qu'un tel ait été fort honnête homme, dans sa famille. Très-bien ! mais, que nous importe ? S'il a été un scélérat, pour la société, flétrissez-le. 11 faut : que, celui
62 SCIENCE SOCULE.
qui écrit , tremble ; et , qu'il frémisse devant la poDsabilité. La pitié, pour l'humanité, doit passeï avant la pitié pour un homme.
Nous passons une foule d'économistes de secoi ordre, pour arriver : à ce que M. Blanqui appelle L ^s économistes sociaux de l'école française. N'oubUoixns pas : que, M. Blanqui a dit : qu'il se faisait honnemir d'appartenir à cette école.
De prime abord, M. Blanqui cite le protestantisme vertueux de Sismondi, contre les doctrines cruelles de l'économie politique; il le combat faiblement; et, triomphe ensuite en disant :
— « Son admirable livre finît par un cri de désespoir :
« Je TaToae, dit M. de Sismondi, après avoir indiqué où est i nos jenx le principe, où est la justice, je ne me sens pas la force de tracer les moyens d'exécution. La distribution des profits du travail entre ceux qui concourent à les produire nous parait vicieuse ; mais il me semble presque au-dessus des forces humaines de concevoir un état de propriété absolument différent de celui que nous fait connaître Texpérience. »
— Quelle admirable modestie! elle est aussi éloignée de la science vaniteuse de J. B. Say, que peut l'être : la modeste ignorance du martyr d'Athènes, comparée à la vanité sacrilège de l'incendiaire d'Éphèse.
Et, M. Blanqui lui reproche : de n'avoir proposé aucun remède. Ne vaut-il pas mieux : ne présenter aucun remède ; que, d'empoisonner le malade? EtM. Blanqui, a-tril proposé un remède, lui? Oui, la liberté du commerce ; actuellement, ce serait l'incendie d'Érostrate.
— « Son livre^ dit M. Blanqui, est le meilleur ouvrage critique qui
existe en économie politique ; mais un livre meilleur sera celui qui doit ic linmi. »
— Sentinelles ! fusillez le transfuge qui déserte le oamp, auquel il a dit : se faire honneur d'appartenir.
M. Btanqui se trompe ; et, cequ'il dit : est un crime de lèse-humanité. L'ouvrage, qui sera le meilleur, sera aju contraire, celui qui réalisera : ce, qui n'était C|u'un désir, chez l'illustre et vertueux écrivain.
M. Blanqui arrive à M. de Villeneuve Bargemont ; et, il répète : que, ses remèdes, sont plutôt d'un apôtre ; que, d'un économiste ou d'un administrateur expérimenté. En preuve de son assertion M. Blanqui cite un firagment de sa préface, qui, dit-il, lui semble résumer tout Foiivrage. Donnons ce fragment, nous y ajouterons quelques mots : nos lecteurs jugeront.
— < Ce qui partit cerUîo, dit M. de . Bargemont, c^est que Us temps de monopole et d'ofpreuion sont accomplis saxs kktoui, et qu'une grande transition approche. Or elle ne peut s'opérer que de deux manières : ou parrimiptîon TÎoleote des classes prolétaires et souffrantes sur les détenteurs de la propriété et de l'induitrie, c*e8t-â-dire par un retour à l'état de barbarie^ ou par l'applicalion pratique et générale des principes de justice, de morale, d*httmanité, de charité! Tout le génie de la politique, tous les efforts des hommes de bien, doÏTcnt donc tendre à préparer cette transition par des voies de persuasion et de sagesse, m
— Est-ce là un style d'apôtre ?
Entendons-nous, d'abord, sur la valeur du mot ajffi-
ire; pris , dans le sens défavorable vis-àvis du raisonnement, que lui donne M. Blanqui.
Un apôtre, dans ce sens, est celui qui prêche un dogme : qu'il veut faire admettre, par la foi ; r;t, malgré le raisonnement.
64 SCIENCE SOCU&E.
Ici, M. de Bargemont est précisément : l'antipode de Tapôtre.
Un apôtre, par exemple, est celui qui veut faire adopter la liberté du commerce, sous le système bourgeois; quand, le raisonnement lui démontrer que, cette liberté, sous ce système^ serait la ruine de son pays ; et, qui répond à toute démonstration : périsse la France plutôt qutm principe.
Voici, les seuls torts que nous trouvions à M. de Bargemont, dans ce que M. Blanqui donne comme le résumé de son ouvrage. C'est, de n'avoir pas vu : que, les deux moyens qu'il met en alternative^ sont tous les deux : nécessaires. Les hommes qui se disent d'Étatj comme M. Blanqui et ses collègues, reconnaîtront seulement leur ignorance , par l'aveu que le système bourgeois est essentiellement anarchique : lorsque, les classes prolétaires et souffrantes, auront fait irruption sur les détenteurs de la propriété. Un autre tort, de M. de Bargemont, est d'avoir distingué les principes de justice, de morale, d'humanité, de charité. Le mot JUSTICE renferme essentiellement : morale, humanité et charité.
Maintenant, nos lecteurs peuvent juger.
— (( On ne saurait douter, dit M. Blanqui, que la misère ptMiqut »é soit un grand fait social particulier aux États modernes, et qui se manifeste DE PLOS EN PLlîS A MESURE QUE LA CIVILISATION SE lÉPAND. FaOt-îl
odmcttre qu'un tel fait soit inévil.ibic et faUil (1), ou quil dépend iet inslitiitioDS luimaines de le modifier dans un lens favorable? Si la potUi' que n'y peut rien, la religion y pourra-t-elie davantage? »
(1) Cette question est celle de notre second paragraphe.
SaENCE SOCIALE. 65
— Il y a un effroyable blasphème dans cette phrase; mais, tout bourgeois logicien est obligé de blasphémer. Quand on a séparé : l'économie sociale de la pob'tique ; ou, la justice de l'organisation de la société ; on se trouTC obligé : de séparer la politique de la religion. Alors, on se pose en malérialiste ; et, Ton s'écrie avec oi^eil : si, la politique, qui est bien au-dessus de la religion, ne peut rien contre la misère des peuples ; que voulez-vous que puisse faire la religion ? Nous le répétons : M. Blanqui est logique. Partout, où régnent des majorités constituantes ; la société est nécessairement sans religion. Car, une religion, un droit, ce qui est absolument synonyme, qui ne dépend que du plm ou nwim un, n'est bonne : que, pour servir les frippons, à exploiter les dupes. Je sais : que, la critique de M. Blanqui ne porte : que, sur l'incapacité de la révélation chrétienne. Mais, qui l'autorise à identiûer la religion, le lien religieux, avec telle ou telle révélation ? La religion, si elle existe en réalité, appartient à la science sociale ; elle en est\ exclusivement , la base intellectuelle ; et, s'il n'y a pas de religion en réalité, il n'y a d'ordre social possible : que, par les doctrines de Malthus. Est-ce pour cela que M. Blanqui les excuse?
Pour approuver l'incapacité de la religion à procurer le remède social, M. Blanqui s'appuie sur M. Guizot ; et, cite le morceau suivant : que, cet écrivain a, dit-il, récemment publié dans la Revue française :
— c De nos \ùwn, dît M. Guizot , par le cours des évéuements, par des fanles réciproques, la religion et la société ont cessé de se comprendra et dé mareker parallèleoMiil. Les idées, les sentiments, les intérêts