TOIT PARLE
— « ...en prenant le terme, continue l'encyclopédiste, dans sa signification la plus large, en entendant par là la faculté de manifester d'une manière quelconque ses sentiments et ses volontés. »
— Il n'y a pas de doute : que, manifester ses sentiments, ses volontés, c'est parler. Mais, où y a-t-il sentiment ; oii, y a-t-il volonté ? Un chien parle-t-il ? Une laitue parle-t-elle ? Une écritoire parle-t-elle ?
— « Ainsi, continue l'encyclopédiste, non-seulement la parole, mais les airs, les gestes, les altitudes, etc., sont des phénomènes de langage.» {Encyclopédie moderne, art. Animal.)
— Quand il y a sensibilité, n'est-ce pas? La parole d'une mécanique, serait-elle : un phénomène de langage ?
Nous avons critiqué une partie de cet article, à cause de l'ouvrage dans lequel il se trouve ; et, parce qu'il est encore un des exposés les moins burlesques de l'état de la science.
— « Je suis, dit avec beaucoup de raison l'auteur des Études de la nature^ parce que je sens et non parce que je pense. »
(BoNALD, Théorie du jmuvoir politique et religieux,, t. I, p. S74.)
— Bonald reconnaît pourtant : que, les animaux
SCfENCE SOCIALE. fJ7
sentenl. Ainsi, voilà Bonald, le défenseur de l'anthropomorphisme, qui étabht une proposition vraie ; mais qui, mise en rapport avec sa doctrine sur les animaux, le conduit droit au matérialisme : sous peine de ne pas être logicien. C'est, que l'anthropomorphisme constitue, avec le panthéisme, un cercle vicieux, duquel il est impossible de sortir : sans détruire l'un et l'autre. Tel est, nous ne pouvons trop le répéter, l'état de la
science. Ténèbres et ténèbres. Écoutons, à cet
égard, le partisan le plus acharné de la philosophie; ou, de ce qui est appelé philosophie. Ses aveux doivent être : d'une grande valeur.
— (( Le premier coup d'œil , dit de Gérando, que l'on jette sur l'histoire de la philosophie ne donne pas, il faut l'avouer, toute la satisfaction qu'on avait pu s'en promettre. Une multitude d'hypothèses, élevées en quelque sorte au hasard et rapidement détruites ; une diversité d'opinions d'autant plus sensible que la philosophie a été plus développée; des sectes, des partis même, des disputes interminables, des mésenlendus sans cesse renaissants, des spéculations stériles, des erreurs maintenues et transmises par une imitation aveugle, quelques découvertes obtenues avec lenteur et mélangées d'idées fausses ;... »
— Et, comment distinguer les idées fausses des idées vraies ; si, comme vous en convenez, il n'y a pas de mesure incontestable ?
— « ... des réformes annoncées à chaque siècle, continue de Gérando, cl jamais accomplies ; une succession do doctrines qui se renversent les unes sur les autres sans pouvoir obtenir plus de solidité; la raison humaine ainsi promenée dans un triple cercle de vicissitudes, et ne s'élevant à quelques époques fortunées que pour retomber bientôt dans de nouveaux écarts ; l'expérience et le raisonnement, le sens commun et la spéculation, paraissant lutter constamment et se donner sur tous les points un démenti réciproque; l'idéalisme aux prises avec le matérialisme, enlevant tour à tour à l'inlclligence ou les objets qu'elle croyait connaître, oulesen-
iO.
timent qu'elle avait de sa propre dignité et même de son existence; laphilosopliie exaltée par le dogmatisme au point de re plus mettre de bornes à ses prétentions, entraînée ensuite par le scepticisme dans les abîmes d'un doute absolu, invoquant un point d'appui immuable au sein des régions intellecluelles, cberchant une route assurée dans la vérité , et toujours trompée dans ses vœux et ses espérances; les mêmes questions enfin qui partagèrent il y a plus de vingt siècles les premiers génies de la Grèce, agitées encore aiijourJbui, après tant de volumineux écrits consacrés à les discuter : voilà le spectacle qui paraît s'offrir aux regards de l'observateur^ et c'en est assez pour inspirer aux esprits superficiels un profond découragement. Ils n'attendent rien d'une telle étude qui puisse les dédommager des efforts qu'elle exige. Heureux même encore s'ils ne sont pas conduits à désespérer de toute philosopbie et même de toute science véritable !
« Mais, etc. »
(Dk Gérakdo , Histoire comparée des systèmes de philosophie, t. I, p. 5.)
— Tous les mais de l'auteur ne font que confirmer ce qu'il vient de dire ; et, VHistoii'e comparée des systèmes de philosophie j n'est en réalité : que l'histoire d'une maison de fous.
— « Le doute, dit encore de Gérando , engendre le doute. Lorsqu'une fois l'esprit humain, par une marche rétrograde, a commencé à remettre en question une opinion qui lui semblait consacrée, bientôt tous les objets de sa conviction s'ébranlent l'un après l'autre, il ne voit pas de terme auquel cette secousse doit s'arrêter, et il tremble à l'aspect d'un scepticisme universel. »
— Tel, est l'effet incontestable de l'incompressibilité de l'examen; et, ce qui caractérise la fin de l'époque d'ignorance. Arrivée, à ce point; il faut : que^ la société périsse; ou, que la vérité apparaisse.
— a II demande donc à la philosophie, continue de Gérando, un critérium , c'est-à-dire un signe propre à distinguer A jamais la vérité de l'erreur.... »
— Demander ce signe, tant qu'il n'est point absolument nécessaire, est peu de chose; mais, le demander, quand il est nécessaire , sous peine de mort sociale ; c'est beaucoup.
— « On dit souvent avec justice, dit Leibaitz, que les raisons ne doivent pas être comptées, mais pesées; cependant personne ne nous a encore donné celte balance qui doit servir à peser la force des raisons. C'est un des grands défauts de notre logique. . . »
— Leibnitz aurait bien dû dire : c'est le seul défaut; car, ce yice évanoui; il n'y a plus de mauvaise logique possible.
— « ... dont nous nous ressentons même, continue Leibnitz, dans les matières les plus importantes et les plus sérieuses de la vie, qui regardent la justice, le repos et le bien de l'Elat, la santé des bommes et même la
religion. »
(Leibnitz, Lettre à Th. Burnet.)
— Le raisonnement, ou la raison, est la balance ; l'âme est le poids, la mesure de la réalité. L'âme, une fois incontestablement démontrée : la logique est parfaite dans son principe ; tout devient déduction. La justice, l'ordre , et la religion deviennent : inébranlables.
— « C'est un pencbant naturel aux premiers hommes, dit de Gérando, que de supposer la vie ou la pensée partout où ils aperçoivent le mouvement. Une réflexion encore confuse leur fait considérer l'activité comme le caractère essentiel du principe qui réside en eux; ils prêtent donc une âme à tous les objets qui leur présentent une action, et toute action parait spontanée à celui qui ne connaît point encore les lois du mouvement. »
(De Gérando, Hist. comparée des philosophies, t. II, p. 440.)
— Nous allons voir de Gérando tomber dans la faute : qu'il reproche aux premiers hommes.
loO SCIENCE SOCIALE.
— « La laculté de s'élever aux notioas générales, dit encore de Gérando, distingue l'iiorarae de l'animal, et, dans un degré supérieur , elle distingue les philosophes du vulgaire. »
[Id., ibid., t. III, p. 464.)
— Voilà de Gérando affirmant : que, les animaux ont une âme ; et, qu'entre Fliomme et les animaux, il n'y a d€ différence : que, celle qui distingue les philosophes du vulgaire. Probablement, c'est la science^ qui donne à l'auteur ce ton affirmatif. En rien. 11 va nous dire : qu'il ne sait pas même^ ce (pie cest que la science. Nous allons donner ce morceau, très-curieux, chez un homme qui ne place que le vulgaire : entre lui; et, les huîtres.
— « Tous les problèmes qui restent encore à résoudre , poursuit de Gérando, sont en quelque sorte enfermés dans cette grande question ^ agitée déjà par Platon et Aristote, et dont se compose la philosophie première de tous les siècles, dans cette question : Qu'est-ce que la science? »
— La science? C'est, la distinction : de la vérité de Terreur; de ce qui sent, d'avec ce qui ne sent pas; de l'immatériahté et de la matérialité. C'est, la connaissance de ce qui dérive de cette distinction ; la connaissance : du droit ; de sa sanction ; de la règle des actions, tant individuelles que sociales.
— « En quoi, continue de Gérando, consiste sa nature ? »
— Dans le raisonnement.
— « Quels sont, conliuue de Gérando, ses éléments? »
L'âme et l'organisme.
— Cl Quels titres, continue de Géramlo, constatent sa légitimité? »
— L'incontestabilité du point de départ, et la déduction par identités.
— « Quels sont, continue de Gérando, ses rapports avec les facultés de riionime? »
— L'homme, union d'une âme à un organisme, a des propriétés. Lame, chez l'homme, a la faculté de vouloir : quand, l'organisme est à l'état physiologique. Demander : quels sont les rapports de la science avec les facultés del'honvîiej est une question : qui n'a pas de sens.
— « Quels sont, continue de Gérando, ses rapports avec les objets? »
— Cette question n'a pas plus de sens que la précédente. La science est un objet; elle est l'objet des connaissances.
— « Où sont, continue de Gérando, ses limites. . . ;>
— La vérité, l'immatériaUté. L'erreur, l'apparence, l'illusion n'ont pas de hmites.
— «... et, continue de Gérando, qui peut les marquer? »
— L'homme.
— « Où sont ses bases? » continue de Gérando,. . .
— La connaissance de la réalité de l'âme.
— a ... et, continue de Gérando, qui peut les poser? »
— L'homme.
— « Où réside, conliauede Géraiido, le principe de sa fécondité? »
— Dans le verbe.
— « Qui peut, coulinue de Gérando, les développer? »
— L'homme au sein de la société.
— « De quelle naauière, continue de Gérando, y parvenir? »
(De Geraxdo, t. lil, p. 419.)
— Par l'excès du mal social, forçant à chercher la science réelle : sous peine de mort sociale.
— n Partout où il y a mouvement, dit Benjamin Constant, le sauvage suppose la vie ; partout où il y a vie, il suppose une action ou une intention qui le concerne. L'homme demeure longtemps avant d'admettre qu'il ne soit pas le centre de toute cliose, »
— Et, il reste encore plus longtemps : avant de ne plus croire aux intentions réelles ; là, où il n'y a que des intentions apparentes.
— « L'enfant, continue Benjamin Constant, s'imagine être le centre vers lequel tout se dirige. Le sauvage raisonne comme l'enfant. »
(Benjamin Constant, De la religion considérée dans sa source, t. I, liv. II, p. 136.)
— • Et, jusqu'à ce que le mouvement soit distingué de la sensibilité, d'une manière rationnellement incontestable ; l'homme civilisé raisonne : comme le sauvage.
— o II est des hommes, dit Aristote, qui n'admettent d'autres démonstrations que celles des mathématiques ; d'autres ne veulent que des exem-
pies ; d'autres ne trouvent pas mauvais qu'on invoque le témoignage d'un poëte. Il en est enfin qui demarident que tout soit rigoureusement démontré, tandis que d'autres trouvent cette rigueur insupport;ib!e, ou bien parce qu'ils ne peuvent suivre la cliaiue des démonstrations , ou bien parce qu'ils pensent que c'est se perdre en futilités. 11 y a, en effet^ quoique chose décela dans l'affectation de la rigueur (I). Aussi quelques-uns la regardent-ils comme indigne d'un liomuie libre , non-seulement dans la conversation, mais même dans la discussion philosophique.
« Il faut donc que nous apprenions avant tbut quelle sorte de démonstration convient à chaque objet particulier ; car il serait absurde démêler ensemble et la recherche de la science et celle de sa raélhode, deux choses dont l'acquisition présente de grandes diflicultés. »
— Vouloir tracer la méthode, avant de connaître ce que c'est que la science ; c'est, vouloir tracer un chemin, avant de savoir : où l'on veut aller.
— «On ne doit pas exiger en tout, continue Aristote, la rigueur mathématique, mais seulement quand il s'agit d'objets immatériels. •>
(Aristote, Métaphys., liv. II, 5.)
— La Métaphysique d'Aristote est le continuel déhre d'un homme de génie ; l'admiration, pendant vingtdeux siècles, est la folie de ceux : dont, le délire n'a certainement pas le même caractère. Tous les nonsens qui ont été dits depuis l'origine philosophique, tant sur le matérialisme que sur le spiritualisme, ont leur source, dans Aristote et Platon, qui, tous les deux : ne savaient ce qu'ils étaient.
La citation, que nous venons de donner est immédiatement suivie des lignes suivantes :
— « Aussi la méthode mathématique n'cst-elle pas celle des physiciens ; car la matière est probablement le fond de toute la nature. »
(1) C'est le reproche que fait Aristophane aux philosophes : » Voila '< Socrate et Cherophon qui savent quelle est la longueur du saut « d'une puce. » i\i(b. 83 J, et passim.
(iVo/e (les (raduc/ouis de la Métaphysique.)
loi SCIENCE SOCIALE.
— Alors, que sont les objets immatériels? Probablement rien. 11 n'en est pas moins évident, qu'Aristote avait pressenti : que, le vrai mathématique; le vrai absolu; ne pouvait consister : que, dans l'immatérialité.
— (( La science pir excellence , dit encore Aristote , doit avoir pour objet l'être par excellence. »
{M., ibid., liv. VI, 1.)
— Même, dans le délire, un homme de génie laisse toujours échapper : des éclairs de vérité.
— « L'invention de l'art de communiquer nos idées, dit J. J. Rousseau, dépend moins des org:anes qui nous servent que d'une faculté propre à riioinme qui lui fait employer ses organes à cet usage, et qui, si ceux-là lui manquaient, lui en ferait employer d'autres à la même tin. Donnez à l'homme une organisation tout aussi grossière qu'il vous plaira : sans doute il acquerra moins d'idées ; mais, pourvu seulement qu'il y ait entre lui et SCS semblables quelque moyen de communication par lequel l'un puisse agir et l'autre sentir, ...»
— Il fallait dire : chacun puisse agir et sentir; caV si l'un ne pouvait qu'agir; et, l'autre que sentir; la communication ne pourrait s'établir.
— « ... ils parviendront, continue J. J. Rousseau, à se communiquer cnlin tout autant d'idées qu'ils en auront. »
— • Le fait est vrai. Il fallait seulement le prouver; et, la vérité se trouvait démontrée.
— « Les animaux, poursuit J. J. Rousseau, ont pour cette communîcition une organisation plus que suffisante, et jamais aucun d'eux n'en a fait usage. Voilà, ce me semble, une différence bien caractéristique. . . .
« Cette seule distinction paraît mener loin ; on l'explique , dit-on , par
la différence des organes. Je serais curieux de voir cette explication. » (J. J. Rousseau, Essai sur l'origine des langues, cl), i.) — « Peut-être faudrait-il raisonner sur l'origine des langues tout autrement qu'on n'a fait jusqu'ici. »
(J. J. Rousseau, id., ch. ii.)
— Cela, est probable ; cela, est même certain. Car, si on avait été sur la bonne voie, on serait arrivé au but. Mais, Rousseau raisonne-t-il mieux? Au chapitre suivant, il dit : « D'abord on ne parla qu'en poésie; « on ne s'avisa de raisonner que longtemps après. » Rousseau s'imagine donc : que, parier en poésie, ce n'est pas raisonner : bien ou mal ?
— « Le feu, dit encore Rousseau, fait grand plaisir aux animaux ainsi qu'à l'homme, lorsqu'ils sont accoutumés à sa vue et qu'ils ont senti sa douce chaleur. Souvent même il ne leur serait guère moins utile qu'à nous, au moins pour réchauffer leurs petits. Cependant, on n'a jamais ouï dire qu'aucune hète, ni sauvage ni domestique, ait acquis assez d'industrie pour faire du feu , même à notre exemple. Voilà donc ces êtres raisonneurs qui forment, dit-on, devant l'homme une société fugitive, dont cependant l'intelligence n'a pu s'élever jusqu'à tirer d'un caillou des étincelles, et les recueillir , ou conserver au moins quelques feux abandonnés! Par ma foi, les philosophes se moquent de nous ouvertement. On voit bien par leurs écrits qu'en effet ils nous prennent pour des bêtes. »
(J. J. Rousseau, id.^ ch. ix.)
— Et, que reproche Rousseau aux philosophes? D'accorder de l'intelligence aux bêtes. Et, que fait Rousseau? Il reconnaît : que, les animaux ont de grands plaisirs. Avoir du plaisir, ce n'est donc point connaître : qu'on peut avoir de la peine? Ce n'est donc point de rinteUigence ? Et, voilà comme on raisonne : avec des expressions indéterminées.
« Xous sommes déjà loin du temps, dit M. Charles Lemesle , où l'on
se crovait raisonnablement et consciencieusement obligé de refuser aux anim lux toute faculté intellectuelle. Bien que nous n'ayons encore renoncé nia la manie de subtiliser sans justesse ni à celle d'adopter sans examen, nous ne nous livrons plus tant aux illusions ou à la paresse de notre esprit; nous nous défions davantage de nos rêves et de ceux des autres, et Ton n'oserait plus aujourd'hui avancer que les bêtes ne pensent point;...»
— EffectiYement, tel est l'état de la science.
— « ... ou du moins, continue M. Ch. Lemesle, supposé qu'il se rencontrât un homme assez dénué de sens pour exhumer une telle erreur, la risée publique accuei'ler:iit ce système jadis révéré comme un dogme. »
(M. Charles Lemesle, Misophilanthropopanutopies, tablettes d'un sceptique, précédées d'une Introduction par M. Tissol, de l'Académie française; 2e édition, 1843, p. 127.)
— A'oilà, un sceptique qui parle : comme un dogmatique.
L'auteur de cette tirade va nous donner les conséquences de son système.
— « Les trois quarts des hommes sont probes comme on est propre , ou parce que leurs moyens pécuniaires leur permettent de l'être sans se gêner, ou parce que leurs habitudes ne leur permettent point de ne l'être pas sans éprouver une sorte de malaise qui leur est insupportable , mais qui le devient d'autant moins que leur position le devient davantage. »
{Id., ibid., p. 168.)
— Et plus loin :
— « Il est une institution des Lacédémoniens qui a passé dans nos mœurs; on nous fait gloire de tout vol commis avec assez d'habileté pour qu'il soit impossible de nous en faire honte. »
— « Si l'on prend la peine d'examiner , dit Locke , ce qui captive la raison des personnes les plus sincères, et qui leur aveugle l'esprit jusqu'à les faire agir contre le sens commun , on trouvera que c'est cela même dont nous parlons présentement ; je veux dire , quelques idées indépendantes qui n'ont aucune liaison entre elles ; — »
SCIENCE SOCIALE. 1 o7
— Telles que l'animalité et la sensibilité, la divinité et l'existence réelle.
— « ... mais, continue Locke , qui sont tellement combinées dans l'esprit par l'éducation, par la coutume et par le bruit qu'on en fait incessamment dans leur parti, qu'elles s'y montrent toujours ensemble, de sorte que, ne pouvant non plus les séparer en eux-mêmes que si ce n'était qu'une seule idée, ils prennent l'une pour l'autre. C'est ce qui fait passer le galimatias pour le bon sens, les absurdités pour des démonstrations, et les discours les plus incompatibles pour des raisonnements solides et bien suivis. C'est le fondement, j'ai pensé dire, de toutes les erreurs qui régnent dans le monde; mais si la chose ne doit point être poussée jusque-là, c'est du moins l'un des plus dangereux, puisque partout où il s'étend il empêche les hommes de voir et d'entrer dans aucun examen. Lorsque deux choses, actuellement séparées, paraissent à la vue constamment jointes, si l'œil les voit collées ensemble, quoiqu'elles soient séparées en effet, par où commencerez-vous à rectifier les erreurs attachées à deux idées que des personnes qui voient les objets de cette manière sont accoutumées d'unir dans leur esprit jusqu'à substituer l'ime à la place de l'autre, et, si je ne me trompe, sans s'en apercevoir euxmêmes? Pendant tout le temps que les choses se passent ainsi, ils sont dans l'impuissance d'être convaincus de leur erreur, et s'applaudissent eux-mêmes, comme s'ils étaient de zélés défenseurs de la vérité, quoique, en effet, ils soutiennent le parti de l'erreur; et cette confusion de deux idées différentes, que la liaison qu'ils ont accoutumé d'en faire dans leur esprit leur fait presque regarder comme une seule idée, leur remplit la tête de fausses vues, et les entraîne dans une infinité de mauvais raisonnements. »
(Encyclopédie, Locke, article Association d'idées.)
— Et, ces individus restent dans V impuissance d'être convaincus de leur erreur : jusqu'à ce que la vérité
> puisse être distinguée de l'erreur, d'une manière rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun.
— « Nous avons l'avantage , dit d'Alembert , d'être plus éclairés et plus instruits (que les anciens philosophes) ; les difficultés que l'âme des bêtes semble fournir contre la spiritualité et contre l'immortalité de l'àrae n'ébranlent ni la raison ni la croyance du sage. Il n'y répond point.
i58 SCIENCE SOCIALE.
avec certain scolastiquc , par celte absurdité ridicule que l'àme des bêtes est matière parce qu'elle est bornée à sentir et qu'elle ne pense pas; il reconnaît que les sensations et la pensée ne peuvent appartenir qu'au même principe ; et l'expérience lui prouve d'ailleurs que les bêtes ne sont pas bornées aux sensations pures. Il convient donc que Vâme des bêles est de même nature que celle de l'homme, quant à la spiritualité , parce qu'ii serait absurde de soutenir que la matière sent et pense dans les animaux et non dans l'homme ; ma.\s il avoue en même temps que la différence de râmo humaiue et de celle des bêtes , quant à l'immortalité, vient r.MQUEMENT de ce que Dieu a voulu que l'àme des animaux pérît avec le corps, et qu'au contraire celle de l'homme subsistât éternellement. »
— Une immatérialité qui meurt ! Une immatérialité qui ne meurt pas, mais par mii'acle! Et, voilà ce que le chef des encyclopédistes appelle : être plus éclairé et plus instruit ; que, les anciens philosophes !
— « Si on lui propose, continue d'Alembert, d'expliquer pourquoi les les bêtes souffrent, sans l'avoir mérité comme nous par le pécbé d'un premier père, et sans aucun espoir de récompense dans une autre vie , il n'éludera point , avec Descartes , cette objection en soutenant , contre la raison et l'expérience,. . . »
— Il paraît que pour l'encyclopédiste : expérimenter n'était pas raisonner; et, que raisonner, n'était pas comparer, expérimenter.
— « ... que les bêtes, continue^ d'Alembert , sont de purs automates ; . . . »
— Probablement, l'encyclopédiste n'appelait point les plantes : de purs automates. Et, cependant, qu'est-ce qu'un homme, avec une âme créée; si, ce n'est : un pur automate?
— «... il se contentera, continue d'Alembert, de répondre que si les
bêtes ont des sensations cruelles, elles en ont aussi d'agréables qui les eu dédommagent »
— Cette proposition atroce est digne d'un bourreau : torturant ses \ictimes.
— « Enfin, continue d'Alembert , il se contentera d'avoir tiré de la philosophie toutes les lumières qu'elle peut fournir sur ce sujet,. . . »
— C'est, sans doute : fournir aux bourreaux, qu'il a voulu dire.
— « ... et, continue d'Alembert, se taira sur ce qu'il ne peut comprendre. «
(Encvclopédie. Éléments de philosophie de d'Alembert, article Métaphysique.)
— Et, voilà comment les philosophes actuels , sont plus éclairés et plus instruits : que, les anciens.
— « Pour résoudre la question si les bêtes ont une âme, dit l'encvclopédiste, il faut rentrer dans soi-même et considérer avec toute Taltention dont on est capable l'idée que Ton a de la matière. Et si l'on conçoit que de la matière figurée d'une telle manière , comme en carré, en rond , en ovale, soit de la douleur, du plaisir, de la chaleur, de la cou'i'ur, de l'odeur, du son, etc., on peut assurer que l'àme des bêtes, toute malérielle qu'elle soit, est capable de sentir. Si ou ne le conçoit pas, il ne le faut pas dirje, car il ne faut assurer que ce que l'on conçoit. De même, si l'on conçoit que de la matière extrêmement agitée dû bas en haut et de haut en bas, en ligne circulaire, spirale, parabolique, ellipti-jue, etc. , soit nu amour, une haine, une joie, une tristesse, etc., on peut dire que les bêles oat les mêmes passions que nous; si on ne le voit pas , il ne le faut pas dire, si l'on ne veut parler sans savoir ce qu'on dit, iMais je pense pouvoir assurer qu'on ne croira jamais qu'aucun mouvement de matière puisse être un amour, une joie, pourvu que l'on y pense sérieusement. De sorte que, pour résoudre celte question : si les bêles sentent, si l'on a soin d'en ôter l'équivoque , comme font ceux qu'on se plaît d'appeler cartésiens, on la réduira à une question si simple, qu'une médiocre attention d'esprit suffira pour la résoudre.
(( Ainsi, dans les animau-t, il n'y- a ni ialcUigcnce ni sanc ,
comme on l'enlond ordinairement : ils mangent sans plaisir, ils crient sans douleur, ils croissent sans le savoir , ils ne désirent rien , ils ne connaissent rien ; et s'ils agissent avec adresse et d'une manière qui marque de l'intelligence, c'est que Dieu les ayant fait pour les conserver,... »
— Peu importe le pourquoi. Il s'agit de savoir : ce qui est. Et, d'ailleurs, s'il y a un Dieu ; il ne peut exister : que lui de réel^ s'il est créateur; et, que lui et la matière, s'il ne l'est pas.
— « ... il a conformé leurs corps, continue l'encyclopédiste, de telle manière, qu'ils évitent machinalement, et sans le savoir, tout ce qui est capable de les détruire et qu'ils semblent craindre. Autrement il faudrait dire qu'il y a plus d'intelligence dans les plus petits des animaux, ou même dans une seule graine, que dans le plus spirituel des hommes; car il est constant qu'il y a plus de différentes parties , et qu'il s'y produit pluî de mouvements réglés que nous ne sommes capables d'en connaître.
« Mais comme les hommes sont accoutumés de confondre toutes choses, et qu'ils s'imaginent que leur âme produit dans leur corps presque tous les mouvements et tous les changements qui lui arrivent, ils attachent faussement au mot âme l'idée de productrice et de conservatrice du corps ;. et pensant ainsi que leur âme produit en eux tout ce qui est absolument nécessaire à la conservation de leur vie, quoiqu'elle ne sache pas seulement comme ce corps qu'elie anime est composé, ils jugent qu'il est nécessaire qu'il y ait dans les bètes une âme pour y produire tous les mouvements et tous les cliangemenis qui leur arrivent, lesquels sont assez semblables à ceux qui sont dans notre corps. Car les bètes s'engendrent comme notre corps, elles se forment comme lui^ elles croissent et se fortifient, elles boivent, elles mangent, elles dorment comme lui , parce que nous sommes entièrement semblables aux bêtes par le corps, et que toute la différence qu'il y a entre nous et elles, est que nous avons une âme et qu'elles n'en ont pas ; non une àme qui forme le corps, qui digère les aliments, qui les distribue, qui donne le mouvement et la chaleur au sang, mais une âme qui sent, qui veut, qui raisonne et qui pense en toutes manières , et dont les pensées ont rapport au corps qu'elle anime , et qu'elle n'anime que par ses pensées , comme le corps a rapport à l'âme par tous les mouvements qui lui arrivent, et non par des sentiments dont il n'est pas capable. Ainsi la raison pour laquelle on ne peut résoudre la plupart des questions de celte nature , c'est qu'on ne distingue pas et qu'on ne pense pas même à distivguer différentes choses qu'un même mot signifie.
« Ce n'est pas que l'on ne s'avise quelquefois de distinguer ; mais sou-
vent on le fait si mal, qu'au lieu d'ôtcr l'équivoque des termes par les distinctions qu'on leur donne , on ne fait que les rendre plus obscurs. Lorsqu'on demande , par exemple, si le corps vit, comment il vit et de quelle manière l'âme raisonnable l'anime, si les esprits animaux , le sang elles autres bumeurs vivent, si les dents, les cbeveux et les ongles sont animés, etc.; on dislingue ces mots de vivre et d'être animé, en vivre ou êlre animé d'une âme raisonnable , ou d'une âme sensitive , ou d'une âme végétative ; mais cette distinclion ne fait que confondre l'état de la question, car ces mots ont eux-mêmes besoin d'explication, et peut-être même que les deux derniers, âme végétative, âme sensitive, sont inexplicables et incomprébensibles dans la manière dont on l'entend ordinairement. »
— Le célèbre métaphysicien se trompe. Ces mots sont absurdes ; et, par conséquent, très-compréhensibles et très-exphcables. Si, la sensibilité appartient à la Tie, à la matière ; il n'y a pas besoin d'âme; si, elle n'y appartient pas ; la vie n'a pas besoin d'âme pour exister. Les expressions : âme sensitive et âme v.éfjétative j sont donc : absurdes.
— « Mais, poursuit l'encyclopédiste, si l'on veut attnclier quelque idée claire et distincte au mot de vie, on peut dire que la vie de l'Ame est la connaissance de la vérité, ...»
— C'est, la sensibilité qu'il fallait dire : \ie, dans V éternité, avant le verbe; vie, dans le temps, vie avec connaissance, après le verbe. Quant, à la vérité; si, les âmes ne vivaient que par la connaissance de la vérité, elles seraient encore à naître. Cela peut se dire, au figuré ; maris, au propre, cela n'est pas.
— « ... Tamour du bien, continue l'encyclopédiste, ou plutôt que sa pensée est sa vie, et que la vie du corps. . . »
— Le mot u/e, est employé au propre, quand il V. n
s'agit du corps; il est au figuré, quand il s'agit de l'ame. Le mot .se// //r est au propre, quand il s'agit de l'âme; il est au figuré, quand il s'agit du corps. Ne pas distinguer le propre du figuré, est la source de toutes les erreurs. Mais, pour les distinguer, il faut les connaître. Et, quand on les distingue, il n'y a plus d'erreurs possibles.
— « ... consiste, conlinue rencyclôpédiste, dans la circulation du san^. le juste tempérament des humeurs, ou plutôt que la vie du cwps est !'■ mouvement de ses parties propre pour sa conservation. »
— Cette définition, bien antérieure à celle de Bichat, lui est identique ; et, supérieure, par la clarté et la simplicité. ^^JÊÊ^
— « Et alors, continue l'encyclopcdisle, les idées attachées au mot de vie étant claires, il sera assez évident : lo que Tàme ne peut communiquer sa vie au corps, car elle ne peut le faire penser; »
— C'est, sentir qu'il fallait dire. Mais, cette mal heureuse idée, que l'âme est capable de penser par elle-même, a conservé, des milliers d'années, le monde dans l'ignorance, dont il était si facile de sortir. Et, pourquoi cela n'a-t-il pas été; et, pourquoi n'en est-on pas sorti? Parce que cela ne devait pas être.
— « 2» Qu'elle ne peut, confinut l'encyclopédiste, lui donnerla Nieprulaquelle il se nourrit, il croît, etc., puisqu'elle ne sait pas même cequ'l! faut faire pour digérer ce que l'on mange ; 5° qu'elle ne peut le faire sentir, puisque la matière est incapable de sentiment, etc. On peut enfin résoudre sans peine toutes les autres questions que l'on peut faire sur ci' sujet, pourvu que les termes qui les énoncent réveillent des idées claires;
et il est impossible de les résoudre, si les idées des termes qui les expriment sont confuses et obscures. »
[Encyclopédie méthodique. Paris et Liège, 1788, yartie métaphysique, logique et morale, t. II, art. Méthode.)
— « Sans remonter, dit M. Auguste Comle, dans l'histoire. . . »
— Nous avons déjà donné cette citation, au titre premier. PSous la replaçons ici, pour ne pas y renvoyer le lecteur ; et, avec quelques notes, qui n'auraient pu être appréciées, avant de se trouver au point où nous sommes arrivés maintenant. Surtout, n'oublions pas : que, l'auteur dont nous donnons un extrait est, sans aucune espèce de contradiction, nonseulement le meilleur, mais encore le seul rapporteur sincère et instruit de l'ensemble de la science actuelle.
— « ... dans liiisloire générale de l'esprit humain, continue M. Comte, au delà de la grande époque de Descaries, si hautement caractérisée par la première tentative directe pour la formation d'un système complet de philosophie positive,. . . »
— Quand, un auteur prend un titre indéterminé; c'est une preuve qu'il n'a pas d'idée claire : de ce, dont il veut traiter; du but, qu'il veut atteindre. A oyons au dictionnaire ce que signifie le mot ;)ositif.
— (( Positif, ve, adj. Verus. Certain, constant, assuré (cas, nou- Teile — ) ; l'opposé de relatif, d'arbitraire, de négatif, de naturel (droit — ); t. de mathématiques, etc. »
— L'opposé de naturel est très -joli; mais, laissons
cela. Que signifie positif? Véritable, Ainsi, philosophie positive signifie : philosophie véritable. M. Comte, s'imagine-t-il : que, Platon, Aristote, Bacon, Descartes, etc., aient voulu faire des philosophies mensongères? Quiconque écrit une philosophie, la prétend positive, véritable. Mais, il ne suffit pas de le prétendre; il faut : pouvoir faire accepter cette prétention, par quiconque est capable de dire : un est un. M. Comte l'a-t-il fait? Nous disons : yoy. Le ferons nous? Nous disons : oui. C'est au lecteur à juger.
— « ... on doit remarquer, continue M. Comte, que ce puissant rénovateur, quelle que fût son audacieuse énergie, n'avait pu lui-même s'élever assez au-dessus de son siècle pour concevoir sa méthode fondamentale dans son extension logique, en osant y assujettir aussi, du moins en principe, la partie de la physiologie qui se rapporte aux phénomènes intellectuels et moraux. »
— M. Comte prétend : que, les phénomènes intellectuels, moraux, sociaux dérivent exclusivement de la matière. Très-bien! Cette idée n'est pas neuve. Il s'appuie sur la réalité de la série continue des êtres. Encore, très-bien ! Il prétend : que, la continuité de cette série, est à l'état de démonstration scientifique. Encore très-bien! et, toujours très-bien! Mais, nous tenons à ce que nos lecteurs remarquent : que, c'est exclusivement sur la continuité de la série, que ce matériahsme est étabh ; et, que s'il est réel, ce qui est, si les animaux ont de la sensibilité; il faut en conclure; ou, il faudrait en conclure, si nous étions alors capables de conclure : que, tout ce que M. Comte a dit : il l'a dit : nécessairement ; qu'il ne pouvait
pas ne pas le dire-, que, nous ne pouvions point ne pas lui répondre ; et, que nos lecteurs en penseront nécessairement : ce qu'ils en penseront. Et, le tout, pris ensemble : ne signifiera rien du tout.
— « En analysant, continue M. Comte, le développement graduel de ses principales conceptions philosophiques, d'après la hiérarchie rationnelle ...»
— Si, le matérialisme existe, il n'y a de hiérarchie et de raison qu'en apparence ; et, le mot réalité n'a pas plus de sens : que, le son d'une cloche.
— « ... que j'ai établie, continue M Comte, entre les diverses classes essentielles de phénomènes naturels, ...»
— Est-ce que M. Comte admettrait : des phénomènes non naturels; ou, surnaturels? A quoi bon entasser des épithètes qui ne servent à rien; même, dans son système?
— (c ... il est aisé de reconnaître, en effet, continue M. Comte, que telle fut en général la véritable barrière devant laquelle vint s'éteindre l'essor incomplet de sa réforraation projetée. »
— En examinant Descartes , nous avons vu : ce, qui l'avait maintenu dans l'erreur, malgré sa belle intelligence. Quand, on part, soit de l'anthropomorphisme, soit du matérialisme ; il est impossible : de ne pas arriver à l'absurde ; et, mieux on raisonne, plus tôt on y arrive.
— K Après avoir, comme il le devait, continue M. Comte , institué
d'abord une vaste hypothèse mécauiquc sur la théorie fondamentale des phénomènes les plus simples elles plus universels, il étendit successivement le même esprit philosophique aux différentes notions élémentaires relatives au inonde inorganique, et y subordonna finalement aussi l'élude des principales fonctions physiques de l'organisme animal. Mais son impulsion réformatrice s'arrêta brusquement aux fonctions afi'eclives et intellectuelles. . . »
— Ainsi, selon M. Comte, voilà le tort de Descartes; c'est, de n'avoir pas continué à établir : que, l'automatisme embrassait les fonctions intellectuelles. Il s'ensuit évidemment : que , pour M. Comte, les fonctions sontautomatiques. Alors, Descartesn'apaseutort ; car, un automate ne peut pas avoir tort. Et, M. Comte n'a pas raison d'insérer les fonctions intellectuelles dans l'automatisme ; car, un automate ne peut avoir : ni tort; ni raison.
— « ... dont il constitua formellement, continue M. Comte, l'étude en «panage exclusif de la philosophie métaphysico-théologique. . . »
— Ce, qui veut dire tout bonnement : que, Descartes refusa la matérialité à la sensibilité. Descartes, dans son système, avait tort, comme M. Comte dans le sien. Une immatérialité créée, est : absurde. In raisonnement, qui implique liberté, et dérivant de la matière, l'est également.
— n ... à laquelle, continue M. Comte, il s'efforça vainement de donner, sous ce rapport, une sorte de vie nouvelle, quoique, par une action plus efficace , parce qu'elle était progressive , il en eût déjà sapé d'une manière irrévocable les premiers fondements scientifiques. »
— Descartes, n'a rien sapé du tout. C'est, la presse
qui a sapé. Aristote, a été bien autrement matérialiste; c'est-à-dire : bien plus clairement que Descartes ; et Aristote a manqué d'être canonisé. Peu s'en fallait aussi : que, le savant Érasme ne se recommandât aux prières de Cicéron, le plus décidé panthéiste de l'antiquité : malgré le songe de Scipion.
— « Rien ne caractérise mieux peut-être, continue M. Comte, la pé- )iible situation fondamentale de l'esprit de Descartes, c'est- à-dire la lutte entre la tendance positive. . . »
— Lisez la tendance rationnelle.
— « ... qui lui était si exclusivement propre , continue M. Comte, et les entraves tbéologico-métaphysiques imposées par son époque. . . «
— Des entraves théologiques, des entraves relatives à la révélation, à la bonne heure. Certes, c'est là ce qui a arrêté Descartes. Mais, des entraves métaphysiques^ c'est une erreur. Descartes méprisait, souverainement, tout ce qui avait été dit, avant lui, en métaphysique, et, il avait grandement raison. Si, M. Comte en avait t'ait autant, des entraves matérialistes de son époque ; il aurait mieux réussi.
— «... que la conception paradoxale à laquelle il fut, selon moi, continueM. Comte, tvcs-natureUement conduit,. . . »
— M. Comte aurait dii nous dire : pourquoi il est sorti de la route naturelle.
— « .;. sur l'intelligence etl'instinct des animaux, continue M. Comte, voulant restreindre, autant qu'il le croyait possible, l'empire de l'an-
cienne philosophie, et ae pouvant coacevoir cependant l'extension de sn inélliode fondamentale. . . »
— L'hypothèse mécanique est si peu le point de départ , le fondement de la méthode de Descartes ; que, partout il dit expressément que, son point de depart est : la métaphysique. Je pense, donc je suis. Tel est son point de départ. Et, c'est seulement après avoir cru reconnaître le métaphysique ^ le libre, qu'il passe au physique, au nécessaire. Cette méthode est mauvaise; mais elle est sienne.
~ «... à un tel ordre de phénomènes, continue M. Comte, il prit l'audacieux parti d'eu nier systématiquement l'existence par sa célèbre hypothèse de l'automatisme animal. »
— Le génie de Descartes avait reconnu : que, l'automatisme devait exister, pour les animaux, sous peine d'être obUgé : de l'admettre pour l'homme. 11 ne voulut pas être automate ; au moins il ne voulut pas l'être ouvertement ; car, en dehors de ce système, il se reconnaît automate vis-à-vis de Dieu. M. Comte se reconnaît automate en principe ; et, ne veut pas admettre qu'il le soit vis-à-vis de la loi. Chacun son goût, chacun son préjugé. Mais, de part et d'autre, il y a inconséquence.
— « Une fois arrivé à l'homme, » continue M. Comte, , . .
— Descaries, n'arrive point à l'homme : il part de l'homme. Et, M. Comte aussi en part; car, son point de départ est , bien certainement , le raisomie-
SCJENGE SOCIALE. 169
ment, son raisonnement : et, son raisonnement c'est lui ; ou, sa raison, si vous l'aimez mieux.
— « ... l'évidente impossibilité, continue M. Comte, d'y appliquer le même expédient philosophitjue. . . »
— Et, pourquoi l'impossibilité ? Un homme peut être une mécanique, un automate. S'il y a un Dieu, l'homme est un automate. S'il n'y a pas d'immatérialité, l'homme est encore un automate ; et, M. Comte en convient : puisque, le tort de Descartes est de ne pas avoir étendu généralement son système mécanique. La sensibilité, n'empêche pas d'être automate. La sensibilité n'empêche d'être automate : que, si elle est immatérielle. Et, encore : pour, que l'automatisme cesse ; il faut : que, le verbe soit développé. Un enfant est sensible, en venant au monde; et, c'est un automate .vmême dans l'hypothèse de l'immatérialité de la sensibihté.
— « ... le força, continue M. Comte, de capitule;- en quelque sorte avec la métaphysique. . . »
— Ce n'est point avec la métaphysique, que Descartes a capitulé; c'est, avec Dieu, ou plutôt, avec son époque. Si, Descartes vivait à présent ; il ferait ce que nous faisons ; et, infiniment mieux.
— « . . et la tliéologie, continue M. Comte, en leur abandonnant, ou plutôt en leur maintenant, par une espèce de traité formel, cette dernière partie de leurs attributions primitives. On concevrait difficilement comment, aune telle époque, il eût été possible de procéder autrement. Quels qu'aient élé les graves inconvénients réels de celte singulière tliéoric automatique, il importe de noter...'»
— Ainsi, lecteurs! notez-le bien.
— «... que, conlinuc M. Comie, cest précisément pour la réfuter qut les physiologistes , et surtout les naturalistes du siècle dernier , furent graduellement conduits à détruire directement la vaine séparation fondamentale que Descartes avait ainsi tenté d'établir entre l'étude de l'homme et celle des animaux , ce qui a finalement amené de nos jours l'entière et irrévocable élimination de toute philosophie théologique on métaphysique chez les intelligences les plus avancées. »
(Alguste Comte, déjà cité.)
— Si, par le mot Dieu^ il faut comprendre l'anthropomorphisme ;' il n'y a pas de doute : que, les intelligences les plus avancées n'aient éliminé, irrévocablement, la théologie. Mais, si par le mot DieUj il faut comprendre : la sanction éternelle des actions réelles ; il n'y aura , désormais : que , les intelligences les moins avancées; ou plutôt, que les intelligences dérangées; qui, ne reconnaîtront point Dieu; et, ne feront point, delà théologie, la base exclusive de toute société. Avant de passer outre, nous prions nos lecteurs de relire le ^ V du ch. I", titre premier.
— r. Dans ce siècle où régnent si fièrement les préjugés et l'erreur sous le nom de philosophie, les hommes, abrutis par un vain savoir, ont fermé leur esprit à la voix de la raison. . . . y>
(Rousseau, Lettre à d'Alenilert .)
— Avant d'examiner pourquoi les animaux ne parlent point, nous devons déterminer, plus particuhèrement encore que nous ne l'avons fait (1) : quelques expressions, dont les valeurs, propres et figurées, ne sont point suffisamment distinguées. Ces expressions sont : mémoire j, sensation^ abstraction., signe ^ idée.
(I) Au chap. V, § ?., etc.
MEiMOIRE.
« La nature nous donne des cerveaux; la société nous donne ses pensées. »
BoNALD, Recherches philosoj)hiqucs, t. 1, p. 19.
— « Avec plus de simplicité on
pourrait raisonner dans toutes les sciences comme on raisonne eu mathématiques ; et , en mathématiques, le raisonnement deviendrait aussi pénible, , aussi vague et aussi incertain que dans les sciences les plus obscures, si on effaçait de leur langue les traits qui en font toute la perfection.
« Supposons, en effet, qu'on ait cent noms différents pour exprimer les cent premiers nombres, et que la plupart de ces noms prennent un sens différent dans la bouche de ceux qui s'en servent; supposons, par exemple, que lorsque je dis quinze, mon voisin entende seize, un autre vingt, un autre quarante; n'est-il pas évident qu'on passera toute sa vie, qu'où passerait tous les siècles à disputer sans jamais s'entendre? Or, nous le demandons , et le lecteur nous a sans doute prévenu , que fait-on dans les sciences inorales, et quelles lançiues parlent-elles ? On peut en juger par le nom des facultés de l'entendement
« Ce n'est pas la nature des idées qui fait qu'en
"énéral on raisonne moins bien dans les sciences
morales que dans les sciences mathématiques;
c'est l'imperfection des langues qu'elles parlent. »
Laromigoièrf., Réflexions sur la langue
des calculs, p. 40; Paris, 1805.
— .. L'erreur n'est jamais si difficile à détruire
que lorsqu'elle a sa racine dans le langage. Tout
terme impropre contient un germe de propositions
trompeuses; il forme un nuage qui cache la nature
des choses et met un obstacle souvent invincible à la recherche de la vérité. >•
Jérémie Bentham, Trailé des preuves judiciaires, liv. III, ch. I.
Que signifie le mot mémoire? Pour le savoir, allons au dictionnaire. Écoutons!
— « Mémoire, s. f. sans pluriel. Memoria, faculté de l'àme de se souvenir. »
— Maintenant, allons au mot se souvenir. Là, nous trouvons :
— « Se souvenir, avoir mémoire. »
— Ainsi, selon le dictionnaire, la mémoire est, pour lame : la faculté cl avoir delà mémoire.
Allons au mot âme, pour en savoir davantage !
— « Ame, s. f. Anima, principe de la vie, — du mouvement, — des hommes, — de tous les êtres vivants. »
— • Et, comme la vie n'est que mouvement : voilà, que le mot mémoire signifie :
— « Faculté du mouvement d'avoir de la mémoire. ;>
— Comprenez-vous ce galimatias ?
Soyons plus clair !
Nous ne savons pas encore : s'il y a des âmes ; autres, que des résultantes matérielles.
Chaque individu , apparent ou réel , se présente
constamment, à ceux qui sont capables de le juger, avec un ensemble de propriétés qui le font considérer : comme, étant toujours le même être, malgré la différence des temps. Chaque molécule, chaque force même, possède en soi des qualités : qui, constituent son individualité phénoménale. C'est, par là, qu'elle manifeste son identité; en prenant, au figuré, l'expression active manifesler. Cet ensemble de propriétés, manifestant identité, est ce que nous appellerons mémoire : comme, faisant rappeler : que, chaque individualité phénoménale, est toujours elle. JNous savons : que, cet ensemble de qualités , est seulement ce qui rappelle l'identité, à ceux qui raisonnent. Mais : comme nous ne savons pas, si l'être phénoménal dont il est question, possède ce que celui qui raisonne appelle mémoire^ comme nous ne savons même pas encore ; si, nous-mêmes nous avons une âme, en réahté ou en apparence-, et, par conséquent, si nous nous manifestons en réalité ; ou, si la matière seule nous fait faire, ce que nous appelons nous manifester ; il est évident : que, pour les individualités qui ne sont pas noiiSj nous devons . provisoirement^ appeler mémoire : les ensembles de qualités qui feront reconnaître les individualités , par ceux qui raisonneront, par ceux qui auront une mémoire : dans le sens qu'ils attachent à ce mot pour eux-mêmes. Ensuite^ il faudra rechercher : où, parmi les individualités qui ne sont pas nous, il y a des mémoires, semblables à celle qui nous permet de raisonner; ou, tout au moins, sert à nous faire croire : que, nous sommes capables de raisonner.
Les individualités, qui ont a peu près la même mémoire , constituent : les coupes arhiiraireSy nommées espèces; et, il n'y aura d'espèce réelle : que, s'il y a des individualités, avant des mémoires : absolument idex- TiQiEs. Si, par exemple, nous reconnaissons : qu'il y a des âmes réelles , identiques par conséquent , en tant qu'immatérielles ; si , alors , elles ont une manifestation absolue de leur immatérialité ; nous dirons : que, les individus : ayant des âmes; ayant des mémoires ; c'est-à-dire, toujours dans le même sens, des manifestations absolument identiques ; constituent l'espèce réelle; et, que les autres prétendues espèces, ne sont espèces : qu'iLLUsoiREMENT.
Continuons à rechercher, la valeur que doit avoir le mot mémoire : abstraction faite d'âme , de sentiment d'existence, de sensibilité; abstraction faite de la valeur indéterminée que nous donnons actuellement au mot mémoire; valeur tellement indéterminée , que nous ne savons : ni, où elle est : ni, oij elle n'est pas; du moment que nous cessons de parler de notre propre individualité; apparente; ou, réelle.
La mémoire, caractérisant primitivement une individualité phénoménale , se modifie : par diverses circonstances extérieures. Lorsque, ces circonstances sont dirigées par une volonté, dans un but quelconque, les modifications acquises, en tant que considérées comme plus ou moins durables, peuvent se nommer résultats d'éducado)).
Donnons quelques exemples : d'éducation, dont les mémoires sont susceptibles.
Le carbonate calcaire rhomboïdal , isolé de tout corps conducteur, se somient, ou a mémoire, pendant plusieurs jours, du plus léger attouchement; c'està-dire : qu'il donne à l'électromètre, des preuves plus ou moins durables de la modification que le simple contact d'une autre individualité lui a fait éprouver: qu'il en ait eu, ou qu'il n'en ait pas eu conscience ; qu'il l'ait sentie^, ou qu'il ne l'ait pas sentie ; dans le sens que nous attachons à ces mots, peu importe. Il en est de même : pour la topaze; pour la tourmaline, etc.
La mémoire, ou l'ensemble des caractères, se modifie d'une manière plus durable encore ; même, avant d'arriver à ce que nous appelons des individualités organiques. Dans une barre de fer doux, la mémoire magnétique s'y trouve, pour ainsi dire, à l'état hquide ; tant, elle est susceptible de modification. Placez une barre, dans l'axe de l'inclinaison magnétique, vous lui trouverez des pôles opposés parfaitement distincts. Renversez la barre, toujours dans le même axe , les pôles changeront : comme, si vous renversiez une bouteille, dans laquelle se trouveraient deux liquides : de densités différentes. Donnez, ensuite, un coup de marteau à celte barre; toujours, dans le sens de l'axe; la mémoire liquide : se solidifie ; se fixe ; cristallise pour ainsi dire ; et, se conservera longtemps. Aimantez, enfin, un barreau d'acier; et, la mémoire durera des siècles : même en augmentant par l'exercice.
Citons quelques exemples, relatifs aux végétaux.
Des graines conservent leur mémoire reproducli\e.
176 SCIENCK SOCIALE.
quelquefois des milliers d'années. Des variétés, acquises par l'éducation , se transmettent par bourgeons, etc., etc.
Si, nous quittons les individualités fixées au sol, pour passer aux individualités locomobiles nommées animauxy et, toujours en faisant abstraction d'âme ou de sensibilité; nous voyons la mémoire se modifier, en raison des circonstances où chacune se trouve, en raison de la complexité de l'organisme ; et finir, par se centraliser dans le cerveau.
Arrivé à l'homme, la mémoire matérielle, primitive ou instinctive, se modifie avec tant de facilité : que, la mémoire, primitive ou instinctive, devient presque méconnaissable. Elle se modifie, aussi, avec tant de facilité dans le singe : que, nous disons : qu'il a l'instinct d'imitation ; ce qui est dire , tout simplement : que, sa mémoire se modifie, avec une excessive facihté.
En descendant l'échelle , cette facilité de cultiver, de modifier la mémoire, d'éduquer les individualités, diminue. Ce n'est plus, alors, sur les individus isolés : que, les effets de l'éducation se remarquent ; mais, ils se retrouvent, relativement aux générations ; et, l'on produit : des variétés ; des races ; de prétendues espèces ; avec d'autant plus de facilité : que , l'on des cend plus bas sur l'échelle.
Nous savons ; que, l'emploi que nous venons de faire du mot mémoire^ aura d'abord de la peine à se faire admettre. Chacun éprouvera une espèce de répugnance : à s'en servir, sous ce rapport. C'est, que
notre mémoire, depuis qu'elle est en exercice ; et, celle des hommes , depuis l'origine de l'humanité ; est modifiée de manière : à associer les idées de sensibilité, de sentiment d'existence, et de mémoire. Voici, par exemple, le raisonnement : inhérent à l'époque d'ignorance primitive ;
— «Il y a en moi : sensibilité ou sentiment d'existence et mémoire. Il y a, chez les autres hommes : sensibilité ou sentiment d'existence et mémoire. Les signes conventionnels qui l'expriment le prouvent incontestablement. A la vérité , il n'y a pas de signes conventionnels, pour ex])rimer : qne, la sensibilité ou le sentiment de l'existence se trouve , en dehors de l'homme, chez les êtres locomoteurs dits animaux. Mais, rien ne prouve: que, ces signes conventionnels soient la caractéristique obligée, d'un sentiment d'existence uni à un organisme ayant une mémoire centralisée^ dans des circonstances où se trouvent les animaux. Il y a d'ailleurs, à cet égard, un critérium également certain. L'homme a des sens : qui servent à le conserver dans la vie; ef, à le propager dans le temps. Cette conservation et cette propagation s'elfectuent : par la salisfaclion de besoins qu'il éprouve. Des besoins, éprouvés et satisfaits, démontrent l'existence du bien-être et du mal-être. Le bien-êlre est jouissance, le mal-être est souffrance. Partout, où il y a jouissance et souffrance , il y a sensibilité ou sentiment d'existence et mémoire. La jouissance et la souffrance sont, dès lors, un critérium pouvant servir à déterminer : l'être ayant sensibilité ou sentiment d'existence et mémoire. Donc , partout où je verrai des êtres locomoteurs, se conservant comme individus et comme espèce, au moyeu de sens, j'en conclurai : que, chez ces êtres, il y a : besoins, movens de satisfaire ces besoins , bien-être, mal-être, jouissance, souffrance, mémoire, sensibilité ou sentiment d'existence; par conséquent âf)ie ; et, je nommerai ces êtres : animaux. «
— 11 est facile de reconnaître : combien, le raisonnement que nous \enons de donner, comme nécessairement produit par l'ignorance primitive, est digne de son origine. En effet, ce raisonnement est complètement illusoire. A la vérité il dit : que, rien ne prouve : que, les signes con\entionnels soient la caractéristique obligée, d'une sensibilité réelle, linie à un organisme
ayant une mémoire centralisée ; et, se trouvant dans certaines circonstances. Mais aussi, il ne dit pas : qu'il y a impossibilité : que, cette preuve soit donnée. Il y a là ignorance; et, cette ignorance, non reconnue^, est le point de départ : de ce mauvais raisonnement.
Ce même raisonnement ajoute ensuite : qu'il y a, pour l'existence de la sensibilité, un critérium, aussi certain que les signes conventionnels : la jouissance et la souffrance. Cela est incontestablement vrai. Mais, ce même raisonnement affirme : qu'il y a jouissance et souffrance ^ partout où il y a : locomotion ; des sensapparens ; conservation de la vie ; ainsi que propagation dans le temps . Or, c'est là conclure par analogie ; et, nullement par identités (1). C'est même conclure, au moyen d'analogies fort grossières; dès, que l'on veut : comparer des êtres, placés à une certaine distance les uns des autres ; et, se servir des règles ci-dessus, pour déterminer l'animalité.
Par exemple : les plantes se conservent dans la vie et se propagent dans le temps ; et, les plantes ne sont point reconnues : comme ayant sensibilité réelle et mémoire centralisée; conditions nécessaires, pour qu'il y ait jouissance et souffrance. Néanmoins, beaucoup de plantes se meuvent; et, beaucoup de prétendus ani-
(1) « L'analogie nous donne souvent lieu défaire cer-
<• tains raisonnements qui d'ailleurs ne prouvent rien , s'ils ne sont
« fondés que sur Vanaïorjie
« .... Les raisonnements par analogie peuvent servir à expliquer « et à éclaircir certaines choses, mais nox pas a les dkmoxtrkr. Ce- « pendant une grande partie de notre philosophie n'« point d'autre « fondement que Vanalogie. »
Ancienne cneyclopédie , article Analogie.
maux ne se meuvent pas. Puis, beaucoup de prétendus animaux manquent de plusieurs sens , au point : que, nos facultés de médecine, ici seules compétentes, ne reconnaissent plus : que, le canal digestif, pour caractéristique essentielle de l'animalité.
Voilà, donc, l'animalité réduite à un canal d'absorption et d'excrétion ; tel , qu'il y en a tant chez les végétaux ; c'est-à-dire : réduite à des attractions et à des répulsions vitales.
Pour que le raisonnement, donné par l'ignorance primitive, pour déterminer l'animalité, pût devenir rationnellement incontestable ; il faudrait: au lieu d'avoir pris la jouissance et la souffrance apparentes., pour critérium de la sensibilité réelle ; prendre, au contraire, la sensibilité réelle, pour critérium de jouissance et de souffrance réelles : puisque la jouissance et la souffrance réelles dérivent de la sensibilité réelle; et non, la sensibilité réelle de la jouissance ou de la souffrance apparentes. C'est-à-dire, qu'il faudrait : avoir trouvé la caractéristique essentielle, essentielle, re- ,marquons-le bien, de l'union de la sensibilité réelle à une organisation locomotrice, ayant une mémoire centralisée-, et, connaître quelles sont les suites résultant, nécessairement, de la société de plusieurs êtres ayant cette union pour essence ; dans le cas , que l'état de société fût nécessaire : au développement de cette caractéristique.
Si^ l'on était parvenu à ce but ; il serait facile de dire : là, il y a sensibilité réelle et mémoire centralisée ; par conséquent ; intelligence; jouissance; salif-
france; réelles. Là, il n'y a : que, mémoire centra-. Usée; et, point de sensibilité réelle; par conséquent : point d'intelligence; point de jouissance; point de souffrance; RÉELLES. Mais, jusque-là, une pareille détermination est absolument impossible ; et, dans l'affirmation : qu'en dehors de l'homme , il y a : sensibilité réelle ; intelligence réelle ; l'homme, qui ne reconnaît d'autorité, que le raisonnement rendu incontestable, ne peut voir : que préjugé. Et, il en est évidemment de même : pour la souffrance et la jouissance réelles ; puisque, jouir ou souffrir n'est qu'une modification : de la sensibilité proprement dite.
De ce qui précède, il s'ensuit : que, si les idées vulgaires venaient à se trouver rectifiées, relativement à la croyance : que, la sensibilité existe en dehors de l'homme ; il faudrait également qu'elles fussent rectifiées, relativement à la croyance : que, la jouissance, la souffrance et l'intelligence sont inséparables de la mémoire ; dans le cas qu'on veuille qu'il y ait de la mémoire en dehors de l'humanité. Et, comme nous allons prouver : que, ces mêmes croyances sont des erreurs ; nous admettrons l'expression mémoire^ avec une valeur pouvant exister : même, en faisant abstraction de la sensibilité. Relativement à l'homme, cetteexpression aura une \Vi\ç\\v propre. En dehors de l'homme, elle aura une valeur figurée, ayant pour signification : Vensemhlc des qualités qui font reconnaître V identité des individualités y par ceux qui ont une mémoire réelle.
Si, malgré la répulsion actuelle à donner dépareilles valeurs à l'expression mémoire^ nous préférons nous
SCIENCE SOCIALE. iSl
servir de ces valeurs, plutôt que de faire usage de l'expédient, si commode, d'inventer un nouveau mot; c'est, qu'en faisant du néologisme , V analogie se fût trouvée perdue ; et que , près de ceux qui ne se sont pas encore fait un devoir de raisonner par identités , l'analogie est, pour ainsi dire, la seule ressource que l'on puisse avoir : pour se faire comprendre.
Résumons ce que nous venons de dire : sur, les différentes espèces de mémoire.
Le préjugé donne, à ce que nous appelons figurément mémoire des corps inorganiques ^ le nom de propriétés sans épilLète. Les savants, néanmoins, commencent à diviser ces propriétés : en physiques et chimiques.
Le préjugé donne, à ce que nous appelons figurément mémoire des corps organiques abstraction faite de centre nerveux^ le nom de propriétés vitcdes. Ce sont les propriétés : physiques, chimiques, et organo-électriques.
Le préjugé donne, à ce que nous appelons figurément mémoire des corps organiques ayant centre nerveux^ le nom de propriétés vitales^ et de propriétés ou facultés intellectuelles. Il réserve le nom de mémoire^ pour les propriétés relatives à V intelligence ^ considérée comme conservatrice des modifications. Et cela, avant de s'être assuré : que, les êtres auxquels il attrihue cette mémoire, aient réellement la sensibihté ; par conséquent, avant de s'être assuré : que, ces êtres peu^ent avoir des propriétés intellectuelles ; au lieu de n'avoir : que, des propriétés cérébrales.
Il est évident : qu'en dehors du préjugé ; et, que du moment qu'il est fait abstraction de toute démons-
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tration incontestable, relativement à la détermination des êtres oii il y a sensibilité réelle ; les expressions : propriétés physiques ^ chimiques ^ organo-électriques , vitales et intellectuelles n'ont que des valeurs différant du plus au moins, comme les expressions règnes j, par des limites plus ou moins arbitraires ; et, que toutes ces expressions peuvent être remplacées, avec avantage, par le mot mémoire signifiant : ensemble îles qualités rappelant Videntité des individualités.
Passons, maintenant, au siège de la mémoire; toujours considérée abstraction faite de la sensibilité réellesensibilité, que nous devons laisser en dehors, pour aussi longtemps : que , nous ne savons point préciser partout où elle existe ; mémoire que, sous le rapport à^ ensemble de qualités^ nous distinguerons par l'épitliète de malérielle : ce que nous devons faire, logiquement; jusqu'à ce que nous soyons convaincu : non-seulement, qu'il en existe une autre espèce ; mais, encore, que nous puissions déterminer parfaitement : là, oi!i elle est; là, où elle n'est pas.
Voyons, dès lors, comment les diverses espèces de cette mémoire générique diffèrent entre elles, sous le rapport du siège; selon, que les individus, caractérisés par ces différentes mémoires, sont : locomoteurs; ou, seulement locomotibles.
Parmi les individualités, seulement locomotibles; il y a : des êLres inorganiques ; et, des êtres organiques.
Dans la matière inorganique et corporelle ; la mémoire des individus moléculaires ne paraît avoir, pour siège : que, des pôles.
Dans la matière organique, la mémoire, chez les végétaux, se trouve pour ainsi dire généralement répandue. En s'élevant sur l'échelle, elle se concentre néanmoins; et, de plus en plus : dans la graine.
Mais, passons rapidement aux individus locomoteurs. Ne nous arrêtons même pas sur la série presque infinie des infusoires (1). Et, faisons observer: que, les divisions par règnes^, nécessairement arbitraires, laissent en dehors, sous le rapport de locomotivité, une foule d'êtres dits animaux : qui ne sont que locomotibles; et, que nous devons cependant embrasser : dans le règne dit locomoteur.
En effet : quel titre a l'éponge pour être le point de départ du prétendu règne animal ? Est-ce : parce qu'elle aspire et expire l'eau ? Les plantes font mieux. Elles aspirent le gaz acide carbonique, s'assimilent le carbone, ce qui est bien digérer ; et, expirent ou sécrètent l'oxvgène. Y a-t-il là, différence de rèene? Serait-ce pour la locomotivité ? Mais, l'éponge ne quitte pas le sol; et, beaucoup de graines, avant de germer, se meuvent absolument comme des. animaux. Est-ce pour la spontanéité des mouvements ? Sous ce rapport, la sensitive présente des apparences : que, certainement, l'éponge n'offre pas. Est-ce pour la mémoire? L'éponge n'offre pas la moindre trace de tissu nerveux. Et, c'est dans ce tissu, que, la mémoire relative à la sensibilité, doit se trouver; dit: la science.
(1) Plusieurs savants ont déjà abandonné la prétention : de conserver, un certain nombre d'infiisoires, au sein de l'animalifé. Alors, que sont-ils donc ?
Voilà, donc, un animal, en dehors de la sensibilité proprement dite. C'est, un animal : qui, n'est pas animé; qui, n'est pas un animal. Voilà, une animalité sans mémoire : dans le sens du préjugé.
3Iais, oij donc commence ce tissu nerveux, siège de mémoire et de prétendue sensibilité ? Il est absolument impossible de le dire ; car, la transition du tissu élémentaire zoologique, au tissu nerveux, est aussi insensible : que, la transition des propriétés inorganiques, aux propriétés organiques.
Élevons-nous : jusqu'à ce que nous trouvions, évidemment, ce tissu nerveux. Arrivons au polype d'eau douce. Si, ce tissu nerveux est le siés-e : de l'animalité ; de l'âme ; d'une sensibilité réelle ; indépendante de la vie ; d'une immatérialité, et de ce qui seul peut la manifester ; d'une mémoire figurément dite, capable, par sa centralisation, de devenir mémoire propremenl dite; l'âme, qui sert de base à cette dernière mémoire, est essentiellement une. Si, néanmoins, ce polype vient à être coupé en morceaux; vous avez, de suite : autant de prétendues sensibilités ; autant d'âmes, autant de mémoires; que de tronçons. Singulière immatérialité : que, celle qui se diA'ise et se multiplie, à coups de ciseaux. C'est, cependant, à de pareilles âmes : que, l'on accorde la spontanéité RÉELLE : pour peu, qu'elles soient unies à de la matière. Il est vrai : que, les matérialistes se sauvent de ce ridicule, en affirmant : que, la sensibilité est un résultat de l'organisme. Mais, nous n'oublierons pas ces Messieurs. Ici, il ne s'agit encore: que, de mémoire^
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Peut-être, le siège : de la mémoire réelle ; de la sensibilité réelle ; de l'âme enfin ; est-il exclusivement : un cerveau .
Soit! Qu'est-ce qu'un cerveau?
11 est aussi impossible de le dire, déterminémeni, qu'il l'est de déterminer: le tissu nerveux. Le tissu nerveux se transforme eu cerveau, en passant : par l'état ganglionnaire; par des transitions aussi insensibles : que, le tissu nerveux passe à l'état de ganglions.
Un siège spécial n'est donc point nécessaire : à la mémoire matérielle. Cependant, dans le langage dit scientifique, une mémoire n'est attribuée, dans le règne zoologique; qu'aux individus, ayant un centre nerveux indéterminément, nommé cerveau; et, l'observation démontre : que, cette mémoire retient les modiûcations ; et, même les renouvelle : par la seule action des forces organiques ; et, avec d'autant plus de facilité : que, l'organe cérébral est plus complexe ; plus développé.
Le siège ne différencie donc point, essentiellement, les diverses espèces de mémoires. Et, la mémoire de toute individualité locomotrice, fiit-ce même celle d'un homme, dès que celui-ci est considéré abstraction faite de la sensibilité ; ou, même en faisant seulement abstraction de la sensibilité développée dans le temps; ce qui inclut dans celte catégorie l'homme avant le verbe; cette mémoire, disons-nous, est tout aussi exclusivement matérielle : que , la mémoire d'un atome; ou, même celle d'une force -considérée : comme
centripète ou centrifuge. Et, tout mouvement dérivant (le cette mémoire, quelles que soient les apparences de spontanéité réelle qu'il puisse offrir; est sujet, néanmoins, aux lois générales ou spéciales de la matière.
Quelque inconvénient, qu'il puisse y avoir, à couper une discussion par une digression; nous croyons, cependant, devoir arrêter un instant nos lecteurs ; sur l'expression : mouvement apparemment spontané (1).
Lorsque, le vulgaire n'aperçoit point la cause matérielle d'un mouvement ; il affirme, sans nullement réfléchir : que, ce mouvement est spontané. L'homme instruit, reconnaissant déjà l'ignorance primitivement inhérente à l'humanité, se borne à dire : ce mouvement est apparemment spontané.
Un joueur de gobelets, place dans une terrine pleine d'eau qui lui sert de bassin, un canard artificiel, que traverse, occultement, un barreau aimanté.
Si, le bateleur présente à ce prétendu animal, soit un morceau de pain, soit un morceau de matière non alimentaire, également traversé d'un barreau aimanté; et, qu'il ait soin d'approcher les pôles de même nom ou de noms opposés, de manière; à mettre les mouvements du canard en harmonie avec la matière qu'il lui présente; le canard s'approchera ou s'éloignera, par des mouvements apparemment spontanés.
(1) Dans le présent paragraphe, nous répéterons souvent : des choses, (|ui déjà auront été dites au di. V du présent livre. Elles seront donc inutiles pour quelques-uns de nos lecteurs. Elles sont néanmoins si essentielles : que, nous préférons les replacer ici , inutilement, pour ces (juelques-uns ; à laisser la discussion inintelligible, pour ceux qui n'auraient point conservé présent à l'esprit : ce que nous avons démontré , en examinant les principaux philosophes.
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Et, le vulgaire s'empressera de dire : que, le prétendu animal est vivant; ou, que le bateleur est sorcier. L'animalité et la sorcellerie disparaissent cependant : dès, que les barreaux sont mis à découvert; et, que les propriétés magnétiques sont comprises. C'est, que ces mouvements sont alors reconnus dériver : d'une matière impondérable; d'une force : que, le vulgaire a l'habitude de rattacher à sa propre animalité ; et, par suite, à tout ce qu'il comprend sous le nom d'animalité ; d'une force, d'une matière incorporelle : que, le vulgaire, même instruit, confond souvent : avec l'immatériel; avec le réellement animé.
Jl en sera bientôt, pour le règne zoologique ou locomoteur, comme, il en est actuellement : pour le canard du bateleur.
Déjà, la générahté de nos académies reconnaît, en effet : qu'il n'y a point sensibihté réelle ; mais, seulement vie zoologique : chez la plupart des infusoires, dont la spontanéité^, alors reconnue apparente des mouvements., peut se comparer : à ce qui nous paraît le plus réellement spontané, dans le domaine extramicroscopique. De là, à reconnaître : que, tous les mouvements de la vie zoologique ont la même cause que celle dérivant : soit de la vie végétale ; soit de la vie générale; il n'y a qu'un pas (1).
(1) Vdvie universelle de tous les philosophes do, l'antiquité, n'est autre : que, la force, la matière; ils ne se trompaient qu'en lui attrihuant l'intelligence. Et, ils se trompaient nécessairement : tant que l'existence des immatérialités,' des àmcs n'était pas démontrée. Alors , il n'y avait de possible: que, panthéisme ; ou anthropomorphisme.
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Helativement aux mouvements apparemment spontanésy le vulgaire se trouve donc déjà au même point; où sont nos écoliers découvrant les barreaux occultes; lorsque déjà ils ont commencé à étudier : les influences magnétiques.
Nous reprenons, et nous disons :
Il y a des mouvements apparemment spontanés , qui dérivent de ce que nous avons appelé : mémoire matérielle ; mémoire générique, renfermant une infinité d'espèces.
Passons à une autre mémoire générique.
Lorsqu'un sentiment d'existence (1) peut se démontrer, incontestablement, comme existant chez un individu, doué d'une mémoire matérielle centralisée; cette union, constituant intelligence ou tout au moins capacité d'intelligence, rend, la mémoire matérielle centralisée qui s'y rapporte, intellectuelle; ou, pour être plus exact, capable de devenir intellectuelle : en recevant des siçrnes conventionnels.
Nous verrons bientôt : que, des signes conventionnels se développent, nécessairement ; partout, oii un sentiment d'existence se trouve uni, à une mémoire matérielle centralisée; pourvu, seulement, cju'il y ait
(l) Nous avons déjà dit mille fois : qu'uu senliment d'existence, est : une immatérialité : une sensibilité; une âme: soit dans l'éleruité, soit dans le temps. Nous le répétons , pour ceux qui auraient pu l'oublier. Dans le langage parfaitement précisé, l'expression sentiment (t'ejcistence appartient au temps; c'est la seusibililé après le verbe. Cette remarque sera encore inutile pour beaucoup de nos lecteurs; et, cependant, nous la faisons. Si, nous nous servons, ici, des mots sentiment (t'exislcnce et non du mot sensibilité ; c'est, que l'expression sentiment d'existence désigne mieux Y individualité.
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état de société; en donnant, à cette expression, la valeur : d'état de contact nécessaire ^ entre deux individus, ayant ces conditions.
11 résultera de cette incontestabilité : que, la sensibilité, le sentiment de l'existence, l'âme, a une existence réelle : partout, où ces signes auront, euxmêmes, une existence incontestable. Et, que le sentiment de l'existence, la sensibilité, l'âme, n'aura, au contraire, qu'une existence illusoire; partout, où plusieurs individus, existant en contact nécessaire, et ayant mémoire centralisée, n'auront point développé de signes conventionnels : quelles que soient, d'ailleurs, les apparences que les individus puissent offrir, qu'il y ait en eux : sensibilité, sentiment d'existence, âme.
Tout ce que nous venons de dire, sur la mémoire, est parfaitement clair. Si, quelqu'un de nos lecteurs y trouvait quelque obscurité; qu'il nous rebse, attentivement ; et, il verra : qu'il y avait de sa faute, et non de la nôtre. Si, malgré cette recommandation, il ne nous comprenait pas; qu'il nous abandonne. j\ous ne craignons point cet abandon, de la part de ceux qui nous auront suivi : jusqu'à présent.