‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 12 sur 102 · SENSATION · texte numérisé non relu

SENSATION

« Par l'habitude d'employer un mot dans uu sens figuré, l'esprit finit par s'y arrêter uniquement, par faire abstraction du premier sens; et ce sens, d'abord figuré, devient peu à peu le sens ordinaire et propre du mot. »

CoNDORCET, Taôlcau des progrès de l'esprit kutiiain, p. 55.

— « Ou peut agir sans sentir (1), tous les automates en sont la preuve; le Auteur de Vaucanson, le canard qui digérait, le joueur d'écliecs, sont des machines artificielles qui agissent et ne sentent pas ; mais on ne peut penser qu'on ne sente (2). »

encyclopédie méthodique, art. Plaisir, rédigé par M. Panckoucke, entrepreneur de cette Encyclopédie.

— « Uu somnambule ne souffre ni ne jouit, puisqu'il n'a l'esprit présent à rieu de ce qu'il fait (3); c'est un automate naturel, qui imite sans le savoir (4) les actions, les mouvements de l'homme qui pense et réfléchit. »

Id., ibid.

(t) Agir sans sentir, constitue une action figurée. Quand, celte action figurée est prise comme une action proprement dite; il n'est pas difficile de faire agir : les laitues, les écritoires, etc.

(2) Bien. Mais jusqu'où s'étend la sensibilité? Si, ou ne le sait pas, comment distinguer la sensibilité apparente, de la sensibilité réelle ? Comment, alors, distinguer : le propre du figuré ?

(3) Voilà, où l'on arrive : quand, on ne distingue point la sensibilité dans le temps; de la sensibilité dans l'éternité. La conclusion de cette manière d'argumenter est : qu'on peut imiter sans âme ; ou, ce qui est la même chose, sans que l'âme s'en mêle. Ce qui est absurde, dans l'hypothèse de l'auteur qui attribue tout raïsonnemeyxt à l'àme; car imiter, au propre, est bien certainement raisonner.

(4) Imiter, sans le savoir, est bien certainement : uae expression fi-

— « Voilà trop de métaphysique, diia-t-on peut-èire ; mais je réponds qu'elle était nécessaire, puisqu'on voulait expliquer la nature d'un corps politique (1) sans avoir recours au langage figuré (2). Cette expression a servi de prétexte à des allégories sans fin , qui sont devenues ellesmêmes la base d'une multitude de raisonnements puérils. L'imagination des écrivains s'est épuisée à donner aux corps 'politiques les propriétés des différents corps : tantôt ce sont des corps mécaniques , et alors il est question de leviers , de ressorts, de rouages, de chocs, de frottement, de balancement, de prépondérance; tantôt ce sont des corps animés, et alors on emprunte tout le langage de la physiologie : on parle de santé, de maladie, de vigueur, d'imbécillité, de corruption, de dissolution, de sommeil, de mort et de résurrection. Je ne sais combien d'ouvrages politiques seraient anéantis si on leur était ce jargon poétique avec lequel on pense créer des idées, quand on ne combine que des 7no(s '3).

" Il est vrai que, soit pour abréger, soit pour tempérer l'aridité du sujet, il est permis d'emprunter quelques traits au langage figuré ; et même on y est forcé, puisque les idées intellectuelles ne peuvent jamais s'exprimer que par des images sensibles (4) : mais dans ce cas, il y a deux précautions à observer (5) : l'une , de ne jamais perdre de vue la vérité simple et rigoureuse (6), c'est-àdire d'être toujours en état de traduire clairement

gurée, prise au propre. Si , on imite sans le savoir : une laitue, une ccritoire, peuvent imiter.

(1) Tout ce que va dire Bentham du corps iJolïlique, peut être appliquée à l'expression être sensible; et, nous prions nos lecteurs d'y prêter la plus sérieuse attention.

(2) Aussi longtemps que la sensibilité, proprement dite, n'est point déterminée; il est impossible de distinguer : le propre du figuré. Un chieu est-il sensible : au propre ; ou, an figuré ; une éponge, une seositive l'cst-elle : au propre; ou, au figuré?

(3) Ce passage est admirable.

(4) Nos lecteurs redresseront facilement : ce qu'il y a d'erroné dans cette phrase.

(5) L'auteur va donner un excellent conseil. Seulement, il a été, jusqu'à présent , absolument impossii)le de le suivre : parce qu'il est encore impossible de distinguer : le simple, le propre, du figuré.

(0) Pour ne pas la perdre de vue, il faut la connaître. Un corps po-

le langage figuré eu langage simple (l) ; l'auti-'e , de ne foncier aucune conclusion sur une expression figurée, dans ce qu'elle a d'impropre (2), c'est-àdire lorsqu'elle ne s'accorde plus avec le véritable fait (3).

"'Le langage figuré, très-utile à la conception quand il vient à la suite du langage simple, lui est funeste quand il le remplace. 11 accoutume à raisonner sur les plus fausses analogies, et forme autour de la vérité un nuage que les esprits les plus clairvoyants ont bien de la peine à percer (4).» JÉp.ÉMiE Bentham, Tacliqus des assemblées Ici/islatives.

— Que signifie le mot sensation? Car, enfin, pour se servir de ce mot, il faut y attacher une valeur précise, déterminée ; sous peine : de parler sans se comprendre. A cet effet, allons au dictionnaire ; et, encore une fois, écoutons.

— « Sensation, s. f. Sensatio^ impression que l'àme reçoit des objets par les sens. »

— Tant, que nous ne saurons pas, précisément : là, 011 il y a âme réelle; là, oii il y a seulement âme apparente ; nous ne saurons pas oii il y a sensation : en apparence ; ou, en réalité.

lilique, est-il politique au propre, partout ou il y a des hommes rassemblés? Une bande d'assassins est-elle un corps politique? Un chien estil sensible : au propre, ou, au figuré?

(1) Et, voilà, nous le répétons : ce 'qui est encore impossible; et, ce que Bentham n'a jamais fait. Nous en donnerions mille preuves, s'il le fallait.

(2) Excellent conseil ! mais, si l'auteur l'avait suivi, il n'aurait pas même pu dire : s'il était un être : au propre, ou, au figuré.

(3) Trcs-bien 1 Mais, qu'est-ce qu'un véritable fait? voilà le difficile. Qu'est-ce qui distingue : le fait, atc propre; du fait, au figuré.^

(4) Tout cet alinéa est admirable.

En exaniinant la valeur de l'expression mémoire., nous avons yu; que, le dictionnaire donne pour valeur, à ce mot :

— « Principe de la vie, du mouvement. . . »

— Dans ce cas, il y a sensation : partout, où il y mouvement; c'est-à-dire ; partout. Et, comme partout et nulle part, c'est la même chose, pour le résultat; il s'ensuit : qu'il n'y aurait pas de sensation. Cette détermination ne peut guère nous aider, pour faire un usage utile : du mot sensation. Voyons, au mot sens.

— « SenSj s. m. Sensits, faculté de l'animal par laquelle il reçoit lés impressions du corps. »

— D'après cette définition, la lumière, sentie, ne serait pas une sensation. Mais, laissons cette difficulté. Il en résulte toujours : que, tant que le mot animal ne sera point précisé: nous ne saurons point: où, il y aura sens réel; où, il y aura sens apparent.

Allons au mot animal; peut-être, serons-nous plus heureux.

— « ANIMAL, S. m. Animal, être organisé et sensible, doué d'instinct pour sa conservalion cl sa reproduction, qui n'a que des idées simples, perçoit et garde les images des choses, a des viscères, se meut spontanément, clioisit sa nourriture et le sol qui lui convient, n'est pas essentiellement adhérent au sol pour en tirer sa substance. »

— Voilà tous les animaux, qui adhèrent au sol, désanimalisés. Mais, ne nous en inquiétons pas. L'animal V. 13

est lin êf.re organisé sensible, filais jusqu'où va ia sensibilité ? jNous n'en savons rien. Yoilà encore le mot sensation vide de sens : pour tout ce qui n'est pas l'homme. Voyons au mot instinct. Peut-être en saurons nous davantage.

— « Instinct, s. m., InstincluSj sentiment naturel du bien et du mal physique et même moral. — Sentiment, mouvement naturel (irréflcclii) qui dirige les animaux dans leur conduite. »

— Nous voilà retombés sur les animaux, qui, d'après le dictionnaire, ont le sentiment naturel du bien et du mal i:>hijsique et même moral. Mais, laissons le dictionnaire ; et, son galimatias.

A moins qu'il n'y ait sensation partout ; ce qui, nous le répétons, ferait qu'il n'y aurait sensation nulle part, quant au résultat ; il est évident : que, puisqu'il est encore impossible de dire : là , il y a sensation réelle ; là, il n'y a que sensation apparente ; il y a des sensations apparentes, qui pourront être prises pour réelles; et, peut-être, des sensations réelles; qui pourront n'être prises : que, pour apparentes.

Et, que seront des sensations, qui ne seront qu'apparentes ?

Pour ceux, qui ne seront point matérialistes; comme pour ceux qui le seront ; ce ne seront : que, des mouvements, ayant pour cause : des forces ; de la matière. Pour les uns, comme pour les autres, ce seront des sensations matérielles. Pour ceux qui n'admettent la sensibilité : que, sur une certaine étendue de l'échelle animale ; ou, de l'échelle des êtres ; étendues qu'ils ne

peinent déterminer ; la sensation , quand elle sera ainsi nommée sans savoir où elle ne se trouve pas , sera une sensation figurémenf dite : et, Fépithète de matérielle lui conviendra toujours. Voilà, qui est parfaitement clair; même au sein de l'indétermination.

Puisque, nous ne savons pas encore : s'il y a des immatérialités ; puisque nous ne savons pas encore : jusqu'où s'étend la sensibilité ; supposons : un animal sans immatérialité ; et , ayant un cerveau ; laissant hors de discussion la question de savoir ; s'il a une sensibilité réeUe^on, si sa sensibilité n'est^M'apjaare??!^.

Dans ce cas :

Lorsqu'un mouvement nommé sensation^ parce qu'il est considéré comme retentissant dans le cerveau, sens interne, frappe un des sens externes ; ce mouvementsensation modifie le cerveau, le sens interne, l'organisme, la mémoire; de manière qu'en l'absence, de ce mouvement-sensation^ le cerveau, le sens interne, l'organisation, la mémoire peut reproduire les effets de cette cause absente ; dans des circonstances physiologiques ou pathologiques, relatives à Vinnervation^ fonction, de l'aveu de tous, essentiellement matérielle.

La modification cérébrale produite par le mouvement-sensation, considérée comme susceptible de se reproduire en l'absence de sa cause efficiente ; est, l'abstraction de ce mouvement-sensation, dont la reproduction a toujours une cause occasionnelle.

La sensation, dans ce cas, s'abstrait donc d'ellemême ; et, d'elle-même, son empreinte se place dans le cerveau ; s'il est permis de donner le nom d'em-

preinte, à ce qui n'est que mouvement, ou incorporel; quoique n'en étant pas moins matériel.

La sensation, en effet, alors s'abstrait elle-même ; elle ne peut être abstraite par un être réel, par un sentiment d'existence, une immatérialité, une âme ; puisque nous présupposons : que, dans cet être capable de sensation, il n'y a de sentiment d'existence : qu'en apparence ; et non, en réalité.

Relativement à la sensation, qui s'abstrait ellemême , et n'est point abstraction ; nous dirions : s'il était permis de comparer la zoologie à la phytologie : que, c'est une fleur qui se féconde ; et, n'est point fécondée.

La sensation reste en outre dans le cerveau : non plus comme sensation, mais comme abstraction ; non plus comme mouvement, mais comme équilibre : puisque l'effet se reproduit en l'absence de la cause qui vient d'agir.

C'est ainsi, par exemple : que, dans certaines circonstances physiologiques ou pathologiques, un chien, en dormant, aboie : comme, s'il poursuivait un lièvre, en réalité.

Dans ces mêmes circonstances, de pareils mouvements peuvent se reproduire : aussi longtemps, que la vie organique ou particuhère existe; aussi longtemps, que cette même vie particulière n'est point rentrée : dans la vie générale. Et, s'il nous était permis de comparer la physiologie à la physique, nous dirions : que, le chien rêvant est une batterie électrique chargée, continuant à donner des étincelles : aussi longtemps, qu'elle

n'est point épuisée peu à peu ; ou, que subitement elle n'est point rentrée en communication, avec le réservoir commun.

Quant à la sensation non matérielle , non figurée ; pour pouvoir en parler d'une manière déterminée, il faut savoir : jusqu'où, s'étend la sensibilité sur l'échelle des êtres; et, surtout, savoir : s'il y a en nous, l'immatérialité. Car, si en nous l'immatérialité n'existe pas ; la sensation n'en sera pas moins matérielle ; le raisonnement qui en dérive sera également matériel; et, il n'aura de valeur : que, celle d'un écho : qui répète, nécessairement, ce qui l'a frappé.

Jusque-là , nous sommes toujours : parfaitement clair.

ABSTPaCTIOjN'S , SIGNES, IDEES.

« Une des premières bases de toute bonne philosophie est de former pour chaque science (l) une langue exacte (2) et précise, où chaque signe représente une idée bien déterminée, bien circonscrite, et de parvenir à bien détermioer, à bien circonscrire les idées par une analyse rigoureuse.

"Les Grecs, au contraire, abusèrent des vices de la langue commune (3) pour jouer sur le sens des mots, pour embaiTasser l'esprit dans de misérables équivoques, pour l'égarer en exprimant successivement par un même signe des idées différentes (4). »

CoNDORCET, Tableau des progrès de Fesprit kumai/i, p. 65.

— « Cette doctrine (des idées) est sujette à mille objections. Mais ce qu'il y a de plus absurde, c'est de dire qu'il existe des êtres particuliers en dehors de ceux que nous voyous dans l'univers, mais que ces êtres sont les mêmes que les êtres sensibles , à cette seule différence près que les uns sont éternels, les autres périssables : en effet, tout ce qu'ils disent, c'est qu'il y a l'homme

(1) Au propre, il n'y a qu'une science : la connaissance de la vérité; la méthode d'arriver à la vérité. L'expression science, prise au pluriel, n'est qu'une figure ou une sottise. Pour connaître ce qui est matière , il faut connaître ce qui ne l'est pas ; pour connaître ce qui est immatériel , il faut connaître ce qui ne l'est pas. Et il n'y a que cela.

(2) La langue est l'esclave : de la science, du raisonnement; et, la science , le raisonnement, n'est pas : l'esclave de la langue.

(3) Cet abus est inhérent à l'époque d'ignorance ; et personne , chez les anciens, n'a abusé des vices du langage : autant qu'on l'a fait chez les modernes. Voyez à cet égard les plus belles intelligences du dixneuvième siècle.

(4) Comme, par exemple, quand ou fait signifier au mot Dieu : tantôt, un; tantôt, plusieurs.

en soi, le cheval et la santé en soi, imitant en cela ceux qui disent qu'il y a des dieux, mais que ces dieux ressemblent aux hommes (i). Les uns ne sont pas autre chose que des hommes éternels ; les idées des autres ne sont de même que des êtres sensibles élernels. »

Aristote, Mélaphys., 1. II, eh. itr.

— « Dire, au propre, qu'il y a des termes abstraits; que, tous les mots ne sout pas gaiement des abstractions; est une sottise

énorme, qu'elle peut seulement être comparée à celle de demander : qu'est-ce que elle chose? Et, cependant, ces deux sottises sont aussi anciennes : que, ce qui est si sotement nommé philosophie ; et, elles sont la source de l'ensemble des sottises : qui, constituent le fatras prétendu philosophique. » Sens commun.

— « Une abstraction est un raisonnement ; un raisonnement est une abstraction. Tout ce qui sortira de là, en fait d'abstraction, est

ignc de Bedlam. »

Skns commun.

Lne abstraction de sensation qui se fait et n'est point faite ; une abstracLion qui est une pure modification de la mémoire, c'csl-à-dire du cerveau, qui est matière ; est bien une abstraction matérielle j tant, en elle-même; que, parson origine.

Un signe, représentant une abstraction matérielle ; l'image du lièvre, par exemple, qui fait aboyer le chien dans son rêve ; quoique ce lièvre soit mort ou absent ; est bien un mouvement ; comme l'image de la rose qui paraît au foyer d'un miroir concave, quoique la rose soit

(1) 11 serait curieux de savoir : comment, il serait possible de s'imaginer : des dieuvqui ne ressemijlcraient pas aux hommes. L'essence lie l'homme est rintclligence; dos dieux, sans intelligence, seraient moins que des brutes. Et, cependant, comme le dit Ari.-toto, des dieux, qui ont de l'intelligence, ne sont que des hommes.

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cachée, est aussi un mouvement. Or, un mouvement, essence de la modification, est bien matière. Le signe représentant une abstraction matérielle, est donc purement matériel : tant, en lui-même ; que, par son origine.

Ce même signe purement matériel considéré comme image de la sensation, est bien une idée, puisqu'une idée n'est qu'une image. Et, cette image, dérivant exclusivement d'un signe purement matériel, est bien une idée purement matérielle : tant en elle-même ; que, par son origine.

Aussi longtemps : que, les abstractions, les signes, les idées matérielles, n'ayant point d'origine intellectuelle, ne sont point distingués : des abstractions , des signes, des idées matérielles, ayant une origine intellectuelle ; il est de toute impossibilité : non-seule ment de se faire comprendre des autres ; mais encore, de se comprendre soi-même. Par exemple :

L'abstraction d'une sensation, lorsqu'elle est faite par une âme supposée immatérielle ; et, qu'elle est placée dans la mémoire matérielle, sous un signe conventionnel, pour que ce signe puisse être rappelé à volonté ; est une abstraction : nous ne dirons point immatérielle; mais matérielle, en elle-même; et, intellectuelle, par son origine ; comme dérivant : d'une part, de l'âme ; de l'autre, de la mémoire matérielle ; dont l'union constitue intelliiïence.

Le signe conventionnel est matériel ou intellectuel, selon qu'il est considéré : soit, en lui-même ; soit, dans son origine ; et, l'idée, valeur de ce signe, est : matérielle et intellectuelle; sous les mêmes rapports.

Résumons.

Chez les animaux que, par hypothèse, nous considérons comme dénués d'immatériahté ; il y a : des mouvements-sensations ; des chocs affectant les sens externes j qui, peuvent être reçus par un sens interne. Ces sensations sont matérielles. Et^ pour nous rapprocher des analogies vulgaires, dans le but de rationaliser, pour ainsi dire, le langage figuré ; nous dirons : que, ces sensations matérielles, reçues par un sens interne, sont des perceptions matcrieUes; et, leur placement dans le cerveau, des abstraclions matérielles.

Lorsque par les lois de l'organisation, par les lois inhérentes à chaque espèce de mémoire matérielle; les sensations matérielles, les perceptions matérielles sont rappelées dans leurs abstractions matérielles ; le moucement, résultat de ce rappel, est un signe matériel. Et, ce signe matériel, considéré comme représentant la sensation matérielle, est une idée matérielle.

L'action organique , suite nécessaire de cette idée matérielle , pourra , selon les besoins de l'organisation, être un mouvement de locomotion. Ce mouvement, tendant vers un but externe, aura une cause interne inhérente à la matière. Et , comme ce mouvement, ayant une cause interne, ne sera nullement communiqué par une cause , externe ; ou , tout au moins apparaîtra ne l'être point ; il apparaîtra spontané ; c'est-à-dire : étranger à la matière, d'après les notions vulgaires qui rendent : la matière inerte.

Ensuite : comme, nous ne reconnaisons de sponta-

néité, que celle qui dérive de l'intelligence; et que la spontanéité existant en nous comme relative : à la matière, aux forces vitales, à la mémoire matérielle, à l'instinct, ne porte point le nom de spontanéité ; nous disons : que, chez les animaux apparents, il y a : spontanéité, ame, raisonnement, volonté.

Mais, en dehors de toute immatérialité, cette spontanéité, cette âme, ce raisonnement, cette volonté sont illusoires. Il y a donc, chez ceux des animaux ainsi faussement nommés, dès qu'il est supposé ou démontré : qu'en eux, il n'y a point d'immatérialité ; il Y a, disons-nous ; spontanéité, âme, raisonnement, volonté; mais, alors, d'une manière figurée. Et, les valeurs propres de ces expressions ne peuvent même s'appliquer à l'homme que par hypothèse ;, tant qu'il n'est point rendu incontestable : qu'il y a, en lui, individualité réelle. Et, néanmoins, ces expressions figurées sont nécessairement prises, comme ayant des valeurs réelles, tant chez nous que chez les animaux ; aussi longtemps : que, nous restons incapables de reconnaître incontestablement : là, oii il y a immatérialité proprement dite ; là où il n'y a immatérialité que figuré ment dite; là où il y a sensibihté proprement dite ; là, où il n'y a que sensibihté figurément dite.

De cette indétermination est résultée une conséquence qui ne tend à rien moins : qu'à l'anéantissement de l'ordre social.

Les prétendus spiritualistes, ayant été forcés : d'accorder une âme, une immatérialité, aux prétendus animaux ; et, les prétendus philosophes, ayant démontré :

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que, l'âme des animaux n'était que modification, matière ; les prétendus philosophes en ont conclu : que, lame de l'homme est également matière ; et , qu'elle disparaît à la mort : cessation de l'organisme.

Par opposition, à ce qui vient d'être établi ; il y a, chez l'être formé : par une organisation, ayant une mémoire centralisée, unie, à une immatériahté supposée ou incontestablement démontrée ; d'abord : des sensations matérielles ; des perceptions matérielles ; des signes matériels ; des idées matérielles ; ensuite, lorsque la mémoire matérielle est développée ; lorsque les besoins, résultat de circonstances que nous exposerons, forcent l'âme à développer la mémoire intellectuelle ; il y a : abstraction des idées matérielles ; placement de ces idées sous des signes conventionnels ; ces signes conventionnels sont des signes intellectuels ; le placement des abstractions de ces signes intellectuels dansle cerveau, dans lamémoire matérielle, sontdes abstractions intellectuelles ; et, lamémoire matérielle qui les reçoit; prend, sous ce rapport, le nom de mémoire intellectuelle. La valeur du signe intellectuel est enlin : une idée intellectuelle ; une idée proprement et non figurément dite.

Le rappel des idées ou des signes conventionnels, intellectuels, par l'être réel, par la volonté réelle, constitue la réminiscence, se rapportant essentiellement : à l'exercice de la mémoire intellectuelle. La comparaison des idées intellectuelles, constitue le raisonnement proprement et non figurément dit ; raisonnement qui peut être bon ou mauvais, contestable ou incontes-

table. L'action, résultant du raisonnement non matériel, non %uré, est une action intellectuellement spontanée'; dérivant de la spontanéité intellectuelle ou réelle ; et, cette spontanéité constitue : la volonté réelle.

Concluons, relativement à la liaison des signes aux idées, des idées à l'âme, et réciproquement dans les cas : d'hypothèse ; ou, de démonstration ; des immaté

RIALITÉS.

Partout, où il y a signe conventionnel, il y a signe intellectuel. Partout, où il y a signe intellectuel, il y a abstraction intellectuelle. Partout, ou il y a abstraction intellectuelle, il y a sensation intellectuelle. Partout, où il y a sensation intellectuelle, il y a : sensibilité réelle ; âme réelle, immatérialité. Et, nous prouverons bientôt ; que , réciproquement : partout , où il y a sensibilité réelle, unie à une mémoire matérielle centralisée, et de plus existence sociale ; là , il y a : sensations intellectuelles ; abstractions intellectuelles; et, signes conventionnels.

Les idées intellectuelles, étant exclusivement relatives aux abstractions intellectuelles ; et, tout raisonnement intellectuel, étant exclusivement relatif aux idées intellectuelles ; tout raisonnement intellectuel est, ainsi, exclusivement relatif: aux abstractions intellectuelles. Et^ par abréviation ; ou, pour ne parler qu'au propre j, nous dirons : est, exclusivement^ relatif aux abstractions .

Maintenant : comme tout ce que l'homme fait, en raison de sa liberté supposée ou démontrée ; et, non point par suite de son raisonnement matériel, de sa mémoire matérielle, de son instinct; est relatif au raison-

nement intellectuel, au raisonnement proprement dit ; et, pour abréYier, au raisonnement, qu'il soit bon ou mauvais ; tout ce que l'homme fait est relatif aux abstractions proprement dites ; et , toujours pour abrévier : acx abstractions.

Enfin : comme, c'est la liberté ou le raisonnement qui caractérise l'humanité ; tout ce qui n'est point relatif aux abstractions proprement dites ; que ce soit chez ce que nous appelons homme ou ailleurs'; est, essentiellement relatif à la bête. Et, tout ce qui appartient, essentiellement, aux abstractions proprement dites : que, ce soit ici chez ce que nous appelons homme ou ailleurs ; est, essentiellement, caractéristique de l'humanité.

Ainsi, partout 011 il y a abstraction, nous sous~en-, tendons toujours intellectuelle ou non figurément dite, il V a, essentiellement : humanité.

Dès lors, et comme conséquence nécessaire : dès, que des circonstances, qui, incontestablement^ développent, nécessairement y la mémoire intellectuelle partout ou elle est possible jExisTEisT ; et, que ces circonstances ne développent point cette mémoire; là, il n'y a point possibilité d'abstraction intellectuelle ; là, incontestablement aussi; et, quelles que soient les apparences^ il n'y a point sensibilité; là, il n'y a point intelligence; là, il n'y a point humanité.

Remarquons, maintenant : qu'une union de sensibilité, à de la matière ayant une mémoire centralisée, n'occasionne point , nécessairement ^ le développement delà mémoire intellectuelle.

En effet : pour, qu'une idée intellectuelle existe ; il faut : qu'il y ait abstraction intellectuelle ; sinon, il y a seulement : sensation matérielle ; abstraction matérielle ; mémoire matérielle; mais, non point mémoire intellectuelle, exclusivement relative : aux signes conventionnels.

Or, pour que des abstractions matérielles, soient placées sous des signes conventionnels , il faut nécessairement : que, le besoin du signe conventionnel existe. Car, rien ne se produit dans un but, sans, que le besoin ait désigné : le but.

Dès lors, en debors du besoin de signes conventionnels, même avec possibilité de développement d'une mémoire intellectuelle, il ne peut exister : de signes conventionnels ; d'abstraction intellectuelle ; de raisonnement proprement dit ; mais, seulement : raisonnement matériel; raisonnement figurément dit ; puisque, les signes conventionnels sont absolument nécessaires : au raisonnement intellectuel.

Mais, d'où naît le besoin de signes conventionnels, pour un être capable de développer : une mémoire intellectuelle ?

Exclusivement d'une société nécessaire^ en donnant, à l'expression société^ la valeur : d'opposé à l'isolement ; et, à l'expression nécessaire^ la valeur de consécutif : aux lois de la matière; aux lois de l'organisme. Alors, ce besoin de signes uait nécessairement : de cet état de société.

L'être humain, isolé, est donc incapable : de raisonnement proprement dit ; il se trouve : hors de l'état

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de nature intellectuelle ; il est circonscrit : dans Tétat de nature matérielle ; il est réduit : au raisonnement matériel ; à l'instinct; à l'état de brute.

Pour, qu'il y ait humanité développée ; il faut donc, nécessairement, qu'il y ait : société nécessaire.

De plus : partout, où il y a : société nécessaire^ cessation d'état d'isolement, entre des êtres ayant : sensibilité réelle ; et, en outre, mémoire matérielle centralisée, avec capacité de mouvements réciproquement communicables ; il y a : développement nécessaire de la mémoire intellectuelle ; nous allons le prouver. En attendant ; et, pour renfermer, tout ce qui est relatif à cet objet, dans un même cadre ; qu'il nous soit permis de dire : que, partout oià il y a état de société nécessairCy entre des êtres tels que nous venons de les désigner, sans qu'il y ait développement de mémoire intellectuelle ; là, il n'y a point sensation réelle; là, il n'y a point sensibilité ; là, il n'y a : ni intelligence ; ni humanité ; quelles que soient, d'ailleurs : les mouvements ; les formes ; les apparences : de souffrance, de jouissance; de sensibilité ; d'animalité.

Tout,- ce que nous venons de dire, est toujours : parfaitement clair.

SI LES ANIMAUX KE PARLENT POINT, POURQUOI NK PARLENT- ILS PAS ? QUESTION , QUI DOIT RENFERMER : LA SOLUTION DE CELLE RELATIVE A l'oRIGIKE DU LANGAGE.

■< Partout où la raison me conduira, je la suivrai. "

CicÉROîT, Tiisculanes, II, 5 (1).

— « Les hommes conservent encore les erreurs de leur enfance, celles de leur pays et de leur siècle, longtemps après avoir reconnu les vérités nécessaires pour les détruire. »

CoxDORCET, Tableau des progrès de l'espril humain, p. 16 (2).

— (1 Cette foule de vérités où l'on est

conduit en parcourant la cbaîiie immense des êtres, les rapports dont les anneaux successifs conduisent de la matière brute au plus faible degré d'organisation, de la matière organisée à celle qui donne les premiers indices de la sensibilité et de mouvement spontané , enfin de celle-ci jusqu'à l'homme, soit relativement à ses besoins, soit dans les analogies qui le rapprochent d'eux, ou dans les différences qui l'en séparent : tel est le tableau que nous présente aujourd'hui l'histoire naturelle. »

CoxDORCET, id., id., p. 223.

— « L'ànie est jetée dans le corps pour y faire un séjour de peu de durée. »

Pascat,.

(1) Sic nuuc rationem, quo ea me cumque ducet , sequar.

TllSC. II, 5.

(2) Condorcet va, lui-même, se donner en preuve de ce qu'il vient d'établir. Personne , plus que lui, ne possédait les vérités nécessaires: pour détruire l'erreur, qu'il va admettre comme vérité.

— « Pour dire ]'n>iie est jetée, il faiidiail être sûr qu'elle est substance et non qualité. C'est ce que presque personne n'a recherché, et c'est par

ou IL FAUDRAIT COMMENCER EN MÉTAPHYSIQUE EN MORALE, etc. (1).»

"N OLTAiRE, Remarque sur cette pensée de Pascal.

— « Ce fut (l'âme) et c'est encore, et ce sera toujours, «ne faculté, une puissance secrète, un ressort, un germe inconnu, par lequel nous vivons, nous sentons , par lequel les animaux se conduisent, et qui fait croître les fleurs et les fruits (2).»

Voltaire, Hist. de l'établiss. du c/iris/ianistne.

— «' La terre, dans les temps les plus anciens où la géologie la découvre, appartenait à la classe des astres lumineux. Sa surface était incandescente et probablement eu fusion (3)

« Fourier a démontré qu'un globe de la même dimension que le nôtre, cliau ffé au rouge et abandonné sous les mêmes conditions de refroidissement dans l'espace, mettrait une durée de plusieurs millions d'années pour arriver à une température aussi basse que celle que la terre possède aujourd'hui. »

JEncijclojiédie moderne, ait. Age.

— " L'âge d'or, qu'une aveugle tradition a placé jusqu'ici dans le passé, est devant nous (4). »

Saint-Si'.ion.

— « Notre globe est dans les langes; nous le croyons -vieillard : son expérieyice est celle d'un enfant. »

Herschell.

— .' Si la physique a ses faits qui ne peuvent être que des mouvements (6), la morale a les siens

(1) Cette remarque de Voltaire est la constatation de l'état d'ignorance : dans lequel l'humanité s'est trouvée depuis son origine; et, se trouve encore.

(2) Voilà, Voltaire abandonnant la sagesse du scepticisme; et, dogmatisant le matérialisme : autant qu'il est possible de le faire.

(3) Le mol probablement est mal placé. L'aplatissement du globe suffirait seul pour le faire rejeter.

(4) L'âge d'or, c'est l'âge de connaissance. Les révélations le placent dans l'enfance de l'humanilé. La science, le place dans .son âge viril.

(.j) Voila l'identité de la matière et de la force reconnue, même par Bonald. Remarquez-le! lionald, est le dernier : des Teres de l'Église.

qui sont des acCions (1); et des faits purement matériels ne prouvent pas plus pour ou contre une vérité morale (2), que de simples raisonnements ne prouvent pour ou contre la certitude d'un fait physique. »

Bo?iAi,D, Recherches philos., t. I, p. 420.

— « Il y a une sensibilité qui dépend de la faiblesse des organes (3), qui souffre de voir souffrir, même un chat, un oiseau (4), d'entendre crier même une porte qui tourne difficilement sur ses gonds ; celle-là est moins une qualité ou une vertu qu'une maladie (5) ; et elle soulage les autres par (■[loïsmc autant ou plus que par humanité (G). »

BoNAi.D, Recherches philos.

— " La philosophie, qui signifiait chez les Grecs l'amour de la sagesse, et qui ue signifie pour nous que la recherche de la vérité, a commencé pour l'homme avec la parole, et pour l'univers avec Vccriture (7). »

BoNALD, ibid.

— « Les raisons des règles du langage humain peuvent n'être pas celles que je donne; mais il faut les chercher (8) ; car l'homme doit travailler sans cesse à étendre sa raison : or, la raison de

(1) Oui : quand, il sera démontré: qu'il y a des actions, qui ne sont pas de simples résultats de force. Auparavant , il n'est possible ; de différencier les actions des forces; que, par hypothèse.

(2) C'est vrai : mais, quand on aura prouvé : qu'il y a desve-rités morales ; et même des vérités quelconques. Voyez ce que dit Voltaire dans sa remarque sur Pascal.

(3) 11 eût fallu ajouter : et de l'éducalion.

(4) Et, si un chat, un oiseau souffrent ; pourquoi ne souffrirait-on pas de les voir souffrir , comme on souffre de voir souffrir un homme ? Probablement, Donald ne s-ouffrirait pas : de voir souffrir un paysan. Voilà, où conduisent : l'anthropomorphisme et le matérialisme.

(5) Est-ce la maladie de croire : que les animaux souffrent.^ Ou bien est-ce une maladie de souffrir : en voyant souffrir sou frère, sou ami, sa femme, son enfant.^

(6) Si l'humanité, qui ne dérive pas de Végoïsme, c'est-à dire du raisomiement, est une maladie ; comme celle de souffrir, en voyant souf-

rir.

(7) C'est, avec la presse : qu'il fallait dire.

(8) Voilà Bonald, le plus grand dogmatique de son époque, qui doute de ce qu'il affirme. Cela doit être : il u'est pas certain de ce qu'il avance.

SCIEKCE SOCIALE. 211

l'homme consiste à connaître les raisons de tout, ou la véritt' (1), surtout daiis les objets qui tiennent à l'intelligence d'aussi près que la parole. » BONALD, îbid.

— « La vérité est la connaissance des êtres et de leurs rapports (2). »

BorfAi.D ., ibid.

■ — « Ils ne peuvent pas se persuader (les Juifs et les Gentils) cette vérité fondamentale: que pour l'intérêt de la société, la vérité se développe à mesure que l'erreur s'aggrave et s'étend, et qu'il n'est aucune vérité, absolument aucune, qui soit positivement interdite à l'intelligence humaine (3). »

BoNALD, ibid.

— « La société est entre Yclre et le 7icaiit , tant que la morale est entre le oui et le non (4). »

^159?* BoKALD, Lcijislat. primilive, t. HT, c. vir.

'^ — « M. de Buffoii croyait les bêtes des ma-

chines. »

BoNAr.D, MclcuHjcs, t. II, p. 133.

— « L'âme est Dieu. "

Lois indiennes , citées par M. de Chateau- ERiANT), Gcn. du christ., t. I, p. 80.

— « La science par excellence doit avoir pour objet l'être par excellence. >• '

^ ArïisTOTE, Mclaplajsiquc , 1. YI, 4.

— « L'objet éternel de toutes les recherches et passées et présentes, cette question éternellement posée : Qu'est-ce que rétre ? se réduit à celle-ci : Qii est-ce que la substance (5)? »

Id., ibid., 1. YII, 1.

Où^la science existe, le doute disparaît: il n'y a pas de sceptiques en mathématiques pures.

(1) Et quand il la connaît? doit-il eiicore douter et continuera cliei' cher.

(2) Ainsi, quand on connaît quels sont les êtres matériels, quels sont Jes't'lres immatériels, on connaît la vérité. Car ces rapports se déduisent de cette connaissance. C'est vrai.

(3);| Chrétiens! amateurs du Cref/o quia ahsuidum : (coulez \ ce que vous dit : le dernier des Pères de l'Église.

(4) Et, la morale est entre le oui et le non; tant, qu'(?n ne sait pas: si, la série continue des êtres est une vérité; ou, une illusion.

(à) Qu'est-ce que (elle c/iosc:'ei>t, la plus énorme sottise : que, l'igno-

212 SCIENCE SOCfALE.

— « Quelques-uns pensent que les limites des corps, comme la suiface, la ligne, le point, et avec elles la monade, sont des substances, bien plus substances même que le corps et le solide. De plus , les uns pensent qu'il n'y a rien qui soit substance en deliors des êtres sensibles (1); les autres admettent plusieurs substances, et les substances, ce sont, avant tout, selon eux, les êtres éternels : ainsi Platon dit que les idées et les êtres mathématiques sont d'abord deux substances, et qu'il y en a une troisième, la substance des corps sensibles. Speusippe (2) en admet un bien plus grand nombre encore : la première c'est, selon lui, l'unité; puis il y a un principe particu- * lier pour chaque substance; un pour les nombres,

un autre pour les grandeurs, un autre pour l'âme: c'est ainsi qu'il multiplie le nombre des substances. •S lî est enfin quelques philosophes qui regardent

comme une même nature et les idées et les nombres; et tout le reste, suivant eux, eu dérive : les 4^ lignes, les plans, jusqu'à la substance du ciel, jusqu'aux corps sensibles.

« Qui a raison, qui a tort? quelles sont les véritables substances? y a-t-il , oui ou non, d'autres substances que les substances sensibles? Telles sont les questions qu'il faut examiner après avoir exposé d'abord ce que c'est que la substance (3). « La substance a , sinon un grand nombre de

rance puisse faire prononcer ; et, la source de toutes les sottises philosophifUKS. Quand, vous nommez une chose; tous avez, ou, vous n'avez pas, idée de celte chose. Si vous n'en avez pas d'idée; vous dites une sottise. Si, vous en avez idée ; vous dites encore une sottise : celle de demander ce que vous savez. Avcz-vcus idée de l'être, de la substance? Si, vous l'avez, pourquoi le demandez-vous! Si , vous n'eu avez pas d'idée, pourquoi demandez-vous ce que c'est : qu'une chose , dont vous n'avez pas d'idée. Ayez une idée d'abord ; puis, examinez: si, cette idée est absurde otti ou 7ivn; puis après : demandez-vous si l'objet dont vous avez l'idée est tme réulïlé ou une Illusion ; si, c'est un résultat de mouvement, matière; ou, si c'est immatérialité ; si, cependant, les deux différent. Après cela, vous saviz tout : Aiisoi-usiENT toit. Essayez donc de trouver quelque chose: qui, ne soit point, implicitement, compris dans ce Icul?

(1) L'école d'Ionie et l'école atomistique.

(2) Neveu et héritier de Platon.

(3) Lecteur, écoutez ! Le dominateur du monde in!elltctuel , pendant deux mille ans, va parler.

SCIENCC SOCIALE. 213

sens, du moins quatre sens principaux : la substance d'un être c'est, h ce qu'il semble (!), ou l'essence, ou luuiversel, ou le genre, ou enfin le sujet (2). ..

Aristote, Métapkys., 1. VII, 10.

— « La substance n'est pas quelque chose d'universel; c'est un ensemble, un composé (3) de telle forme et de telle matière. »

LL, ibicl, I. Vfl, 2, 3.

— « La forme elle-même, et par forme j'entends l'essence pure, la forme aussi a des parties tout aussi bien que leasemble de la forme et de la matière. »

Id., ibid.

— " La substance est un principe et une cause. »

Id., ibid., 1. YII, 16 (4).

(1) .1 ce qu'il semble! Vous voilà bien instruits. Aristote nous donne une opinion. Écoutez-le lui-même sur la valeur des opinions :

'< Quand môme, dit-il, l'iiomme n'aurait pas la science , quand il » n'aurait que des opinions, il faudrait qu'il s'appliquât beaucoup plus ■< encore à l'élude de la vérité, comme le malade s'occupe plus de la « santé que l'bomme qui se porte bien. Car celui qui n'a que des opi- " nions, si on le compare à celui qui sait, est, par rapport à la vérité, '< dans un état de maladie. »

Mclap/njsiqiic, liv. IV, 4.

Et, ne croyons pas : que, sur les immatérialités , Aristote se contente d'à peu près.

« On ne doit pas, dit-il, exiger en tout la rigueur mathématique , •< mais seulement quand il s'agit d'objets immatériels. »

Ibul.,ïiv. II, 3.

Aristote savait : qu'il n'y a pas de rigueur mathématique, en sciences physiques.

{'i) Voilà, toute l'explicalion : que, le premier des philosophes, vous donne sur la substance. Écoutez ce qui \a suivre : peut-être en saiirezvous davantage par des distinctions.

(3) Comment, trouvez-vous la substance : qui est un ensemble; un composé.^ C'est, pri'sque aussi clair : que, la définition suivante : — « La « pensée est la pensée de la pensée. »

.\msT., .\fc'tapliijsiquc, liv. XII, '.).

(4) Maintenant, vous voilà bien instruits, sur la science par excellence. Ce qu'il y a de certain : c'est, que depuis .\rislote, la philosophie n'a rien énoncé de mieux. Le prince des périi^atéticicns dit :

— « Tout a une place marquée dans le monde, A *^- ■ poissons, oiseaus, plantes ; mais il y a des degrés

jf^ différents, et les êtres ne sont pas isolés les uns

des autres; ils sont dans une relation mutuelle, car tout est ordonné en vue d'une substasce unique.» ^^^L^ Aristote, Mélaphys., 1. XIT, 9.

■W^ '^\ — « Autrefois on ne pouvait rien voir menta-

lement, on ne connaissait que le témoignage des yeux. Il n'appartient, en effet, qu'à un esprit su-, blime de se dégager des sens et de se rendre indépendant du préjugé. »

CicÉp.oN, Tusadanes, I, IG.

Voyons! si, nous ferons mieux : qu'Aristote et Platon. Et, pour y parvenir, rendons-nous d'abord indépendants des préjugés.

Si, la création existe, le langage est réyélé. Si, le langage ne peut exister : que, par la révélation; la création existe. Mais, toute création est absurde, vis-àvis de ceux qui raisonnent. Toute révélation l'est donc également, comme dérivant de l'anthropomorphisme. Laissons, dès lors, la création et la révélation aux croyants ; nous n'avons rien de commun avec eux.

La matière est éternelle. Si, des âmes existent, elles sont éternelles. Mais, les mondes, les univers, en donnant ce nom aux nébuleuses, systèmes de milliards de

« La pensi'e éternelle , qui saisit ainsi son objet dans un instinct « indivisible, se pense elle-même durant toute l'éternité.

Arist., Miltapliijsr, ibid.

Et le premier des éclecliques dit :

» Dans tout et partout, Dieu revient en quelque sorte à lui-mcnu' » dans la conscience de l'homme dont il constitue indirectement le mc- « canismc et la triplicité phénoménale par le reflet de son propre mou- << vement, dont elle est l'identité absolue. »

L'un vaut l'autre.

Ce qui suit est plus clair ; et, revient : à la substance u.\iQCi: de IVcleclisme.

soleils, sont-ils éternels? Non. Tous les jours, des soleils disparaissent; et, des nébuleuses se forment. Les univers ont des naissances spontanées, comme les vésicules animales ou végétales , dérivant : comme , tout ce qui est phénomène indépendant de la sensibilité : des lois éternelles de la matière.

Notre globe a été, primitivement, à l'état igné. L'état igné, est à la formation des univers ; ce, que l'état aqueux, est à la naissance des organismes. L'humidité n'est apparue sur notre globe que des miUiers de siècles après son existence (1). Les végétaux et les animaux s'y sont développés successivement, en passant, des plus simples aux plus composés. L'homme est le dernier des développements de l'organisme. La démonstration de ces faits scientifiques, il n'appartient qu'à l'ignorance : de la méconnaître.

L'homme est-il un être absolument déterminé ; ou, n'est-il qu'une indétermination, sur une série continue de développements organiques, ne différant des autres : que, du plus au moins de complexité?

Pour répondre, à cette question, il faut savoir : s'il existe plusieurs natures; ou, s'il n'y en a qu'une ; et, surtout il faut savoir : ce qu'on entend par l'expression : AATlTtE.

Pour arriver à le savoir, demandons-nous : qu'exislct-il sur notre globe , dans l'univers , dans les possibles?

Exclusivement deux choses : et, encore, si l'on sup-

(1) Voyez à cetcuaid les calculs; de Fourier sur le refroidisscmeir des corps.

pose : que, les deux sont absolument distinctes : mol-

YEMEM et SEMIMEiNT (1).

Comment distinguer^ avec certitude , le sentiment du mouvement ?

Par le verbe : si, cependant, le verbe est le développement nécessaire : du sentiment.

Dans ce cas, qu'est-ce que caractérise le verbe ?

La sensibilité, l'humanité. Et, toujours dans ce cas, partout où le verbe ne sera point développé , il n'y aura : que, mouvement, matière ; il n'y aura : ni sensibilité; ni, par conséquent, humanité.

Cherchons l'origine du verbe, dans le but de savoir : là, où il y a humanité ; là, où il n'y a que matière ; là, où il y a sentiment; là, où il n'y a que mouvement ; là, où il y a droit ; là, où il n'y a que loi (2).

L'homme, nous le répétons , est le dernier animal qui ait apparu sur notre globe. Quel âge, s'il est permis de se servir de cette expression , avait-il à son apparition ?

Cette question, M. de Chateaubriand a pu l'agiter. M. de Chateaubriand est poëte. Nous , nous ne le savons pas ; et, peu nous importe de le savoir. Cette question pourrait se faire : pour, chaque prétendue espèce. Que ce soit la transformation d'une prétendue

(1) « Toutes les actions dont nous avons quelque idée se réduisent à «■ ces deux : mouvoir et penser. »

Encyclopédie méthod., article Puissance.

C'est : mouvoir et sentir, qu'il fallait dire; ou, mouvoir et vouloir. Car, dans le temps, seul douiaine où il y a des idées, sentir c'est aussi vouloir : vouloir changer, ou vouloir persister.

(?) Le droit : est l'expression de l'immatérialité. La loi : est l'expressio de la matérialité.

espèce inférieure, à une prétendue espèce supérieure; ou, que ce soit une formation spontanée de la force en corps ; encore une fois, que nous importe? La formation spontanée du corps de l'homme, ne serait pas plus difficile à concevoir : que, la formation spontanée d'un univers. Ce qui appartient à l'ordre éternel, n'a : ni pourquoi ; ni comment.

L'homme physiologique complet , comprend une double individualité. Chaque individualité est-elle apparue, éloignée de celle qui lui est corrélative ? Peu, nous importe encore. Ce qu'il y a de certain; c'est, qu'alors, chaque individuahté aurait été, au moral, comme n'étant pas ; et, quant à la propagation : également.

Y a-t-il eu apparition simultanée ou successive de plusieurs couples ; et, les individus étaient-ils séparés : les uns des autres?

Nous ne le savons pas davantage.

Dans le cas qu'ils eussent apparu séparés les uns des autres; et, avant l'âge de puberté, y aurait-il eu cessation de l'état d'isolement, si quelques-uns s'étaient rencontrés ?

Nous l'ignorons de même,

Après l'âge de puberté, les individus de même sexe, s'ils s'étaient rencontrés, se seraient-ils rapprochés; et, l'état d'isolement aurait-il cessé?

Même ignorance de notre part. Quand, il s'agit de démontrer la vérité; le doute, ni le hasard qui n'est qu'une expression de l'ignorance, ne doivent intervenir.

2i8 SCIENCE SOCIALE,

Ce que nous saYons, le voici :

L'homme, ayant toujours été isolé, n'a point l'usage du verbe ; n'a point d'existence dans le temps. La théorie et la pratique le reconnaissent : d'une manière incontestable.

Pour, que le verbe se développe , il faut une sociétéj, en comprenant par ce mot, la cessation de l'état d'isolement, une société non accidentelle : car, ce n'est point sur des contingents : que, la démonstration de la vérité doit s'appuyer ; mais, sur le nécessaire^ sur Vinévitable. C'est donc , une société nécessaire^ qui doit servir de base : à notre démonstration.

Nous allons démontrer.

L'époque de puberté étant arrivée ; deux individus de sexe différent, doivent se rencontrer, pour que l'humanité puisse exister : non-seulement dans ses élé' ments ; mais, dans son ensemble. Dès, qu'ils se rencontrent; dès, qu'ils se trouvent en contact; l'état d'isolement cesse nécessairement^ ils forment une société nécessaire, pour aussi longtemps qu'elle reste indispensable : non-seulement à la génération ; mais encore à la conservation des produits de la génération (1).

(1) Déjà, et plusieurs fois, nous avons établi : qu'il est impossii)le de bien raisonner, sur rorigine des connaissances, sans être instruit eu histoire naturelle. Rousseau a nié l'existence de la famille, pour toute l'époque qu'il appelle état dénature; et, qui n'est : que, l'état avant le verbe ; que, l'état purement bestial. S'il avait étudié la série des êtres; il n'eût point avancé une proposition, dont actuellement le dernier des bacheliers ès-sciences, reconnaîtrait le ridicule.

Chez les mammifères et chez les oiseaux , sans exception aucune que celle du co!;co«, qui encore n'est qu'une exception apparente;

Voilà des prémisses générales.

Choisissons, maintenant, le cas le plus défavorable au développement du verbe. Supposons : que, les deux parties de l'homme physiologique , le mâle et la femelle, aient apparu sur le globe dans des lieux séparés; qu'ils se soient rencontrés avant la puberté; et, qu'il y ait eu antipathie, répulsion entre eux. Chacun, se sera ainsi maintenu isolé, en dehors du temps, ainsi que nous l'avons exposé, ainsi que l'expérience le prouve ; et, tous les deux seront restés : à l'état de bestialité.

Arrive la puberté. Ils se rencontrent. Toute antipathie, s'il y en a eu, disparaît. Il n'y a pas encore raisonnemenlj, mais attraction. Les fluides opposés s'attirent : l'éternité existe encore. Les fluides se confondent; le cercle électrique se complète; et, la première incarnation est la naissance : du temps ; de la raison ; des idées; du verbe. Moi, toi, kous , disent chacun d'eux. La parole et l'idée, l'idée et la parole, naissent simultanément; et, trouvent leur source; dans le premier éclair d'existence perçue : dans le premier embrassement (1).

Le moiy le toi., le nous^ idées par les âmes, pro-

classes, où les sexes sont séparés; et, où les petits ne peuvent, dés ieiii' naissance, se passer du soin des parents ; ceux-ci restent en société, figurcmcnt dite, aussi longtemps: quclcs petits ne peuvent pourvoir seuls : non-seulement à leur subsistance; mais encore ;i leur conservation. C'est, seulement, chez les reptiles et les poissons; que, commence: l'absence de contact prolonge, que nousappelons/rt/Ht//^.

(1) Voilà le fameux : « il faut penser sa parole , avant de parler sa <i pensée; >- incontestablement évanoui. Du reste, nous sommes arrivés à une époque : où, cette expérience capitale doit se faire ; et, elle se fera.

nonces par l'embrassement, reflétés par les cerveaux; le sio;ne da moij, du toi^ du uouSy V étreinte se place dans les mémoires matérielles, qui deviennent instantanément intellectuelles, et, il s'y place nécessairement.

Nous arrêterons-nous ici à présenter l'exposition des développements du langage ? Quel est celui de nos lecteurs qui ne puisse maintenant le faire aussi bien que nous? Nous allons la donner néanmoins, pour en constater la facilité vis-à-vis de ceux qui, par esprit de contradiction , voudraient y trouver de la difficulté.

De nouvelles attractions brisent l'étreinte. Deux forces s'étaient unies ; deux raisons se séparent : le temps possède son empire.

Auparavant le toi, le moij, le nouSj étaient encore un^ ils n'avaient qu'un signe complexe ; l'éternité, pour ainsi dire, existait encore dans cette unité. Le temps commence à la séparation, à la diversité. Le moi se dit en s'étreignant, le toi en se montrant, le nous en ne se perdant point de vue. Ne pas se voir, c'est l'isolement; c'est, un retour : à l'éternité; à la mort.

Mais, la vue ne perce point la plupart des corps. Une attraction a séparé les deux moitiés de l'unité. Une voix s'échappe. Une voix répond. Et ces voix disent encore : moi, toi, nous.

Voilà, le Ian2;a2:e du toucher : le Ian2;a2;e de la vue ; le langage de l'ouïe ; le raisonnement complet qui existe déjà; et, le temps n'a pas encore vu : la première nuit.

Moi, toi, xols... toute la grammaire, toutes les

SCIENCE SOCIALE. ââi

connaissances, toute rhumanité, le temps et l'éternité sont dans ces mots : implicitement ; ou , explicitement.

Moi , TOI , i>"ous , idées et prononcés : que signifient-ils ?

Aom, substantif, verbe, et adjectif. Moi être; moi être toi; toi être moi ; nous être un, être deux. Le premier lui est un toi\ un )no)\ une personnification , un préjugé; l'adverbe est un adjectif, une qualification ; la préposition et l'interjection, des états ou des mouvements exprimés (1).

Du moment, que le raisonnement, le temps, le verbe existent; le présont, le passé, le futur coexistent; et leur expression est simultanée au besoin de les exprimer^ facile ou difficile d'abord à être comprise; mais.

(1) « En grec et en latin, les noms de lieu deviennent presque tous « adverbes au moyen de certaines terminaisons. En arabe on peut faire « un adverbe de tout veil)e, de tout nom , de tout adjectif. L'adverbe « n'est donc pas un élément essentiel du langage , mais c'est une sorte « d'abréviation qui équivaut à une préposition suivie d'un complé- " ment; c'est un mot accessoire dans toutes les langues employé primi- « tivement pour varier les formules du langage ou pour l'abréger. » P. Leroux, Encijclopédie nouvelle.

L'existence dans le temps, dont l'expression est le verbe, se constitue de la connaissance : de l'être et de ses modifications. Le verbe consiste donc exclusivement : dans la manifestation du sujet et de ses modifications; et l'expression mot contient implicitement l'un et toutes les autres. Après cela , vous classerez les expressions des modifications, en autant de divisions qu'il vous plaira; vous n'aurez jamais que des coupes arbitraires. 11 n'y a pas de substantif, qui ne puisse être adjectif; pas d'adjectif, qui ne puisse être substantif; etc., etc. Qu'est-ce qui cmpéclicrait : que, le pluriel ne fut une partie de l'oraison? Quand il sera nécessaire de distinguer le propre du ligure; le propre et le figuré seront des parties du discours. Tout mot est une langue. Mui est une langue; les mots géométrie, algèbre, arjricîdttire , (elle science , sont des langues. Socialisme est la langue qui les comprend toutes.

facililé qui devient toujours proportionnelle : au besoin (le se faire comprendre ; et , à l'utilité de concevoir.

Pour toute l'époque d'ignorance , l'analogie est la base exclusive du raisonnement; à l'exception des mathématiques pures , oii l'on raisonne par identités hypothétiques. L'analogie est la source : d'où, le raisonnement tire les expressions, énonçant les modifications du moi, du toi, du lui. Toutes ces expressions sont nécessaires : en tant, que résultats du besoin de parler ; toutes sont conventionnelles : en tant , qu'acceptées pour exprimer telle ou telle modification.

Qui, maintenant, oserait nous demander des détails : sur le plus ou moins grand nombre de voyelles, de consonnes , sur l'emploi de telle ou telle voix simple ou complexe, pour exprimer tel ou tel besoin? Celui, qui exigera de pareilles explications, n'en aurajamais assez.

De la parole, à l'écriture ; de l'écriture, à l'imprimerie ; de l'imprimerie, à la découverte de la vérité ; de la découverte de la vérité, à son acceptation sociale ; il n'y a partout : que, la distance d'un besoin.

Et, comment des peuplades entières n'ont-elles encore pu parvenir, à nommer le nombre de leurs doigts? Et, comment l'écriture n'existait-elle pas, au sein d'une civilisation telle que celle décrite par Homère ? Et;, comment l'humanité n'est-elle point encore arrivée : à éprouver le besoin de la vérité?

Admettons, comme vrais, les faits qui nous sont objectés; et qui, cependant, sont tous contestables. Aussi longtemps : que, le cercle vicieux, constitué

par le panthéisme philosophique et l'anthropomorphisme populaire , n'est pas brisé ; tout est obscur ; obscurité qui prend sa source dans la négation de la réalité du raisonnement ; négation qui, alors, naît, nécessairement : de l'exercice même du raisonnement. Une fois, ce cercle brisé; rien n'est obscur; et, l'infini perd son voile.

Dès, que le bien et le mal existent en réalité ; ce qui ne peut être, sous les domaines du panthéisme ou de l'anthropomorphisme ; le bien et le mal ont tous les degrés possibles ; et , les récompenses comme les peines, leur sont corrélatives. TSe sortons pas de notre monde ; ni, de notre temps. Qui de nous, ne peut nommer tel scélérat : qui, vis-à-vis de nous-même, ne serait pas assez puni : si, après sa mort il allait, naître, pour une seule vie, chez la plus barbare des peuplades qui nous soit connue ? Enlevez donc cette peuplade du globe ; et, l'ordre moral est détruit. Dès, que l'ordre moral est reconnu réel; tout ce qui est, doit être ; tout ce qui doit être , est ; tout ce qui est , est bieii.

Xous venons de voir : que, l'homme physiologique; l'homme famille ; parle nécessairement. Résumons les conditions nécessaires : pour, que le langage se développe : nécessairement.

r Sensibilité ; ce qui n'est autre : qu'existence sentie dans l'éternité ; que, capacité d'existence sentie dans le temps;

2° Cerveau : centre nerveux ; mémoire matérielle centrahsée ;

3° Société nécessaire : en donnant à ces mots la valeur, d'état : de non-isolement; de contact organique prolongé; de possibilité de communication de mouvement.

Examinons : chacune de ces conditions.

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