SENSIBILITÉ
Cette condition est évidemment nécessaire : pour, qu'un langage, proprement clit^ puisse exister. Des attractions et des répulsions , pourront présenter une apparence de sensibilité réelle ; des atomes chimiques paraîtront se fuir ou se rechercher j des plantes paraîtront rechercher ou fuir tels excitants ou tels aliments; des animaux paraîtront s'exprimer et comprendre. Mais, du moment qu'il sera reconnu : que, la sensibiUté n'est qu'apparente ; il sera également reconnu : que, ]es fuites et les recherches ne sont : que, de pures répulsions; que, dépures attractions. Et réciproquement : du moment, qu'il sera démontré ; que, chez un être : supposé réel ; supposé sensible ; toutes les autres conditions du développement nécessaire du langage s'y sont trouvées; et, que le langage ne se sera pas développé ; il faudra conclure : que , la sensibilité supposée ; n'est : que, sensibilité apparente ; n'est : qu'attraction et répulsion; n'est : que, pur organisme.
CERVEAl : CEISTRE INERVECX ; MÉMOIRE MATÉRIELLE CENTRA- LISÉE.
Cette condition est nécessaire : comme la sensibihté.
Supposez une âme, dans l'organisation la plus parfaite, mais privée : de centre nerveux; de mémoire matérielle centralisée ; il y a impossibilité absolue : d'existence dans le temps. Et, le langage n'est autre : que, l'existence dans le temps.
SOCIÉTÉ NÉCESSAIRE : E> DONNANT A CES MOTS Là VALEUR : d'état DE NON-ISOLEMENT ; DE CONTACT ORGANIQUE PRO- LONGÉ ; DE POSSIBILITÉ DE C0M3IUMCATION DE MOUNE- MENT.
Nous l'avons déjà vu; l'homme isolé : ne parle ni en dehors ni en dedans ; n'a ni langage ni idée. Théorie et pratique sont d'accord, à cet égard.
Le contact prolongé des organismes est nécessaire : au développement du verbe. Peut-être, pourrait-il naître par un contact éphémère. Mais, l'isolement, quand le verbe est peu développé, pourrait détruire, dans la mémoire, l'effet du contact ; et, nous le répétons : ce n'est point, sur des peut-être; que, nous devons nous baser.
Quant à la possibilité de communication de mouvement; c'est, presque surabondance d'en parler. 11 est évident : qu'une statue ne romprait point l'isolement. Aussi, ne faisons-nous mention de cette condition : que, pour parler des espèces de mouvements.
Si, riiumaiiité apparaissait sur le globe, avec seulement quatre sens externes ; avec l'ouïe en moins ; parlerait-elle?
Nous avons démontré : que, l'étrcinleest : non point V. 15
i226 SCIENCE SOCIALE.
inconteslablement le premier signe réel ; mais, le premier signe, réel, qu'il est impossible de contester. Nous ne pouvons trop répéter : que, nous ne nous occupons point du contingent^ mais, du nécessaire. Or, le premier signe est indépendant de l'ouïe. Ce premier signe complexe, du moi;, du toi j, du jious, renferme, nous l'avons dit : le substantif, le verbe, l'adjectif, l'adverbe, etc., et, il est évident : que, leur développement peut se faire, avec une égale indépendance de l'ouïe. Le langage, alors, serait borné : au rayon de la vue. Et, si l'humanité apparaissait , sur le globe, indépendamment de l'ouïe et de la vue; parlerait-elle?
Avant de répondre à cette demande, il y a une question préalable. Si, l'humanité apparaissait sur le globe, indépendamment de l'ouïe et de la vue, se conserverait-elle? Si, elle ne peut se conserver ; le langage pourra ne point naître ; mais, si elle peut se conserver, le laneaee naîtra : nécessairement.
En effet : le premier signe, qui contient tous les autres, n'a besoin, pour être développé : que, de communication réciproque de mouvements ; et, si elle peut se conserver, les deux membres qui la composent, pourront développer le premier signe : lui-même, indépendant de l'ouïe et de la vue.
Mais, nous dira-t-on : une humanité, sourde et aveugle, ne pourrait se conserver.
D'accord : mais, qu'on ne dise point : que, telle ou telle espèce de sens externe, est nécessaire : au développement du verbe.
Le goùl cl l'odorat, en Uuil que n'étant point sou-
mis à la volonté, ne peuvent servir à développer le premier signe : quoique indépendant de l'un et de l'autre.
Et, si l'humanité apparaissait sur le globe, bornée au seul tact général, sans aucun des quatre autres sens ; parlerait-elle ?
Elle parlerait, si elle pouvait se conserver. La question, est résolue pratiquement : puisqu'on apprend à parler à des sourds-muets-aveugles (1) ; et si une humanité sourde et aveugle pouvait se conserver, le besoin, le premier signe étant trouvé, ferait ce (jue la bienveillance fait : au sein de notre humanité.
Maintenant, voyons : pourquoi, les animaux ne parlent pas.
Mais , où est la preuve : que , les animaux ne parlent pas ?
C'est vrai. C'est, par là : que, nous devons commencer.
(1) Il existe dans le New-Hampshire (États de PUnion), une pauvre jeune fille tout à la fois sourde, muette, aveugle et sans odorat, dont M. Dufour, directeur de l'institut des jeunes aveugles, à Paris, est venu retracer l'histoire. Laura Brigman était restée jusqu'à sept ans dans un état complet d'ignorance et d'abrutissement qui la privait de toute communication avec le monde matériel. Ce qu'il a fallu de soins et d'efforts pour l'initier à la vie extérieure, puis aux notions si complexes et si variées de la morale ne saurait se dire. Le docteur Home, directeur de l'institution des aveugles de Boston, entreprit son éducation, et, grâce aux procédés les plus ingénieux et les plus compliqués, il est parvenu à créer pour cette jeune fille un langage mystérieux , mais complet, et approprié à toutes les exigences de la vie sociale. Le journal de son éducation, fidèlement rédigé depuis l'origine , constate , dans tous leurs détails, ces merveilleux progrès. Aujourd'iuii Laura Brigman comprend et se fait comprendre. Elle a conscience de ses actes ; elle connaît tous les attributs de l'esprit humain ; elle a l'idée de Dieu, de la mort, de la vie future, de l'équité , de la pudeur , de l'affection raisonnée, de la charité même. etc.
(Jour.uil des c(0)ioiiHs/('.s, août 18 1 5.)
lo.
|2ï>8 SCIENCE SOCIALE.
Parler ou })enser, penser ou parler, ce qui est la même chose, c'est raisonner. Et, nous venons de le voir, on raisonne avec un sens comme avec cinq. Du reste, les animaux dits supérieurs, ont le même nombre de sens que nous, ne distinguant point: ce qui, dans la valeur du mot sensj, peut différencier : le propre, du figuré.
L'être qui raisonne, poussé par le besoin, dit : j'ai froid j j'ai chaudj, et, non-seulement se met au soleil ou à l'ombre ; mais, il se couvre ou se découvre ; se bâtit une habitation ; non point, en rapport avec l'instinct de l'espèce ; mais, avec le raisonnement de l'individu ; il s'approprie le feu, tout ce qui l'environne; pour en faire : des outils^ des utiles, des résultats du raisonnement. Et, ces outils se développent comme le verbe, dont les développements sont eux-mêmes les plus utiles des outils. Un télescope, un canon, une boussole, une imprimerie, sont des outils , comme des prépositions; et, se développent, avec une égale nécessité : un peu plus tôt; un peu plus tard. Les animaux parlent-ils?
Si, les animaux parlaient, ils nous répondraient. Les animaux ne parlent pas. Maintenant, pourquoi les animaux ne parlent-ils pas ?
Remontons la série des conditions : non-seulement, nécessaires^ pour que le verbe puisse se développer ; mais, dont l'ensemble est tel : que, partout oii elles sont, le verbe se développe : nécessairement.
Parmi les animaux, dits supérieurs, y a-t-il possibilité de communication réciproque de mouvement?
Qui Jonc oserait le nier?
Parmi les animaux, dits supérieurs, y a-t-il société nécessaire : en donnant, à ces mots la valeur : d'état de non-isolement ; de contact organique prolongé ?
Qui oserait nier : que, chez les animaux, dits supérieurs, il y ait famille physiologique?
Chez les animaux, dits supérieurs, y a-t-il : cerveau; centre nerveux ; mémoire matérielle centralisée ?
Qui donc oserait le nier?
Et, que faut-il ajouter à ces conditions ; pour, que les animaux parlent nécessairemext ?
La sensibilité.
Mais, les animaux ne parlent pas. Que leur manque-t-il donc : pour, qu'ils puissent parler ?
La sensibilité. 11 faudrait être fou , pour oser le nier.
Est-ce clair?
En réalité, il n'y a donc : humanité ; inteUigcnce ; moral ; souffrance ; jouissance ; que là : oij, des signes réels; des connaissances conduisant nécessairement à la découverte de la règle rationnellement incontestable des actions , tant individuelles que sociales , se sont déjà développés. Et partout, où, dans les circonstances précitées, des signes, des connaissances conduisant nécessairement au même but, ne se seront point développés; nous pourrons en conclure, d'une manière rationnellement incontestable : que, là il n'y a : humanité ; intelligence ; moral ; souffrance et jouissance ; qu'en illusion; et non : en réalité.
dette conclusion, incontestable, se trouve en oppo-
sition directe : non-seulement avec l'opinion vulgaire, ayant existé depuis l'origine de l'humanité; mais encore, avec l'état actuel de la science. D'où proviennent ces deux oppositions ?
Commençons par l'opposition vulgaire.
Le vulgaire, c'est-à-dire ceux qui ont des opinions ; et, sous ce rapport, toute la science actuelle appartient encore au vulgaire ; juge sur des apparences et sur des preuves adoptées par éducation. Le vulgaire est un enfant. Élevez un enfant dans la croyance : que, sa poupée peut : dormir ; souffrir et jouir ; il sera d'autant plus porté à le croire : que, sa poupée lui ressemblera davantage. Battez cet enfant, faites-le souffrir en le réveillant; puis, frappez sa poupée^ sous prétexte de la réveiller ; et, pour peu que sa sensibilité soit exaltée ; c'est-à-dire : pour peu , que sa mémoire matérielle soit propre à ramener, facilement, les signes intellectuels relatifs à la poupée et à la douleur ; l'enfant souffrira intellectuelle ment ^ par le raisonnement, por /éî sms i/i^erne y plus, peut-être, que s'il avait été battu, il n'eût souffert matériellement; ce qui signifie : souffrir par les sens externes; car, sans cette explication, l'expression souffrir matériellement : n'a pas
LE SENS COMMliN.
(i'est, seulement, lorsque l'âge des individus ; et, une seconde éducation, venant renverser la première ; leur démontrent : que, la capacité d'exécuter des mouvements de locomotion apparemment spontanés ; mouvements inhérents à la vie zoologique ; est nécessaire, pour qu'il puisse y avoir jouissance et souffrance; que.
CCS enfants pnrviennent à so persuader : que, leurs poupées sont incapables de souffrir. Il en est de même, pour l'enfance humanitaire. Les individus de tout âge, pendant que dure cette période , sont élevés dans la persuasion : que, les poupées, vivantes et ambulantes, qu'ils voient veiller et dormir; sont, comme eux susceptibles dejouiretde souffrir. Frappez les poupées de ces enfants humanitaires ! Pour peu, que leur sensibiUté soit exaltée ; et, qu'ils tiennent à leurs poupées ; ils souffriront, intellectuellement ; i)\us^ peut-être, qu'ils n'eussent souffert, matériellement: si, eux-mêmes, eussent été battus.
C'est, seulement : lorsque l'âiïe humanitaire; et, une éducation basée sur l'incontestabilité ; éducation, que le besoin d'ordre rend nécessairement opposée à celle quij primitivement, n'a de base que des opinions ; viennent démontrer à l'humanité : que, la capacité d'exécuter des mouvements de locomotion apparemment spontanés ; mouvements inhérents à la vie zoologique ; et, même l'apparence de la souffrance et de la jouissance ne suffisent point, pour s'assurer, qu'il y a, réellement, jouissance et souffrance; c'est seulement alors, disons-nous : que, l'humanité vient à se persuader : que , chez les individualités oryaniquca, ayant les apparences de la capacité de jouir et de souffrir, il n'y a cependant individualité réelle., capacité réelle de jouir et de souffrir : que, là où des signes réels ; et, le développement des connaissances qui en résulte nécessairement^ s'établissent : iskcessaiiiemeat.
Passons à l'oijposition do la science aclnelle.
232 SCIKNCE SOCIALF.
La science actiiplle ne diffère du \idgaire, si on veut l'en séparer, qu'en ce que : le vulgaire ne se pique point d'appuyer ses sentiments, sur des raisonnements ; taudis, que la science actuelle s'imagine, très-faussement : que, ses conclusions sont établies : sur un véritable raisonnement. Toutes les analogies, dit-elle , prouvent : que, chez les animaux, il y a souffrance, jouissance, par conséquent : sensibilité, intelligence. Par une série, non interrompue, d'individualités, nous allons : de l'homme, jusqu'au dernier mouvement inhérent à la matière ; ou, plutôt, essence de la matière. L'intelligence n'est donc : que , modification , matière.
Certes, si ce raisonnement est bon , l'intelligence n'est, en effet, que matière. Mais, comme les lois de la matière sont essentiellement nécessaires ; et, que l'intelligence n'est que raisonnement ; il s'ensuit : que, la science actuelle, croyant obéir à un raisonnement, dont l'essence est la hberté, n'obéit cependant : qu'à la nécessité ; et, que ce qu'elle admet, pour raisonnement réel; n'est, d'après ses propres principes, qu'un raisonnement illusoire.
Cette erreur, de la science actuelle, provient : de ce que, pendant l'enfance humanitaire, les analogies, à défaut d'identités, sont nécessairement prises : comme critérium de raisonnement. C'est, seulement, lorsque la nécessité sociale rend impossible la permanence de l'ordre sur une pareille base ; qu'il se découvre : que, chez les animaux, la sensibilité est purement ■illusoire.
SCIENCr SOCIALE. 233
Dans le ronimoncoment do celîo révolution , seule révolution réelle; les intelligences, nouvellement émancipées, éprouvent souvent des révoltes de l'organisme, contre celte conclusion. Que, par exemple, l'homme le plus convaincu : que, les animaux n'ont point de sensibilité réelle; mais, élevé dans le préjugé, vienne à assister à une vivisection ; qu'il voie : scier les os d'un animal vivant ; lui ouvrir la poitrine, et placer le cœur à nu, pour que les palpitations puissent en être examinées ; il sera possible : que, ce spectacle de douleurs que, malgré lui, il s'imagine voir éprouver; le force : de sortir de l'amphithéâtre, malgré toute sa raison ; et, s'il était assez imprudent, pour vouloir résister à ces tendances organiques dérivant de l'éducation ; il serait possible : que , cette résistance lui causât la mort. Mais, lorsque la nécessité sociale force de donner, à tous, une éducation sociale, basée sur l'instruction incontestable ; l'enfant de l'élat de virilité humanitaire, verra une vivisection sur un amphithéâtre, ou bien l'exécutera lui-même , avec autant de calme : qu'un jeune homme, de l'enfance humanitaire, voit mettre ou met lui-même sur le tour : la poupée qui, jadis, faisait ses déhces; si, maintenant, il veut en faire : une bonbonnière.
Combien, l'homme de l'état de virilité humanitaire sera donc cruel ! va s'écrier le préjugé de l'époque. C'est, cependant, le contraire, qui est la vérité : sa pitié, sa commisération , son dévouement , ne seront plus répandus sur la série zoologique tout entière; mais, concentrés sur la seule humanité. L'éducation
23 i SCIENCE SOCIALE.
ol l'inslnirtioii seront uîse ; et, la pmlomincincp de ]'«''(]iicalioii, no fera plus déraisonner.
Donnons deux exemples remarquables de la prédominance de l'éducation sur l'instruction.
il était soutenu, devant un homme fort à hauteur de l'état actuel de l'instruction, et par conséquent athée dans le sens de matérialiste : que, les animaux n'avaient : qu'une sensibilité apparente et non réelle. Quelle stupidité! dit l'athée. Il m'est bien prouvé, ajouta-t-il : que, Dieu est une absurdité. Eh bien! je croirais, plutôt, qu'il y a un Dieu ; que, de croire : que, chez les animaux, il n'y a point sensibihté réelle.
A peu de jours de distance, la même thèse était soutenue, vis-à-vis d'un homme fort à hauteur de l'ancienne instruction; et, profondément chrétien ou se croyant tel. Quelle stupidité! dit le partisan de la création. Il m'est bien prouvé par la révélation, ajouta-t-il, qu'il y a un Dieu. Eh bien! je croirais, plutôt, qu'il n'y a pas de Dieu : que, de croire : que , chez les animaux, il n'y a point sensibilité réelle.
Vouloir faire raisonner , contre l'éducation, l'immense majorité des hommes ; lorsque, le besoin per* sonnel, ne les porte point au raisonnement; c'est, vouloir : que, sans appui, un grave vienne à se soutenir : au milieu d'une atmosphère centripète.
Terminons ce paragraphe par un passage de Bonald. C'est, l'homme qui a examiné les philosophes, avec le plus de bonne foi et d'intelligence ; il n'avait aucun de leurs préjugés; et, ceux qu'il avait ne l'em-
péchaient point : d'être juste à leur égard ; prut-eire, parce qu'il s'apercevait bien : que, l'injustice n'était nullement nécessaire pour les confondre. Voyons-le, tracer le tableau de l'ignorance scientifique de son époque; et, recherchons, en même temps : si, les plaintes qu'il fait et qui ont été justes jusqu'à lui ; le seraient encore : après ce qui précède.
— « Et, dit-il, le critérium de la philosophie, objet des vœii\ et des efforts de tous les philosophes ;... »
— Le critérium philosophique est le point de départ : de tout raisonnement rationnellement affirmatif. Jusqu'à ce que ce critérium soit trouvé, tout raisonnement, ne peut être, rationnellement qu'hypothétique. Ce critérium : est I'ame, la sensiiulité iiéelle. C'est, à ce critérium, qile tout doit être rapporté avant de savoir : si , ce qu'on va dire devra être pris : au propre; ou, au figuré.
— tt ... ce signe, continue Bonald, auquel on peut distinguer l'erreur de la vérité;,.. »
— Avant, de pouvoir distinguer l'erreur de la vérité ; il faut, d'abord, attacher des sens clairs, incontestables, ne renfermant rien d'absurde, aux expressions : euitEiR et VÉRITÉ. Après cela, il faut rechercher : si, ce qu'on a nommé vérité^ existe réellement. Quand, on a trouvé : que, la vérité existe ; quand, on la connaît ; elle sert : à trouver, ce qui n'est pas elle ; et, ce qui n'est pas elle, e^t erreur j, illusion : on tant, que pris
pour vérité. Nous avons vu : que, s'il y a des véntésy ce sont les immatérialités ; nous avons appris à les distinguer des erreurs; les reproches de Donald;, ne s'adressent pas à nous.
— «...cette première vérité, continue Bouald, qui pnisse servir de point do départ pour la recherche de toutes les autres ;... «
— En effet, il faut nécessairement qu'un raisonnement, rationnellement affirmatif, ait une vérité pour point de départ : sinon, ce n'est qu'im raisonnement liypothétiquement affirmatif; et, quiconque ne le considère pas, comme seulement hypothétique, est un sot ; ou, un fripon.
— « ... ce premier fait, continue Bonald, qui puisse légitimement expliquer tous les autres faits, est-il encore trouvé? »
— Oui, il est trouvé. Que l'on cherche un fait, un seul, qui ne puisse être déduit, expliqué par la connaissance des immatérialités et leur distinction de la matérialité; et, nous nous reconnaîtrons dai's l'erreur.
— « L'un, continue Bonald place ce critérium dans l'expérience;... »
— 11 est, pour ainsi dire impossible, d'avoir l'expérience de toutes les folles distinctions qui ont été faites : de l'expérience et de l'observation. Nous allons en donner une, entre des millions, tirée de l'un des hommes les plus instruits des temps modernes.
— « Les faits, dit Bentham, dont j'ai eu la pcrreption en moi sont le sujet de ce qu'on appelle e.rprrienco dans le sens
SCIE^'GE SOCIALE. !2-i7
slrict, les faits dont j'ai eu la perception comme s "étant passés hors de moi sont le sujet de ce qu'on appelle observation. Je sais par expérience que les brûlures font souffrir; je sais par observation à quel degré de chaleur la végétation se développe. »
(J. BekthaM; Traité (les preuves judiciaires, t. I, p. :20.
— Est-ce par expérience ou par observation, que Bentham sait : qu'il est aujourd'hui le même être qu'il était hier ? Ce n'est ni par expérience ni par observation. C'est, par raisonnement. Avant le raisonnement, avant le verbe, l'homme ne sait pas s'il existait hier; il ne sait pas : si, le feu qui Ta brûlé, brûle ; il éprouve des attractions, des répulsions et rien de plus; sa mémoire matérielle se modifie, et rien de plus. Expérimenter et observer : sont raisonner; et, raisonner bien ou mal. Sortez de là , il n'y a plus qu'obscurité.
— « ...l'autre, continue Donald, dans l'évidence;... »
— Avant, la distinction incontestable, de l'erreur d'avec la vérité, il n'y a : que, des évidences de fait; et, aucune évidence de droit. L'évidence de fait, est aussi réelle, pour l'halluciné ; que, pour celui qui ne l'est pas.
— « ... celui-ci, continue Bouald, dans la raison suffisaule , l'instinct ou l'hai)itude ;... »
— La raison suffisante est une conséquence : de la conformité ou non- conformité au critérium. Avant de l'avoir, la raison suffi^'anlc : cs'l une sottise.
i!38 SCIENCE SOCIALE.
Il faut ensuite être fou: pour, "placer le critérium , du raisonnement, dans l'instinct de l'habitude.
— «... celui-là, ajoute Bonald, dans la connaissance réfléchie ou intuitive. »
— Ce critérium a besoin d'un autre critérium, celui de la force, pour se faire accepter.
— « Le sens moral, continue Bonald, le sens naturel, le sens commun, la raison naturelle , la sociabilité, l'identité, le principe de la contradiction, etc., ont chacun leurs partisans. »
— Avant, la connaissance des immatérialités ; les identités : sont des folies ou des hypothèses. Les identités mathématiques ne sont : que, des abstractions d'hypothèses.
Quant, au principe de contradiction; qu'en faire, avant d'avoir un critérium.
— « La maxime point d'effets sans causes parait, continue Bonald, évidente à quelques-uns. »
— Dans l'ordre de temps, point d'effets sans causes, est évident; c'est, une proposition identique. Point d'effets sans causes, dans l'ordre d'éternité, est une sottise.
— « Hume, ajoute Bonald, n'y voit qu'un prestige que la raison dissipe, et il doute même du principe de la causalité. »
— Un principe de causalité, dans l'éternité, est une sottise; et, c'était chez Hume, une soUi^^c d'en douter.
— « Berkley, continue Bonald, élève des doutes insolubles sur Texislence des corps,... »
— Autre sottise de douter. Il faut être fou : pour, considérer les corps comme des réalités ; il faut être fou : pour, ne pas être certain : que, les corps sont des forces qui nous modifient.
— « ...et, continue Bonald, ne découvre qu'un songe, que de vaines apparences dans tout ce «jue nous appelons matière, monde, univers. »
— Vaines apparences est une sottise. Une apparence, est toujours une réalité : en tant qu apparence. Tout cela est logomachique.
— « L'un, continue Bonald , ôte tout caractère représentatif à nos idées; l'autre^ tout caractère représentatif à nos sensations. »
— Une idée est toujours une sensation; et, dans le temps, une sensation est toujours une idée. Quant à la représentation, c'est toujours l'affaire du verbe. Tous ces galimatias ont pour base l'ignorance : c'eslà-dire : l'indétermination des expressions.
— « Celui-ci, continue Bonaid, ne voit dans l'univers que de i'inlelligence ; . . . »
— Avant de ne voir, partout, que de l'intelligence-, il faut savoir : s'il y a de l'intelligence, en réalité, et plus qu'en illusion. Tout cela est logomachie. Il faut être fou, pour douter : que, nous nous croyons intelligents ! Après cela, le sommes-nous en réalité? i\on, ii\ les bêles .sentent ; oui, si elles ne sentent pas.
— «... celui-là, coiiliiuie Buiialil, n'y voil que (le la matière ;... »
— Et, celui-là, s'il était rationnel, il verrait : qu'il ne peut rien voir. Toutes ces aflirmations sont pitoyables, avant d'avoir, pour les juger : un critérium incontestable.
— «....un pynlioiiicn conséquent, continue Bonald, n'y verra
rien ,... »
— Autre foiic. Il croira, qu'il croit voir-, sinon : il sera aussi fou que les autres.
— « ... et, dit encore Bonald, nous retomberons dans la question pourquui y a-t-il plutôt quelque chose que rien?... »
— Ce jwurquoi est une sottise ; une chose, qui a un pourquoi^ n'est une chose qu'au figuré. Au propre, c'est rien : c'est une apparence; un phénomène.
— « ... et même, dit-il enfin, sans pouvoir y répondre. »
(Bonald, Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales> t. I, p. 55.)
— Si, quelqu'un vous demandait : pourquoi trois et deux font-ils sept? Vous répondriez : A sotte demande pas de réponse.
Citons encore quelques passages de Bonald; en priant ceux de nos lecteurs, que ces citations ennuieraient, de passer outre.
— « VUialoire comparée des sijslèmes de philosophie {[>m' de Gérando) n'est, eu dernière analyse, qu'une .nilre liisloire des varialions des écoles pllilo^<qdli([ue^ , qui ne hiisse j) 'ui ioul ré.-;illit qu'un découiaf^cnieiil
absolu, uu dégoût insurmontable de toutes recberches philosophiques, et rimpossibililé démontrée d'élever désormais aucun édifice , que dis-je ? de hasarder aucune construction sur ces terres sans consistance, pour me servir de cette belle expression de Bossuet, et qui ne laissent voir partout que d'effroyables précipices. Sur quoi donc sont d'accord les philosophes? Sur rien. Quel point a-t-on mis hors de dispute? quel établissement, comme dit Leibnitz, a-t-on formé? Aucun. Platon et Aristote se demandaient qu'est-ce que la science? qu'est-ce que connaître ? Et nous, après tant de siècles, après tant d'observations et tant d'expérience, après tant de systèmes et tant de disputes, de philosophie et de philosophes, nous, si fiers des progrès de la raison humaine, nous demandons encore qu'est-ce que la science? qu'est-ce que connaître? Et l'on peut dire de nous que nous cherchons encore la science et la sagesse que les Grecs cherchaient il y a deux mille ans. »
{Recherches philos., etc^ t. I, p. 59.)
■ — Et l'on chercherait, en vain, des milhers d'années; tant qu'on ne Toit pas : que, la solution de ces questions dépend de savoir : si les bêtes seîitent : réellement ; ou, illusoirement.
— « Et non-seulement , dit encore Donald , il n'y a jamais eu de système de philosophie qui ait pu réunir tous les esprits dans une doctrine commune, mais il n'est pas même possible qu'avec la manière de philosopher sciviE jusqu'à présent il y en ait jamais aucun. »
— C'est incontestablement vrai; et, c'était trèsfacile à voir. Comment, ne l'a-t-on pas vu? La solution de cette question appartient : à l'ordre moral.
— (i Les hommes, continue BonaUl, naturellement indépendants les uns des autres, se gouvernent dans leurs actions par leur volonté, dans leurs pensées par leur raison , et la raison humaine ne peut céder qu'à Vautoriié àe l'évidence ou à Cévidence de l'autorité : or il n'y a jamais eu dans notre plidosophie ni autorité ni évidence. »
[Ibid., p. Gl.)
— C'est encore incontestablement vrai.
— (( Non-seulement, continue Bonald, la pliilosopbie manque d'évidence pour convaincre les esprits, mais les philosophes manquent bien plus d'autorité pour les soumettre. Si l'homme me parle au nom de la divinité, et que je croie qu'elle a dû donner des lois à la société pour en transmettre la connaissance à l'homme , je suspens mon jugement, et j'examine.,. »
— Et, si après examen, vous trouvez, ce qui est inévitable : que, la divinité est absurde ; que conclurezvous?
— <i ...si, continue Bonald, les caractères intrinsèques ou extérieurs de cette révélation prétendde sont tels que je doive en croire les dogmes ou en suivre les préceptes ;.., »
— Bien! Mais, si l'examen vous a démontré : que, la divinité est absurde ; toute révélation sera une conséquence absurde. Alors, que ferez-vous !
— « ...parce que, continue Bonald, ma raison ne peut s'empêcher de "«^ reconnaître dans l'intelligence suprême le pouvoir et les moyens d'éclairer ma raison et de diriger mes actions. »
— Et, si votre raison vous force, invinciblement, à reconnaître : que, la valeur de l'expression iîitelligence suprême^ en tant que personnalité, est une absurdité ; que ferez-vous ?
— « Mais, continue Bonald, si l'homme me parle en son nom ,.. . •
— Tout homme, qui parle en son nom, est un sot ou un fripon. Celui, qui n'est ni sot ni fripon, parle ^ au nom : de la raison.
— « ... s'il vient, continue Bonald, imposera mon esprit ses propres
SCIENCE SOClAtE. 243
pensées, je suis en droit de lui demander quelle est son autorité sur moi, et d'où il lient sa mission. De son génie, dira-t-on ; mais tout chef de secte, tout fondateur de nouvelle doctrine est un homme de génie pour ses partisans; mais chacun peut à volonté s'attribuer du génie; mais toute manière inusitée, extraordinaire, quelquefois extravagante de considérer les objets a passé souvent pour du génie aux yeux de certains esprits (i). — (t Voulez-vous, dit Fénelon, que je croie quelques propositions de philosophie, laissons à part les grands noms, venons aux preuves, donnez-moi des idées claires et non des citations d'auteurs qui ont pu se tromper. »
[Recherches i>hilos.f t. I, p. 74.)
— Nous a^ons donné : des preuves; et, des idées claires.
(1) Tout cela est incontestablement vrai.