OPPOSITION
« Le langage humain n'est pas assez clair. Dieu lui-même, s'il daignait nous parler clans nos langues, ne nous dirait rien sur quoi l'on ne pût disputer (I). "
Rousseau, Lettre à M. de Bcaumont.
— « Nous n'entendons guère que nos propres pensées (2). >>
M. Cousin, Fracjm. philos., t. II, p. 82.
— « Si l'on n'est extrêmement attentif aux mots dont nous avons coutume de nous servir, soit pour accorder, soit pour nier, on se verra forcé d'avouer des absurdités plus grandes encore que celles qu'on vient de voir. »
Platon, Tkéétete, Socrate interlocuteur.
Nous pouiTions multiplier ces citations à l'infini. Celles, que nous venons de donner, suffisent pour démontrer : que, les expressions n'ont encore rien : de déterminé.
(1) Nous ne pouvons trop rappeler celte citation : parce qu'elle est d'une vérité, presque généralement ignorée; et, qu'il faut nécessairement connaître, avant de chercher : à y porter remède.
(2) Il parait : que, M. Cousin a la certitude de n'être, compris de pcronne. Alors, pourquoi a-t-il écrit? Si, nous n'avions eu la certitude
d'être compris, de ceux qui auraient la patience de nous lire ; nous n'eussions jamais taillé une plume.
OPIISIO^'.
« Celte maîtresse d'erreur, que l'on appelle fan taisie, opinion, est d'autant plus fourbe qu'elle ne l'est pas toujours; car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l'était infaillible du mensonge (1). Mais étant le plus souvent fausse, elle ne donne aucune marque de la qualité, marquant de niènu' caractère le vrai et le faux. »
Pascal, Pensées.
— « Et puis le philosoplie conserverait quelque respect pour l'opinion! Qu'il lui obéisse parfois, comme le plus faible au plus fort, soit; mais la respecter ! ce serait se montrer plus sot que le vulgaire, et c'est beaucoup dire. »
M. Ch. Lemesi.e, Misantln-opopanutopies , p. 179.
II est bien singulier : qu'il n'y ait presque pas un grand homme, tant pour les temps anciens que pour les temps modernes, qui n'ait reconnu : que, jusqu'à lui, il n'y avait encore que des opinions ; et, qu'en même temps, il soit presque impossible d'en trouver un : qui n'ait affirmé, dogmatisé. D'où peut provenir cette singularité? De ce qu'il est facile de reconnaître :
(I) Pascal savait: que, tous les dogmes, prétendus revoies, ne sont que des opinions'; et, c'était ce qui le rendait si malheureux. Pour lui, il n'y avait pas de vérité ; et, cela devait être : pour son époque; et, pour un esprit aussi logique que le sien.
que, les autres ne savent rien ; et, très-difficile d'avouer : que, soi-même : on n'en sait pas davantage.
La question de la diversité des langues, n'est, pour ainsi dire, jamais sortie du domaine de la science; et, dans le même domaine, il serait difficile d'y trouver : une opinion dominante. Nous croyons, cependant, avoir démontré : que, ce moyen est devenu incapable de servir, davantage, au maintien du despotisme; et, qu'au contraire : cette même diversité, tant entre les nations qu'au sein même de chaque nation ; est devenue un auxiliaire: de l'anarchie.
SCIEiNCE SOCIALE. 277
APPENDICE AU CHAPiTRE VIII.
J'ai dit ailleurs : qu'avant d'arriver au titre IV, j'aurais donné la preuve, rationnellement incontestable : de rimmatérialité des âmes ; par conséquent, de leur éternité ; par conséquent, de la réalité de l'éternelle raison, de l'éternelle justice ; par conséquent, de la réalité de la sanction religieuse, identique à l'éternelle justice. J'ai dit, en outre : que, cette preuve, rationnellement incontestable ou réellement théorique, pourrait se vérifier expérimentalement ; c'est-à-dire : par la pratique. J'ai dit enfin : que si, après m'être acquitté de mes promesses, je venais à mourir; ou que si, alors, le reste de mes manuscrits venait à se perdre ; quiconque aurait lu attentivement ce que j'ai publié, pourrait, comme moi-môme , continuer cette œuvre jusqu'au titre XII. Chacun peut voir, maintenant : que, je me suis acquitté de ce que j'ai promis.
Arrivé à l'âge de soixante-quatorze ans , malade et affaibli par un excès de travail, je ferai mes efforts pour veiller à la publication des ouvrages annoncés, comme compléments de la Science sociale^ sous les titres : de Foi religieuse, Foi matérialiste, Protestantisme, Philosophie de Descartes., Philosophie de Bacon. Philo-
Sophie évkciiqucy Bourgeoisisme, etc., etc. Si, je viens à mourir, auparaTant, j'ai la consolation de savoir : que, ces ouvrages seront publiés, fidèlement et immédiatement. J'en ai mis les manuscrits en des mains, dont je suis aussi sûr : que, de moi-même.
J'ai dit aussi et j'ai prouvé :
Que, l'existence de toute humanité possible se partageait, nécessairement, en trois périodes parfaitement distinctes :
1" Celle d'ignorance sociale, sur la réalité du droit; et, de possibilité de comprimer l'examen;
2" Celle d'ignorance sociale, sur la réalité du droit; et, d'impossibilité de comprimer l'examen;
3" Celle de connaissance , sur la réalité du droit.
J'ai dit, en outre; et, j'ai prouvé également :
Que, pendant la première époque, un droit hypothétique doil être imposé socialement comme réel: au mo3-en d'une force, transformée en raison par le sophisme, sous la sanction d'une inquisition quelconque ; inquisition, dominant l'éducation et l'instruction : sous peine de mort sociale ;
Que, pendant la seconde époque, l'ordre, vie sociale, devenait de plus en plus impossible; et, qu'alors l'anarchie croissait, nécessairement, en suivant une progression , continuellement accélérée , comme la chute des graves ; jusqu'à ce que : la société vînt à périr; ou, que la période de connaissance, sur la réalité du droit, vînt à s'établir socialement.
Nous avons, en outre, également dit et prouvé :
Que, pendant la première période, ou d'ignorance
sociale el de possibilité de comprimer l'examen ; l'ordre, vie sociale, ne pouvait exister : c|iie, par la plus grande exploitation possible des masses, au profit des plus petites minorités possibles ; et cela : au maximum possible des circonstances ;
Que, pendant la seconde période, ou d'ignorance sociale et d'impossibilité de comprimer l'examen; l'ordre, \ie sociale, n'était plus possible : ni par l'exploitation des masses; ni, par la non-exploitation des masses ;
Que, pendant la troisième période, ou de connaissance sur la réalité du droit : personne, nécessairement, ne pouvait être exploité ; et, que chacun savait, nécessairement aussi ; que, sa position : relativement à son propre mérite ; et, relativement à l'éternelle justice ; était toujours : la meilleure possible.
Nous avons, en outre, également dit et prouvé :
Que, pendant la première période, ou d'ignorance sociale sur la réalité du droit et de possibilité de comprimer l'examen ; l'exploitation des masses, au maximum possible des circonstances, avait nécessairement lieu : dès, C[ue le sol était aliéné : soit aux individus ; soit à des groupes d'individus ;
Que, pendant la seconde période, ou d'ignorance sociale sur la réabté du droit, et d'impossibilité de comprimer l'examen -, l'ordre , vie sociale , était absolument impossible : soit, que le sol fût aliéné ; soit, qu'il appartînt à la propriété collective ;
Que, pendant la troisième période, ou de connaissance sociale sur la réalité du droit; le sol, nécessaire-
ment, appartenait à la propriété collective; qu'alors, personne ne pouvait être socialement exploité ; et qu'alors, l'ordre, vie sociale, était imperturbable; aussi longtemps : que, la vie physique du globe restait possible.
Avant, de terminer ce travail sur la science sociale ; dont, nos autres travaux ne sont et ne seront que des compléments ; nous allons joindre ici quelques morceaux , qui se trouvent déjà imprimés en d'autres parties de nos ouvrages ; et, que ceux qui ne les ont pas, aimeront à trouver unis : à ce travail capital.
Ce sont :
1" La théorie générale de l'impôt;
2" La théorie générale de l'organisation de la propriété ;
3° La théorie générale des associations particulières, tant nationales que domestiques ;
4° Un résumé de la situation sociale actuelle ;
5** Un programme de discussion contradictoire ;
6° Une lettre collective, adressée par moi, à MM. les membres
Du Sénat;
Du Corps législatif;
Du conseil d'État ;
Des anciennes assemblées constituantes et législatives ;
De l'Académie des sciences morales et politiques ;
Et à tous ceux qui s'occupent de la grande question d'ordre social.
Le tout extrait du second volume de l'ouvrage inti-
tulé : Qu'est-ce que la science socl4Le ? depuis la page 261 jusqu'à la page 372.
Et, j'engage ceux qui auraient déjà lu ces morceaux, à les relire une seconde et même une troisième fois ; j'affirme : que, ce ne sera pas inutilement.
J'y joindrai en outre :
1" Une lettre de M. Benoiston de Chateauneuf, membre de l'Académie des sciences morales et politiques ;
2" Une lettre de M. le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences morales et politiques ;
3° Ma réponse à cette lettre, avec mes observations sur les inconvénients d'avoir deux académies des sciences.
De plus :
1° Des observations préliminaires, relatives à une lettre que M. Odilon-Barrot m'a fait riiouneur de m'écrire, relativement à mes ouvrages;
2" Cette lettre, elle-même, avec mes observations ;
3" Des objections qui m'ont été adressées, relativement à l'application des principes que j'expose ;
4" Mes réponses à ces objections.
5° Enfin, une lettre de M. de Lamartine, une de M. A. de Gasparin, une de P. Vincard et une de notre poëte national que nous venons de perdre, P. de Bérangcr; ainsi , que mes observations sur ces lettres.
Le tout extrait du quatrième volume du même ouvrage depuis la page 38 jusqu'à la page 46 ; et depuis la page 54 jusqu'à la page 1 10.
Après ces insertions, je dirai :
Pourquoi mes ouvrages resteront, socialement, tout
282 SCIEISCE SOCIALE,
à fait inutiles : jusqu'à ce que l'anarchie, conséquence nécessaire de l'ignorance sociale sur la réalité du droit, mise en présence de l'incompressibilité de l'examen; ait rendu nécessaire , absolument nécessaire : l'acceptation et l'application de la science sociale, rendue rationnellement incontestable : vis-à-vis de tous et de chacun.