CHAPITRE IV
— « Que dans la supposition, poursuit Gondillac, oîi les animaux seraient tout à la fois purement matériels et sensibles, ils ne sauraient veiller à leur conservation s'ils n'étaient pas encore capables de connaissance. »
— Vous Yoyez : que, pour Gondillac, les animaux raisonnent. Ailleurs , il le dira plus clairement encore.
— « 11 est IMPOSSIBLE , continue Gondillac , de concevoir que le mécanisme puisse seul régler les actions des animaux. »
— Impossible ! Il n'appartient qu'à l'époque d'ignorance de déclarer impossible : ce, qui n'est point démontré impossible. Que l'on dise qu'il est impossible : que trois ou plusieurs ne soient qu'un ; que quelque chose soit fait de rien ; que l'anthropomorphisme et la hberté puissent être compatibles; ces déclarations d'impossibilité ne trouveront de contradicteurs : que, parmi ceux qui se refusent à admettre le raisonnement, comme source de vérité. Mais, que l'on déclare impossible, ce qu'on ne comprend pas; sans autre base de déclaration : que, sa propre ignorance ou sa vanité; c'est digne : sinon, de mépris; au moins, de pitié.
Avant de prouver : que, ce que Gondillac déclare impossible, est cependant la réaUté; démontrons : que, cette chose impossible est tellement possible ; V. 3
qu'il faut, qu'elle soit ainsi dans tous les cas possibles ; et, que c'est précisément le contraire de ce que Condillac déclare impossible; qui est seul impossible.
Cette démonstration, pourraient nous dire quelques personnes qui prononceraient légèrement, suffirait à elle seule : pour prouver l'immatérialité de l'âme. Elle suffirait, sans aucun doute, pour ceux qui accepteraient une preuve négative, quand une preuve positive est nécessaire ; elle suffirait pour ceux qui se contenteraient d'une démonstration par l'absurde. Mais, pour nos lecteurs que nous avons habitués à être aussi difficiles que nous en fait de preuves ; il faut, quand il s'agit d'affirmation, une démonstration qui ne soit pas négative. Aussi, quand nous prouverons : la réalité de l'âme chez l'homme ; la réalité de l'automatisme, chez les animaux ; nous prouverons strictement y positivement. C'est, seulement à ce prix : que, l'incontestabilité doit être admise.
D'abord, précisons les termes.
Qu'est-ce qu'un mécanisme?
Ici, c'est un automate.
Qu'est ce qu'un automate ?
C'est un être phénoménal, ayant des mouvements qui ne dépendent que d'une force, que nous appelons artificielle, sans savoir si l'art existe en réahlé; ou, que d'une force naturelle, d'une force non dite artificielle, que cette force soit, oui ou non, organique.
Une montre, le joueur de flûte de Vaucanson, le joueur d'échecs de n'importe qui, sont des automates de la première espèce.
Les phénonomènes de la nature sont des effets d'automatisme de la seconde espèce. La terre, est un automate ; quand elle est considérée : comme jetant des pierres par un \olcan ; une plante est un automate ; un animal est un automate ; s'il est démontré : qu'il n'a point en soi, de volonté réelle ; l'homme, est un automate : si, le matérialisme est une réalité ; si, l'anthropomorphisme est une réalité.
Jusqu'à présent la sensibilité a été donnée comme étant l'opposé de l'automatisme. C'est une erreur immense. Supposons : que, l'anthropomorphe existe. Dans ce cas, il est tellement évident : que, l'homme est un automate; que, l'homme ne fait rien par luimême, sinon illusoirement; que, tous les philosophes, depuis Plutarque jusqu'à Descartes, l'ont reconnu. Et, le cathohcisme, lui-même, a toujours été tellement persuadé de cette vérité ; qu'il s'est reconnu oWigé : de faire accepter la hberté de l'homme, comme un article de foi ; la compatibilité de la hberté et de l'anthropom.orphisme étant, en effet, tout aussi absurde : que, la création.
Voilà l'automatisme bien déterminé, pour ceux qui n'aiment pas les mystères. A ceux qui les aiment, nous n'avons rien à dire.
Ce qui, selon Condillac, peut seul empêcher les animaux d'être des automates; c'est, d'avoir en eux une immatériahté, une ame ; et, une ame, non-seulement à l'état d'éternité ; mas, à l'état de connaissance; ainsi qu'il va le dire lui-mtme.
Admettons cette supposition ; et, voyons : si elle
ne conduit pas à l'absurde. Comme Timpossibilité est une négation , est la négation de la possibilité, ici la preuve par l'absurde est suffisante : et, si la supposition d'une âme réelle, d'une immatérialité chez les animaux conduit à l'absurde ; il sera démontré : que, le non-automatisme des animaux, est une chose impossible.
Si, les animaux ont une ame, une immatérialité; comme beaucoup d'animaux se coupent en deux, en dix, en mille; voilà, l'immatérialité qui devient matérialité.
Supposons : que, cette division en morceaux des prétendues âmes, soit encore ignorée.
Dans ce cas, il reste toujours évident : que, les règnes : zoologique ; phytologique ; et chimique ; ne sont que des coupes arbitraires. Dès lors, voilà la dernière des molécules douée d'une âme; et, en pilant de la brique, on fait des âmes à coup de pilon. 11 est évident : que, dails ce cas, le mot immatériahté est absurde; et, pour que l'absurdité cesse d'exister, il faut : cjue, les animaux soient des automates.
Supposons, maintenant, les animaux sensibles comme nous ; absolument, comme nous ; et, pour le moment, laissons de côté la difficulté du verbe, en admettant : que, lesanimaux ont le verbe tout aussi bien queThomme. Dès lors, et par la non- existence des règnes, voilà la poussière de briques, jouissant de la même sensibilité et du même raisonnement que nous. D'un autre côté, si la terre est un automate, malgré toute sa force productrice; à plus forte raison une impalpabilité de brique.
qui n'est bonne qu'à faire du ciment, est aussi un automate. Puis, nous et l'impalpabilité de brique étant de même nature ; il est évident : que, nous sommes des automates. Le seul moyen possible, pour que nous ne soyons pas des automates, est donc : que, les animaux soient des automates.
Terminons :
Pour, qu'un cas possible puisse exister en réalité, il faut : que, le raisonnement soit une réalité et non une illusion; il faut : que, l'âme soit une réalité, une immatérialité, une éternité ; et non : un résultat de force ; une sensibilité dérivant de la matière. En dehors du raisonnement non illusoire, il n'y a : que, du nécessaire ; et, non du possible.
Or, si les animaux ne sont pas des automates, nous sommes des automates ; et, si nous sommes des automates, la sensibilité est un résultat de force; et, nous ne raisonnons : qu'illusoirement.
Dans tous les cas possibles, il faut donc : que, les animaux soit des automates ; et, c'est le contraire de ce que Condillac a déclaré impossible; qui est seul impossible : ce qu'il déclare impossible, existe : nécessairement.
— « On comprend, continue ConiHIliic, que rébranlement donné aux sens exlérieurs passe au sens intérieur , qu'il s'y niainlicut plus ou moins longtemps, que de là il se répand dans le corps de l'animal, et qu'il lui communique du mouvement. »
— Que dirait-on : d'un homme, qui voudrait expliquer : l'attraction ou la répulsion? Que dirait-on : d'un
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homme, qui voudrait expliquer : la végétation, l'animalisation, ou même seulement la digestion? Ge qui appartient : aux forces ; à la matière*; à l'éternité ; se constate, mais ne s'explique pas; par la raison fort simple : que, ce qui s'explique est nécessairement relatif au temps; et, que l'éternité n'est pas dans le temps. 11 n'est pas nécessaire, il n'est pas utile, il est même stupide, de chercher à exphquer : comment, les animaux font telle chose sans être sensibles ; comment les végétaux fout telle chose sans être sensibles ; comment les molécules chimiques font telle chose, sans être sensibles. Ce qui est sage, utile, et maintenant nécessaire; c'est, de constater, de démontrer : si, les animaux ont, oui ou non, de la sensibihté. Si, une fois il est démontré qu'ils n'en ont pas; ceux, qui seront assez sots pour chercher des explications, pour ce qui nécessairement ne peut en avoir, s'arrangeront comme ils voudront ; et, s'ils troublent la société , ils seront mis à l'hôpital.
— « Maisj continue Coudillac, ce n'est encore là qu'un mouvement incertain, une espèce de convulsion. »
— Est-ce par un mouvement incertain , par une espèce de convulsion : que , d'une graine de grattecul, sort un rosier qui vous donne une rose admirable ? Est-ce par un mouvement incertain et par une espèce de convulsion : qu'il n'en sort point un topinambour ou une citrouille? Et, quelle difficulté y at-il donc de plus : pour la naissance et la conservation d'un singe ou même d'un homme; que, pour la
naissance et la conservation d'une mousse ou d'un champignon? Les sages, observent les faits physiques, pour les constater; les sots, les observent pour les expliquer. Les sages observent les faits moraux : nonseulement pour les constater, mais pour les expliquer ; les sots les observent : pour se borner à une constatation.
— (( !1 reste à rendre raison, continue Condillac, des mouvements déterminés de l'animal, de ces mouvements qui lui font si sûrement fuir ce qui lui est contraire , et rechercher ce qui lui convient ; et c'est ici que la connaissance est absolument nécessaire... »
— Vous voyez : que, ce n'est pas seulement de la sensibilité dans l'éternité que Condillac accorde aux animaux ; c'est, de la sensibilité dans le temps ; c'est, de la connaissance. 11 aurait bien dû remarquer : que, le si sûrement signifie nécessité. Quant, à fuir ou à rechercher en réalité; loin, que Condillac puisse être certain : que, cela soit au pouvoir des animaux ; il est, au contraire, certain : que, si les animaux peuvent fuir et rechercher comme lui ; lui , ne fuit et ne recherche : qu'illusoirement. Ce raisonnement n'est cependant pas bien long ; il est clair et presque aussi court que deux et deux font quatre. Pourquoi donc, Condillac n'a-t-il pu le faire?
— «... pour régler, continue Condillac, l'action même du sens inté-
— Du sens intérieur, du cerveau? C'est, comme si
VOUS disiez : que, l'ame du grain de blé doit inter- Tenir pour régler la germination.
— «... et pour donner au corps, continue Condillac, des mouvements différents^ suivant la différence des circonstinces. u
— C'est, l'âme des plantes, n'est-ce pas, qui intervient : pour leur faire rechercher la lumière, malgré tous les changements possibles de circonstances?
— « M. de Buffou , poursuit Condillac . ne le croit pas ; et s'il y a toujours eu du doute à ce sujet, il se flatte de le faire disparaître, et même d'arriver à la conviction j en employant les principes qu'il a étaf, Mis. » (In-40, t. IV, p. 55.)
— Condillac se moque de Buffon, et fait très-bien. 11 faut toujours se moquer : de ceux, qui se vantent d'en savoir plus que les autres ; et, n'en savent pas davantage. C'est, même, la seule punition : qu'il faille leur infliger.
— « Il distingue donc, continue Condillac, deux sortes de sens. »
— II n'y a de sens, proprement dit : que, là oij il y a âme. Là, où il n'y a pas âme, il ne peut exister que des sens figurément dits. Il y a plus : même, là où il y a âme, il n'y a de sens, proprement dits : que, là où il y a verbe. Auparavant, il n'y a que des organes : exclusivement en rapport avec le cerveau. Au propre, on ne voit : que, par le raisonnement. Voir, réellement : c'est , apercevoir ; et , en dehors du verbe , l'aperception n'existe pas.
— « Les uns, continue Condillac , relatifs à la connaissance : le touclicr, la vue; les autres, relatifs à l'instinct, à l'appétit : le goût, l'oflorat; et, après avoir rappelé ses ébranlements, il reconnaît que le mouvement peut être incertain lorsqu'il est produit par les sens qui ne sont pas relatifs à l'appétit : mais il assure, sans en donner aucune raison, iju'il sera déterminé si l'impression rient des sens de Vappétit: il assure, par exemple, que Tanimal , au moment de sa naissance, est averti de la présence de la nourriture et du lieu où il faut la chercher par l'odorat ^ lorsque ce sens est ébranlé par les émanations du lait. »
— L'animal est averti, de la présence de la nourriture; comme le grain de blé est averti, du lieu vers lequel doit tendre sa feuille séminale. Ces explications, ne valent pas : celles, du Médecin malgré, lui.
— « C'est en assurant tout cela, continue Condillac, qu'il croit conduire ses lecteurs à la conviction.
« 11 n'est que trop ordinaire aux philosophes de croire satisfaire aux difficultés lorsqu'ils peuvent répondre par des mots qu'on est dans l'usage de prendre pour des raisons. Tels sont instinct ^ appétit. »
— Le mot appétit, signifie : attraclion. Ce n'est que la moitié du mot instinct^ qui signifie : attraction et répuhion. Comme, dans la matière, il n'y a que des phénomènes ; comme, il n'y a, môme, que des individualités apparentes; comme, les genres, les espèces, les familles, les classes ne sont que des coupes arbitraires; et, que chaque individualité phénoménale a sa loi, sa nécessité; le mot instinct, signifiant cette loi, est employé, pour dire : cette loi. Tel oiseau fait un nid de telle manière; telle collection arbitraire d'oiseaux, mais se ressemblant plus ou moins , et que nous appelons, selon ce plus ou moins de ressemblance, espèce, genre, famille ou classe, fait aussi des nids; et, nous disons : que, la loi des oiseaux; l'inslinct des oiseaux ;
est de faire des nids. Si, l'usage le permettait, on dirait : que, l'instinct du froment est de pousser des épis ; que, l'instinct du pommier est de pousser des pommes ; que, l'instinct de la pierre est de tomber ; que, l'instinct de la lumière est de rayonner. L'instinct se reconnaît, se constate par les sages ; les sots, l'expliquent.
— « Si nous recherchons, continue Condillac, comment ils ont pu s^introduire, nous reconnaîtrons le peu de solidité des systèmes auxquels ils servent de principe,
« Pour n'avoir pas su observer nos premières habitudes jusque dans leur origine, les philosophes ont été dans l'impuissance de rendre raison de la plupart de nos mouvements,... »
— Il faut être fou^, pour vouloir rendre raison : des mouvements qui ne dépendent que de la matière. Allez donc rendre raison : de la force , qui fait vibrer la lumière; de la force, qui fait germer un grain de blé, qui fait féconder un œuf ! C'est, comme cela : parce que, c'est comme cela; ce, serait autrement : que, ce serait également bien. Le bien physique, consiste dans l'existence. Dès, qu'une chose est; elle est bien.
— « ... et, continue Condillac, on a dit : Ils sont naturels et mécaniques. ))
— Naturel^ dans le sens de matériel ; et, mécanique j c'est, une seule et même chose. Ou, tous les mouvements sont naturels et mécaniques ; ou, les uns le sont, et les autres ne le sont pas. Les mouvements naturels et mécaniques sont nommés instinctifs. Les
mouvements des animaux , sont-ils naturels et mécaniques ; ou, y en a-t-il de naturels et mécaniques, et d'autres qui ne le sont pas? Voilà, non pas ce qu'il faut dire ; mais, ce qu'il faut démontrer.
— « Ces habitudes, continue Condillac, ont échappé aux observations, parce qu'elles se sont formées dans un temps où nous n'étions pas capables de réfléchir sur nous. »
— Réfléchir, c'est raisonner ; et , il n'y a pas de différence : entre, réfléchir sur nous; ou réfléchir sur les autres. Des habitudes qui se prennent, en dehors du raisonnement, ne sont donc pas des raisonnements.
— « Telles sont, continue Condillac, les habitudes de toucher, de voir, d'entendre, de sentir, d'éviter ce qui est nuisible, de saisir ce qui est utile, de se nourrir ; ce qui comprend les mouvements les plus nécessaires à la conservation de l'animal. »
— Avant le verbe, il n'y à, au propre : ni toucher; ni voir ; ni entendre ; ni sentir ; ni éviter ; ni saisir ; ni utilité. Toutes ces expressions sont, alors, figurées : comme, lorsqu'on dit: qu'une plante /"t/iY l'obscurité ; et, recherche la lumière.
— « Dans cette ignorance , continue Condillac , on a cru que les désirs qui se terminent aux besoins du corps... »
— Avant le verbe, il n'y a pas de désirs proprement (lits; il n'y a ; que, des tendances ; des attractions et des répulsions.
— « ... diffèrent des autres par leur nature, continue Condillac, quoiqu'ils n'en diffèrent que par l'objet. »
i4 SCIENCE SOCIALE.
— Ainsi, la tendance, la force, est de même nature : que, le raisonnement, l'intelligence. Est-ce volontairement : que, Condillac fait cet aveu de matérialisme ?
— « On leur a donné , continue Condillac , le nom à^appétit , et on a établi, comme un principe incontestable, que l'homme qui obéit à ses appétits ne fait que suivre l'impulsion du pur mécanisme..., »
— Avant le verbe, il n'y a pas d'obéissance. L'obéissance est relative au raisonnement ; et, vous-même avez reconnu ailleurs : qu'avant le verbe, le raisonnemenl n existe pas.
— « ... ou tout au plus, continue Condillac, d'un sentiment privé de connaissance;... »
— In sentiment , privé de connaissance, ne peut avoir : ni tendance, ni impulsion. Un sentiment, privé de connaissance, est une âme dans l'éternité ; et, si les âmes, dans l'éternité, avaient des tendances, des impulsions; elles seraient matière.
— «... et c'est là sans doute, continue Condillac, ce qu'on a appelé agir par instinct (instinct , à consulter Tétymologie , est la même chose quimpulsion). »
— 11 n'y a pas de doute : que, c'est là ce qu'on a appelé agir par instinct^ et, votre identification de l'instinct à l'impulsion est excellente; ce qui fait voir : que, même pour vous, l'expression instinct n'est pas vide de sens.
— « Aussitôt, continue Condillac, on infère que nous sommes ù cet égard tout à fait matériels, ...»
— Et, pour autant que ce nous se rapporte exclusivement à l'organisme; on a parfaitement raison. Il n'y a que vous qui puissiez vouloir : qu'un chien mort, ne diffère d'un chien en vie ; que, parce que le chien mort a rendu son âme à Dieu.
— « ... et que, continue Condillac, si nous sommes capables de nous conduire avec connaissance, c'est qu'outre le principe matériel qui appelé, il y a eu nous un principe supérieur qui désire et qui pense. »
— Le principe supérieur, qui désire et qui pense, est une sottise ; mais, le principe capable de désirer et de penser : au moyen de son union à un organisme et du développement du verbe ; doit être une réalité ; ou, le matérialisme existe. Est-ce cela que vous avez prétendu? Alors, dites-le; et, ne soyez pas hypocrite.
— « Tout cela étant supposé , poursuit Condillac , il est évident que l'homme veillerait à sa conservation quand même il serait borné au seul principe qui appète. »
— Vous le voyez ; c'est, Condillac lui-même qui le dit ; une fois, qu'il est prouvé : que, le corps vivant est tout à fait matériel., il devient éyideist : que, l'homme veillerait à sa conservation, quand même il serait borné au seul principe qui appète. Eh bien! cette démonstration , que la vie est matérielle , se trouve dans la démonstration : que, les règnes ne sont
que des coupes arbitraires. Nous ferons observer : que, Condilîac, au lieu de : veillerait â sa conservation aurait dû dire : se conserverait, ^'eiller, au propre y c'est : raisonner.
— « Par conséquent , continue Condilîac , on peut priver les bêtes de connaissance et concevoir cependant qu'elles exercent des mouvements déterminés; il suffit d'imaginer... »
— Imaginer j est d'un homme d'esprit : tant, qu'il ne prend ses imaginations ; que, pour des hypothèses. Imaginer^ est d'un sot : quand il prétend : que, ses hypothèses sont des vérités, par cela seul qu'il les a imaiiinées. La distinction des sens : en sens, relatifs à la connaissance; et, en sens, relatifs à l'instinct; n'est pas d'un homme d'esprit.
— « ... il suffit d'imaginer, continue Condilîac, que l'impression vient des sens de V appétit ; car si l'appétit règle si souvent nos actions, il pourra toujours régler celles des bêtes, »
— Toutes les fois, qu'il y a de l'obscurité, dans une phrase, écrite par un homme qui n'est pas un sot ; soyez persuadé : qu'il y a une expression figurée prise au propre. Ici, l'obscurité vient du mot règle ^ pris au propre quand il ne doit être pris qu'au figuré. L'appétit ne règle point, d'une maLuière proprement dite. Toute règle, est relative au raisonnement ; et, dans la supposition, l'appétit ne raisonne pas. Il en est de même des expressions : déterminé, incertain. Il n'y a, dans l'instinct, ni déterminé, ni indéterminé, ni certain, ni incertain, il y a ce qu'il y a. La détermina-
tion, la règle, la certitude, sont relatives au temps; l'instinct, est relatif à l'éternité. Nous le répétons : ôtez le verbe du globe ; et , le temps n'y existera plus.
— «Si Ton flemande donc, continue Condillac, pourquoi l'action de l'œil sur le sens intérieur ne donne à l'animal que des mouvements incertains , la raison en est claire et convaincante : c'est que cet organe nest pas relatif à l'appétit... »
— Condillac, se moque de Buffon ; et, avec justice. Mais, quand on a des vitres, chez soi; il est dangereux de jeter des pierres, dans celles des autres.
— « ... et si l'on demande , continue Condillac , pourquoi l'action de .''odorat sur le sens intérieur donne au contraire des mouvements déterminés, la chose ne souffre pas plus de difûcultés : c'est que ce sens est relatif à l'appétit.
« M. de Buffon n'en donne pas d'autre raison. Pour moi, je crois que ces deux sens ne produisent par eux-mêmes que des mouvements incertains. Les yeux ne peuvent pas guider l'animal nouveau-né , lorsqu'ils u'ont pas em'ore appris à voir ;... »
— Il paraît que Condillac n'a jamais observé : des petits poulets au sortir de la coquille, se servir de leurs yeux, avec autant d'adresse que des chiens de six mois. Probablement, ils avaient appris à voir dans la coquille.
— «... et si l'odorat commence de bonne heure à le conduire , continue Condillac, c'est cj^u'il est plus prompt à prendre des leçons du loucher. »
— Nous pouvons vous assurer : que, rien de tout ce galimatias, n'a été sifflé par le dix-huitième siècle.
L'alinéa que nous venons de donner est une note de Condillac. Ce qui va suivre appartient au texte.
— « Voilà, je pense, poursuit Condillac, comment s'est établi ce hn- ^Sige pli ilosophiqne ;... »
Condillac continue à se moquer de Buffon.
— « ... et c'est pour s'y conformer, continue Condillac, que M. de Buffon dit que l'cJorat n'a pas besoin d'être instruit, que ce sens est le premier dans les bêies, et que seul il pourrait leur tenir lieu de tous les autres.
« Il me paraît que le plaisir et la douleur sont les seules choses qui pussent se contrebalancer, et qu'un animal n'est en suspens ou ne se détermine que parce qu'il compare les sentiments qu'il éprouve , et qu'il juge de ce qu'il a à espérer ou de ce qu'il a à craindre. Cette interprétation est vulgaire, dira M. de Buffon. J'en conviens; mais elle a du moins un avantage, c'est qu'on peut la comprendre. »
— Comprendre j est un mot bien indéterminé. Condillac comprend une cause première ; une création, etc. Il n'y a là rien d'étonnant, s'il comprend aussi : que, les bêtes raisonnent. Mais, voici les conséquences de cette compréhension : comme, le mot animal n'a pas encore de sens déterminé; comme, rien ne sépare le prétendu règne animal du prétendu règne végétal ; ni celui-ci, du prétendu règne minéral; il s'ensuit : que, c'est le plaisir ou la douleur qui déterminent les étamines à s'approcher ou à s'éloigner du pistil ; et, les molécules d'une écritoire, à se mouvoir dans un sens plutôt que dans un autre. Condillac comprend-il également : toutes ces belles choses ?