LE DESPOTISME
M. DE Falloux. Assemblée législative, 14 juillet 1851.
— « Le despotisme des nations libres, i.e plus terrible de tous, raépi'ise trop ses esclaves, pour se donner la peine de les rendre meilleurs. >■
De !\Iaistre.
— « L^ne telle situation est sans exemple dans l'histoire. De quelque côté qu'on la considère , ou ne voit que malheurs! Que résultera- 1- il de tout cela? Deux peuples sur un même sot, acharnés,
irréconciliables, qui se cliamailierout sans relâche, et s'extermineront peut-être.
« Bientôt la même fureur gagnera toute l'Europe. L'Europe ne formera bientôt plus que deux partis ennemis : on ne les divisera plus par peuples et par territoires, mais par couleur et par opinion. Et qui peut dire les crises , la durée, les détails de tant d'orages ! Car Tissne n'en saurait être douteuse, i^s i.umiJ'.res et les siècles ne rétrograderont TAS. »
L'Empereur. Mémorial de Sainfe-Hclhie, 13 avril 1816.
Un mot, sur les manufactures.
Et, comme l'agriculture est aussi une manufacture; ce que nous allons dire, des manufactures, se rapportera également : à l'agriculture.
Nous avons vu :
Que, pour aussi longtemps que le sol reste alie'né ; le salaire est nécessairement : au plus bas possible; et, l'intérêt du capital, au plus haut possible;
Et que, du moment que le sol se trouve entré à la propriété collective; le salaire se trouve toujours, et nécessairement : au plus haut possible; et, l'intérêt du capital, au plus bas possible ; aussi : nécessairement.
Ces deux élats de la société, les deux sells possibles, ont besoin de dénominations appropriées : à leurs causes; et à leurs effets :
Le premier, où le salaire est, nécessairement, au plus bas possible des circonstances ; prendra le nom de : domination du capital sur le travail.
Le second, où le salaire est, nécessairement, au plus haut possible des circonstances ; prendra le nom de : domination du travail sur le capital.
Ou, plus simplement :
Le premier, domination du capital;
Le second, domination du travail.
Il est évident : qu'aussi longtemps, que le sol reste aliéné; qu'aussi longtemps, que le capital domine; les ouvriers, les travailleurs quels qu'ils soient; et, abstraction faite de leur capital ; sont toujours exploités : par les possesseurs du capital; et cela : nécessairement, par le seul effet de l'org.vmsatio:n de la. propriété; et, quelle que soit la bonne volonté des possesseurs du capital.
Ces derniers se trouvent, alors, dans l'absolue nécessité : ou, d'exploiter les travailleurs ; ou, de se ruiner. Sous la domination du capital; c'est-à-dire : sous la société actuelle; les épargnes des riches , dit le prince des économistes, J.-B. Say, se font aux dépens des pauvres. Et, J.-B. Say a raison ; et, cela se fait nécessairement : alors. Sous la domination du capital, dit encore J.-B. Say : tous les ans une partie de la population doit mourir de besoin, même au sein de la nation la plus prospère. Et, J.-B. Say a encore raison; et, cela encore se fait alors : nécessairement.
Avant de continuer, permettez-moi de faire une observation :
— « Si Voltaire, disait l'Empereur, avait régné sur ses contemporains, s'il avait été le héros du temps , c'est que tous alors n'étaient que des KAINS. »
— Ce que l'Empereur disait de Voltaire , peut se dire : de J.-B. Say. Il faut ètreiNAiiv, pour ne point comprendre : qu'en présence de deux pareilles propositions, qui sont incontestables ; et, de l'incompressibilité de l'examen ; une pareille société doit être radicalement changée ; ou, que l'anarchie doit la détruire.
Continuons !
Mais, du moment que la société a reconnu : que, la domination du capital conduisait, nécessairement aussi, la so-
ciété à l'anarchie, à la mort ; et cela, aussi nécessairement depuis que l'examen du droit social ne peut plus être comprimé ; du moment, dis-je : que, pour anéantir cette domination, elle ordonne : que, le sol vienne à faire partie de la propriété collective; dès ce moment : la domination du capital cesse ; et, la domination du travail commence. Le salaire, du plus bas possible où il se trouvait ; s'élève, progressivement, au plus haut possible ; et, l'intérêt du capital, du plus haut possible où il se trouvait; s'abaisse, progressivement, au plus bas possible : le tout nécessairement; et, par le seul effet : de la nouvelle organisation de la propriété.
Tout cela est aussi clair : que, deux et deux font quatre; vis-à-vis de vous, lecteurs ! qui vous trouvez sans préjugés. Il n'en est pas de même : vis-à-vis des autres.
— « Leurs yeux, dit M. Guizot, ont, pour ainsi dire, la faculté de s'ouvrir ou de se fermer selon leurs désirs. Ce qui est clair leur parait réellement obscur ; ce qui est prouvé demeure incertain ou même faux. Ils vivent plongés dans leurs propres ténèbres, et quand la lumière essaye de pénétrer, elle leur est à la fois insupportable et douteuse. »
— Ce passage est admirable : il n'y a pas de démonstration d'erreur, qui n'en offre des milliers d'applications. Je l'ai déjà dit mille fois : l'anarchie, seule, peut abaisser : les cataractes de l'ignorance sociale. Jusque-là, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Mais, il est du devoir, de celui qui les possède : de les présenter au public. Je remplis un devoir; le reste : ne me regarde pas.
Ainsi, du côté de l'établissement de la domination du travail sur le capital, ANJi.oïissANT les anathèmes économiques :
Que, les économies des riches se font aux dépens des pauvres ;
Kt, que, tous les ans une partie de la population doit né-
cessairement mourir de besoin, même au sein de la nation kl plus plus prospère ;
Anéantissement, nécessaire maintenant : à l'existence de l'ordre, de la paix, du bien-être universel ; pas l'ombre d'une objection raisonnable.
Yoyons, maintenant : les résultats !
Sous la domination du capital , les ouvriers prolétaires, réduits, selon les démonstrations de tous les économistes, à vivre diipthis strict nécessaire; et encore, pour autant que leur nombre ne dépasse point ce qui est nécessaire, pour satisfaire les besoins des possesseurs du capital ; les ouvriers, alors, ne consomment point en réalité; ils sont des machines qui fonctionnent; et, que l'on alimente d'une nourriture comparable : au cambouis dont on graisse les rouages ; ou encore, au charbon, dont on nourrit les locomotives.
La production, je le répète, ne se fait donc, alors : que, pour satisfaire les besoins des capitalistes; et, cette production, nécessairement mise en équilibre avec la consommation d'une minorité de la société, est au minimum possible : comparée, avec la production d'une population, au sein de laquelle tous consomment: autant que possible; parce que tous produisent, etvovR eux-mêmes : autant que possible.
Qu'est-il nécessaire d'ajouter : à cette démonstration ?
Rien, pour ceux qui voient ; rien, pour les aveugles.
Ainsi :
^ Anéantissement du paupérisme ;
Anéantissement de tout esclavage ;
Anéantissement de toute source d'anarchie ;
Établissement du bonheur universel ;
Tel est le résultat nécessaire, et quant aux manufactures, de cette opération sociale, si simple et si nécessaire : l'entrée du sol à la propriété collective.