HUMANITAIRE
— « Vous êtes convaincu, je le sais, continue M. Barrot; si vous ne l'étiez pas, vous ne seriez qu'un odieux spéculateur. Vous croyez à votre utopie de la justice et de la vérité absolues, qui, diles-vous , se démontreront par elles-mêmes et ne pourront être contrariées ou contredites que par des fous. «
— C'est vrai ; et, je le répète. Maintenant, tachons de tirer une utilité, de ce que j'ai dit et répété. J"ai prouvé : dans ces deux volumes, que j'adresse à M. Barrot : que, la vérité absolue, sur la réalité du droit, doit, actuellement, être démontrée, scientifiquement : sous peu\e de mort sociale. C'est à cela, jusqu'ici, que se borne ma publication. Après lecture, M. Barrot trouvera mes preuves : bonnes ou mauvaises. S'il les trouve mauvaises, il dira pourquoi. S'il les trouve bonnes, il protégera la publication de la démonstration, que je veux donner, de la réalité du droit : j'adresse le même dilemme : à tous les hommes d'État; à tous les savants ; à toutes les personnes de bonne foi.
— « Vous avouez, continue M. Odilon Barrot, que vous êtes, dans ce moment, le seul apôlrc de votre nouvelle religion. «
— Le seul, sauf les exceptions, c'est vrai. Mais, qu'est-ce que cela prouve? L'Acade'mie des sciences disait : que, Fuiton était un sot. Descartes en disait autant : de Galilée et de ^^ewton. Du reste, il ne s'agit point, maintenant, de savoir: si, je suis un sot, relativement à la réalité du droit ; il s'agit de savoir, et rien d'autre pour le moment, je vous prie de l'observer : si, la démonstration de la réalité du droit, est actuellement nécessaire; nécessaire, entendez-vous ? sous PEmE DE MORT SOCIALE. Si, Cette démonstration n'est point, actuellement, absolument nécessaire; je ne suis qu'un sot. jN'éloignons jamais la question : de ce terrain-là.
— « Mais, continue M. Barrot, vous attendez du cataclysme qui doit , selon vous, faire crouler bientôt toute la vieille société , la révolution qui universalisera votre croyance et la rendra en quelque sorte forcée pour tous. »
— Ici, M. Odilon Barrot m'a parfaitement lu ; et, je l'en remercie; sauf le mot croyance, pour lequel, avec Cicéron et saint Augustin, j ai le plus profond mépris. Saint- Augustin poussait ce mépris, à un tel point : qu'il ne concevait pas que l'on put rien croire ; si, ce n'est l'absurde : Credo
QLIA ABSLRDLM.
— <i C'est pour prévenir cette cruelle expérience, continue M. Barrot, que vous vous adressez à toutes les intelligences^ que vous leur soumettez votre pensée de salut, espérant arriver par la persuasion et par le seul mouvement des convictions libres, à sa réalisation. »
— Le meilleur avocat général ne m'aurait pas mieux résumé.
— « Eb bien! continue M. Barrot, je vous dirai sincèrement, que bien loin d'apporter la paix à la société bumaine, votre idée, si elle pouvait se réaliser, ne ferait qu'y jeter des causes plus fréquentes et plus profondes de perturbation. »
— Bravo î Monsieur, Voilà, qui est attaqué franchement ; et, je vous en remercie : de tout mon cœur. Si, MM. Guizot et Thiers voulaient agir comme vous ; nous irions vite en besogne. Allons ! Monsieur, à vous le premier feu !
— a Vous VOUS imaginez, à la suite de beaucoup d'autres, dit M. Barrot, que la propriété de la terre est la seule propriété qui excite les envies, les passions, la seule qui fait rhonime riche ou pauvre, heureux ou malheureux, et qui produise cet antagonisme, source des révolutions passées et du cataclysme inévitable que vous prophétisez. »
— J'en demande un million de pardons à M. Barrot. Je n'ai jamais dit : que, M. Rothschild, sans un pouce de terrain, n'est pas plus riche, plus heureux : que, le mendiant, propriétaire d'une cabane, dans laquelle il meurt de faim. Mais, j'ai dit et j'ai prouvé : que, tant que le sol est aliéné à un seul ou à plusieurs individus ; le paupérisme, croit sur une ligne parallèle à la richesse; et, que cet antagonisme, en présence de Tincompressibilité de l'examen, est essentiellement anarchique. Je suis persuadé : qu'après avoir lu mes deux derniers volumes, aussi attentivement qu'il a bien voulu lire les premiers ; M. Odilon Barrot pensera comme moi.
— « Mais, continue M. Barrot, ne savez-vous pas qu'il y a bien d'autres causes qui excitent les passions des homme», que celles qui peuvent sortir de la distribution plus ou moins égale, plus ou moins équitable du sol ? »
— Je le sais parfaitement. Monsieur, l^t, c'est précisément parce que je le sais ; que, je mets, au-dessus de l'entrée du sol à la propriété collective ; la démonstration de la réalité du droit, delà justice, de la raison; afin, que chacun ait une raison réelle, pour dominer ses passions, quelle qu'en soit la source.
i22 SCIENCE SOCIALE.
— « D'abord , la richesse, dit M. Barrot, a hiea d'autres sources que la propriété foncière. »
— Ici, je suis obligé de dire : que, M. Barrot a écrit ce passage, avec trop de rapidité. La richesse n'a de sources possibles : que, le sol, comme patient ; et, que le travail, comme agent. Le sol, sausle travail, ne produit pas, mais loDctioiine. Le travail, sacs le sol ou ce qui provient du sol, opère dans le vide. Après avoir lu mes derniers volumes, M. Barrot ne renouvellera plus cette proposition ; et, je suis heureux de sou erreur : car, dès que M. Barrot sera convaincu; son courage et son amour de l'humanité sauront lever bien des obstacles. Pour beaucoup de personnes, avoir énoncé une erreur, est une raisou : pour, ue jamais l'abandonner. Pour M. Barrot, avoir énoncé une erreur, est une raison -.pour, la désavouer le plus tôt possible; dès, qu'on lui a montré la vérité.
— « Voyez en Angleterre, en France même, continue M. Barrot, si les plus riches sont propriétaires fonciers ? »
— C'est vrai. Les propriétaires fonciers ne sont les plus riches : que, sous la féodalité nobiliaire ; où, le sol domine le capital. Quand, le capital domine le sol, ce qui existe sous la féodalité financière ; les plus riches, sont les capitalistes. Mais, dans les deux cas, le pîiupérisme croit, nécessairement, sur une ligne parallèle à la richesse ; et c'est , je le répète, ce qui est incompatible, avec l'existence de l'ordre ; en présence : de l'incompressibilité de l'examen.
— « Les propriétés mobilières, continue M. Barrot, tondent de plus en plus à s'accroître;... »
— i:t, le paupérisme croît sur une ligne parallèle à la richesse ; et cela : tant, que le sol reste aliéné.
— < . . .faiiiii?, coriliaue M. BaiTot, que les proprictéà immobilières sont
nécessaircnieiit slationnaires. »
— M . Barrot pourrait même dire : que; les propriétés imluobilières sont rétrogrades, sous la domiuation du capital. Car, alors l'industrie rapporte plus que l'agriculture ; et, il est du raisonnement d'employer son outil : à ce, qui rapporte le plus.
— «Déji en Angleterre , continue M. Barrot, la fortune mobilière excède dans une proportion assez forte et qui s'étend tous les ans davantage. »
— Oui , parce que le capital anglais domine le monde. Mais, ôtez à l'Angletecre cette domination bourgeoise ; et, TOUS y verrez les fortunes mobilières, presque instantanément anéanties ; pour, n'y laisser subsister : que , les fortunes territoriales, appartenant exclusivement : à l'aristocratie nobiliaire.
— « Dès, ci^ntinue M. Barrot, que vous auriez fait entrer, comme vous le dites, la propriété foncière dans la propriété coUcclive, vous n'auriez donc pas, par cela même, fait disparaître rantagouisme entre le riche et le pauvre. »
— Je vous demande pardon, Monsieur ! Dès, ([ue le sol est entré à la propriété collective, après la démonstration de la réalité du droit ; le paupérisme moral et le paupérisme juatériel : sont anéantis. Et, dès qu'il n'y a plus de pauvres ; l'antagonisme, entre le pauvre et le riche, a cessé d'exister. Prouvez : que, l'entrée du sol à la propriété collective.^ dans les conditions susdites, n'anéantit point le paupérisme ; et, je ne suis qu'un sot : en trois lettres.
— « Que dis-je? continue M. Birrol, vous auiliv. laissé subsister celte richesse moliilière, qui n'étant pas, coinnie ou le dit , au soleil, peut se
déplacer, se cacher à volonté , et qui par cela même est sans responsabi lité et trop souvent aussi sans moralité. »
— Et, voilà pourquoi il est nécessaire : que, le propriétaire mobilier ait de la moralité, ce qui est impossible, vis-à-vis delà raison, quand la morale est une sottise : ce qui existe, nécessairement, sous le matérialisme. C'est, pour cela aussi que le propriétaire mobilier doit savoir : que, nulle part sa propriété n'est assurée contre les risques des révolutions ; si ce n'est : sous, la domination rationnelle.
— « Vous auriez , continue M. Barrot , aggravé le paupérisme , car TOUS placeriez le pauvre vis-à-vis d'un riche sur lequel il n'a aucune prise morale. »
— J'ai déjà dit et je répète : que, l'entrée du sol, à la propriété collective, anéantit le paupérisme. 2se quittons pas ce terrain-là. Si, par cette entrée , le paupérisme n'est point anéanti; et, s'il n'est pas nécessaire d'anéantir le paupérisme ; sous PEi>E DE MOUT SOCIALE ; je ne suis qu'un sot. Encore une fois, mille fois ; un million de fois : ne quittons pas ce terrain-là.
— «Aussi, continue M. Barrot, et par une conséquence logique de leurs idées, ceux qui attaquent la propriété foncière individuelle sont-ils conduits par un à fortiori à détruire aussi la propriété mohilière individuelle, et à déclarer la guerre à cet abominable capital qui, dit-on, fait le malheur el assure rasservlsseraent du prolétaire et du tiavailleur. «
— J'ai prouvé. Monsieur : que, la domination, du capital, constitue l'exploitation des masses ; et, que cette exploitation est devenue incompatible, avec l'existence de l'ordre. Prouvez : que, j'ai mal prouvé; et, je me rends immédiatement.
— « Vous n'adoplez pas, je le sais, continue M. Barrot , cette logique
SCIENCE SOCIALE. 42o
extrême et absurde ; vous voulez bien reconnaître que le capital représente le travail accumulé du passé ; vous ne voulez pas en dépouiller violemment celui qui l'a gagné par son industrie, ses sueurs et ses privations , ou par le travail de ses pères ; vous sentez que si vous le tentiez , vous détruiriez du même coup, et la famille et le mobile du travail, et qu'il ne vousresleiait qu'à vous rangera cette ridicule utopie de M. Louis Blanc , qui , pour suppléer à ce mobile du travail , proposait de mettre dans les ateliers un écriteau qui devait suffire, selon lui, à stimuler l'bomme laborieux et à faire justice du paresseux. »
— Jeprie : 31. Barrot, de ne pas s'éloigner du but. Le paupérisme doit-il être anéanti : sous peiine de mort sociale? Le paupérisme, peut-il être anéanti, autrement : que, par l'entrée du sol à la propriété collective? Prouvez: que, ces deux propositions ne sont point absolument vraies ; tout le reste s'évanouit. Accordez, qu'elles sont vraies ; et, toutes les objections s'évanouissent.
^ « Non, continue M. Barrot, je le reconnais , vous avez reculé devant de telles absurdités ! Mais vous n'en essayez pas moins de diminuer cette fortune mobilière privée pour enricliir la société collective au moyen d'un impôt qui, à chaque mutation^ ferait passer le quart^ 23 pour cent, de ce capital dans le trésor collectif; et comme le premier effet de cet impôt serait de faire passer toute cette fortune mobilière dans les pay.étrangers, pour se soustraire à un prélèvement aussi exorbitant,... »
— Voyons, 3Ionsieur; quittons, pour un instant, le terrain : de la nécessité d'anéantir le paupérisme ; et, de la seule possibilité de l'anéantir autrement : que, par l'entrée du sol à la propriété collective.
D'abord, l'impôt de 25 pour cent n'existe : que, pour la transmission par testament; et si, ceux qui héritent, par testament, payent 2.5 pour cent; ils ont part dans les 2.") pour cent de tous ceux qui les payent. Voilà, pour la question théorique.
Ensuite, vous dites : qu'un propriétaire mobilier, pour éviter que son légataire paye 25 pour cent : ou, éraigrera ; ou, enverra ses fonds à l'étranger, pour les faire valoir.
A-2(y SCIENCE SOCIALE.
Éinigrer ! d'un pays où les révolutions sont anéanties; pour aller se fixer dans un pays, où, tous les jours, la tête ol la bourse sont en danger! Vous n'y pensez pas, Monsieur. 11 enverra ses fonds à l'étranger, dites-vous. Tant mieux, Sîonsieur, pour la société. Son capital, fera travailler des esclaves étrangers; et, !e produit des esclaves entrera en irance. La France serait-elle esclave : si, le capital de la dette appartenait : à des propriétaires étrangers ? Soyez tranquille, l'époque arrive : où, rien , chez une nationalité, ne pourra appartenir à un étranger. La féodalité financière aime le cosmopolitisme, sous la domination des écus ; cosmopolitisme, conservant les nationalités, bases de l'exploiiation des masses. Mais, Tanarchie est Là, pour empêcher : cecosjiîopolilisme de la barbarie.
— « ... vous cies conJnit, coiitiiuic M. Bîiirot, ù subordonner la possibilité de la réalisation de voire idée à celte coudition, qui n'est ni prochaine ni facile, de l'atolilion de toutes les nalionalités, et de la fusion de tous les peuples en un seul. »
— Si, j'avais subordonné : l'entrée du sol à la propriété collective, à l'abolition des nationalités ; j'aurais été un t^rand sot. Et, ce passage, encore, a été écrit en trop grande liàte. J'ai, seulement, subordonné l'entrée du sol à la propriété collective; à la démonstration rationnellement incontestable : de la réalité du droit.
— « M.iis adincltous , conriiiueM Birrot, même que cette utopie pût p isser dans le domaine des idées possibles; ...»
— Je vais replacer M. Barrot, sur le terrain de la nécessité. Est-il, désormais, nécessaire, oui ou non; que, les nationalités soient anéanties : sous peine de mort sociale? Si, cette nécessité absolue et prochaine n'existe pas; l'ancaQtissement, des nationalités, est une utopie. Ne quittons ja-
SCIENCE SOCIALE. i27
mais, je le répéterai mille lois, le terrain de la nécessité. C'est le seul, sur lequel : la question, d'ordre social, doive se placer.
— « ...auriez-vous pour cela, continue M. Barrot, détruit l'obstacle que la réalisation de votre idée trouverait dans les intérêts ou les passions des hommes? •>
— Ces passions, Monsieur; dès, que la réalité du droit est démontrée, sont dominées : par la raison, au moyen de l'éducation et de l'instruction. Quant aux intérêts, chacun sait, alors, qu'il est au mieux possible : et, des circonstances; cf, de la justice éternelle.
— « Croyez-vous, continue M. Barrot, que nos gouvernements, armés qu'ils sont de trilmnanx. de gendarmes, de prisons dont vous ne voulez plus pour le vôtre, ne seraient pas fort tentés d'imposer eux aussi la forlune mobilière? »
— Ici, encore, M. Barrot ne m'a pas lu : avec assez d'attention. Il aurait vu : que, la fortune mobilière est iuiposée. Et, pourquoi, s'il vous plait, ne le serait-elle pas? Je prie, 5î. Odilon Barrot, de relire la théorie générale de^ l'impôt.
— !< Ils se contentent en généra! , continue M. Bariot, de droits de mutation fort modérés sur ces valeurs insaisissables ;. . , »
— Fort modérés !.. . Le budget tout entier pèse sur la fortune mobilière direclement : puisque, le sol est soumis au capital; et indirectement^ sur le travail. Je prie, M. Barrot, de relire les théories générales.
Quand, le sol est aliéné; l'impôt, oui ou non, pèse-t-il tout entier sur le travail? Voilà, ce à quoi il faut répoudre.
— «... et, tout modérés que sont ces droits, continue M. Barrot, ils ne peuvent ([u'élrc incomplètement perçus, parce '.{ue le propre du capital mobilier est d'cchapper à tnutc mainmise. »
— Oui, sous la domiuation du capital ; et, cela doit être. Mais, la domiuation du capital est-elle, actuellement^ compatible avec l'existence de l'ordre? rs'e quittons pas le terrain : de la nécessité sociale. C'est, je le répète, exclusivement sur ce terrain : que, l'ordre peut exister et persister.
— «Attendez-vous, continue M. Barrof, qui, comme tous les avocats qui se senteut sur un terrain faible , aiment d'autant plus à répéter une proposition qu'elle a moins de valeur, attendez-vous, dit-il, à moins que vous n'ayez préalablement changé l'humanilé, à ce que, pour éiliapper à votre prélèvement de 25 pour cent, l'esprit humain déploie tout ce qu'il a de ressources. »
— Si, la raison ne prouve point : que, ce qu'il y a de plus raisonnable, de plus spirituel, est le payement des 25 pour cent, et plus peut-être; c'est, que cet impôt est absolument mauvais. Alors, que M. Barrot prouve : qu'il sera raisonnable, spirituel, de ne pas le payer; et, nous aurons absolument tort.
— « Les Juifs, continue M. Barrot, ont bien inventé la lettre de change pour échapper aux avanies périodiques des gouvernements persécuteurs. »
— Oui, pour échapper au despotisme. Et, aujourd'hui, les rationalistes feront usage, des lettres de change, pour transporter leurs propriétés, dans un pays ; où, ils n'auront rien à craindre : ni, du despotisme ; ni, de l'anarchie.
— « Soyez assuré, continue M. Barrot, que pour recouvrer votre impôt, vous serez obligé d'emprisonner plus de récalcitrants et de fraudeurs que notre vieille société n'en renferme pour crimes ou délits communs. »
— Quand, un ancien président du conseil ; un homme, aussi instruit que M. Odilon Barrot, n'a d'objection, contre une organisation de propriété tout entière, qu'une semblable futilité; c'est, que cette organisation a déjà jeté de
profondes racines^ dans Tesprit de celui qui s'efforce, en vain, de lui résister.
— « Il est vrai, continue M. Barrot, que vous les appellerez des fous et non des prévenus; que la prison sera un cabanon. i>
— Quand, il n'y a point de sanction religieuse ; les prévenus ne sont point des fous ; mais, des infortunés que la chance a trompés. S'ils avaient pu cacher : leurs assassinats et leurs vols ; ils auraient été : des gens du plus haut mérite. Quand, la sanction rehgieuse est scientiflquement démontré*, les assassins sont des fous; dont, il faut avoir pitié. >''est-ce rien : que, cette différence ?
— « Qu'importe, continue M Barrot, la différence des mois? »
— A cet égard, je m'en rapporte : à 31. Barrot lui-même.
— « Vous êtes, ajoute M. Barrot, un homme trop sérieux pour vous en contenter. »
— Je remercie M. Barrot : de la bonne opinion qu'il a de moi. J'ai la même opinion de lui.
— n 11 y a , Dieu merci ! dit M. Barrot, une limite à la puissance dos lois lorsqu'elles veulent agir sur l'individu , sur ses facultés , sur son capital. »
— C'est vrai, pour les lois basées sur la force. Mais, les lois, basées sur l»raison, n'ont de limites : que, la folie de ceux sur lesquels elles agissent.
— n Au delà de celte limite, continue M. Barrot, et quelque licroïqucs, quelque exorbitants que soient les moyens qu'elles emploient , elles ne peuvent que reccnnaide et constater leur impuissance. »
— C'est vrai : surtout, lorsque , comme à présent , là force ne peut plus être : transformée en droit.
— « Je dis Dieu merci ! ajoute M. Barrot, car c'est là la plus sérieuse garantie de la liberté humaine contre le despotisme des uns et contre les extravagances des autres. »
— Garantie contre le despotisme, soit d'un seul, soit de plusieurs, c'est vrai. Mais, du moment : que, le pouvoir des lois de la force, n'est plus illimité ; l'anarchie, existe nécessairement : jusqu'à ce que, le pouvoir, des lois de la raison, soit lui-même : illimité.
— « Je n'ai pas bien compris dans \otre ouvrage, dit M. Odilon Barrot, comment, laissant le capital mobilier à la propriété individuelle . vous pourriez maintenir li propriété foncière à l'état de propriété collective. »
— Dès, que 31. Barrot ne nva pas compris; c'est, certainement ma faute. Je vais : m'excuser d*abcrd; je m'accuserai ensuite; et je me corrigerai enfin.
A la page 238 du second volume de Qn est-ce la science sociale? j'ai dit, au nom de la loi :
— « Dédaration que le sol, îine fois entré à la propriété collective ,
est INALIÉNABLE. »
— Voilà, comment : laissant, le capital mobilier à la propriété individuelle; la propriété foncière, peut être maintenue à l'état : de propriété collective.
Je continue à m'excuser.
A la page 302 du premier volume, j'ai dit :
— « S* les baux doivent être aussi longs que possible , pour le plus grand bien de tous et de chacun; le fermage, au contraire , pour le plus grand bien de tous et de chacun, doit être aussi haut que possible. »
SCIEÎSCE SOCIALE. 431
— Je croyais : que, lexiMession aussi haut que possible, signifiait suflisamment : que, les exploitations, rurales et AUTRES, devaient être affermées : au PLUSOFFRAiNTef dernier enchérisseur.
Et, vous Terrez plus loin : que, M. Barrot l'a parfaitement compris.
De plus, l'ouvrage tout entier explique : que, sous la société nouvelle, toute dette envers l'État est exclusivemcii!:. personnelle; et que, par conséquent, toute location, par l'État, est exclusivement personnelle : rendant illégale ; toute sous-location.
Maintenant, je vais m'accuser.
A la page 314 du second volume ut supra, j'ai dit :
— « La division en grandes et petites cultures , en grandes et petitos exploitations rurales , selon que les localités sont plus ou mojtis propres aux manufactures, selon la population, selon toutes les circonslanres possibles enfin, assure à chacun la pos-ibililé de vivre en famille isolée oiî en feimiîles associées , selon les goûts ; l'orgnnisatiou sociale protégeaiit également: et, les exploitations par une seule famille; et, les exploitations par familles associées. »
— Ce passage me parait irréprochable. Si, je le donne i<i ; c'est, pour faciliter la conclusion de ce qui va suivre, à I-i page 315.
— « Les boux étant toujours à vie, pour les exploitations par une seule famille; et, de trente années, jiour les cx|iloitations par familles associées ; sont néanmoins résiliables, du côté des individus, ])our des causes déterminées d'utilité particulière. Car, Tintérêt public et les intérêts particuliers, élant alors nécessairement identiques ; c'est, toujours rintérêt raisonnable des particuliers, qui doit être : consulté et préféré. »
— Eh bien! j'aurais dû dire :
— « Les baux : étant toujours à vie, et personnels, pour, etc. »
— Alors rillégaiité de sous-location aurait été suflisaïa-
ment indiquée. Je pourrais m'excuser, en disant : qu'à la suite, de ce paragraphe, on trouve :
— « Voilà celte plus-value, impossible à organiser selon M. Proudhoii, tjui se trouve organisée, sans qu'on y toucher Le sol , et ce qui s'y rapporte, est évalué au commencement et à la fin du bail. S'il v a plusvalue, l'Etat paye. S il y a moins-value, l'béritage pave. Et, si l'iiéritage n'a rion, l'Étal perd. Car, alors, le crédit n'est que personnel ; le crédit hèrédilaire se trouvant anéanti. »
— lirais, au lieu de m'excuscr, je préfère me corriger. A la même page, vous trouvez :
— « Les cxploitalions, rurales et autres, étant toujours louées avec ..« tant le mobilier qui leur est nécessaire; chaque individu, sortant majeur
des mains de la société collective, trouve toujours à s'établir immédiatement, etc. »
— J'aurais dû dire :
— « Les exploitations rurales et autres, étant toujours louées au plus
OFFRANT et DERNIER ENCHÉRISSEUR, etC. »
— Alors, j'aurais e'vitéles reproches de M. Odilon Barrot.
Je ne puis dire, du reste, combien je suis reconnaissant, envers M. Barrot, des observations qu'il veut bien m'adresser : sur 1 exploitation agricole de la propriété collective du sol. Beaucoup de personnes, très-bienveillantes pour moi et pour le socialisme rationnel, m'ont dit : Nous attendons votre volume suivant pour savoir : comment se trouvera organisée Texploitatioyi du sol.
Je leur ai toujours répondu :
Que voulez- vous que je vous dise de plus? Le nombre et la grandeur, des exploitations agricoles, sont déterminés selon les localités. Les exploitations sont louées au plus offrant. Puis, je leur répétais : ce, qui se trouve aussi à la page 3 1 5 :
— « Esl-ce clair? C'est, peut-être, trop simple pour être compris. Que voulez-vous que j'y fasse? »
— La preuve : que, c'est clair comme de l'eau de roche ; c'est, que ai. Barrotn'a trouvé d'observation, que sur un de'faut de lucidité ; qui, je l'espère, est maintenant : suffisamment réparé.
Maintenant, je vais recommencer la phrase de M. Odilon Barrot :
— « Je n'ai pas bien compris, dans votre ouvrage, comment, laissant le capital mobilier à la propriété individuelle, vous pouviez maintenir la propriété foncière à l'état de propriété collective. J'ai déjà indiqué que vous n'y aviez pas intérêt , puisque c'est précisément la richesse foncière et territoriale qui est la plus morale, parce qu'elle est la seule responsable moralement. »
— J'avoue aussi : que, je ne comprends pas : comment, la richesse, la matière, peut être responsable, moralement. Avant, de parler de morale, pour la richesse : il faudrait savoir : si, la morale, même pour les possesseurs de la richesse, n'est pas une expression vide de sens. Tant, que la force peut être transformée en droit ; les possesseurs de richesse sont responsables, vis-à-vis de cette force ; qui, déclare morale : la conformité à ce droit. Quand, l'examen a détruit cette transformation ; et, que la réalité du droit est ignorée : ce qui est fort, est moral ; ce qui est faible, est