‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 42 sur 102 · IMMORAL · texte numérisé non relu

IMMORAL

— « Mais, continue M. Barrot , indépendamment de celte considération, est-ce que les propriétés que vous affermeriez ne le seront pas nécessairement et de préférence aux possesseurs de capitaux qui auront plus de moyens de les exploiter utilement ? »

— Non, Monsieur. Parce que : 1" les terres ne sont affermées qu'à ceux qui les cultivent ;

ji^4t SCIENCE SOCULE.

2° Et, dès que les salaires sont au plus haut possible; si, même les capitalistes étaient autorisés à en louer pour les faire cultiver; ils se seraient hientôt ruinés, au profit des salariés. Tout ceci : a déjà été indiqué, dans les théories générales; et, se trouve développé : au troisième volume.

— « Ceux-ci, continue M. Barrot, les loueront à des petits cultivateurs qui n'auront que leurs bras. «

— M. Odilon Barrot part toujours de l'hypothèse : que, le paupérisme n'est point anéanti. Dès, que le capital cesse de dominer ; dès, que le travail domine ; chacun est riche : de sa part, dans la totalité de l'instruction; de sa part, dans la totalité du sol ; et, dans la presque totalité des capitaux formés, par les générations passées ; de sa dot sociale ; du crédit social ; et de la protection sociale. Alors, ce ne sont plus les travailleurs, qui vont offrir leurs bras aux capitalistes; mais bien, les capitalistes qui vont offrir leurs capitaux, aux travailleurs; en les priant: de les faire valoir. Voyez, ce qui se passe : aux États-Unis î

— «Ainsi, continue M. Barrot, le capitaliste retirera toujours les profits du travailleur. Les intermédiaires se seront multipliés, voilà tout. Et la condition du travailleur, comme en Irlande, n'en sera que plus misérable; car il n'aura pas affaire au propriétaire auquel mille liens sympathiques le relieront, mais à un spéculateur qui tirera de ses sueurs, tant quil sera valide, tout ce qu'il en pourra tirer, et l'abandonnera ensuite, lorsqu'il sera vieux et infirme, à la misère de votre charité légale. »

— Je prie M. Odilon Barrot : d'aller faire un voyage d'observation, aux États-Unis d'Amérique ; où, le travail domine : parce que, le sol n'y est point encore complètement aliéné. 11 verra : si, les capitalistes y spéculent, pour faire cultiver les terres; et, si le capital y exploite le travail. Et, encore, quelle différence : entre, le régime des États-Unis, et,

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celui : où, le travail domine complètement le capital ! Ici, la famille est débarrassée du soin des enfants ; tons, je le répète, reçoivent réducation, Tinstmction, etc., etc., jusqu'à leur entrée dans la vie sociale ; en y entrant, tous sont dotés, d'une dot, qui augmente comme la richesse; les salaires y sont au maximum des circonstances ; et, l'intérêt des capitaux au minimum ; la consommation s'y trouve au maximum, ainsi que la production; plus de révolutions ; plus de guerres ; et, faut-il dire, plus de procès ; assurance mutuelle, contre le malheur; et, horreur universelle, de la charité légale. M. Barrot est encore imbu de la maxime de M. Thiers : il est impossible d'anéantir le paupérisme. Quand, M. Barrot aura lu ma réfutation de M. Thiers; et, ce quej'ai écrit sur la répartition des richesses; 'la bonne foi et le talent de M. Barrot me sont garants : qu'il abandonnera une école, qui conduit inévitablement à l'anarchie, en présence de l'incompressibilité de l'examen.

— « Ce résultat, continue M. Barrot, est si fort en opposition avec vos vues, qu'en vérité je crains de ra'être trompé et d'avoir mal lu, et cependant il est bien certain que vous ne faites pas entrer la propriété foncière dans la propriété collective, pour l'y laisser en friche, ou pour la fiiirc cultiver en régie par l'Elat lui-même. »

— Ce passage est l'expression de la bonne foi de M. Barrot. Effectivement, M. Barrot a mal lu; et moi, je ne me suis point expliqué avec assez de clarté. Du reste, si j ai tort, c'est ma faute; et, si M. Barrot a mal lu, ce n'est point sa faute : les préjugés d'enfance aveuglent; et, si quelqu'un est capal)le de s'en débarrasser, j'aime à croire que ce sera M. Barrot. Je prie en grâce M. Barrot de relire mes deux premiers volumes, avant de lire les deux dei>niers; et, il sera étonné : du jugement, qu'il aura porté prématurément.

— « Vous admctlcz , continue M. Barrot, que la propriété sera affer-

mée même pour la vie du fermier, et alors vous faites tomber inévitablement l'exploitation de cette propriété dans les mains des capitalistes,... »

— J'espère : que, maintenant que je me suis corrigé, M. Barrot me comprendra mieux. En outre, je le prie d'observer : que, sous la domination du travail , l'intérêt du capital est au minimum possible des circonstances; et, le prix du salaire, au maximum possible des mêmes circonstances; contrairement, à ce qui existe sous la domination du capital; où, le prix du salaire est toujours au minimum possible ; et, l'intérêt du capital au maximum possible. Sous, la domination du travail : la consommation; et, par suite, la production, sont au maximum possible des circonstances; tandis, que sous la domination du capital; la consommation; et, par suite la production; sont au minimum possible des mêmes circonstances. Je me répète : parce que, M. Odilou Barrot répète : son unique objection. Et, je dois me répéter : car, si M. Odilon Barrot, homme de talent et de bonne foi, ne m'a point compris à une première lecture ; je dois en conclure : que, beaucoup d'autres lecteurs sont dans le cas : de M. Barrot.

— « ... soit, continue M. Barrot, que vous l'adjugiez au plus offrant, soit même que vous choisissiez selon les capacités présumées ; ce qui , dans ce dernier cas, vous fait tomber dans le système du père Enfantin, dont vous êtes le premier à combatire l'absurdité. »

— M. Barrot sait parfaitement : que, je n'ai nulle tendance vers la papauté saint-simonienne ; ni, vers aucune papauté quelconque. Mais, je le prie d'observer : que MM. Enfantin et Comte sont des hommes d'un immense talent; et que, si tous les deux ont proposé des systèmes absurdes ; c'est, uniquement : pour sortir, d'un système devenu absurde ; en présence de l'incompressibilité de l'examen ; parce qu'il conduisait inévitablement : à la mort sociale.

— « Vous voyez, continue M. Barrot, que votre grande et fondamentale idée, l'entrée de la propriété foncière dans la propriété collective , pourrait bien vous conduire à des résultais tout opposés à ceux que vous promettiez au travailleur ou au prolétaire, et que vous pourriez bien par là empirer sa condition au lieu de l'améliorer. »

— Je vois si peu cela ; que, je vois précisénieut le contraire ; et, à cet égard, j'en appelle : de M. Barrot, voyant par les yeux du préjugé; à M. Barrot, voyant par luimême.

— «Mais, ajoute M. Barrot, ce n'est pa^ tout; je veux vous concéder (|u'en généralisant ainsi la propriété, ou plutôt en la supprimant^... »

— En la supprimant ! Ah! Monsieur! je vous prie en grâce : de vouloir bien me relire.

— «...vous aurez, continue M, Barrot, supprimé une partie des causes de conflit et de procès entre les hommes. »

— Merci, Monsieur ! je prends acte.

— « Mais, continue M. Barrot, combien elle est faible dans la généralité des cau?es qui provoquent les crimes ou délits , et qui excitent les passions humaines !

« N'est-ce pas la propriété mobilière qui excite le plus la convoitise et qui alimente le vol? Or, vous ne la supprimez pas. »

— Je prends acte encore une fois, Monsieur! Tout à l'heure, vous disiez que je supprimais la propriété. J'aime à croire : que, c'est une ellipse; et, que vous avez voulu dire : ([ue, je supprimais la propriété foncière individuelle. 3ïais, supprimer la propriété foncière individuelle; n'est point supprimer : la propriété foncière. La propriété foncière collective est propriété, comme la propriété foncière individuelle. Seulement, cette dernière est l'expression du mono pôle, du privilège; et, la propriété foncière collective est

l'expression : uou point du despotisme; non point dé l'anarcliie; mais bien : de la liberté sociale réelle.

— « Et, en outre, contiiuie M.Barrol,les femmes, les passions qu'elles excitenf, les supprimez-vous aussi dans votre système? »

— Les passions, Monsieur, sont l'expression de lorganisme: et, F une des essences de toute humanité possible. \.i\ homme, sans passion, ne serait pas même un chien; ce serait nne bûche. Je ne veux : ni, extirper les passions; ni, les rendre dominatrices de la raison. Je veux, au contraire : que, la raison domine les passions. Et, pour cela, il faut, premièrement, prouver : que, la raison existe; que tout, chez l'homme, n'est point passion; et^ secondement, prouver : qu'il y a une raison et une bonne raison, basée sur la science et non plus sur une foi, pour dominer ses passions. Or, pour cela, il faut; qu'anthropomorphisme et panthéisme soient anéantis. Malheureusement, vous subissez encore : l'un et l'autre joug. Allons! Monsieur, du courage ! Tous êtes digne de les briser.

— « Non, continue M. Barrol^ car vous avez du moins le bon sens de maintenir le mariage avec toute sa saiutité; vous conservez donc tout ce que celle lutte perpétuelle eiilre la passion et le devoir, dans ce qu'il a de plus strict, de plus convcntioiuiel, de pius forcé, si je puis ni'e.xprimer ainsi, emporte avec elle de désordre et de perturbation, «

— La lutte, entre la passion et le devoir, n'emporte, avec elle, de désordre et de perturbation : que, lorsque le devoir reste indéterminé; et, qu'il n'est basé : que, sur une sanction religieuse hypothétique; toujours faible, en présence de l'examen individuel. Mais, quand la sanction religieuse est scientiiiquement étabUe; et, socialement vulgarisée; le devoir se trouve, immédiatement, vainqueur socialement; et, vainqueur, domestiquemenl : partout, où la folie n'existe pas.

— « Enfin, ajoute M. Barrot, il est une autre cause où les passions de riiomme trouveront une source inépuisable cValiments et de Tiolentes excitations, c'est le pouvoir et la domination. »

— Le pouvoir, Monsieur , est une source inépuisable : d'aliments des passions ; et, de violentes excitations ; tant, qu'il est relatif à la force; et, doit se trouver ainsi personnifié. Mais, du moment que le pouvoir réel est démontré : être impersonnel ; être l'éternellejustice ; dès, que tous s'en reconnaissent les sujets; au lieu, de vouloir être des souverains ; le pouvoir, loin d'être une source de despotisme et d'anarchie, devient une source : d'ordre, et de bonheur.

— « Il sera grand , continue M. Barrot , et bien digne d'exciter les passions de Torgueil et de Tamlùtion , ce pouvoir que vous créez dans votre nouvelle société; car vous Tenrichissez, vous le grossissez de tout ce que TOUS enlevez au droit individuel. »

— D'abord , Monsieur, je ne crée pas de pouvoir. Je veux démontrer : que, le pouvoir réel, l'autorité réelle existe; et que cette existence est impersonnelle. Quant à la puissauce, relative à la personne cliargée de faire exécuter les lois du pouvoir réel ; cette puissance est si loin d'être exorbitante : que, le comte de Survilliers, alors prétendant, et dont j'étais le représentant intellectuel, refusait d'accepter les conditions du pouvoir; comme, je les avais formulées. Et, personne mieux ([ue vous, Monsieur, ne le sait : car, à cette époque, j'avais Tlionneur de fréquenter vos salons; et, je me souviens, avec reconnaissance, de la bienveillance que vous aviez pour moi.

Quant au droit individuel, il ne peut dériver : que, de la force ; ou, que delà raison. Quand, il dérive de la force, il est à exécrer ; quand, il dérive de la raison : chacun jouit de ce droit, ati maximum possible; quand, la raison est intronisée.

— « Vous en faites, continue M. Barrot, le distributeur de la richesse, des avantages de la propriété. »

— Je suis heureux de cette observation que me fait M. Barrot. Elle me prouve : que, probablement, je ne me suis pas expliqué avec assez de clarté. Si, M. Earrot me fait l'honneur de lire ce que, dans mon troisième volume, toujours du même ouvrage, j'écris sur la distribution des richesses; il verra, clairement : que rien n'est plus opposé, au règne rationnel, qu'un distributeur personnel : des richesses.

— « Celui qui en sera investi , continue M. Barrot , sera tout à la fois pape et roi. »

— Je suppose : que, par les expressionspape et roi; M. Barrot comprend : souverain au spirituel ; et, souverain au temporel. Comment, M. Barrot veut-il : qu'il y ait des souverains, au spirituel et au temporel, toujours personnels par essence ; quand le souverain , impersonnel par essence, est : réternellejustice; l'éternelle raison? C'est, aucootraire, M. Barrot qui veut rendre chaque individu pape elroi; en prétendant les émanciper : du droit commun ; du droit social. Ici, M. Barrot, bien certainement sans le savoir, est de l'école de M. P. Leroux; et, aussi, de l'école de M. de Girardin.

— « Il commandera , dit M. Barrot, aux inlérêts et aux consciences. »'

— Comment, M. Barrot veut-il : qu'un individu puisse commander aux intérêts et aux consciences : quand, la conscience de chacun sait qu'il est de son intérêt : d'obéir à l'éternelle justice, à l'éternelle raison j dont, les lois éternelles sont scientifiquement formulées ; et, socialement établies ?

SCIENCE SOCIALE. iif

— « Unitaire ou collectif, collectif surtout, il n'en sera que plus avidement recherché. »

— M. Odilon Barrot, comme son époque, ne conçoit de souveraineté : que, celle de droit divin, et, celle des majorités; toujours nécessairement personnifiées : chez un ; ou, chez plusieurs. La première a pour résultat : le despotisme; et, la : seconde l'anarchie. K'est-il pas temps de sortir de ce cercle vicieux ; qui, en présence de 1 incompressibilité de rexameu, conduit : à la mort sociale?

— « Quel moyen avez-vous , continue M. Barrot , de supprimer les luttes d'orgueil et d'ambition dans une telle société? «

— M. Odilon Barrot a dû remarquer, dans mon travail, la déclaration : que, l'entrée du sol à la propriété collective, en dehors de la connaissance sociale de la réalité du droit, serait éminemment anarchique, même en supprimant le paupérisme. Eh bien ! le moyen de supprimer les luttes d'orgueil et d'ambition, chez ceux qui ne sont pas fous; c'estj de les rendre sujets volontaires : de l'éternelle justice, de l'éternelle raison. Alors, chacun sait : que, le plus heureux est celui qui obéit le mieux; que, commander est du dévouement ; et, qu'obéir est du bonheur.

— « Toute propriété, dit M. Barrot, est abandonnée par le moine qui entre dans un couvent; y abdique-t-il pour cela la passion du pouvoir et de la domination? »

— C'est, que dans un couvent, Monsieur : il n'y a qu'un propriétaire; et, que chacun cherche à devenir : le propriétaire unique. Sous le règne rationnel, au contraire ; tous, sont propriétaires, et propriétaires inviolables : des fruits du travail des générations passées ; et, des fruits de leur propre travail. Concevez-vous : comment, cette inviolabilité assure la paix : entre tous?

— K Et cette société, continue M. Barrot, que vous tous , messieurs les socialistes, vous organisez plus ou moins à Tinstar des couvents , croyant réaliser en cela le dernier perfectionnement humain , alors que vous ne faites que retournera l'enfance des sociétés, à la birbarie, vous la laisserez en proie à toutes les agitations, à toutes les passions humaines. »

— 31. Barrot vient de voir : qu'au seia de la société rationnelle, tous sont propriétaires inviolables ; et , qu'au sein des couvents, il n'y a qu'un seul propriétaire; que, la société rationnelle est le dernier perfectionnement possible de l'humanité ; puisque, la société est alors basée sur la vérité; et, que vouloir sortir de la vérité, serait entrer dans l'erreur; que, toute autre société que la société rationnelle; ne peut être que barbarie; et, qu'au sein de la société rationnelle, ces agitations et ces passions : y sont esclaves.

— « Vous ne lui aurez enlevé , continue M. Barrot , que ce qui seul peut contrebalancer ou ennoblir les passions, la liberté et l'individualité (le l'homme. »

— La liberté! sous la souveraineté du droit divin ou sous la souveraineté des majorités? Oui, la liberté d'écraser le faible ; et, l'obligation de se soumettre à la force. L'individualité de l'homme, sous l'anthropomorphisme ou sous le panthéisme? Oui, l'individualité phénoménale, apparente vis-à-vis delà sottise; mais, réelle vis-à-vis de la raison? jamais !

Ici, et sans le vouloir, bien certainement; M. Barrot forme faisceau avec : MM. Proudhon; et de Girardin.

— « Dieu^ )) dit M. Barrot,. . .

— Et entre parenthèses, il ajoute :

— « . . .personnel ou impersonnel, comme vous voudrez, la distinction m'importe peu, et je ne la comprends, pas bien. »

— J'en étais certain. Après, avoir lu mon introduction; M. Barrot comprendra, parfaitement, cette distinction. Il verra : qu'avec le Dieu personnel, la liberté, l'individualité de l'homme, sont des impossibilités, des absurdités; et, qu'avec le Dieu impersonnel^ la liberté , l'individualité de l'homme, existent nécessairement. C'est, quelque peu important, me parait-il.

— « Dieu, continue M. Barrot, a créé riiomme. . . »

— M. 13arrot, dans mon introduction, verra : que la raison et la création sont en opposition ; comme, l'être et le néant.

— « ... créé Ihoinme, conlinue iVI. Barrot, avec des élémenls qui sont de son essence elle coustiluent : la sociabilité et l'individualité ;... »

— Une individualité plus que phénoménale, dérhant d'une création, est une utopie. Quant à la sociabilité, là, où il n'y a point individualité réelle; c'est, une affaire d'ins- Unct; comme, pour les castors et les fourmis.

— « ... il l'a fuit, continue M. Barrot, tout à la fois sociable et libre. »

— Faire libre est très-joli! Allons, Monsieur! brisez donc : ces langes d'anthropomorphisme; qui, retieunent esclave r. une belle intelligence !

— « C'est, continue M. Barrot, avec cette double faculté qu'il l'a mis dans ce monde... et c'est à l'aide de celte double condition que l'Iiumanité doit accomplir sa mission ici-bas. »

— Pour aller où, Monsieur? Pour aller brûler éternellement; ou, jouer de la harpe éternellement; selon l'anthropomorphisme révélé; ou, pour aller pourrir éternellement ; selon, l'anthropomorphisme philosophique?

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— « Ces deux condilions, continue M. Barrot, semblent contraires . et souvent se choquent ensemble, et cependant elles tendent au même but. »

— Ah! Monsieur, vous avez pris cela : aux antiuomies de M.Proudhon. C'est, une mauvaise école, je vous en préviens !

— « Souvent, dit M. Barrot, la liberté dispute ses sacrifices à la sociabilité, et compromet celle-ci en lui refusant les concessions nécessaires ; d'autres fois c'est la sociabilité qui tend à absorber, à confisquer en quelque sorte Tindividuaiité et la liberté. »

— Tenez, Slonsieur ! je vais expliquer votre pensée. L'ordre, c'est l'harmonie entre l'individualisme et le socialisme que, vous appelez : sociabilité.

— Comment peut exister cette harmonie?

— Je vais vous le dire :

Œn époque d'ignorauce sociale, sur la réalité du droit; et, pour aussi longtemps, que l'examen peut être comprimé ; cette harmonie existe : lorsque, le plus grand nombre possible est exploité, par le plus petit nombre possible.

En époque d'ignorance sociale ; sur la réalité du droit, et, d'incompressibilité de l'examen; cette harmonie est impossible.

En époque de connaissance, sur la réalité du droit ; cette harmonie existe : quand, personne n'est exploité. Et, alors, personne n'est exploité : quand, le sol est entré : à la propriété collective.

— « L'histoire des sociétés humaines... »

— Je vous préviens. Monsieur : que, cette expression est panthéiste. Seriez-vous aussi : de lécole de 31. A. Comte?

— a L'histoire des sociétés humaines, dit M. Barrot, de leurs révolu-

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tions \iolentes, comme de leurs progrès pacifiques, n'est que l'histoire de cette lutte qui a ses vicissitudes , et qui durera autant que l'humanité même. »

— Alors, et en présence de l'incompressibilité de l'examen; l'humanité, a peu de temps à vivre.

— « Toute la science sociale, continue M. Barrot, consiste à trouver la meilleure concilialioo entre ces deux éléments de l'homme , et non, comme nos docteurs modernes le font , en supprimant l'un ou l'autre, croyant par cela seul supprimer la lutte et fonder la paix absolue : ce qui n'est autre chose que tenter de refaire l'œuvre de Dieu et entrer en lutte contre la Providence. »

— Ici, je préviens M. Barrot : que, le voilà auteur d'un système, sur la science sociale; et, par conséquent, aussi SOCIALISTE : que, Saint-Simon, Fourier, P. Leroux, Proudhon, de Girardin, etc., etc. Ceci, étant dit par parenthèse, je continue :

Dabord, ceux qui veulent supprimer l'individualisme; ce sont les anthropomorphistes et les panthéistes ; vis-à-vis desquels, quand ils commencent à raisonner, toute individualité réelle est absurde. Et, M. Odilon Barrot, jusqu'à présent (et j'ai la conscience que cela ne durera pas), appartient à ces deux sectes. Ensuite, comment distingue-t-on la bonne conciliation de la mauvaise? A coups de baïonnettes, sans doute. Est-ce là un moyen de conciliation bien pacifique? Ou bien, M. Barrot veut-il, comme M. de Girardin : que, l'on €csse de se battre ; et, que l'on tâche de s'arranger dans un club ? Ce n'est pas le tout de dire : Déposez vos armes, bavardez ; puis, embrassez-vous et que cela finisse ! il faut aussi dire : comment, cela est possible.

— (( S'il était permis, dit M. Odilon Barrot, de caractériser le progrès, très-lent, je le reconnais, des sociétés, je dirais que le progrès se remarque dans une plus grande extension donnée au droit individuel et dans

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une réduction progressive des sacrifices que ce droit fait à la puissance sociale. »

— Bien, Monsieur ! Tous voilà giraràiniste; et, je ne vous en fais pas mon compliment. L'extension de droit individuel, en époque d'ignorance sur la réalité du droit ; ou, l'émancipation progressive des individus, du joug de la raison sociale ; soit, basée sur une foi commune ; soit, basée sur la science commune ; c'est : I'Enfer.

— « C'est assez vous dire, continue M. Barrot, que la dislinclion ou même la moilification à peu près absolue de la propriété individuelle, qui est le but oii tendent vos effnrts, et ceux de presque tous vos confrères en socialisme, est bien loin d'être à mes yeux un progrès .... »

— Je reviendrai, cent fois, à mon point de départ :

Le paupérisme croit-il sur une ligne parallèle à la richesse? C'est admis : par tous les économistes.

Ces deux progrès sont-ils compatibles avec l'existence de l'ordre, en présence de l'incompressibilité de l'examen ?

S'ils sont incompatibles : le paupérisme doit être anéanti.

L'entrée du sol à la propriété collective, après l'anéantissement de l'ignorance sociale, sur la réalité du droit; anéantit-elle le paupérisme ?

Yoilà, les termes, dans lesquels, il faudrait réduire la question. Sinon, nous pourrons parler des années; et, nous n'aurons pas fait faire un pas : à la question.

— «...c'est au coniraire, continue M. Barrot, un de ces retours en arrière qui rejetterait notre société presque à son point de départ, si jamais vos doctrines pouvaient se réaliser. »

— Ainsi : baser la société, sur la science; anéantir le paupérisme, tant intellectuel que matériel ; donner à eba-

cun l'assurance : qu'il est au mieux possible, socialement ; et que, quand il est mal, individuellement; c'est, un résultat de justice; ce serait retourner en arrière ! Je le répète : j'en appelle de M. Barrot, sous l'influence du préjugé; à M. Barrot, sous l'influence de sa seule raison.

— «Il faut donc bien, conliniie M. Barrot, toute menacée qu'elle est par les convoitises irréfléchies qui fermentent dans une société qui est libre jusqu'au suicide... »

— Tous trouvez, Monsieur, qu'une société où, selon le prince des économistes, tous les ans une partie de la population meurt de besoin, même au sein de la nation la j^lus prospère; où les épargnes des richesse font aux dépens des pauvres, est libre jusqu'au suicide! Alors, Monsieur, je crains bien : qu'elle n'use de cette liberté !

— « ... que, continue M. Barrot, la propriélé individuelle, avec et malgré tous les dangers qu'elle nous crée, soit énergiquement défendue par tout ce qui a intelligence et moralité, par tout ce qui tient à la dignité humaine et au véritable progrès social. »

— Soyez tranquille, Monsieur! il n'y a besoin : ni, d'énergie; ni, d'intelligence; ni, de moralité; ni, de dignité humaine; pour détendre la propriété individuelle ; elle est aussi inviolable : que, l'humanité elle-même. Mais, ce qui n'est point in\iolable; c'est, l'organisation actuelle de cette propriété. Celle-ci, disparaîtra devant la nécessité sociale, comme les brouillards devant le soleil. En 1789, les nobles disaient aussi : qu'en attaquant l'organisation de la propriété, relative à la primogéniture ; on attaquait la propriété individuelle. Peusez-y, Monsieur! Vous êtes digne: de reconnaître la vérité.

— « Telle est, continue M. Barrot, ma profesbiun de foi bienproloude

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et bien entière. Elle m'a guidé dans toute ma vie publique, et continuera à réftler mes efforts. »

— J'en suis persuadé, Monsieur. Mais, de ce qu'on a été dans Terreur, ce n'est pas une raison pour y persister. C'en est une, au contraire, pour le reconnaître.

— « En vous répondant, Monsieur, avec cette sincérité, continue M. B.irrot, et en entrant dans ces développements , j'ai entendu vous prouver au moins, Monsieur, que si je suis aux antipodes de vos idées, je n'en rends pas moins justice à vos sentiments et à vos intentions.

« Recevez l'assurance de ma considération distinguée.

« Odilon Baurot.

« Paris, février 18b4. »

— Je renouyelle ici, à M. Odilon Barrot, l'expression de ma profonde reconnaissance : pour cette lettre, qu'il a bien voulu m'adresser. Je le supplie, en grâce, de vouloir bien relire mes deux premiers volumes ; et, les deux que j'ai l'honneur de lui adresser. C'est : au nom de l'ordre; au nom deThumanilé ; que je l'en prie. Je sais : que, si je parviens à le convaincre; ce ne sera point un vain amourpropre, qui l'empêchera d'en convenir. Encore une fois, je fais appel à sa conscience ; et, je suis persuadé : que je serai entendu.

Voici un P. S. k cette lettre.

— « p. s. Dans le cours de votre ouvrage, vous avez eu occasion de me citer à propos de la fameuse querelle qui s'est élevée, dans les premiers temps de la restauration, entre M. de la Mennais et moi, à l'occasion du caractère neutre de notre législation en matière de religion, neutralité qu'il lui plaisait de qualifier d'atbéisme légal. Vous avez bien compris que la cour de cassation, ni les autres cours qui se sont conformées à la doctrine, ni moi, n'avions jamais entendu proclamer que la loi arborait et favorisait l'athéisme , mais seulement qu'elle respectait la liberté humaine dans tout ce qui touche aux croyances religieuses, et qu'elle séparait ainsi son domaine du domaine purement spirituel. Mais vous è'es bien complètement dans l'erreur, lorsque vous supposez que lorsque

j'ai concouru à notre expédition de Rome , j'ai changé d'opinion et de camp avec M. de la Mennais , et suis devenu partisan de la confusion des deux pouvoirs. Si vous aviez assisté aux débats qu'a provoqués cette expédition ou que vous eussiez pris la peine de les lire avec quelque attention, vous auriez vu que le principal argument que nous avons produit pour maintenir au pape son indépendance a été principalement puisé dans le grand intérêt qu'a toute la catholicité... »

— Est-ce qu'il y a une catholicité, Monsieur; où, il y a liberté de religion ?

— << ...qu'a toule la calholicité, continue M. Barrot , à ce que les deux pouvoirs restent séparés dans chaque État. Il est vrai que la condition de cette séparation, dans le monde catholique, est qu'ils soient réunis à Rome;... »

— Je répète. Monsieur : que, sous la liberté religieuse, il n'y a pas de monde catholique. Ensuite, pour réunir les deux pouvoirs, n'importe où, contre les convictions de ceux qui n'eu veulent pas ; vous ne faites : qu'employer la force. Si, la force est un argument; vous avez raison. Puis, je ne vois nullement : pourquoi , la séparation des pouvoirs, dans chaque État, exige : que, ces pouvoirs soient réunis à Rome.

« ...mais, continue M. Barrot, c'est là une nécessité qui a ses compensations pour Rome, et qui a d'ailleurs été la condition de la fondation et du maintien de l'État romain. Vous voyez donc bien que , bien loin de renoncer au principe de la séparation des deux pouvoirs, dans cette circonstance, je l'ai maintenue ])lus que jamais. »

— J'avoue : que, je ne le vois pas du tout. Ce, dont je suis persuadé; c'est, que 31. Barrot a été de bonne foi. Mais, qu'est-ce que cela prouve? Qu'en époque d'ignorance sociale ou d'opinions, ce qui est tout im, il est possil.de d'aller : tantôt à droite et tantôt à gauche; tout, en siinaginant de marcher : toujours droit devant soi.

— « J'ajouterai même, continue M. Barrot, que là est pour moi l'un des grands intérêts sociaux de l'existence de la papauté. »

— J'ai la faiblesse de m'iraaginer : qu'après, m' avoir lu attentivement; M. Barrot ne croira plus autant, à l'utilité sociale de la papauté romaine.

Avant, de passer aux autres lettres, que l'on a bien voulu m'adresser; je vais répondre ici à quelques observations : que : des personnes bienveillantes ont bien voulu me faire verbalement. Je les ai d'abord priées de me les mettre par écrit, pour être insérées ici. C'est, sans doute, leur modestie qui les a empècbées d'accéder à ma demande. Je vais les résumer et y répondre : dans le moindre espace possible.

1° Votre budget de recette ne sera point assez considérable, pour subvenir à tant de dépenses ; et, le gouvernement succombera sous le faix ;

2° Votre budget de recette sera trop considérable; et, le gouvernement en abusera ;

3" Comment, sera organisé votre gouvernement ? disent les uns et les autres ;

4" Et la dette?

Avant, de dire un mot, sur chacune de ces observations, je réponds d'abord :

Que, j'écris des prolégomènes, pour constater l'existence de deux nécessités sociales :

La nécessité, de démontrer la réalité du droit ;

La nécessité, de faire entrer le sol à la propriété collective ; après démonstration : de la réalité du droit.

Ces deux nécessités sociales sont-elles réelles : oui ou

non

Si, l'on répond jnon : il est inutile de me faire des observations, sur une organisation que je déclare absolument mauvaise : dès, qu'elle n'est point absolument nécessaire.

Si, l'on me répond oui : alors, quand même je ne pourrais répondre aux observations; cela, n'influerait en rien

sur l'existence de ces nécessite's .; et; ce qu'il y aurait de mieux à faire, dans ce cas, serait : de chercher, soi-même, à résoudre ses propres objections.

L'exposition sommaire de la science sociale, que je placerai à la fin de cette discussion contradictoire, prouvera : que, j'ai préyu toutes les objections; et, qu'elles seront résolues en leur lieu et place. Malheureusement, les enfants TOudraieut tout savoir : non-seulement sans rien apprendre ; mais, encore sans oublier les erreurs qui leur aveuglent lintelligence. A cet égard, j'avoue mon incapacité pour les instruire ; et, je les engage : à s'adresser à un professeur de mysticisme ; ou, à un professeur de tables tournantes et parlantes. Alors, et en très-peu de leçons, ils pourront recevoir le baptême de la foi ; ils sauront tout : sans rien apprendre.

Maintenant : et, pour ceux qui ne sont plus tout à fait enfants; et, pour ceux qui sont déjà entrés en époque de puérilité sociale; je vais écrire quelques mots, sur chaque observation. Je ferai remarquer, néanmoins : que, vouloir parler de calcul différentiel et intégral, à ceux qui ne connaissent pas encore l'algorithme ; et, s'imaginent * que, le nec plus ultra, des mathématiques, est une règle de fausse X)Osition ; ce serait perdre un temps, qui peut être mieux employé. Les enfants, qui n'ont pas encore de dents, doivent se contenter : de manger de la bouilUe.

Votre budget de recette ne sera point assez considérable, pour subvenir à tant de dépenses j et, le gouvernement succombera sous le faix.

Le revenu actuel de la propriété foncière est d'environ : 1,700,000,000 fr.

Lorsque, la domination de l'intelligence est établie ; la consommation décuple, au moins : puisque, selon M. Michei

Chevalier ; et, selon une autorité plus illustre encore ; il y. a, actuellenieut, vingt-cinq millions de prolétaires agricoles; sans compter : les prolétaires de 1 industrie.

Or, le revenu des terres augmente, comme la consommation, se subordonnant : la production.

Je pourrais vous dire : voilà, pour cette seule source, un budget de dix-sept milliards. Otez-en ce qu'il vous plaira.

Le revenu actuel, de la propriété mobilière, est au moins égal : au revenu de la propriété foncière ; IM. Odilon Barrot me le fait observer : avec beaucoup de raison.

Lorsque, la domination de l'intelligence est établie; la valeur de la propriété mobilière diminue de quelque peu, quant au capital ; mais, elle augmente proportionnellement: à l'élévation du prix des salaires ; à l'élévation de la valeur des terres : quand le travail, la production et la consommation tendent, continuellement, vers leur maximum.

Mettez l'impôt sur cette propriété, à ce que vous voudrez; et, le montant de cet impôt : à ce qu'il vous plaira.

rse décuplons point, d'abord , le revenu de la propriété mobilière; doublons-le seulement : après, dix années de domination inlellectuelle. C'est, un revenu de 3,400 millions ; et, un capital de 1 13,333 millions à trois pour cent.

Au moyen de l'impôt sur les testaments, et presque tous les pères testeront ; ce capital passe dans le trésor public : en quatre générations ; en cent vingt années. C'est par an onze cent onze millions.

Et, les héritages ab intestat!

Et, les dons par testament î

Et, les prélèvements, après décès, pour dot sociale; et, pour avance de crédit ?

Maintenant, voyons les dépenses !

Plus d'armée à payer ; plus de dette à payer.

Car, l'armée, nécessaire pour l'époque de transition, gagne facilement ses dépenses. Quant à la dette , nous en parlerons.

testent :

Les dépenses relatives, à l'éducation et à l'instruction; Les dépenses relatives, à la dotation des individus ; Les dépenses relatives, au crédit accordé aux individus; Les dépenses relatives, aux vieillards, aux malades, aux incapables de travailler, etc.

Les dépenses d'administration.

Éducation et instruction.

Si, les enfants venaient sous des choux, comme le disaient nos pudiques grand'mères ; si, tous les individus parvenus à l'âge de vingt et un ans , se trouvaient enlevés , comme Elle dans une nuée de feu, pour aller dans un meilleur monde ; croyez-vous : qu'avec l'état actuel des connaissances et des richesses; sans guerres, sans dettes, sous la domination rationnelle; la richesse et les connaissances viendraient à diminuer; et, le monde à périr? Il n'est aucun de vous qui n'affirme : que, la richesse, les connaissances et le monde : ne périraient point.

Voilà, l'éduc ition et l'instruction qui ne coûtent pas un centime. Je pourrais, très-facilement, leur donner le budget : d'un milliard.

Dotations des individus.

La dot, relative à chaque individu, se prend sur l'excédant des recettes. La dot de chacun augmente : comme la richesse sociale.

Voilà, cette dépense éliminée au besoin. Il est évident : « que, chaque dot sociale sera peu de chose ou rien, pour la première génération ; mais , chaque dot devient quelque chose très-rapidement; et s'accroît : très-rapidement.

Dépenses relatives aux crédits accordés aux individus.

Sous la domination rationnelle, la société connaît les fous; et, ue leur accorde point de crédit. Elle est leur tu-

4o4 SCIENCE SOCIALE.

trice ; elle est plus, elle est leur mère ; et, les soigue : comme ses enfants.

Sous la domination rationnelle, 1 intérêt du capital étant au plus bas; et, les capitalistes portant leurs capitaux aux travailleurs, pour les faire valoir; comme, les prolétaires vont actuellement porter leurs bras aux capitalistes, pour les prier de les faire valoir ; le gouvernement n'aura qu'à offrir des capitaux, à un prix modéré; et, les capitalistes concourront avec le gouvernement, pour donner leurs capitaux aux travailleurs, à un prix plus bas que le gouvernement.

Sous la domination rationnelle , les salaires étant au maximum possible des circonstances ; il est très-jDeu d'individus, qui auront besoin de crédit ; et, le gouvernement ne fera qu'intervenir : pour maintenir l'intérêt , au minimum possible.

Sous la domination rationnelle , ce qui a été prêté par l'État; et, ce qui a été donné en dot; est prélevé à la mort : sur l'héritage du défunt. -

Sous la domination rationnelle, personne n'émigre pendant l'époque de transition ; et, personne ne veut aller dans la lune, quand les nationalités ont cessé d'exister; parce qu'alors chacun sait : qu'il est au mieux possible des circonstances.

Les dépenses de l'État, comme crédits avancés aux individus, sont très-faibles. «Mr

>• Dépenses relatives aux vieillards, aux malades, aux incapables de travailler, etc.

Sous la domination rationnelle, n'oubliez pas : qu'il n'y a point de mineurs de vingt et un ans, dans la société des individus; ces mineurs appartiennent : à la société collective, dont nous avons parlé.

Sous la domination rationnelle, le salaire étant toujours

au maximum possible; il n est presque pas d'iudividu, qui ne se mette eu état de vivre : sans travailler pe'm])lement; sans travailler plus que pour s'assurer le repos dans sa vieillesse. Car, alors les épargnes des riches ne se font plus aux dépens des pauvres, ainsi que le dit J. B. Say ; puisqu'il n'y a plus de pauvres; et alors, il y a de quoi économiser. Chacun, tiendra à honneur (alors encore honneur et devoir sont synonymes) d'être le moins possible à la charge de ses frères. Puis, quand il s'y trouve, il sait : que, c'est un droit qui lui appartient; et, il en jouit ; sans déshonneur.

De plus, les affections de famille ne sont point, alors, de simples sentiments, toujours dominés par des passions vie* torieuses; mais, des raisonnements dominant les passions, parce qu'alors il y a : une raison pour les dominer.

En outre, quand les établissements matériels, relatifs à cette branche de dépense, sont achevés en quantité suffisante ; et, ils le sont promptement, par le très-petit nombre d'années que chaque individu consacre à la société, en retour de l'éducation et de l'instruction qu'il lui doit; le fonds courant, nécessaire pour leur donner ce que demande leur plein exercice, est peu considérable ; et l'État, au besoin, pourrait y consacrer : un milliard.

Dépenses d'administration.

Les employés seront infiniment moins nombreux ; mais aussi ils seront infiniment mieux rétribués. Quand, le salaire des individus, travaillant pour eux-mêmes, est au maximum possible des circonstances; le salaire, de ceux qui travaillent pour les autres, doit, à plus forte raison, se trouver aussi : au maximum des circonstances.

Que vous faut-il à cet égard? Avez-vous assez de deux, trois, quatre, cinq cents millions? Prenez.

Vous paraît-il, maintenant : que, le gouvernement succombera : sous le i'aix ?

Votre budget de recette sera trop considérable ; et, le gouvernement en abusera.

Ah! le gouvernement en abusera...

Et pourquoi, s'il vous plait ?

Qu'un gouvernement abuse de la richesse :

Quand, le droit est incertain ou nié ;

Quand, l'anarchie est aux portes ;

Quand , le despotisme et la corruption sont absolument nécessaires, pour ne point périr;

C'est inévitable : et, le gouvernement qui n'en userait point, ce qui n'est point en abuser alors : serait un sot.

Mais :

Quand, le droit existe ; et, que chacun le connaît;

Quand, la sanction religieuse est socialement démoutrée; et, que chacun sait : que, sa situation sociale est la meilleure possible ;

Quand, la corruption ne peut plus agir que sur les sots; et, que c'est, surtout, au corrupteur qu'elle est nuisible ;

Quand, le despotisme et l'anarchie sont devenus socialement impossibles ; et, que les despotes, ainsi que les anarchistes, sont universellement considérés : comme des fous, dont il faut avoir pitié; comment, voulez-vous que le gouvernement abuse de la richesse ? Est-ce que, sous la domination rationnelle, les fous : sont au pouvoir ?

Comment sera organisé votre gouvernement P

Si, je voulais organiser un gouvernement : je serais un sot. Sous la domination rationnelle, la raison organise le gouvernement. Et, je m'en rapporte à vous-mêmes; voici, ce que dit la raison :

En époque d'ignorance, sur la réalité du droit; le gouveruemeut est nécessairement législateur, direct ou indirect. Alors, le droit est l'expression de la loi.

En époque de connaissance, sur la réalité du droit; le gouvernement cesse d'être législateur. Alors, la loi est l'expression du droit.

En époque d'ignorance, sur la réalité du droit ; le gouvernement est, nécessairement, l'expression d'une force : soit transformée en droit , tant que l'examen peut être comprimé ; soit brutale, lorsque celte compression est devenue impossible.

En époque de connaissance, sur la réalité du droit ; le gouvernement est, nécessairement , l'expression de la raison, rendue incontestable : vis-à-vis de tous et de chacun.

En époque d'ignorance, sur la réalité du droit; le gouvernement, nécessairement le résultat d'un arbitraire quelconque, plus ou moins bien adapté aux circonstances, doit être basé sur une foi, imposée par une éducation : dominant l'instruction.

En époque de connaissance, sur la réalité du droit ; le gouvernement, nécessairement le résultat de la science, doit être basé sur l'instruction : dominant 1 éducation.

En époque d'ignorance, sur la réalité du droit ; le gouvernement est le pilote.

En époque de connaissance, sur la réalité du droit ; le gouvernement est le gouvernail, dont le timonier est : l'éternelle raison.

En époque d'ignorance, sur la réalité du droit ; rien de plus facile : que , de formuler un gouvernement, plus ou moins bon; toute la difficulté, alors, consiste à le faire accepter : soit, en s'emparant de l'éducation, quand celle-ci peut encore dominer l'instruction ; soit, en soumettant les actions, sous le joug d'une force brutale; quand, l'instruction ne peut plus être soumise : à l'éducation.

En époque de connaissance, sur la réalité du droit ; le

4o8 SCIENCE SOCIALE.

gou\«rnement , seul possible, se trouve formulé : par la science, une par essence ; toute la difficulté, alors, consiste : dans son acceptation; et, celle-ci ne peut avoir lieu : que , par la nécessité sociale , imposant ce gouvernement , sous peine : de mort humanitaire.

En époque d'ignorance, sur la réalité du droit; rien, n est plus facile que de faire comprendre ; ou, de faire paraître comprendre : la bonté du gouvernement établi. Quand, il est basé, sur une foi acceptée; chacun, croit comprendre cette bonté; quand, il est basé, sur la force brutale : chacun, fait semblant de le comprendre : comme, le meilleur possible.

En ép-oque de connaissance, sur la réalité du droit; mais, avant que cette connaissance soit vulgarisée socialement; présenter, aux opinions, la formule du gouvernement rationnel, avant que la nécessité sociale ait anéanti les opinions, dans le sein de la vérité ; est une œuvre, à peu près iuutile ; et, qui ne peut être comprise : que, par une trèsfaible minorité.

Ce n'est point la formule, du gouvernement rationnel, que nous voulons présenter ici ; mais, une simple esquisse. L'exposition sommaire de la science sociale, que nous donnons à la fin de ce volume, prouvera : que, vouloir donner cette conclusion-formule; avant, que la science en ait imposé les prémisses ; serait : une éminente folie.

En époque de connaissance, sur la réalité du droit : lorsque, la loi est l'expression du droit éternel, qui rend la loi immuable ; lorsque , celle loi (se trouvant vulgarisée , par l'éducation commune; et^, confirmée, par l'instruction commune ; sous la protection : de la dictature de transition des fractions sociales à l'unité humanitaire); cette loi, dis-je, devient la conscience et le guide de chacun; le gouvernement : n'est plus que l'exécuteur et le soutien de la loi ; il n'est plus législation; il est : ADMiMSxnATiOA'.

Lorsque, l'éducation et Finstruction ont été communes ;

SCIENCE SOCIALE. io9

lorsque, la richesse est nécessairement répartie, selon le mérite; lorsqu'enfin tout paupérisme, tant intellectuel que matériel, se trouve anéanti, par l'intronisation de l'éternelle justice ; tout citoyen, qui n'est ni sot ni fou, ni ignorant ni méchant, doit contribuer : à l'exécution, au soutien de la loi, à l'administration de la société, dans la mesure de ses capacités, reconnues : par ses pairs. Voilà, pour la théorie.

Il existe, en outre , une condition pratique : nécessaire, à l'exercice rationnel des droits politiques.

La société rationnelle est l'ensemble des familles collectives, hiérarchiquement organisées; dont, la commune, cité première, est l'élément social, ayant elle-même, pour éléments : les familles domestiques.

Or, pour contribuer, rationnellement, à l'administration de la commune, de la cité, famille collective élémentaire; il faut connaître : la famille domestique ; et, pour la connaître, il faut , soi-même, être, ou avoir été : chef de famille.

Pour jouir de l'exercice rationnel des droits politiques, il faudra donc : être, ou avoir été marié. La famille collective ne doit être administrée : ni, par des eunuques; ni, par des sultans.

Lorsque les communes, cités premières, familles collectives de premier ordre , se trouvent circonscrites dans des limites, qui peuvent contenir : tout, ce que la société générale doit contenir elle-même; lorsque, les cités de second, de troisième, de quatrième et de cinquième ordre ; dont, la dernière renferme l'humanité tout eutière ; se trouvent établies; un maire, chef du pouvoir exécutif; et, un conseil, sous sa présidence; suffisent : à l'administration.

Le maire et le conseil sont nommés : à la majorité des voix. Le vote universel , appliqué à la nomination des individus appelés à administrer ; est, alors, aussi hiérarchique; qu'il est anarchique : lorsqu'il .est appliqué, à la formation des lois.

Le maire, et le conseil j font les règlements de localité; dans la latitude : laissée par la loi ; et, les règlements d'administration générale.

Les maires , et les conseillers des communes formant la cité de second ordre; nomment : dans leur sein; ou, parmi ceux qui ont déjà exercé ces mêmes fonctions; le maire et les conseillers de la cité de second ordre. Pour contribuer, à l'administration d'une cité de second ordre; il faut avoir été jugé digne de contribuer : à l'administration, d'une cité de premier ordre-

Il en est de même, pour les cités d'ordre supérieur, jusqu'à la cité humanitaire.

Voilà : pour la décentralisation, pour la diversité, pour les localités.

Voici : pour la centralisation, pour l'unité, pour la généralité.

Le maire de la cité générale, nomme, pour chaque cité immédiatement inférieure : un commissaire de gouvernement, chargé, seulement, de surveiller : l'exécution de la loi; et, des règlements d'administration générale.

Le commissaire, de chaque cité immédiatement inférieure; nomme, sous sa responsabilité : des commissaires, pour chaque cité immédiatement inférieure : à celle, où il se trouve établi.

Et, ainsi de suite : jusqu'à la commune.

Chaque commissaire, sous peine de responsabilité, doit : avertir les cités, qui s'écarteraient de la loi ou des règlements; et, en prévenir : son supérieur immédiat.

C'est, l'harmonie : entre les élections, par eu bas, sans responsabilité; et, les nominations, par en haut, avec responsabilité ; qui constitue : la bonne administration.

Ce, que je dirais de plus, actuellement, serait complètement inutile; et, peut-être nuisible. Néanmoins, je crois pouvoir placer ici, et sans inconvénient : deux passages de Leibuilz. Voici le premier :

— « La vérité , dit-il , est agréable aux esprits, et il n'y a rien de si difforme et de si incompatible avec l'entendemenl que le mensonge. Cependant il ne faut pas espérer qu'on s'applique beaucoup à des découvertes, tandis que le désir et l'estime des ricliesses ou de la puissance portera les hommes à épouser les opinions autorisées par la mode, et à chercher ensuite des argumônts, ou pour les faire passer pour bonnes , ou pour les farder et couvrir leurs difformités. Et pendant que les diflerents partis font recevoir leurs opinions à ceux qu'ils peuvent avoir en leur puissance, sans examiner si elles sont fausses ou véritables, quelles nouvelles lumières peut-on espérer dans les sciences qui appartiennent à la morale? Cette partie du genre humain qui est sous le joug devrait attendre au lieu de cela , dans la plupart des lieux du monde , des ténèbres aussi épaisses que celles de l'Egypte....

« Je ne désespère point que, dans un temps ou dans un pays plus tranquille, les hommes ne se mettent plus à la raison qu'ils n'ont fait. Car, en effet, il ne faut désespérer de rien... Supposons qu'on voie un jour quelque grand prince qui, comme les anciens rois d'Assyrie ou comme un autre Salomon, règne longtemps dans une paix profonde, et que ce prince aimant la vertu et la vérité, et doué d'un esprit grand et solide, se mette en tète de rendre les hommes plus heureux et plus accommodants entre eux et plus puissants sur la nature, quelles merveilles ne ferait-il pas en peu d'années ! Car il est sûr qu'en ce cas on ferait plus en dix ans qu'on ne ferait en cent et peut-être en mille en laissant aller les choses leur train ordinaire. »

{Nouveaux essais sur l'entendement humain, liv. IV.)

— Voici , le second :

— « La marque de l'honnête homme et de l'homme d'honneur cher eux (les matérialistes) est seulement de ne faire aucune bassesse, comme ils les prennent. Et si pour la grandeur ou par caprice, quelqu'un versait un déluge de sang, s'il renversait tout sens dessus dessous, on compterait cela pour rien, et un Érostrale des anciens , ou bien un Don Juan dans le Festin de Pierre, passerait pour un héros. On se moque hautement de l'amour de la patrie, et on tourne en ridicule ceux qui ont soin du public ; et quand quelque homme bien intentionné parle de ce que deviendra la société, on répond : Alors comme alors. Mais il pourra arriver à ces personnes d'éprouver elles-mêmes les maux qu'elles croient réservés à d'autres. Si l'on se corrige encore de cette maladie d'esprit épidémique, dont les mauvais effets commencent à être visibles, ces maux peut-être seront prévenus; mais si elle va croissant, la Providence corrigera les hommes par la rrvolution même qui en doit naVre : car, quoi qu'il puisse arriver, tout tournera toujours pour le mieux général au bout

du compte, quoique cela ne doive et ne puisse arriver sans le cliâtimeHt de ceux qui ont contribué même au bien par leurs actions mauvaises. »

(Id., ibid.)

— Si, ces deux passages tous ont donné la migraine; je vous demande pardon : pour Leibnitz,

Maintenant, ce que je vais ajouter, ne sera : ni nuisible; ni inutile.

Si, vous avez un Charenton à gue'rir; pour guérir ce Charenton, il faut commencer : par être le plus fort- Sinon, le gomernement passe aux fous. Et, c'est peu amusant.

Pour guérir un Gbarenton, il faut donc avoir : des gardefous; des camisoles de force; des douches; des triques; des knouts; ou des baïonnettes ; et, suffisamment : selon, que le Charenton est plus ou moins grand ; et, que les fous sont plus ou moins : enragés.

Fùt-on même, aussi sot que le dictionnaire; il serait permis de donner, au directeur d'un pareil établissement; le nom : de dictateur.

Mais, pour dire : qu'il y a deux espèces de dictateurs ; et, les spécifier; il faut être moins sot : que le dictionnaire.

Soyons moins sot : que le dictionnaire !

La première espèce de dictature est celle : de la force, dominant la raison.

La seconde espèce est celle : de la raison , dominant la force.

En époque d'ignorance sociale, sur la réalité de la raison ; vous concevez : que , la société ne peut être dictateur ; et, qu'un individu seul peut l'être.

En époque, d'ignorance sociale et d'incompressibilité de l'examen ; la dictature, de première espèce , change aussi souvent de dictateur : que, la girouette change d'aire de vent, pendant la tempête.

Et, avant que l'ignorance soit socialemekt évanouie; le dictateur, même de seconde espèce, doit encore être un

homme; jusqu'à ce que : l'ignorance soit, socialemeist, anéantie. C'est, seulement alors : que, le dictateur peut : abaisser, socialement, ses faisceaux devant la raison ; et, de- Tenir : son premier sujet.

Vous voyez : qu'avant , la domination sociale de la raison; le gouyernement doit encore résider, exclusivement, dans un homme; et que, l'essentiel est : que, cet homme soit dictateur de la seconde espèce ; c'est-à-dire : qu'il soit fort ; et qu'il connaisse : la réalité de la raison.

Alors : qu'il soit le Grand-Turc ; le Grand- Lama ; le Grand-Mogol ; ou , l'empereur de la Chine ; peu importe : absolument.

Quand, la domination, de la raison, existe socialement; quand, toi s connaissent la vérité ; alors, et je le répète :

La commune : a un maire; et, un conseil administratif; ^SBk L'arrondissement, idem;

Le département, iàem;

Les ensembles de département, idem ;

L'humanité, idem.

Voilà, pour aller de bas en haut.

Et, le maire de l'humanité, a des commissaires de pouvoir exécutif responsables, auprès de chaque ensemble : de département ;

Et, ces commissaires, nomment des commissaires de pouvoir exécutif responsables : pour chaque département ;

Et, ces commissaires , idem : pour chaque arrondissement.

Et, ces commissaires, idem : pour chaque commune.

Puis, c'est fini par là.

Mais, faut-il que je sois sot : pour vous parler de ces choses-là !

Si, je vous ai convaincus, j'en suis bien aise. Sinon : allez TOUS promener; ou bien , envoyez-moi au dictionnaire. J'aime mieux le premier.

El la dette?

Et la dette? Là-dessus, je vous renvoie aux e'cononiistes. Je puis vous assurer, qu'à cet égard, ils ont dit : de trèsbonnes choses. Je pourrais, même, vous les répéter ici. Mais, je trouve : que, pour aujourd'hui, ce serait vous parler calcul différentiel et intégral. Quand, vous aurez étudié les sections coniques ; nous commencerons à vous en dU-e : quelques mots.

Je soumets, la présente observation, à la critique de M. Odilon Barrot.

Je passe à la lettre d'un homme illustre, qui, à la révolution de 1848, qu'il a singulièrement accélérée par ses œuvres; s'est, pour ainsi dire, trouvé revêtu d'une puissance dictatoriale. C'est, nommer : M. de Lamartine, Voici la lettre, qu'il m'a fait l'honneur de ni'adrcsser.

« Slonsieiir,

« Les travaux et 'es affaires m'ont empêché de vous lire jusqu'ici avec l'attention que méritent le sujet et l'écrivain. Je ne voudrais pas émettre un avis léger sur une matière grave. La société est formée de tant d'éléments divers, insaisissables à l'homme, que je la crois plus I'oeuyee de la NATURE que l'œuvre de nos systèmes... »

— Il est certain : que, si ainsi que le prétend M. de Lamartine : la vie est partout comme rintelligence;s\, toute la nature est animée; si, toute la nature sent et pense; si, partout où est la in'e, là aussi est te sentiment; si, la pensée a des degrés, mégaux sans doute, mais sans vide; si enfin, il nj a qu'une seule nature; il est incontestable, vis-à-vis de la raison supposée exister : que, non-seulement la prétendue société, qui ne l'est pas du tout (puisque société réelle implique liberté) ; mais encore, M. de Lamartine et nous tous, y compris les chiens,

les chais, les choux, les oignons et le cristal, sommes l'œuvre de la nature; et tous : des rouages du grand automate,

l'UNIVl-RS (1).

lime paraît, cependant : que, M, de Lamartine n'a pas toujours pensé être un automate. Par exemple, lorsqu'il écrivait dans ÏHisioire des Girondins :

— « Le mouvement est l'essence des révolutions : les ralentir c'est les ti'abir ; »

il croyait bien être libre, en énonçant cette proposition ; et, ne s'imaginait pas : qu'elle sortait de son cerveau; comme le vent sort d'une caverne.

Et, lorsque, immédiatement après la révolution de 1 848, qu'il avait provoquée; il s'est efforcé, par tous les moyens possibles, d'enrayer cette révolution; nul don te encore : que, M. de Lamartine ne se croyait point un automate; et, nul doute encore : qu'il n'eût complètement changé d'opinion, pour ainsi dire du jour au lendemain : car, la trahison et l'imagination de M. de Lamartine, sont aussi incompatibles : que, le crime et la vertu.

Certainement encore, M. de Lamartine se croyait libre, quand il disait :

• — « La voix de la vérité qui tombe dans des cœurs corrompus, ressemble aux sons qui retentissent dans les tombeaux , et qui ne réveillent point les cadavres. »

— Car, s'il s'était cru un automate; il aurait su, si un automate-peut savoir : qu'un automate n'est qu'un cadavre, \is-à-Yis de la vérité ; et, que la vérité, au sein du matérialisme, est : une éminente sottise.

(1) Le 22 mars 1848, M. Proudhon disait au gouvernement provisoire : « Laissez la lumii-re se l'aire toitk skilk. Vous aurez bien mé- « rite de la patrie. »

Tous les panthéistes : veulent (|ue, l'univers soit un grand automate. Chacun ne veut d'exception :'que, pour lui-mènio. Mais, si les conseils ne peuvent frapper que des automates, à quoi ks conseils serviront-ils?

Par exemple : dans la phrase suivante, M. de Lamartine admet complètement l'automatisme ; dont, la nécessité absolue est l'expression.

— « Le temps, dit-il, est le grand expiateur^des choses liumaines;... »

— Je voudrais savoir : s'il est aussi le grand expiateur : des choses canines.

— « . . .mais hélas! continue M. de Lamartine, il se venge en aveugle, et il lave, avec les larmes et le sang d'une femme , victime du trône, les torts et les oppressions de vingt rois. »

— Alors, ce temps est un véritable brigand; et, si ce temps a un auteur ; c'est, alors cet auteur, qui est le brigand véritable.

C'est, sans doute de ce bon Dieu ; qui venge, sur l'ianocence, les infamies du crime ; que, M. de Lamartine va parler.

— « Une conscience sans Dieu, dit-il, c'est un tribunal sans juge. La lumière de la conscience n'est autre que la réverbération de l'idée de Dieu dans l'âme du genre humain. Éteignez Dieu, il fait nuit dans l'homme. On peut prendre au hasard la vertu pour le crime et le crime pour la vertu. »

— Le bon Dieu de M. de Lamartine, comme le bon Dieu de M. Comte, s'évanouit : devant la moindre lueur de raison. Aussi, MM. Comte et de Lamartine ont-ils liorreur de la raison, considérée comme souveraine. Écoutez plutôt !

— « L'âme humaine, » dit M. de Lamartine...

— Je VOUS demande pardon, Monsieur! je voudrais savoir : si, l'ànie des chiens est moins rebelle, à la raison.

que Tàme humaine? Dans ce cas, j'aimerais mieux être chien. Je poursuis :

— « L'càme humaine a besoin de surnaturel. La raison seule ne suffit pas pour expliquer sa triste condition ici-bas. »

— Il me paraît, Monsieur, qu'au lieu de dire : la raison ne suffit pas pour... tous auriez mieux fait de dire : l'ignorance est insuffisante pour... Mais, continuez!

— « Il lut fautj ajoute M. de Lamartine, du merveilleux et des mystères. Les mystères sont Tombre portée de l'infini sur l'esprit humain. Ils prouvent l'infini sans l'expliquer. »

— Il me semble à moi : que, ce qu'ils expliquent le mieux, c'est : l'ignorance humanitaire.

Si, vous voulez une nouvelle preuve, de lamabilité du bon Dieu de M. de Lamartine ; il va vous la donner.

— « Dieu, dit-il, a mis ce prix à la germination et à l'éclosion de ses desseins sur l'homme. Les idées végètent de sang humain. Les révélations descendent des échafauds. Toutes les religions se divinisent par les martyrs. »

— Eh bien ! j'avoue : que, le bon Dieu de M. de Lamartine me paraît ne pouvoir être aimable : que, pour des Polynésiens.

Maintenant, vous comprenez : comment, M. de Lamartine conçoit : que, la société va toute seule; c'est-à-dire : comme une maciiine. Cela doit être : soit, qu'il n'y ait qu'une seule nature, dont la fatalité est l'expression ; soit, qu'il n'y ait qu'un bon Dieu ; vengeant les infamies du crime, sur l'innocence ; et, s'amusant des tortures non méritées qu'il lui fait subir.

Je continue la lettre, que M. de Lamartine m'a fait l'honneur de m'écrire.

— « Elle (la société) me paraît, dit M. de Lamartine, ressembler au L^ranit qu'on voudrait décomposer grain par grain. »

— Il est évident : que si, ainsi que le prétend M. de Lamartine : la vie est partout comme VinleUigence; si, toute la nature est animée ; si, toute la nature sent et pense; si, partout où est la vie, là aussi est le sentiment^ et la pensée, à des degrés inégaux sans doute ^ mais sans vide; si, enfin, il n'y a qu'une seule nature ; il est complètement inutile de clierclier, dans cet ensemble, des différences réelles d'unités. Alors, un grain de granit et un homme sont des parties équivalentes, d'un tout formant un dieu : qui n'est rien du tout.

— « Mais en ce moment, continue M. de Lamartine, je n'ai aucun loisir pour étudier ces mystères. Je me borne à espérer des améliorations politiques. »

— Je conçois : que, dans le système de la nécessité absolue, le plus sage, si sage il y avait alors, serait d'espérer, n'importe quoi, en regardant son nombril. Mais, quand au nom de la liberté, on a osé porter la main sur le timon du pouvoir Ton a certainement des idées claires, nettes, arrêtées, sur ce que l'on s'imagine devoir constituer : ce qu'on appelle des améliorations.

Essayons de deviner quel est le système, auquel 31. de Lamartine se rattache.

En parlant des suites de la révolution de 1789, il dit :

— « Le principe du pouvoir fut sensiblement déplacé. La royauté avait fini par croire que le dépôt du pouvoir lui appartenait en propre. Elle avait demandé à la religion de consacrer ce RAPT aux yeux des peuples, eu leur disant que la tyrannie venait de Dieu et ne répondait qu'à Dieu. La longue bérédité des races couronnées avait fait croire qu'il y avait un droit de règne dans le sang des races royales. Le gouvernement, au lieu d'être fonction^, était devenu possession ; le roi maître, au lieu d'être cbef.

« Ce principe déplacé, déplaça tout... »

[Histoire des Girondins.)

— Soit! >'ous voyous : que, 31. de Lamartine u'est point légitimiste. Mais, par quoi M. de Lamartine veut-il remplacer la royauté absolue? Est-ce par une royauté constitutionnelle ? Examinons !

L'essence des gouvernements constitutionnels est des Assemblées plus ou moins souveraines. M. de Lamartine aimet-il les Assemblées ? Voyons !

— « Les Assemblées, dit M. de Lamartine, toujours indécises par leur nature, adoptent avec enthousiasme les propositions dilatoires , qui les soulagent de la nécessité de se prononcer. »

(M., liv. XXX.)

— « Les corps délibérants, dit ailleurs M. de Lamartine, timides et indécis par leur nature^ veulent : qu'on leur apporte de la force et non pas qu'on leur en demande. Il faut se présenter à eux après le succès. Ils le sanctionnent toujours. Avant ou pendant le combat, ils ne sont propres qu'à déconcerter la victoire. »

(Ibid., liv. XI.)

— « L'Assemblée législative, dit encore M. de Lamartine , nommée en haine de l'aristocratie et en défiance du peuple, et choisie parmi ces partis MOYENS et MODÉRÉS , qui uc sont dans les temps de crises que les négations du bien et du mal,... »

— Vous voyez : que, dans la proposition sociale, M. de Lamartine a horreur des termes moyens et modérés. Je ne sais : si, les extrêmes valent beaucoup mieux. Le tout, pour l'époque d'ignorance sociale et d'incompressibilité d'examen, me parait un ensemble : qui ne vaut rien du tout.

— « .... n'eut, continue M. de Lamartine, dans les éléments qui la composaient, ni l'esprit politique des hautes classes, ni l'âme patriotique du peuple. L'Assemblée constituante fut la représentation de la pensée de la France; la Convention fut la représentation du dévouement passionné des masses ; l'Assemblée législative ne représenta que les intérêts et le> vanités des classes intermédiaires. »

— Allons ! M. de Lamartine n'est : ni absolutiste, ni constitutionnel. Supposons, qu'en dehors de la souveraineté

rationnelle, il puisse y avoir autre chose, par exemple : du'girondiuisme, c'est-à-dire du bourgeoisisnie. Voyons : si, M. de Lamartine est girondin ou bourgeois.

— « Le parti des girondins, dit M. de Lamartine , entrait en scène avec l'audace et Tunilé d'une conspiration. C'était la bourgeoisie triomplianle, envieuse, remuante, éloquente, l'aristocratie du talent voulant conquéiir, exploiter à elle seule, la liberté, le pouvoir et le peuple. »

— Ici M. de Lamartine parait répudier la bourgeoisie. Toyons ailleurs !

— « Les girondins, dit M. de Lamartine, n'étaient que des démocrates de circon>lance. Robespierre et les montngnards étaient les démocrates de principes. Les premiers n'aspiraient qu'à renverser les vieilles aristocraties de rEglise, de la noblesse et de la cour, pour les remplacer par les aristocraties j)lus modernes de l'intelligence, des lettres et de la fortune. Le bouleversement social provoqué par les girondins s'arrêtait aux premières couches de la société. Un trône, une Église et une noblesse une fois supprimés au sommet de l'Etat, ils voulaient garder fout le reste. Leur génie et leur orgued satisfaits, ils prétendaient arrêter la révolution, po5er la borne de la démocratie derrière eux, et laisser subsister en bas toutes les inégalités, toutes les injustices, au-dessus desquelles ils se seraient élevés seuls par le mouvement qu'ils auraient imprimé. »

[Histoire des Girondins, liv. XXXL)

— C'est décidé : 31. de Lamartine n'est point bourgeois. 31. de Lamartine est-il montagnard? Voyons encore !

— « La politique de Robespierre, dit M. de Lamartine, embrassait, dans ses plans d'émancipation et d'organisation, le peuple tout entier. Tous les citoyens souverains, et exerçant, selon des formes déterminées par la constitution, une part égale de souveraineté; la justice et l'égalité parfaites, fondées sur les droits de la nature, et distribuant à parts équitables, entre toutes les conditions et tous les individus, les bénéfices elles charges de rassociation commune ; les fruits héréditaires du travail conservés dans la propriété, base de la famille, mais la loi de succession et l'équité do l'État frappant sans cesse le riche de charges plus lourdes, soulngeant sans cesse le pauvre de secours plus abondants, et tendant sans cesse ainsi à niveler les fortunes à l'exemple des droits et des castes nivelés ; une religion civique, renfermant dan? son symbole, exprimant dans

son culte simple, les dogmes rationnels (1), les formules morales et les aspiralious précises qui font croire, espérer et agir l'humanilé; en trois mots, un peuple, un magistrat, un dieu ; la loi divine, autant que possible, exprimée et pratiquée dans une loi sociale : voilà l'idéal de la politique de Robespierre.

« C'était, comme nous l'avons dit, la politique de J. J. Rousseau. Ea remontant plus haut, ou en retrouve le germe dans le christianisme : idéal divin, mille fois trahi par l'imperfection des instruments et des institutions qui tentèrent de le réaliser, mille fois noyé dans le sang des martyrs du perfectionnement social, mais qui traverse néanmoins toutes les déceptions, toutes les tyrannies, foutes les époques, tous les rêves, et que rhumanité revoit sans cesse briller devant elle, sinon comme un port, du moins comme un but. »

— Je soupçonne M. de Lamartine d'être montagnard, au moins en théorie. Je pourrais mèmeciter des passages : où, la terreur de 93 est complètement justifiée. Onnvobjectera peut-être : tout ce que M. de Lamartine a écrit, depuis, contre la 3Ioutagne; et, ses théories d'améliorations. Que voulez-vous que j'y fasse ? Je dis ce que M. de Lamar* tine était : en 1847.

— « Une telle politique, continue M, de Lamartine, devait fasciner le peuple. Celte doctrine avait des complices dans toutes les injustices, dans toutes les inégalités, dans toutes les souffrances des classes déshéritées de la fortune et du pouvoir , et dans toutes les espérances généreuses des hommes. Cette double complicité de tout ce qui souffre au présent, de tout ce qui espère à l'avenir, était la force de Robespierre. Le peuple ne voyait dans les girondins que des ambitieux, il voyait dans Robespierre un libérateur. »

— Voilà, une forte tendance vers la Montagne. Voici, qui est plus fort.

— « La Convention, dit M. de Lamartine, s'efforça de créer le seul

COMMUNISME VIIAI,...»

— Vous voyez : que, pour M. de Lamartine, il y a un communisme vrai. Voyons ce communisme!

(1) Les mots dogme et ralionnel hurlent de se trouver accouplés.

— « . . .le seul communisme vrai et compatible avec la propriété... »

— Voilà deux mots, cotnmunisme et propriété individuelle, qui hurlent de se trouver accouplés ; comme les mots : dogme et rationnel.

— « . . .avec la propriété, cet instinct vital de la famille... »

— Les panthéistes logiques disent toujours : Vinstinct, au lieu de la raison. C'est juste : l'instinct est l'expression de la nécessité ; la raison est l'expression de la liberté. Mais, voyons : en quoi consiste le communisme vrai.

— «... en soutirant par l'impôt, dit M. de Lamartine, le superflu du propriétaire à larges doses, et en le distribuant à larges salaires aux prolétaires par la main de l'Etat. Elle créa des ateliers pour les ouvriers manquant d'ouvrage, etc. »

— Vous : voyez que, ce communisme vrai, de M. de Lamartine ; dépasse peut-être : le communisme de la Convention.

Malgré tout cela, je dis : que, si M. de Lamartine est montagnard, en théorie; il ne l'est point, en pratique. Et voici : sur quoi je m'appuie.

— « On pf'ut, dit M. de Lamartine, attendre un acte de désintéressement sublime d'un bomme vertueux , jamais d'un parti en masse. Les partis ne sont jamais magnanimes, ils n'abdiquent pas, on les extirpe. Les actes béroïques viennent du cœur et les partis n'ont pas de cœur; ils n'ont que des intérêts et des ambitions. Un corps, c'est l'égoïsme immortel ! »

— Eli bien! une démocratie n'est jamais : qu'un parti basé sur la force. Donc, M. de Lamartine, condamnant les partis : n'est point démocrate, n'est point montagnard, au moins en pratique.

— « Le peuple, dit M. de Lamartine, ne comprend que ce qu'il sent. Les seuls orateurs pour lui sont ceux qui l'émeuvent. L'émotion est la conviction des masses. »

— C'est, comme si M. de Lamartine disait : Les masses ne sont qu'un troupeau : dïmbéciles.

Je conclus : que, M. de Lamartine n'est point démocrate, en pratique.

— « La force des masses indisciplinées, dit encore M. de Lamartine, est dans leur impétuosité : qui les ralentit les perd. »

— Et VOUS savez tous : si, M. de Lamartine a ralenti l'impétuosité des masses. Donc, etc.

— « Le peuple, dit M. de Lamartine, ne comprend rien aux forces intellectuelles. Une haute stature et une voix sonore sont deux conditions indispensables pour les favoris de la multitude. »

— Vous concevez : que, M. de Lamartine ne voudrait pas être soumis à des masses, mises en mouvement par un mannequin habillé; auquel, on aurait soufflé de la voix ! Donc, etc. Voici, qui est plus fort.

— « La médiocrité, il faut l'avouer, dit M. de Lamartine, est presque toujours le sceau de ces idoles du peuple, soit que la foule, médiocre elle-même, n'ait de goût que pour ce qui lui ressemble, soit que les contemporains jaloux ne puissent jamais s'élever jusqu'à la justice envers le? grands caractères et les grandes vertus. »

— Vous concevez : que, M. de Lamartine n'aurait pas voulu être l'idole : de la médiocrité.

Je conclus : que, M. de Lamartine, montagnard en théorie, ne l'est point en pratique. C'est malheureux, quand, chez un homme d'État illustre, la théorie et la pratique sont en désaccord.

Vous venez de voir : que, M. de Lamartine n'est ni, absolutiste, ni constitutionnel, ni girondin, ni montagnard, ni royaliste, ni aristocrate, ni démocrate.

Peut-être, M. de Lamartine appartient : à la féodalité financière; à la féodalité commerciale. Voyons !

— « Le commerce, dit M. de Lamartine , profile de tout pour s'enrichir, même de la faim ; ce n'est pas son vice seulement, c'est sa nature.' La suif de l'or endurcit comme la soif du sang. »

— Alors, puisque M. de Lamartine n'appartient à aucun parti; et, qu'il ne veut point appartenir, à la raison qu'il récuse : je ne comprends point : quelles sont les améliorations politiques, qui peuvent être Tobj et de ses espérances. Voyons ! M. Proudhou va nous indiquer : quelles sont les améliorations, que désire M. de Lamartine. Écoutons!

— « M. de Lamartine, dans sa déclaration de principes du 24 octobre 1847, après s'être prononcé pour la monarchie représentative et héréditaire, après avoir exprime son admiration pour la pyramide des trois pouvoirs, royauté, chambre des pairs, chambre des députés, propose :

— « La souveraineté du peuple. — Exercée par qui ? Comment ? M. de Lamartine ne soupçonne seulement pas l'immensité du prol)lème.

— « Le droit électoral réparti à tous les citoyens. — C'est la loi agraire; c'est plus que cela, c'est l'aliénation de la souveraineté.

— « Les assemblées primaires nommant les électeurs pour une fonction temporaire, les électeurs nommant des représentants pour un temps limité. — Représentation à triple étage, conséquence de la pyramide. Que deviendras- tu, ô peuple! quand ta souveraineté aura passé par cette iîlière?

— « Les représentants jnonpas livrés à la corruption des ministres, mais salariés par le peuple pour enlever tout prétexte à leur servilité. — Tout citoyen étant censé vivre de son travail, l'indemnité allouée au député est une chose juste. Mais le motif donné par M. de Lamartine est pitoyable. En quoi le salaire du député serait-il un obstacle à la corruption ministérielle? Comme si l'houime vénal était embarrassé de recevoir des deux mains ! A la corruption ministérielle on ajoute une prime de vingt-cinq francs par jour : je ne vois pas jusque-là de réfoime.

— « Les fonctionnaires à leur poste, et non pas dans les chambres où ils jouent deux rôles incompatibles, celui de contrôleurs et celui de contrôlés. — ^I. de Lamartine établit des inconip;itibilités, soit ; je le prie seulement de pousser sou principe jusqu'au bout H J a incompatibilité entre toutes les fonctions sociales et le vote du budget et des lois.

Votre système représentatif est absurde , vous dis-je : la

contradiction y fourmille partout.

— « Une assemblée nationale. — Dites une conjuration, à moins que ce ne soit une confusion.

— « La liberté de l'enseignement, sauf la police des mœurs. — Ce n'est pas de l'organisation.

SCiENCE SOCIALE. i / O

— « La liberté de la presse par la révocation des lois de septembre. — Ce n'est pas de l'organisation.

— « Une armée permanente et une armée de réseri^e. — Pourquoi faire? Ce n'est pas toujours là de l'organisation.

— « Uenseignement gratuit. — Gratuit 1 Vous voulez dire payé par l'État. Or, f£ui payera l'Etat? Le peuple. Vous voyez que l'enseignement n'est pas gratuit. — Mais ce n'est pas tout. Qui profitera le plus de l'enseignement gratuit, du riche ou du pauvre? Evidemment ce sera le riche : le pauvre est condamné au travail dès le berceau. Ainsi la gratuité de l'enseignement produira exactement le même effet que les bourses données par M. Guizot aux électeurs : qu'en pensez-vous, citoyens?

« Enfin, comment M. de Lamartine accorde-t-il la gratuité de l'enseignement avec la liberté de l'enseignement? L'État payera-t-il les instituteurs primaires et les ignorantins , les collèges de jésuites et ceux de l'Université? C'est impossible. Or, si l'Etat paye les uns et ne paye pas les autres, la liberté n'existe pas, puisque l'égalité est détruite. C'est toujours de l'exclusion : ce n'est pas de l'organisation et encore moins de la conciliation.

— « La fraternité en principe et en institutions. — Comment cela ? Estce que l'on décrète la fraternité ?

— «La liberté progressive du commerce et des échanges. — La liberté progressive du commerce est comme l'extension du droit électoral. Si le commerce ne peut être libre que sous condition, il ne le sera jamais. L'inégalité des moyens est éternelle, et, sous le régime de la propriété (i), celte inégalité ne se compense pas (2).

« La vie à bon marc fié par la réduction des taxes qui pèsent sur les aliments. —La propriété foncière est déjà surchargée, la circulation surchargée, les droits de mutation excessifs ; il en est ainsi de tous les impots. Oii prendrez-vous cinq cents millions que produisent les (axes qui pèsent sur les aliments?

« Une taxe des pauvres, malgré les calomnies par lesquelles l'égoïsme des économistes cherche à décréditer cette institution. — J'ose affirmer à M. de Limartine que le peuple est sur ce point du même avis que les économistes. Le peuple demande, non une taxe des pauvres, un brevet de perfectionnement de la misère ; il demande qu'il n'y ait plus de pauvres. La taxe des pauvres, c'est de la philanthropie, ce n'est pas de l'organisation.

(1) C'est, je n'en doute pas, sous le régime de la propriété individuelle du sol, que M. l'ioudhon a voulu dire. Car, dans le morne opuscule; et, en parlant au gouvernement provisoire; il lui dit: Si rons portez- la main sur lapropriélé, vous êtes perdu.

{Tj Ce qui prouve : que, cette inégalité est socialement compensée : par l'entrée du sol, à la propriété collective.

— «Les enfants trouvés adoptés par l'État. — Pliilantliropie! Le peuple demande qu'il n'y ait plus d'enfants trouvés; il veut que toutes les filles soient sages, et vous, vous proposez de nourrir aux frais des vierges les bâtards des prostituées. A ce régime-là, nous serons bientôt en pleine phanérogamie : alors la famille deviendra ce qu'il plaira à Dieu.

— « L'extinction de la mendicité. — Oui, au moyen de la taxe.

— « Des asiles pour les infirmes. — C'est de la philanthropie.

— « Des ateliers de travail pour les valides. — Et sans doute aussi des débouchés !

— « La charité sociale promulguée par de nombreuses lois à tous les besoins, à totites les souffrances, à toutes les misères du 2)evple. — C'est-àdire que pour subvenir à tous les besoins, à toutes les souflVances, à toutes les misères, M. de Lamartine ne demande qu'une chose, de l'argent!

— « Un budget de la libéralité de l'Etat, — Des fonds secrets! de l'argent!

— « Un ministère de la bienfaisance publique. — De l'argent i

— « Un ministère de la vie du peuple. — De l'argent, de l'argent, toujours de l'argent, voilà le nerf de la démocratie comme de la guerre. Donnez à la démocratie beaucoup d'argent, et elle fera tout ce que vous voudrez. De l'argent pour les députés, de l'argent pour les infirmes, de l'argent pour les mendianls, de l'argent pour les artistes, les gens de lettres; pour tous ceux qui seront amis du gouvernement, ou amis des amis du gouvernement ; de l'argent pour tout le monde , comme des dragées à un baptême. Mais les moyens de se procurer tout cet argent, M. de Lamartine n'en parle pas : c'est la seule chose qu'il oublie.

« Pour couronner ce programme. M, de Lamartine, après avoir dit, en parlant de son Histoire des Girondins : « J'ai commencé ce livre girondin, je l'ai fini montagnard , » publiait dans la Presse, etc

« M. de Lamartine, en un mot, est démocrate (1) ; il l'est par le cœur, par les idées, parla logique, parla philanthropie : il n'est pas républicain.

« Tous les programmes, tous les vœux qui ont élé émis dans les soixante-dix banquets qui ont amené la chute de la dynastie, rentrent dans le programme de M. de Lamartine. C'est toujours le même préjugé re-

(1) Voici ce que M. Proudhou, dans le même opuscule, dit : de la démocratie :

— « La démocratie n'est autre chose que la tyrannie des majorités, « tyrannie la plus exécrable de toutes ; car , elle ne s'appuie ni sur « l'autorité d'uue religion, ni sur une noblesse de race, ni sur les pré- « rogatives du talent et de la fortune : elle a pour base le nombre, et « pour masque le nom du peuple. »

— Ici je suis, complètement, de l'avis de M. Proudhon.

présentatif, toujours le même culte de la multitude , toujours le même palliatif de philanthropie.

« Et tout ce qui se fait, se prépare, se médite au Luxembourg, comme à l'hôtel de ville, est inspiré du même génie.

« La démocratie encouragera la caisse d'épargne, développera Vassurance, créera une caisse de retraite, fera empierrer quelque route et reboiser quelque crête, draguer quelque rivière, reporter quelque terrain ; elle donnera dix millions aux fouriéristes pour expérimenter Vorganisation du travail sur une lieue carrée, logera aux frais de l'Étit quelques centaines de travailleurs. Pour cela, elle augmentera le budget de six cents millions, elle s'emparera de la grande et puis de la petite industrie, elle dépréciera les valeurs industrielles et commerciales, elle tarira la source des capitaux, elle affligera le travail libre, inquiétera le commerce libre, tuera l'enseignement libre, menacera la consommation libre, proscrira le suffrage libre.

« C'est pour cela que la démocratie arrête en ce moment la circulation, pour cela qu'elle fait fermer les ateliers, pour cela qu'elle frappe de nullité les transactions, pour cela qu'elle clôt le marché, pour cela qu'elle met le commerce , l'industrie et l'agriculture, et l'État en faillite. Or, en matiire de gouvernement, tout ce qui résulte logiquement du principe est imputable à l'intention.

« Autrefois c'était sur l'esclaVage d'une caste que se fondait l'existence de la démocratie , maintenant ce sera sur l'esclavage de tout le monde. »

(M. Pboudhon, Solution du proUème social^ll et 26 mars 1848.)

— ^Eaintenant, je reprends la phrase, de la lettre, que M. de Lamartine m'a fait l'honneur de m' écrire.

— « Eu ce moment, me dit M. de Lamartine, je n'ai aucun loisîf pour étudier ces mystères, je me borne à espérer des améliorations politiques

et A DÉFENDRE LA SOCIÉTÉ DANS SES BASES.

«■ Recevez, Monsieur, l'assurance de ma haute estime,

« Lamartine.

« 22 février 18o4. »

— Rien n'est plus grand, plus généreux, plus admirable : que, de défendre les hases de la société. Mais, y a-t- 11, actuellement, deux indi\idus, qui soient d'accord, sur ce qui constitue les véritables bases de la société .i* Non, sans

doute. Alors chacun, en défendant ce qu'il croit être les bases de la société , ne défend : que sa propre opinion. Voyons, néanmoins, en quoi consiste ce que M. de Lamartine croit être : les bases de la société.

Depuis, qu'il est question d'organisation sociale, nons entendons dire : que, les bases de la société sont : la religion ; la famille et la propriété. Voyous : ce que M. de Lamartine pense de ces bases.

— « La vie est partout comme l'intelligence, dit M. de Lamartine; toute la nature est animée, toute la nature sent et pense ;.... partout où est la vie, là aussi est le sentiment et la pensée, à des degrés inégaux, sans doute, mais sans vide. »

— Nous avons prouvé , à satiété : que, ce passage renferme la profession de foi panthéiste, la plus complète qu'il soit possible de faire. Or, le panthéisme est la négation de toute religion. Donc, M. de Lamartine, comme M. de Girardin, nie : que, la religion doive être la base de la société. J'affirme au contraire : que la religion, quelle qu'elle soit, est la seule base sociale nécessaire; et que, lorsqu'une religion, quelle qu'elle soit, est socialement acceptée comme vraie, c'est-à-dire par tous et par chacun , la société a une base aussi inébranlable que la religion elle-même. J'ajoute : qu'en époque d'incompressibilité de l'examen, la seule religion qui puisse être base, plus qu'éphémère, d'ordre social, est : la religion rationnelle ; la religion scienli figue.

Mais, peut-être, le passage ci-dessus n'est qu'une^boutade poétique, à laquelle M. de Lamartine n'attache d'autre "valeur : que, celle du style. Voyons.

En parlant de Voltaire, M. de Lamartine dit :

« Son génie n'était pas la force, c'était la lumière. Dieu ne l'avait

pas destiné à embrasser les objets , mais à les éclairer. Partout où il entrait il portait le jour. La raison, qui n'est que lumière, devait en faire d'abord son poète, son apôtre après, son idole enfin. »

{Histoire des Girondins.)

— Or, chacun sait : que, Voltaire est négateur de toute religion ; et, c'est avec juste raison, que M. A. Dumas, par la bouche de son prox^hctc, l'a proclamé : le premier athée de France. Je conclus : que, M. de Lamartine ne reconnaît point la religion comme hase sociale.

Quant à la famille, elle est aussi inattaquable que l'humanité ; et , une organisation quelconque de la fansille est aussi inhérente à la société ; que, la famille elle-même. La liberté absolue, dans le mariage, peut aller : de pair avec le communisme absolu, pour la propriété. Si, M. de Girardin était législateur suprême ; il se verrait obligé d'organiser le mariage; celui-ci, dùt-il n'avoir : que. cinq minutes de durée. Or, toute organisation sociale est la négation : de la liberté absolue des individus.

De plus, iious venons de voir M. Proudhon accuser M. de Lamartine de tendance vers la phanérogamie. M. de Lamartine serait alors un disciple de M. de Girardin; ou, M. de Girardin serait un disciple de M. de Lamartine. Dans ces deux cas, M. de Lamartine ne considérerait point la famille comme base sociale.

Arrivons à la propriété.

— « Les prolétaires, dit M. de Lamartine, classe nombreuse, inaperçue dans les gouvernements ihéocratiques, despotiques et aristocratiques, où ils vivent à l'abri d'une des puissances qui possèdent le sol... »

— Vous voyez : que, selon M. de Lamartine, partout où il y a une fraction sociale, qui possède le sol ; le complément, de cette fraction, est esclave, Pardonnez-moi celte incartade, je vous prie; mais, j'aime à appuyer mon dada : sur laulorité de M. de Lamartine.

— « . . .qui possèdent le sol, dit-il, et ont leurgarantie d'existence au moins dans leur patronage ; classe qui , aujourd'bui, livrée à elle-même par la suppression de leurs patrons et par I'individualisme , est dans une condition pire qu'elle ii'a jamais été ;... »

— Encore pardon , lecteurs î vous voyez : que, selon M. de Lamartine , le peuple n'a jamais été aussi malheureux : qu'il l'est, depuis l'organisation sociale de 1789.

— «... classe,... continue M. de Lamartine, qui a reconquis des droits STÉRILES SANS AVOIR i.E NÉCESSAIRE, et remuera la sociélé jusqu'à ce que le SOCIALISME ait SUCCEDE à I'odieux individualisme. »

{Voyage en Orient.)

— J'en demande mille pardons à M. de Lamartine; mais, l'individualisme n'est autre: que l'expression de l'homme ; n'est autre : que le raisonnement. L'ordre ne peut pas consister : à détruire Vmdividnalisme. L'ordre co^nsiste : dans l'harmonie entre V individualisme et le socialisme; vouloir, anéantir l'individualisme ; c'est, vouloir anéantir toute propriété individuelle ; c'est, vouloir établir le communisme absolu. Est-ce en se faisant l'apôtre du communisme absolu; que, M. de Lamartine se figure : défendre les bases de la société?

Mais, encore une fois , ceci; peut-être, est une nouvelle boutade poétique. Voyons !

— « La Convenlion s'efforça de créer le secl communisme vrai, etc. » {Voye:s plus haut.)

— Est-ce que M. de Lamartine s'imagine : que, vouloir conserver le paupérisme; vouloir nourrir, etc., etc., les pauvres aux dépens des propriétaires ; et, vouloir les faire travailler, dans des ateliers nationaux , toujours aux dépens des propriétaires ; ce soit là : défendre les bases de la société? A cet égard, j'en appelle : à M. de Lamartine luimême.

Je sais : que, M. de Lamartine pourrait me citer des passages, en complète opposition avec ceux que je viens de présenter à ses critiques. Mais, un homme d'État, un homme qui veut défendre les bases de la société, qui veut mettre

l'accord au sein de la société ; devrait commencer : par se mettre d'accord avec lui-même. Je sais que M. de Lamartine a dit :

— « II faut que le but des partis soit vague et indécis, comme les passions et les chimères de chacun de ceux qui les composent. »

— Mais, les partis ne peuvent conduire qu'à l'anarchie; et, M. de Lamartine est digne : d'être un homme d'ordre. Désormais, quand il écrira, il aura un but, qui ne sera ni vague ni indécis ; et, il saura se mettre à l'abri : des chimères et des passions de l'époque.

En présentant ces observations à M. de Lamartine, je suis certain qu'il verra dans ma franchise , l'expression de mon admiration : pour son talent, pour sa bonne foi, sa probité. J"ai traité mon ami M. de Girardiu, avec la même franchise ; et, cela ne l'a pas empêché de me continuer son amitié. Je n'ai jamais eu l'honneur de voir M. de Lamartine ; et, je suis persuadé : que ce que je viens d'écrire, ne diminuera, en rien, la haute estime, dont il a eu la bonté de me donner Tassurance dans sa lettre.

Passons à un autre témoignage d'estime, dont j'ai été infiniment flatté. Il est de M. A. de Gasparin :

« Monsieur,

« Votre livre m'a été adressé à Orange, où je n'habite pas. Il s'y est arrêté longtemps, et vient enfin de me parvenir.

« Je m'empresse de vous en remercier, et de vous dire qu'ayant parcouru les cent pages du second volume que vous m'aviez indiquées^ j'ai conservé de cette lecture un sentiment de véritable respect pour la droiture courageuse avec laquelle vous poursuivez la vérité.

« Mais vous ne serez pas Irès-surpris si j'ajoute que sur plusieurs questions graves nous sommes aux antipodes. Vous êtes socialiste (dans un sens très-élevé, je le reconnais) et je suis tout simplement individualiste

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