LIBERAL
— Qu'il me soit permis de déplorer ici, une fois de plus, les tristes effets des logomachies; qui, dans notre époque, V. 31
ont généralement lieu; même, entre les personnes qui ont le plus d'instruction et de bonne foi. Par exemple : que signifie individualiste^ C'est, si je ne me trompe : partisan des individus, des individualités. Et, que signifie libérai C'est, si je ne me trompe encore : partisan , ami de la liberté. Eh bien î lequel, vis-à-vis de la raison, est le plus invidualiste , le plus libéral : de 31. de Gasparin , partisan de l'anthropomorphisme^ négation des individualités et de la liberté ; ou de moi, démontrant la réalité des individualités, la réalité de la liberté? Si, maintenant, nous nous plaçons sur le terrain social , le pseudo-individualisme, le pseudo-lD)éralisme de M. de Gasparin, conduisent la société à l'anarchie, mort on agonie sociale ; tandis que l'individualisme réel, la liberté réelle, relatifs: non plus à une foi ; mais, relatifs à la science ; conduisent la société à l'ordre, vie sociale. Si, M. de Gasparin me fait l'honneur de relire les pages 221-223 de mon premier volume; il y verra : que, pour tous les temps possibles, l'ordre social, c'est l'harmonie : entre l'individualisme et le socialisme ; entre les propriétés individuelles et la propriété collective.
— « Vous prétendez, continue M. de Gasparin, nous amener à la propriété collective, et je n'ai foi qu'en ractiou personnelle... »
— Nouvelle logomachie entre M. de Gasparin et moi. Sans aucun doute, M. de Gasparin ne veut point l'anai'chie de M. Proudhon ; il ne veut point exister sans autorité, sans lois. Ehbien! l'obéissance à l'autorité, auxlois, basée : soit, sur une foi commune; soit, sur la science commune ; est une soumission commune , une soumission collective ; tandis, que la consécration, de la liberté sociale, assure la libre action des individus : dans le cercle, tracé parla raison. Est-ce que M. de Gasparin voudrait, de la liberté des passions ?
— « Et je crois, continue M. de Gasparin, que l'État se mêle de beaucoup trop de choses. »
— Nouvelle logomachie sur le mot État. Sous, la souveraineté de la force ; l'Etat est exclusivement composé des forts. Et, cela doit être alors. Car, si alors , il était composé de tous; l'anarclne, serait la suite inévitable : de cette composition. Dans ce cas, l'Etatse mêle, sans doute, de trop
-de choses pour les faibles. Mais, le despotisme, tant qu'il est possible, est préférable à lanarchie ; comme la vie est préférable à la mort. Sous, la souveraineté de la raison, au contraire; l'État se compose de tous. Et, alors , l'État se mêle de tout ce qui est relatif à tous ; en laissant à chaque individu, toute sa liberté d'action, toujours dans le cercle : tracé par la raison. Faut-il qu'un père puisse assassiner : sa femme et ses enfants ?
— « J'ose afGrraer d'aillcur?, continue M. de Gaspariu, que, pas plus que vous, Monsieur, je ne suis boslile aux réformes utiles... »
— Nouvelle logomachie sur le mot réforme. Quand, un habit est usé jusqu'à la corde; est-il possible de le réformer? Non, il en faut un neuf. Quand, les bases de la société sont usées, jusqu'à impossibilité d'ordre; faut-il les réformer? Non, il en faut de neuves. Eh bien ! les bases de la société, qui existent depuis l'origine sociale, sont : au moral, l'antliropomorphisme ; au matériel, l'aliénation du sol. J'ai prouvé jusqu'à satiété : que, ces bases sociales sont devenues anarchiques. Donc, la société ne doit pas être réformée; mais, radicalement renouvelée. Je prie M. de Gasparin : de ne point s'occuper des questions secondaires ; avant, d'avoir résolu la question capitale des nécessités sociales. Si, l'anthropomorphisme et le matérialisme ne doivent pas être anéantis, sous peine de mort sociale; si, le sol ne doit point entrer à la propriété collective, sous peine DE MORT SOCIALE ; tout ccquejcdis, ne vaut pas une obole.
— « Quand, continue M. de Gasparin, je faisais partie de la Chambre
des députés, je ne cessais d e répéter à la tribune que les vrais conservateurs étaient ceux qui savaient avancerj, et qui ne faisaient grâce ni à la corruption ni aux abus.
« Je crois qu'on peut et qu'on doit faire beaucoup pour les classes pauvres... »
— Ce n'est pas le tout d'avancer, il faut encore être dans le bon chemin, sous peine de s'éloigner du but : en raison même, de la rapidité de sa marche. Avancer : \ers, le soulagement des classes pauvres; vers, la charité légale ; c'est, marcher à la mort. Ici, encore; il y a une question préalable à résoudre : le paupérisme, qui croît nécessairement sur une ligne parallèle à la richesse, doit -il, en présence de l'incompressibilité de l'examen, être anéanti, sous peese de MORT SOCIALE? Si, ccla n'est point; tout ce que je dis, ne vaut pas une obole.
— « On devrait, continue M. de Gasparin, les défendre contre les excès de l'exploitation industrielle, en réglant, par des conventions internationales, le nombre des heures de travail. »
— Des conventions internationales devraient bien aussi stipuler : qu'on ne se battra plus ; et que, désormais, ce ne sera plus le plus fort, qui aura raison; mais, le plus faible. Quand un homme^ du mérite de M. de Gasparin, a recours à de pareils arguments ; il est bien près de se rendre à la raison . Ici, je dirai à M. de Gasparin : qu'il est complètement socialiste ; et, de la secte de M. de Girardiu.
— «... On devrait, continue M. de Gasparin, les défendre contre une autre exploitation, en proclamant la liberté du commerce,... »
— La liberté du commerce, au sein des nationalités, conduit : au nec plus iillrade l'exploitation des faibles. Si, après mavoirlu, il restait, à M. de Gasparin, l'ombre d'un doute à cet égard ; je m'engage à les lever tous : jusqu'au dernier.
— « ... qui, continue M. de Gasparin, diminuerait le prix des objets de consommation. '•
— Nouvelle logomachie sur le mot prix. Dans mes deux premiers volumes, et dans mes deux derniers (1) j'ai expliqué vingt fois : comment, tout prix quelconque, d'objets de consommation, est toujours cher et bon marché en même temps : parce que, chaque objet contient toujours : travail elcapital; et que, lorsqu'un objet est cher relativement au capital; il est à bon marché, relativement au travail; et réciproquement. J'ai démontré, en outre : que, sous la domination du capital : plus, les objets sont à bon marché ; et, plus le travail est exploité.
— « Quant à l'organisation socialiste, continue M. de Gasparin, c'est le despotisme pur et simple, malgré les intentions de ses champions. »
— Je conçois : que, le socialisme de M. de Gasparin : qui veut conserver le paupérisme ; qui veut avancer vers la charité légale, pour soulager les pauvres ; qui veut fixer arbitrairement les heures de travail ; qui veut la liberté du commerce au sein des nationalités ; conduise aune anarchie, qui rende le despotisme inévitable... pour aussi longtemps que possible. Mais, que le despotisme puisse exister, sous la domination du droit démontré réel à tous et à chacun ; c'est, ce que M. de Gasparin ne concevra point : après y avoir réfléchi.
— « Comment, continue M. de Gasparin, empêcherait-on que le ialaire actuel ne se transforme en salaire passé? »
— Mais, on ne l'empêchera pas. Monsieur ; puisque, l'impôt frappe exclusivement sur ce salaire, sur cette richesse, quand le travail domine ; comme, l'impôt frappe exclusivement le salaire actuel ou le travail, quand le capital domine. Je pricM.de Gasparin de relire, à cet égard; ce qui se trouve : dans mon second volume, p. 270-274.
(1) De l'ouvrage intitulé : Qu'esl-ce que la science sociale?
•— « Avez-vous calculé, continue M. de Gasparin, toute l'étendue de:- . mesures réglementaires et inquisitoriales qu'exigera bientù t celte tentative de réaliser une égalité contre nature? »
— Je me suis creusé l'esprit : pour découvrir, la moindre nécessité de mesure réglementaire et inquisitoriale. Il m'a été impossOîle d'cD découvrir l'ombre. Si, M. de Gasparin avait eu la bonté demen indiquer une; il m'aurait rendu service.
Et, quand donc ai-je songé : à réaliser une égalité contre nature ? Le plus capable, le moins paresseux gagne plu s ; le moins capable, le plus paresseux gagne moins. En vérité, ces Messieurs finiront par me donner trop bonne opinion de moi-même. Quand, des hommes, comme MM. Barr ot et Gasparin, n ont que de pareilles objections contre un sys tème, il faut : que, ce sjstèine soit basé sur la vérité ; et, qu'il cesse déporter le nom de système, pour prendre cel ai de vérité.
— « Il est possible, continue M. de Gasparin, qu'on ruine ainsi les riches ; mais ce qui est certain, c'est que les pauvres seront plus pauvro? que jamais. «
— Comment! les riches seront ruinés : et, où ne leur prend pas une obole ; et, l'on assure la sécurité de leurs propriétés ! C'est, le socialisme de M. de Gasparin; qui, non seulement ruinera les riclies, par l'anarchie où il conduit ; mais encore compromettra, fortement, leur existence.
Comment, les pauvres seront plus pauvres que jamais ! quand, chacun a sa part inaliénable, dans la propriété collective : du sol ; et, de la plus grande partie des capitaux produits par les générations passées; quand, les enfants ne seront plus à la charge des parents; quand, les salaires seront au maximum possible des circonstances; etc., etc. En vérité, M. de Gasparin me rendrait fier; si, je ne devinais : qu'il n'a fait des objections aussi faibles ; sans les appuyer sur aucune raison ; que, pour donner de la force à mes arguments.
— « Je ne saurais comprendre d'ailleurs, continue M. de Gasparin, pourquoi la propriété du sol aurait un autre caractère que toute autre ; c'est toujours du travail accumulé, et par conséquent ce qu'il y a de plus léffitime au monde. »
— Comment, le sol est l'œuvre de l'immamtc! Vous voyez bien : que, M. de Gasparin veut me venir en aide.
— « En ruinant et pourchassant ce travail accumulé, \ous découragez le travail et l'économie, voilà tout. »
— Comment ! les salaires sont au maximum possible des circonstances ; et, aussi la production ; puis vous appelez cela : de'courager le travail ?
Si, M. de Gasparin avait voulu m'attaquer sérieusement; il aurait dit : vos conséquences sont : que, les salaires, la production, et la consommation sont au maximum possible des circonstances, sous la domination du travail; mais, les prémisses, dont vous tirez ces conclusions, sont /ai/sses ; par telles et telles raisons. Et, M. de Gasparin aurait cité, ^ejci«e??eme)i<, mes prémisses erronées. Vous concevez : que, lorsqu'un adversaire, de la capacité de M. de Gasparin, n'en agit point ainsi; c'est, qu'il fait comme le maître : qui, volontairement, se fait battre par un écolier. Mais, la galerie ne prendra point le change.
— « Je ne peux, au reste, continue M. de Gasparin^ entrer ici dans aucune discussion. Mon programme, beaucoup moins savant que le vôtre, ne renfermerait guère que deux articles :
« Respect de tous les droits;
« Garantie de toutes les libertés. »
— Respect de tous les droits, sous quelle sanction s'il vous plaît ? Sous celle de l'anthropomorphisme ; ou sous celle du matérialisme ?
Garantie de toutes les libertés. Sans doute, celle des religions; garantie, qui est l' anéantissement de toutes les re-
ligions; sans doute, celle du commerce, au seiu des nationalités; nec plus ultra de rexploitatioa des masses; sans doute, celle de l'insurrection, sourcede mort sociale; etc., etc. Vous voyez bien : que, ce faux socialisme, de M. de Gasparin, n'est mis en avant : que, pour venir eu aide, au socialisme rationnel.
— « En y joignant, continue M. de Gasparin (ce qui ne dépend pas des législateurs), les sentiments de cbarité que crée l'Evangile, je fonderais la vie sociale sur ses vraies conditions providentielles. Tout le monde s'en trouverait bien, et les pauvres plus que les autres, »
— Ici, la plaisanterie doit cesser; et, je suis certain : que, la bonté de M. de Gasparin me pardonnera ce mode de discussion. Car, il en découvrira facilement le motif. Quand, M. de Gasparin aura lu mou introduction ; il verra : que, les sentiments de charité, c'est-à-dire d'amour de l'humanité, ne peuvent désormais se baser : que, sur la sanction religieuse, scientifiquement démontrée à tous et à chacun.
— « Veuillez croire , Monsieur, continue M. de Gasparin en terminant, à toute ma gratitude, ainsi qu'aux sentiments d'estime et de considération bien réelle que m'inspire la lecture de votre remarquable travail.
« A. DE Gasparin. »
— Je ne puis que remercier M. de Gasparin de l'honneur qu'il a bien voulu me faire; et, je le prie, en grâce, de vouloir bien continuer à m'adresser : ses observations.
La lettre suivante est en opposition complète avec celle de M. de Gasparin.
« Mon cher Monsieur Colins,
« J'ai lu vos deux premiers volumes intitulés : Qu'est-ce que la science sociale? J'ai lu, eu outre, les deux volumes suivants, dont vous avez bien voulu me communiquer les épreuves.
« Pour moi, il résulte de cette lecture :
« 1" Que le paupérisme est devenu incompatible avec l'existence d'un ordre plus qu'éphémère ;
« 2° Que le paupérisme peut seulement être anéanti par l'entrée du sol à la propriété collective.
« A vous bien affectueusement.
« Pierre Vinçard.
« Paris, 28 avril 1854. >>
— L'approbation, de mon ami Pierre Vinçard, est pour moi du plus grand prix. Fils de sa propre volonté, il s'est fait lui-même ce qu'il est. Depuis dix-sept années, et alors quil était encore enfant, il est resté sur la brèche pour montrer la nécessité : d'anéantir le paupérisme.
Luttant contre la misère, dont il pouvait parler, puisqu'il la subissait; il a supporté, seul, le poids d'une nombreuse famille; n'a jamais désespéré du salut du prolétariat; et, n'a point oublié son origine. Ses écrits n'ont eu qu'un unique but : indiquer les souffrances, généralement peu connues, des travailleurs manuels ; et, appeler sur elles, l'attention des hommes intelligents. Ses Études sur les ouvriers de Paris, V Enquête industrielle qu'il a entreprise dans le Bienêtre universel en sont une preuve. Tous les articles qu'il a publiés, depuis la Ruche populaire, journal des ouvriers que son oncle M. Vinçard aîné avait fondé en 1839; jusqu'à ses derniers articles, publiés dans la Presse; ont le cachet d'un homme, qui connaît les classes laborieuses : parce qu'il a vécu de leur vie ; et, qu'il n'a cessé de partager : leurs douleurs.
Représentant intellectuel du prolétariat français, il s'est uni au prolétariat anglais, pour tendre vers la société nouvelle : non par la force des révolutions; mais, par le développement des intelligences.
J'arrive, à une dernière lettre; à celle, qui m'a causé le plus de plaisir; elle est de notre poète national, dit-on; et, qui jnérite, mieux encore, le titre de poète humanitaire; lequel réunit, au plus haut point, des qualités si rares, même
séparées: l€ jugement , l'imaginatioii, le désintéressement, et la probité. Yoici, cette lettre :
« Monsieur ,
« 11 faut avoir soixante-quatorze ans, d'assez mauvais yeux et un surcroît d'affaires, quand on ne demande plus que le repos, pour ne pas rougir en venant, après six mois , vous remercier de Tlionneur que vous avez bien voulu me faire de me gratifier d'un exemplaire de votre Science sociale.
« J'avais voulu d'abord, Monsieur, me borner à la lecture des cbapitres que vous aviez eu la bouté de ra''indiquer; mais je fus entraîné à tout lire et même à relire : de là le long temps que j'ai mis à vous venir offrir mes remercîments.
« Et pourtant. Monsieur, il faut que je vous l'avoue, je me suis perdu dans la métaphysique que j'ai rencontrée en tant d'endroits de vos deux volumes. Tout ami que je suis des la Mennais, des Cousin et Je tant d'autres, la métaphysique est mon cauchemar. C'est bien mal, n'est-ce pas? Que voulez-vous? ma pauvre nature est chose incomplète. Je n'ai donc pas parfaitcraont compris toutes les conséquences que vous tirez de certains principes, et toutefois ces principes me charment souvent. Et puis, Monsieur, je crains que vos conclusions politiques, ou celles qu'on pourrait tirer de votre œuvre, ne soient complètement opposées à celles dont je me suis fait le très-humble serviteur. 11 faudrait plus de science de déduction que je n'en ai pour combattre vos idées. Je suis sûr même que vous triompheriez sans peine de mes attaques. Je juge de votre polémique par la manière supérieure dont vous rétorquez vos adversaires.
« Mais j'en viens à ce qui m'a le plus touché dans votre livre : c'est vous, Monsieur, qui apparaissez presque à chaque page et y faites prendre de vous ridée la plus élevée et la plus capable d'inspirer une estime saus bornes pour votre humanité. J'avais entendu dire un grand bien de vous. Monsieur; mais votre ouvrage a accru en moi cette opinion. Il m'a aussi révélé votre supériorité d'intelligence et de connaissances.
« 11 est beau de se montrer ainsi dans un livre , sans penser même à y laisser trace de soi : car c'est le bonheur de Thumanité qui vous préoccupe avant toute chose.
« Permettez-moi donc. Monsieur, en m' abstenant de me prononcer sur un livre trop au-dessus de ma force d'entendement, de m'en tenir à vous exprimer ce qu'il m'a fait sentir d'eslime pour son auteur, et recevez avec mes remerciments. Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée. »
« Votre très-dévoué serviteur , « Bér.^xger.
« 10 décembre 18dô. »
La Presse et le Siècle out bien voulu, à ma demande, donner de la publicité à ce témoignage d'estime, dont je suis fier. A cette lettre, si honorable pour moi, je m'empressai de faire la réponse suivante :
« Monsieur,
« J'ai soixante-ilix ans, et j'ai été heureux comme un enfant en recevant votre lettre. Permettez-moi d'épancher cehonheur en vous écrivant : à mon âge, les émotions concentrées sont danj^ereuses.
« J'ai été heureux de voir : que, pour vous, la métaphysique est un cauchemar. Vis-à-vis de tout homme raisonnable, la métaphysique, considérée comme plus qu'une hypothèse, ne peut être , avant démonstration rationnellement incontestable : qu'une folie^ à nulle autre pareille. Si, en parlant de métaphy?ique, de plus que physique, je me suis exprimé autrement dans mon livre, j'ai eu tort; et, je vous en demande pardon, ainsi qu'à mes lecteurs. J'ai cru me borner à démontrer: que, les existences métaphysiques, autres que physiques, étaient nécessaires à l'existence de l'ordre, vie sociale ; et que, lorsqu'il n'était plus possible de faire accepter socialement ces existences : par la foi; il devenait absolument nécessaire de les faire accepter : parla science. A la vérité, j'ai promis, sur l'honneur, d'établir scientifiqiiement ces existences; mais, jusqu'à ce que je me soisacquitté, cela ne peut être considéré : que, comme une promesse.
<c Vous avez parfaitement raison, Monsieur, mes conclusions politiques sont complètement opposées ; à celles, dont vous vous êtes fait, comme vous le dites, le très-humble serviteur. Et, cependant , vous aviez également raison : de conclure, comms vous le faisiez. Le monde entier vous avait dit : qu'il n'y a de sanction religieuse possible : que. basée sur un despotisme, se faisant accepter comme vérité, au moyen de sophismes. Et, le premier des poètes, aussi grand raisonneur que poète, a osé dire : Périsse ce qui n'a de hase : que, la violence et la ruse ! Mais, du moment que vos prémisses se trouveront erronées; vous abandonnerez vos conclusions : car, vous ne pouvez être lidèle qu'à la raison; et, c'est d'elle seule que aous vous glorillerez toujours : d'être, le très-humble serviteur.
« Ce qui surtout. Monsieur, m'a rendu bien heureux ; c'est, le témoignage de votre estime. Je fais peu de cas, de gloire et de richesse; quoique, très-pauvre de l'une et de l'autre. M'ùs, i'estime d'un homme comme vous, est le plus grand bonheur : qu'un honnête homme puisse éprouver. « Je suis très-respectueusement, etc. Colins.
« Saint-Mandé, décembre 55, ^)
« P. S. — Rendez à César ce qui appartient à César. Tout mon travail, dont les deux volumes que vous avez bien voulu accepter, ne sont qu'une partie des prolégomènes ; n'est, que l'exposition scientifique de ce que vous avez établi : dogmatiquement, prophéirquemenl, ligurément, poétiquement : dans vos quatre âges historiques. Pardonnez au pillard I »
11 me reste à dire, maintenant :
0 Pourquoi, mes ouvrages resteront, socialement, tout à fait « inutiles : jusqu'à ce que l'anarchie, conséquence nécessaire « de l'ignorance sociale sur la réalité du droit, mise en préce sance de l'incompressibilité de l'examen, ait rendu néces- « saire, absolument nécessaire : l'acceptation et l'application c< delà science sociale, rendue rationnellement incontestable , « vis-à-vis de tous et de chacun. »
A cet égard , qu'il me soit permis d'abord , de me placer sous la protection d'un économiste qui se croyait , et que les siens croient encore , le plus anti socialiste de leur école ; lequel, sans le savoir et à l'insu des siens, était, néanmoins, plus socialiste : que, tous les socialistes qui le combattaient. C'est, de F. Bastiat que je veux parler. Frédéric Basliat avait reconnu : que la liberté des échanges doit exister, nécessairement : dès, quelle travail est libre. Seulement, n'ayant pu reconnaître : que, la force domine nécessairement : tant, que l'ignorance sociale sur la réalité du droit n'est point anéantie ; il s'était imaginé : que, la liberté du travail devait dériver : de la liberté des échanges ; au lieu : que, la liberté des échanges ne peut dériver : que, de la liberté du travail. Dans mille endroits de ses ouvrages, F. Bastiat dit formellement : que, l'organisation actuelle de la société, est aussi opposée à la liberté du travail, que la force l'est au droit (1). Ses intentions étaient bonnes ; paix à sa cendre I
(1) << Pendant que le peuple français a devancé tous les autres dans « la conquête de ses droits, ou plutôt de ses garanties politiques, il n'en " est pas moins resté le plus gouverné, dirigé, administré, imposé, en» » t rave etKxPLoiTÉ de tous les peuples.»
Bastiat, La loi, p. C8.
— Il est évident : que, si le peuple français est le plus exploité de tous les peuples ; il est le peuple où le travail s'y trouve le moins libre.
— « Je ne décide pas, se fait dire F. Bastiat, par un de ses interlocuteurs ; je ne décide pas si tous voyez sous leur vrai jour les fonctions du numéraire et l'économie politique en général; mais de votre conversation il me reste ceci : c'est que ces questions sont de la plus haute importance, car la paix ou la guerre , l'ordre ou l'anarchie , l'union ou l'antagonisme des citoyens sont au hout de la solution. Comment se fait-il qu'en France on sache si peu une science qui nous touche de si près, et dont la diffusion aurait une influence si décisive sur le sort de l'humanité? Serait-ce que I'Etat ne la fait pas assez enseigner? »
— Et F. Bastiat répond :
— « Pas précisément. »
— Ainsi, l'État fait enseigner l'économie politique, autant que le désire F. Bastiat. Alors, c'est que l'économie politique, fût-elle même bonne, n'est pas suffisante pour détruire les préjugés de l'organisation sociale actuelle. Voilà déjà F. Bastiat, en opposition avec cette organisation; car, les préjugés dépendent toujours : d'une organisation sociale incapable d'enseigner la vérité.
— « Cela tient, continue Bastiat, à ce que, sans le savoir (1), il (l'Etat ou l'organisation établie par les forts, tant que la force peut et doit dominer) s'applique avec un soin infini à saturer tous les cerveaux de préjugés, et tous les cœurs des sentiments favorables à l'espnt d'anarchie, de guerre et de haine. En sorte que lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union se présente, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité, elle trouve la place prise (2). »
(1) Ce qui constitue son ignorance.
(2) Descartes avait dit, il y a déjà longtemps :
— « Je vois que les bonnes raisons, ont fort peu de force , pour pern suadcr la vérité. »
— Cela parait un paradoxe. Mais, en époque d'ignorance, il est beaucoup plus facile : de faire accepter l'absurde ; que, de faire accepter la vérité. Et, c'est facile à comprendre : l'absurde ne blesse que la raison ; et, la vérité blesse les passions. Or, pour l'ignorance, les passions ?onl tout; et, la raison n'est rien.
La pensée de Descartes a été rajeunie par Bastiat. Je me servirai, par préférence, de la formule de Bastiat : parce qu'en ses qualités, de moderne et d'économiste, il a plus d'autorité : sur les modernes ; et, sur les économistes.
49i SCIENCE SOCULE.
— Voilà Bastiat, disant formellement : que, si même la doetrine, que j'expose, est la doctrine d'ordre , ayant pour elle la clarté et la vérité ; cette exposition sera complètement inutile ; tant, que la nécessité sociale, c'est-à-dire l'anarchie, n'aura point forcé : la société à l'accepter.
Je vais mettre la science sociale, rendue rationnellement incontestable, en rapport avec quelques points relatifs à l'ordre social; et, nous verrons : que, sous tous les rapports, la science sociale doit être repoussée : jusqu'à ce que la- nécessité sociale, dérivant de l'anarchie, vienne l'introniser.
Je vais examiner ces] rapports dans un ordre alphabétique; je ne laisserai, en dehors, que les rapports relatifs : au droit et à la loi; aux nationalités; à l'économie politique; à la philosophie; à la religion; à la morale; et, à l'organisation sociale: rapports que j'examinerai en dernier lieu.