CHAPITRE II
« Système des connaissances daks les animaux. »
— Un autre que Condillac aurait mis : chez les animaux. Ce DANS doit renfermer : quelque malice.
— « Un animal, poursuit Condillac , ne peut obéir à ses besoins. . . »
— Obéir ! Ce mot a deux valeurs. La branche d'un pommier obéit au poids des pommes qu'elle porte. Est-ce de cette obéissance : que, Condillac veut parler?
— « ... qu'il ne se fasse bientôt, canlinue Condillac, une habitude d'observer les objets qu'il lui importe de reconnaître. »
— Le tout : sans le verbe; sans le raisonnement; vous savez cela.
— « Il essaye ses organes sur chacun d'eux , continue Condillac ; ses premiers moments sont donnés à l'étude, ...»
— Et , chez les animaux , y a-t-il des paresseux , qui fassent l'école buissonnière ? Pour répondre à cette
question, il faudrait probablement savoir : ce que c'est qu'un animal ; et, Condillac pourrait bien nous dire : qu'un animal ; c'est, un animal.
— « ... et lorsque nous le croyons tout occupé à jouer, continue Condillac, c'est proprement la nature qui joue avec lui pour l'instruire. »
— Si, la nature s'en mêle, il faudra peut-être se taire, au moins devant le public. En petit comité, nous dirions cependant : que nous avons peu de respect pour cette dame ; et, que nous la considérons : comme la plus dévergondée des coquines.
— « 11 étudie, continue Condillac, mais sans avoir le dessein d'étudier ; il ne se propose pas d'acquérir des connaissances pour en faire un système; il est tout occupé des plaisirs qu'il recherche et des peines qu'il évite; cet intérêt seul le conduit: il avance sans prévoir le terme où il doit arriver.
« Par ce moyen, il est insiruit, quoiqu'il ne fasse pas d'efforts pour l'être. »
— En vérité ! Condillac donnerait envie : d'être animal.
— « C'est ainsi, continue Condillac, que les idées renaissent par l'action même des besoins qui les ont d'ahord produites. »
— Par la liaison des idées ! L'existence et la liaison des idées, avant le verbe, forment le pendant : des idées d'une laitue, développées par le besoin.
— « Elles formeni pour ainsi dire, continue Condillac, dans la mémoire,. . . »
— Lecteurs, soyez attentifs ! Et, après avoir lu, condamnez, si vous l'osez, Descartes et ses tourbillons.
— «... des TOURBILLONS qui se multiplient comme les besoins, continue Condillac. Chaque besoin est un centre, d'où le mouvement se communique jusqu'à la circonférence. Cas tourbillons sont altern-itivement supérieurs les uns aux autres, selon que les besoins deviennent tour à tour plus violents. Tous font leurs révolutions avec une variété étonnante; ils se pressent, ils se détruisent, il s'en forme de nouveaux, à mesure que les sentiments auxquels ils doivent toute leur force s'affaiblissent, s'éclipsent, ou qu il s'en produit qu'on n'avait point encore éprouvés. D'un instant à l'autre, le tourbillon qui en a entraîné plusieurs est donc englouti à son tour, et tous se confondent aussitôt que les besoins cessent : on ne voit plus qu'un chaos. Les idées. . . »
— Après avoir fait l'âme capable de penser, une des sources les plus considérables d'erreur est : de don- 4|| ner le nom (Vidées aux images, qui sont exclusivement le produit du cerveau ; et, qui ne peuvent être VIES, d'une manière proprement dite, avant le verbe. Ces images, même pour l'homme, avant le verbe, n'ont pas d'existence dans le temps. A plus forte raison, pour l'être i)hénoménal, privé de sensibilité réelle, ne sont-elles autre chose : que des images rappelées par un miroir organique. Les idées appartiennent exclusivement au temps ; et, comparer l'ordre de temps, avec l'ordre d'éternité, est une source d'inévitable galimatias.
— « Les idées passent et repassent sans ordre, continue Condillac ; ce sont des tableaux mouvants qui n'offrent que des images bizarres et imparfaites, et c'est aux besoins à les dessiner de nouveau et à les placer dans le vrai jour. »
— Vous voyez : que, ces besoins sont des êtres ;
qu'ils raisonnent; et qui plus est, qu'ils raisonnent bien ; ce que l'homme n'a encore pu faire. Sinon : tout cet échafaudage est du pur automatisme. Au Heu du moi ùesoin, qui ^ au propre, appartient exclusivement au raisonnement, au yerbe; mettez les mots attraction et répulsion^, que le mot figuré besoin peut exclusivement signifier ; et, tout cet appareil de tourbillons se réduit : à une araignée qui file sa toile ; comme un chien fait aller un tourne-broche.
— «Tel est en général, itoursuit Condillac, le système des connr.issances dans les animaux. Tout y dépend d'un même principe, le besoin ;. tout s'y exécute ])ar le même moyen.
«Les bêtes inventent donc, si inventer signifie la même chose que juger, comparer, découvrir. »
— Si, tout cela n'est pas raisonner ; le raisonnement n'est, lui-même, qu'un effet d'automatisme. Dans l'Essai sur l'origine des connaissances^ Condillac disait cependant : que, les bêles ne raisonnaient point. Il paraît avoir reconnu : que, sentir dans le temps^ et ne pas raisonner, est absurde. Il s'est sauvé de cet absurde, en reconnaissant : que, les animaux raisonnent, qu'ils sont des hommes enfin; puisque, le raisonnement seul caractérise l'homme. Dès lors, voilà qu'il vous est impossible de respirer : sans être un assassin.