‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 53 sur 102 · DEVOUEMENT ET SACRIFICE · texte numérisé non relu

DEVOUEMENT ET SACRIFICE

La science sociale, rendue rationnellement incontestable visà-vis de tous et de chacun, établit :

Que, pour toute époque humanitaire, la raison, que l'on croit ou que l'on sait bonne, est le seul mobile des actions; (juand, In raison n'est point paralysée : par les passions.

Que, pendant l'époque : d'ignorance sociale sur la réalité du droit; et, de possibilité de coraprinrier l'examen 5 la société établit une foi , une croyance commune , qu'elle fait accepter, comme bonne raison, comme droit : d'abord, au moyen de l'éducation et de l'instruction dont elle s'empare ; et en outre, sous peine de mort, pour ceux qui tenteraient d'ébranler la foi commune. Alors, chaque raison individuelle se trouve conforme à la raison commune. Alors, chacun a une raison, qu'il croit bonne , pour se dévouer , pour se sacrifier , pour sacrifier ses intérêts dans cette vie, pour éviter les peines, pour mériter les récompenses, relatives à la sanclion religieuse.

Q)iie, pendant la même époque, mais d'impossibilité de comprimer socialement l'examen, toute foi commune, toute raison commune, tout droit commun, et toute sanction religieuse commune s'évanouissent : vis-à-vis, de chaque raison individuelle ! Qu'alors, une prétendue science prétend démontrer : que, toute sanclion religieuse est illusoire ; qu'il n'y a point en nous d'individualité immatérielle ; par conséquent point de punition ni de récompense hors la présente vie; par conséquent , encore: point de dévouement, point de sacrifice d'intérêts matériels , point de dévouement vis-à-vis de la raison, seul mobile, néanmoins, des actions individuelles ; que, par conséquent encore : la probité doit être considérée, comme la caractéristique de l'imbécillité ; et, le crime heureux , comme l'expression : de la plus haute sagesse.

La science sociale proclame en outre :

Qu'une pareille société est toujours au bord d'une anarchie imminente; que rien , avant la connaissance de la réalité du droit, ne peut l'empêcher d'y tomber : si, ce n'est un despotisme, assez fort, pour l'arrêter un-instant ; qu'alors, tout despotisme ne peut être qu'éphémère et se trouve bientôt englouti dans les horreurs do l'anarchie; que, l'anarchie permanente serait la mort de lasociélé; si, un despotisme plus atroce que celui qui a précédé, ne venait la sauver : pour, retomber ensuite dans une anarchie, plus terrible encore, que celle dont le dernier despotisme l'a sauvée; et, ainsi de suite, par des oscillations de plus en plus rapprochées : jusqu'à ce que l'humanité vienne à périr ; ou, à reconnaître : qu'elle n'c-t qu'une sotie.

SCIENCE SOCIALE. ol9

L;i société actuelle, au contraire, prétend :

Que, raison commune, droit commun, science cx)mmune, autre que celle enseignant le matérialisme , ne sont pas nécessaires à l'existence de l'ordre , vie sociale ; qu'il n'est nullement nécessaire : que, le sacrifice, le dévouement, à des devoirs que chacun se forge à sa guise, soient justifiés parla raison, pour être pratiqués; que, la douleur, la misère , le mépris pour soi et pour les siens , ont tant de charmes pour les individus ; que , prétendre : que, la raison et la religion doivent être la base du sacrifice; est une idée complètement rococotte ; M. Guizot ayant formellement énoncé : que, la morale est indépendante des idées religieuses.

11 est évident : que, vouloir, par le seul raisonnement , convaincre une pareille société qu'elle est dans l'erreur; et, cela : avant, qu'une anarchie universelle et plusieurs fois répétée, l'y ait forcé sous peine de mort humanitaire ; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.

Concevez-vous mamtenant : pourquoi, la science sociale, quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun , doit être , pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.

— «Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union se présente, dit Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité, elle trouve la

PLACE PRISE

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