ETAT
La science sociale, rendue rationnellement incontestable, visà-vis de touset de chacun, établit :
Que, le mot État est une expression générique comprenant : deux espèces complètement différentes ; et, complètement opposées.
Que, l'État, sous la société actuelle, sous la société des forts, sous la société ayant lieu depuis l'origine du monde, est essentiellement un; et, que l'État, sous la société nouvelle, sous la société de tous, sous la société qui aura lieu Jusqu'à la tin du monde, dès qu'elle sera établie, est tout autre.
Que, sous le despotisme, l'État, ce sont les forts;
Que, pendant l'anarchie, l'État n'existe pas;
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Que, sous la liberté, c'est-à-dire : sous le règne de la raison rendue inconlestal^le, \is-à-Yis de tous et de chacun; l'État, c'est tout le monde (1).
Que, sous la société nouvelle, l'État, c'est-à-dire tous, doivent à tous :
L'éducation, l'instruction, la dot, la liberté du travail, la justice, et la satisfaction raisonnable de tous les besoins; même, pour ceux que la société actuelle nomme intirmes ou méchants.
Que, la bienfaisance, enfin, sera rayée du dictionnaire de l'État; et, qu'il n'y aura pour lui : que, des droits ; et, des devoirs.
La société actuelle, au contraire; et, avec une unanimité qui la caractérise, toutes les fois qu'il est question d'ordre social; proclame :
Que, le mot État ne peut avoir qu'une seule valeur : comprenant ceux qui gouvernent par la force. Ef, en raisonnant ainsi, la société actuelle est logique; elle n'admet : point que, le règne de la raison soit possible.
Que, {'État nei^eut rien donner aux citoyens qu'il n'ait commencé par le leur prendre, ce sont les paroles sacramentelles (2).
Ici, la société actuelle est encore parfaitement logique; elle veut : que, le sol et les capitaux acquis par les générations passées, ne puissent jamais appartenir à la propriété collective. Alors, l'État, n'ayant rien, ne peut rien donner sans le prendre. Il est difficile de mériter un million, en disant de pareilles choses.
Mais, aux yeux d'un logicien, la société actuelle pourrait bien cesser d'être aussi parfaitement logique; quand, elle prétend :
(1) A propos de la définition du mot État, Bastiat disait :
— " Je voudrais qu'on fondât un prix, non de 500 francs, mais d'un « million, avec couronne, croix et rubans, en faveur de celui qui don- >t nerait une l)onne, simple et intelligilile définition de ce mot : I'État. « Quel immense service ne rendrait-il pas à la société ! »
LÉtat, p. 1.
La définition que j'ai donnée est bonne, simple et intelligible. (Juant au prix, je m'en moque : comme, de la société actuelle.
(2) Bastiat, J'iupriété et sj)Oliaiio)i , p. 61.
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Que, le sol et les capitaux acquis par les générations passées, doivent rester aliénés; ce, qui rend esclaves : trente millions d'individus , sur trente-six millions ;
Que, l'éducation doit se payer; que, l'instruction doit se payer; que, la justice doit se payer; ce qui prive d'éducation, d'instruction et de justice : ceux, qui ne peuvent payer.
Et, ces conditions des masses, aux yeux de ce même logicien, pourraient paraître, en présence de l'incompressibilité de l'examen, n'être pas aussi avantageuses., aumaintien de l'ordre ; que, pourraient le désirer, ceux qui peuvent payer : l'éducation, l'instruction et la justice.
Mais, que ce logicien vienne à parler à la société actuelle ; et, il verra ce qui lui en arrivera.
Vouloir, par la seule logique, par le seul raisonnement, convaincre cette même société : que, le sol n'a été fait par personne; que, par conséquent, il appartient à tous, quand l'existence de l'ordre n'exige point qu'il soit aliéné;
Que, les capitaux acquis par les générations passées, ne doivent point appartenir : non-seulement aux hasards de la naissance ; mais encore, à la force, à la ruse, et h tous les hasards de la fortune ; surtout : quand l'injustice n'est plus nécessaire à l'existence de la vie sociale ; et , que la justice , au contraire, est devenue nécessaire à l'existence de l'humanité.
Vouloir, dis-je , convaincre la société actuelle de ces deux incontestables vérités ; et cela : avant, qu'une anarchie universelle lui ait dessillé les yeux à cet égard ; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.
Concevez-vous maintenant : pourquoi , la science sociale , quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que, pour bien voir, il faut des yeux non cataractes; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.
« Lorsqu'une doclrlne d'ordre, de paix et d'union se présente, dit
Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité , elle trouve la
PLACE PRISE