‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 57 sur 102 · GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT

La science sociale, rendue rationnellement incontestable, visà-vis de tous et de chacun, établit :

Que, le gouvernement est à la société; ce, que le cocher est à une voiture de maître ;

Que, le maître est le souverain ;

Qu'il y a trois espèces de souverain : la force masquée de sophismes considérés comme raisons réelles ; la force brutale ; et, la raison réelle, rendue rationnellement incontestable, visà-vis de tous et de chacun ;

Que, la force masquée de sophismes, considérés comme raisons réelles, est la seule souveraineté possible : tant, que l'examen est compressible ; tant, que tout bûcher d'inquisition n'est pas anéanti ;

Que, lorsque l'examen est devenu incompressible; et, avant que la raison puisse être démontrée comme réelle, vis-à-vis de tous et de chacun ; la souveraineté, de la force brutale, devient seule possible;

Que, la souveraineté de la raison réelle reste seule possible : lorsque , la nécessité de cette souveraineté se fait sentir, sous peine de mort sociale ; et , que sa réalité peut être incontestablement démontrée : vis-à-vis de tous et de chacun ;

Que, chaque espèce de souveraineté a son espèce de gouvernement ;

Que, sous la première espèce de souveraineté, celle de droit divin, le souverain est le bon Dieu, représenté par un pape;

Qu'alors, le pape est son propre cocher : s'il n'a qu'une voiture ;

Que, s'il en a plusieurs, il les fait conduire par autant de cochers, nommés rois, pachas, etc., etc.;

Que, si un cocher n'obéit pas à son maître, celui-ci le fait fouetter ; et, s'il no s'amende, le met au rang des palefreniers;

Que, lorsque le maître ne peut plus fouetter les cochers, ceuxci , faute de direction unitaire, courent, comme des fous, dans l'arène; et, brisent toutes les voitures;

Qu'alors, arrive, nécessairement, la seconde espèce do souveraineté : celle, de la force brutale, relative : à rmcomi)ressi -

o30 SClEiNCE SOCIALE.

bilité de l'examen ; et, à l'ignorance sociale sur la réalilé de la raison ;

Que, sous cette seconde espèce de souveraineté, il y a encore plus de cochers renversés, de voitures brisées, et de côtes enfoncées ou de cous cassés pour ceux qui s'y trouvent; qu'il n'y en avait : sous, la souveraineté de droit divin;

Que, par ignorance, ou par négation de la troisième espèce de souveraineté ; et, par impossibilité de rester longtemps sous la seconde, tous, même ceux qui l'estiment le moins, font effort : pour se replacer sous la première souveraineté ; ce qui est impossible, à cause : de l'incompressibilité de l'examen ;

Qu'une égale impossibilité de rester longtemps sous la souveraineté de la force brutale , source inévitable d'anarchie, oblige les sociétés à passer successivement : de l'anarchie au despotisme; et, du despotisme à l'anarchie,- par des oscillalions , dont les intervalles diminuent et les atrocités augmentent : jusqu'à ce que, sous peine de mort humanitaire : les sociétés éprouvent la nécessité, l'absolue nécessité, de la troisième espèce de souveraineté , celle de la raison réelle ; qu'elles la cherchent, la trouvent, l'acceptent et l'intronisent.

Alors, la société est une seule et même voilure ; le gouvernement est un seul et même cocher, sous la souveraineté de la raison; et, il n'y a plus : ni côtes enfoncés, ni cous cassés, ni voitures brisées.

Alors, le gouvernement ou l'État, expressions de même valeur, donne aux individus : de la richesse, du travail, du crédit, de l'éducation, de l'instruction, de la religion, de la moralité; parce qu'il agit : non plus, au nom de la force; mais, au nom de la raison souveraine; parce qu'il possède le sol et les capitaux acquis par les générations passées; et, qu'il peut conférer ces avantages, sans faire l'ombre d'un tort, aux individus de la génération existante; mais, au contraire, en faisant le bonheur de tous et de chacun.

Qu'alors, par conséquent , le gouvernement, le meilleur des gouvernements, le seul bon gouvernement , est aussi cher que possible, au maximum possible : de la richesse sociale.

Enfin, que sans gouvernement, toute société est absolument im[)ossil)Ie.

La société actuelle, au contraire, proclame :

Qu'elle ne sait même pas : quelle valeur, a ou doit avoir, le mol gouvernement.

En effet : par gouvernement, une grande partie de la société actuelle, comprend exclusivement l'ensemble du pouvoir exécutif, abstraction faite des lois; et .1. B. Say, le premier des économistes, dit :

— « Je donne le nom de gouvernement a cet ensemble d' autorité (quelles que soient les fonctions que les différentes constitutions politiques leur attribuent) dont les décisions doivent être obéies. »

— Ce qui renferme : la législation, tant religieuse que civile ; et aussi l'exécution de celte législation.

Quant, à différencier les espèces de gouvernement : non-seulement selon les espèces de souverainetés ; mais encore en bons et mauvais, selon chaque espèce; la société actuelle ne se doute même pas : que, celte différenciation soit nécessaire.

En effet : toutes les fois (]ue la société actuelle parle de gouvernement; c'est toujours : comme, étant un par essence; quelle que soit la forme sociale, à laquelle il appartienne.

— (' Eu général, dit la société actuelle par la bouche de Voltaire, l'art du gouvernement consiste à prendre le plus d'argent qu'on peut à une grande partie des citoyens pour le donner à une autre partie. »

— Et ailleurs :

— « Il est très-vraisemblable que l'athéisme a été la philosophie de tous les hommes puissants qui ont passé leur vie dans le cercle de crimes que les imbéciles appellent politique, coup d'État, aut de gouverner. »

— Et, par la bouche de la Mennais, elle dit encore :

— « Gouverner aujourd'hui, c'est calculer en se levant le matin ce qu'il faudra d'intrigue et de violence, et de ruses et de fourberies, et de crimes souvent pour altoindre le ^oir. »

ni.

— Il eût mieux valu : dire, comment il est possible de gouverner : sans intrigue, sans violence, sans ruses, sans fourberies et sans crimes.

Et, par la bouche de M. Proudhon :

— « L'expérience montre, en effet, que partout et toujours le gouvernement, quelque populaire qu'il eût été à son origine, s'est rangé du côté de la classe là plus éclairée et la plus riche contre la plus pauvre et 1,1 plus nombreusa; qu'après s'être montré quelque temps libéral , il est devenu peu à peu exceplionuel, exclusif; enfin, qu'au lieu de soutenir la liberté et l'égalité entre tous, il a travaillé absolument à les détruire, en vertu de son inclination naturelle au privilège. »

— Il aurait mieux valu remarquer : que, sous les deux premières espèces de souveraineté , les bons gouvernements agissent ainsi ; et, que c'est, pour eux, le seul moyen de conserver la vie à l'humanité. Alors, il eût été facile d'observer: que, c'est seulement sous la troisième espèce de souveraineté : que, le gouvernement peut établir : la liberté et l'égalité entre tous.

Et par la bouche d'une autorité illustre :

— «Tout gouvernement condamné à périr, périt par les moyens mêmes qu'il emploie pour se sauver. »

Louis-Napoléon Bonaparte.

— Et, c'est parfaitement vrai : pour la première espèce de gouvernement : dès, que l'examen devient incompressible; pour la seconde espèce de gouvernement : dès, que la troisième espèce de gouvernement devient : nécessité sociale.

La même pensée est exprimée, par deMaistre, de la manière suivante :

— « Tout gouvernement, dit-il, est absolu, et du moment qu'on peut lui résister sci s prétexte d'erreur ou d'injustice, il n'existe plus. »

— C'est vrai; et, voilà pourquoi, le gouvernement des majorités, n'est pas un gouvernement ; mais, une anarchie.

La même pensée est encore exprimée, par de Maistre, quand il dit :

— « Dans tous les pays et dans tous les gouvernemcnis imaginables, la tUreclion des affaires appartient à la science. »

— En effet : sous la première espèce de souveraineté, la direction des affaires appartient : à une prétendue science ; mais, socialement acceptée comme réelle; sous la troisième espèce de souveraineté, la direction des affaires appartient: à la science réelle, rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun ; sous la seconde espèce de souveraineté, il n'y a pas de science sociale, ni illusoire, ni réelle ; il n'y a que des opinions ; et, la direction des affaires appartient : aux opinions, à la force brutale, à l'anarchie.

Enfin, par la bouche de M. de Girardin , la société actuelle proclame : qu'il n'y a qu'une espèce de gouvernement , on disant :

— « La forme du gouvernement change, le fond ne change pas : sous des noms différents , c'est toujours l'arbitraire qui règne et l'ignorance qui gouverne. »

— Et , il n'en peut être autrement : tant , que la troisième espèce de souveraineté n'est point intronisée.

Nous avons vu : que, la troisième espèce de gouvernement doit donner à tous : richesse, travail, crédit, éducation , instruction, religion, moralité, etc.

La société actuelle, au contraire, par la bouche de Bastiat, et en parlant du gouvernement, lui fait dire :

— « Ne me demandez pas de vous donner de la richesse , du travail, du crédit, de l'instruction, de la religion, de la moralité ; n'oubliez pas que le mobile en vertu duquel vous vous développez est en vous , que quant à moi je n'agis jamais que par ^intermédiaire de la force ; que je n'ai rien, absolument rien, que je ne tienne de vous ; et que par eonséquent je ne puis conserver le plus petit avantage aux uns qu'aux dépens des autres. »

— C'est absolument l'opposé : de ce , que la science sociale enseigne.

Onnnt, nnx rléponses gouvernementales ; la société acluello

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proclame : quo, le meilleur des gouvernements est relui qui dépense le moins possil)le.

ïl est évident, néanmoins : que, si diacun dépense pour soi et selon ses moyens; le gouvernement de troisième espèce dépense pour tous; et, aussi selon ses moyens. Dès lors, plus Je gouvernement est riche; plus il dépense pour TOUS; et, plus TOUS SONT RICHES. Et, plus le gouvernement est pauvre ; moins il dépense pour tous; et, plus, socialement, tous sont mal- HEUREL'x. Donc, le gouvernement qui dépense le plus , est le meilleur des gouvernements : quand il dépense pour tous: ce qui est le cas, pour le gouvernement de la troisième espèce.

Quant, à l'absolue nécessité d'un gouvernement quelconque; pour, que la société puisse exister ; voici , ce que dit la société actuelle, par la bouche de M. Proudhon ; et, pour la partie prétendue socialiste :

— n En proclamant la liberté des opinions, l'égalité devant la loi, la souveraineté du peuple , la subordination du pouvoir au pays, la révolution a fait de la société et du gouvernement deux choses incompatibles. «

— Ce qui implique : que, tout gouvernement doit être anéanti. La conclusion , au contraire, aurait dû être : qu'avec ces conditions, toute société, plus qu'éphémère, est im|)0Ssible: et, par conséquent, tout gouvernement.

En effet : la liberté des opinions n'est que l'ignorance anarcliique ; l'égalité devant la loi , quand la loi ne peut être que l'expression de la force , c'est l'esclavage des masses : ce qu'il y a de plus anarchique, en présence de l'examen ; la souveraineté du peuple, c'est la souveraineté de la force brutale : ce qui est également anarchique; et , la subordination du pouvoir au pays, c'est l'anarchie : au maximum possible.

La société actuelle, par la bouche des économistes , ou plutôt par celle de leur prince, ,1. B. Say, est plus opposée encore : à la nécessité d'un gouvernement quelconque.

— « Les lois et I'administration, dit J. B. Say, ne peuvent être considérées que comme les REMÉbES que nos maladies rendent nécessaires, et dont il f:uit savoir se passer lk plts qv'u, e^t possible. LA SOCIETE SUBSISTERAIT SANS EUX. ,.

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— Ainsi, la société pourrait subsister : snns gouvernement ; c'est-à-dire : sans lois, sans administration; et, sans religion. Certes, si le raisonnement est une maladie, nul doute : que, ce ne soit cette maladie qui nécessite : religion, lois, administj'a- ^/o/i ; c'est-à-dire : gouverxemlxt. Est-ce un pareil état de société, qui se trouve ambitionné, par le prince des économistes'?

— « Il est permis, dit encore J. B. Say, d'élever la question de savoir si l'NE SOCIÉTÉ PEUT EXISTER SANS AUCUN GOUVERNEMENT. »

— Nul doute : que, cela ne soit permis ; surtout, à Charenton.

— « Le bonlieur de l'espèce humaine serait cruellement compromis, dit encore J.-B. Say, si au lieu de reposer sur l'intelligence et le travail des administrés, il dépendait des gouvernements. »

— Alors, pourvu que les administrés sachent : que, les lois, la religion et l'administration sont inutiles; le bonheur de l'espèce humaine est assuré : quelque mauvais que puissent être les gouvernements. Et, ailleurs, toujours en parlant du gouvernement, J. B. Say dit encore :

— « Quant à ses bienfaits, on ne peut les vanter sans niaiserie. Quels bienfaits 'peut répandre l'administration,, si ce n'est aux dépens des administrés? »

— Il est évident : que , la société actuelle prétend pouvoir vivre sans gouvernement.

Vouloir, par le seul raisonnement; et, avant que l'anarchie ne l'y ait forcée sous peine de mort : convaincre une pareille société, des vérités démontrées par la science sociale; c'est, prétendre , par le seul raisonnemeut , amener : les Mahométans à traîner, aux gémonies, les cendres de Mahomet; ou, les Indous à cracher sur la vache. Pascal , par son propre raisonnement , était parvenu à se convaincre : que, pour croire à l'anthropomorphisme, ainsi qu'aux dogmes chrétiens ; il fallait commencer par ^'abélir. Et, cependant, il est mort sous le cilice. C'est, qu'à un millionième d'exceptions près, le raisonnement, pour combattre l«s préjugés, n'a de valeur : (|iie, par la nécessité.

"}?,C) SCIENCE soriALr.

Conrevez-vous , maintenant : pourquoi, la .^ciencc sociale, quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour Inen voir, il faut une vue non cataractée; et, (jue pour raisonner juste, il faut un cerveau, non'paralysé : par les préjugés.

— «Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union se présente, dit Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité, elle trouve la PLACE paiSE. »

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