INSTRUCTION ET SCIENCE
La science sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :
Qu'il y a instruction, science relative ; et, instruction, science absolue ;
Que , l'instruction relative , la science relative, embrasse le domaine tout entier de la matière ; que, cette instruction, cette science est essentiellement progressive ; que , par conséquent , elle n'est jamais faite , jamais complète ; et , que dans le sens d'instruction ou de science complète, l'instruction ou la science relative à la matière , ne mérite , que figurément , le nom de science ou d'instruction. Dans ce domaine, il ne peut y avoir : qu'observations dominant le raisonnement ; et , raisonnement coordonnant les observations de causes, à effets devenant causes ; sous la réserve : que , de nouvelles observations pourront changer ou renverser : la coordination, gratifiée du nom : d'instruction ou de science.
Que, l'instruction absolue , la science absolue, embrasse le domaine tout entier des immatérialités ; que, cette instruction , cette science peut seulement exister : lorsqu'il a été démontré, d'une manière rationnellement incontestable : qu'il existe des immatérialités, éternelles, absolues par essence; que, le domaine des immatérialités est exclusivement: le domaine d'ordre moral , d'ordre social ; que, dans ce domaine, le progrès est
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aj)surdc; puisqu'il esl lo domaine dos absolus, identiques par essence, et jamais analogues; que, l'instruction, la science, relative à ce domaine , mérite seule le nom d'instruction , de science proprement dite ; que, si dans le domaine de la matière, il s'agit exclusivement de ce qui est et de ce qui peut être ; dans le domaine d'ordre moral , il s'agit : non-seulement de ce qui est et de ce qui peut être; mais, surtout de ce qui doit être : pour, que l'ordre, vie sociale, puisse exister et persister ; que , si , dans l'ordre matériel , l'observation de ce qui est doit dominer le raisonnement ; dans l'ordre moral , c'est le raisonnement qui doit dominer , qui doit déterminer : ce qui doit être ; que, dans ce domaine enfin, rien clans l'univers, ni existant, ni possible, ne peut renverser : l'instruction, la science démontrée absolue.
Que, relativement à la science , à l'instruction , il y a trois périodes humanitaires ;
Que , sous la souveraineté de droit divin ; l'instruction , la science d'ordre moral, comprend exclusivement: la connaissance de la révélation ; que, cette instruction, cette science se fait accepter comme absolue, quoique basée sur une hypothèse ; parce, qu'au moyen de la force, dont .'elle dispose; elle • domine : et, l'instruction d'ordre matériel ; et, l'éducation ; et l'examen ;
Que , sous la souveraineté de la force brutale ou des majorités : l'examen, la science ou l'instruction d'ordre matériel et l'éducation se trouvent émancipés du joug de la force ; qu'alors, sur la science ou l'instruction d'ordre moral, il n'y a plus que des opinions : ce qui est l'anéantissement de l'instruction, de la science proprement dite; et, qu'alors, et pour tout le temps du règne de cette souveraineté; l'opinion, proclamée par la science ou l'instruction matérielle; est la négation : des absolus, des immatérialités, de l'ordre moral.
Que, c'est seulement sous la troisième souveraineté : que, l'instruction, la science absolue; l'instruction, la science du domaine moral ; l'instruction, la science proprement dite ; peut exister ;
Que, jusque-là, il n'y adedroit possible: quecelui de la Ibno, masquée des sophismes d'une révélation ; ou, que, ct-lui (\o la
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forro hnil.ilo : ûP?., que l'incomprpssibilitp dp l'pxampn PSi YPnup anvirlier : Ip masqup dp la forrp ;
VJ, que c'pst seulement les maux que cause ranarcliie, inhérente à la force brutale, et quasi-perpétuelle sous l'incompressibilité de l'examen; qui , fait sentir socialement : l'absolue nécessité : de l'instruction, de la science absolue ; de l'instruction, delà science proprement dite.
La science sociale établit encore : que, science et foi sont incompatibles; et, qu'il en est : de l'alliance de la science avec la foi; comme, de l'alliance du travail avec le capital; ou, du bon Dieu avec le diable;
Que, l'instruction, tant pour le domaine matériel , que pour le domaine moral; doit, comme pour l'éducation ; être donnée : à tous ; et, avec le même soin ;
Que, l'instruction, la science, absolue, réelle, proprement dite, morale; doit, désormais exister; sous peine, de mort humanitaire ;
La société actuelle, au contraire, proclame :
Qu'il n'y a qu'une science, une instruction : celle, de l'ordre matériel.
— « Le célèbre docteur Priestley, dit M. Cousin dans son Cours d'histoire de la philosophie morale^ assure que la matière , conveniililemenl organisée, a non-seutement la faculté du mouvement, mais encore celle de la pensée et de l'intelligence, et qu'un homme n'est qu'un morceau de nialière convenablement organisée. »
— Voici, une autre affirmation; qui équivaut, à celle du docteur Priestley :
— « Pour ceux d'entre vous, dit M. Guizot , qui ont fait des éludes philosophiques un peu étendues, il est, je crois, évident aujourd'hi'I que la morale est indépendante des idées religieuses. »
— El , comme la science des idées religieuses, est exclusive ment celle des immatérialités; il faut en conclure: que, la science, l'instruction relative à la matière: existe seule; est seule nécessaire.
Rt, op np sont pas spulempnt : Ips panthéistPS, Ips matéria-
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listes, qui niont la science, l'inslruclion absolue; cette manie a gagné jusqu'auxanthropomorpiiistes. Bonald, parexemple, dit :
— « Je ne crains pas de soutenir que le fondement de toutes les connaissances morales, les seules qui importent au maintien de la société, et qui n'ont pas été, comme les connaissances physiques, livrées a nos DISPUTES, ne peuvent èlre que des préjugés. »
— Voilà, l'instruction, la science absolue, la science d'ordre moral, la science des immatérialités, !a science religieuse, déclarée: ne pouvoir exister. C'est, la condamnation à mort, de toute société ; dès, que l'examen devient incompressible.
.1. B. Say, exprime la même pensée, en disant :
— « Une science n'est que l'expérience systématisée. »
— Oui, une science physique. Mais, vouloir donner la science morale, comme l'expérience systématisée; c'est, assimiler: l'homme à la bête.
La même pensée est exprimée par M. Thiers, quand il dit :
— < L'examen en fait de science, la foi en matière de religion, voilà LE VRAI, l'utile, L'institution qui maintient l'unité de la foi, c'est-à-dire le pape, gardien de l'unité catholique^ est une institution admirable. »
— En ne reconnaissant, comme science ; que, ce qui n'est pas religion; M. Thiers, rejette également la possibilité : de toute science religieuse.
Quant au progrès, la société actuelle affirme qti'il est : indéfini; et, inhérent à l'instruction, à la science. Allez lui dire: que, relativement à la science réelle , le progrès indétini est une absurdité; elle vous arrachera les yeux. Et, raffirmation du progrès indétini n'est autre : que, la négation de toute société réelle.
Quant, à la nécessité de donner : l'instruction, la science h tous; la société actuelle dit , par la bouche de son interprète Voltaire :
— « Qn'imporif que notre tailleur ou notre sellier soient "ouvernés
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par IVèiv Kroiist nu IVèrp Beilliier? Lp grand poiiil est que ceux avec lesquels vous vivez soient forcés de baisser les yeux devant les philosopbes. »
— Et, encore :
— « Nous ne nous soucions point que nos laboureurs et nos manœuvres SOIENT éclairés; mais nous voulons que les gens du monde le soient, et ils le seront. »
— Et, encore :
— « Il y aura toujours un grand peuple de sots et une foule de fripons ; mais le petit nombre de penseurs se fera respecter. »
— Et, ailleurs :
— « Je crois que nous ne nous entendons pas sur l'article peuple, que vous croyez digne d'être instruit. J'entends par peuple la populace qui n'a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s'instruire. Il mourra de faim avant de devenir pbilosophe. Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants.»
— Et, cependant, Condorcet, grand partisan de Voltaire; Condorcet proclamait, que :
— « Sans instruction nationale gratuite pour tous les degrés, quelque combinaison que vous choisissiez, vous aurez l'ignorance générale ou l'inégalité; vous aurez des savants, des philosophes, des politiques éclairés, mais la masse du peuple conservera des erreurs, et au milieu de I'éclat des lumières, vous serez gouvernés par les préjugés. »
— Condorcet, ne réfléchissait pas : que , pour que l'instruction , la science puisse être socialement généralisée ; il faut : qu'elle soit rationnellement incontestable : sous peine de n'être qu'un préjugé. Or, vouloir, en présence de l'incompressibilité de l'examen, imposer, socialement une instruction, une science contestable, comme étant vérité; c'est, vouloir rendre nécessaire un despotisme impossible, pour éviter l'anarchie. C'est, précisément cette absence d'instruction, de science réelle ; qui, sous la seconde période humanitaire, rend nécessaires: et, la
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liberté de renseignement; et, le monopole des connaissances, au profit des propriétaires.
Le monopole, des connaissances, est même tellement nécessaire, actuellement : que, M. Michel Chevalier, sans aucun doute le premier économiste de notre époque, de cet économisme représentant la société actuelle, s'est cru obligé de dire :
— « Il vaut mieux qu'AiJOURD'uii la majorité de nos paysans soit encore asservie au sein de Tignorance, que s'ils avaient Tesprit faussé et le COEUR AIGRI ou rongé de passions mauvaises. L'ignorance est ln moindre MAL QUE LA FAUSSE SCIENCE ET QUE LA DÉMORALISATION. Notre Francc Serait INGOUVERNABLE SI les paysans avaient été soumis aux mêmes induences qu'une certaine partie des ouvriers. »
— Ainsi : la science actuelle , l'instruction actuelle , fausse l'esprit, aigrit le cœur; elle est pire que l'ignorance; elle démoralise, elle rend ingouvernable. C'est, la société elle-même qui le proclame. Et, en même temps, elle déclare : que, la science existante est la seule possible ; car, la science est une comme la vérité. Mais, voici bien autre chose : la société actuelle, représentée par l'Académie des sciences morales et politiques, déclare, par la bouche de M. Benoiston de Cliateauneuf: que, la science actuelle est un poison ; même, pour ceux qui en ont le monopole.
— n C'est, dit l'académicien , dans la classe qui vit de son revenu et qui a reçu une éducation conforme a sa fortune, que l'on trouve, relativement, LE PLUS DE crimes DE FAUX ET DE CRIMES CONTRE LES PERSONNES,
disent LES rapports officiels de 1850, 1852, 1855, 1859. Les gens sans aveu n'en présentent pas autant. »
— Seigneur .lésus ! Si , le monopole de la science actuelle , empoisonne: non-seulement les pauvres; mais, aussi les riches; il faudra: vulgariser cette science; ou, mourir.Voyons, ce que la société actuelle va en dire: par la bouche d'un autre de ses représentants; d'un autre économiste : M. Pecqueur.
— « Avec une presse absolument lil)re, dit-il, de publier impunément tout ce que l'on veut; avec une éducation de la jeunesse laissée à tout venant, avec la liberté do renseignement proiireincnt dite, la société se-
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rait en dissolution permanente, l'anarchie deviendrait l'état normal de la société : le chaos se ferait de nouveau sur la terre. »
— Et, savez-vous: ce, que la société actuelle, c'est-à-dire l'Académie des scieaces morales et politiques , a fait à cet économiste? Elle l'a couronné.
Miséricorde ! Où donc allons-nous?
Ce qui va suivre vaut infiniment mieux.
— « Quant à nous, nous voudrions qu'au lieu de l'aire quelques nobles, le gouvernement prît la grande résolution d'en faire des milliers et des millions. Nous voudrions qu'il prît à tàclie d' ennoblir les trente-cinq millions de Français, en leur donnant l'INSTRUCTION , la MORALE , r AISANCE , biens qui, jusqu'ici, n'ont été I'apanage que d'un petit nombre, et qui devraient être I'apanage de TOUS. »
(Louis-Napoléon Bonaparte.)
— Parfait ! Pourvu : que , l'ignorance relative à la réalité de la science , à la réalité de l'instruction ; et, le paupérisme dérivant de cette ignorance ; puissent être socialement anéantis. Auparavant, ce serait rendre l'anarchie: I'état normal de