‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 61 sur 102 · JUSTICE · texte numérisé non relu

JUSTICE

La science sociale rendue rationnellement incontestable , visà-vis de tous et de chacun, établit :

Que, la justice, c'est-à-dire la raison, le droit, est : non-seulement différente; mais, complètement opposée, selon qu'il est question de l'une ou de l'autre des deux grandes périodes humanitaires : la première , d'ignorance sociale sur la réalité du droit ; la seconde, de connaissance de cette réalité ;

Que, [)0ur la première période, la justice, c'est-à-dire la raisou, le droit, est relative à la for(;e ; de manière, que, pour celte période : la raison du plus fort, est toujours la meilleure. Seulement, il y a celte différence : que, sous la souveraineté de droit divin, la justice, c'est-à-dire la raison, le droit, lormulée

par le plus tort, est masquée, par des sopliismes, que l'éducation fait accepter comme des vérités ; et, que sous la souveraineté du peuple, la justice, c'est-à-dire la raison, le droit, est formulée par la force brutale, sans l'ombre d'un masque;

Que, pour la seconde période, la justice, c'est-à-dire la raison, le droit, n'est plus relative à la force, à la matière; mais, est déduction des immatérialités : éternelles, identiques, absolues par essence; et, démontrées telles, d'une manière rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun ;

Que, pour la première période ; et , pour la première phase de cette période, celle de la souveraineté de droit divin; la justice, c'est-à-dire la raison, le droit, ordonne : non-seulement l'exploitation des faibles par les forts ; mais encore, l'abrutissement des faibles ; et, autant que possible, l'abrutissement des forts : afin , que les sophismes, servant de masque à la justice, à la raison, au droit, ne puissent être socialement examinés, et par suite le masque arraché : ce qui enlèverait à la société, toute communauté de justice, de raison, de droit ; ce qui livrerait la formule de justice, de raison, de droit, aux caprices des individus ; ce qui, par conséquent, la conduirait à une anarchie inextinguible, à la mort sociale , à moins : que , la souveraineté de droit divin ne puisse être rétablie; ou, que la souveraineté de la raison puisse être établie ;

Que, pour la seconde phase de la première période, caractérisée par l'incompressibilité de l'examen, le masque de sophismes, faisant accepter la justice, la raison, le droit, formulée par la force, comme étant formulée par l'éternelle raison, se trouverait arraché ; et la justice, déduction de l'éternelle raison, ne pouvant encore être formulée; toute communauté de justice, de raison, de droit, se trouve enlevée à la société; la justice, c'està-dire : la raison, le droit, se trouve livrée à l'arbitraire des individus; et, la société se trouve conduite à la mort par une anarchie inextinguible : à moins, que la souveraineté de la raison ne puisse être établie; la souveraineté de droit divin ne pouvant plus être rétablie, comme base d'un ordre plus qu'éphémère ; à cause de l'incompressibilité de l'examen.

La société actuelle, au contraire, proclame :

Que, socialement, la justice, c'est-à-dire la raison , le droit,

est une, essentiellement une, et toujours la même pour toutes les époques de l'humanité ;

Qu'il n'a jamais été conforme à la justice, c'est-à-dire : conforme à la raison , au droit : que , non-seulement les faibles fussent exploités par les forts; mais, encore, que les faibles fussent aussi abrutis que possible ; ce qui fait : que, depuis son origine, l'humanité a existé sous le règne de l'injustice ; qu'elle y existe encore, sans savoir absolument comment s'y soustraire; ce qui^ encore, fait infiniment honneur : à la justice que la société actuelle dit exister ; sans, cependant , en avoir plus d'idée : que, de ce qui se passe dans la lune.

La société actuelle proclame en outre : que la justice , c'està-dire la raison, le droit, dont, je le répète, elle n'a pas l'ombre d'une idée, et cela très-logiquement, puisqu'elle en attribue la détermination au caprice de chaque individu ; elle proclame , dis-je : que, la justice dérivant du droit divin n'est plus de mise; que, la justice dérivant de la force brutale, est l'injustice; et;, que la justice rendue relativement incontestable vis-àvis de tous et de chacun, est une utopie. Elle veut : que, la juslice soit ce sur quoi toutes les individualités seront d'accord : en dehors de la force, soit masquée de sophismes, soit brutale; et, en dehors de la raison , rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun. C'est, exclusivement, à cette harmonie, dépendant d'un caprice du dernier des crétins, qu'elle donne le nom de justice. Fourier, caractérisait son harmonie : par une mer de limonade; la société actuelle n'a encore pu caractériser son harmonie : que, par un infernal charivari.

Tout cela est encore évident comme la lumière. Mais, la lumière fait mal aux albinos; et , si, dans leur caverne, vous voulez faire pénétrer ses rayons; et, que vous ne soyez pas en force; soyez certain : que, vous serez dévoré.

Vouloir, par le seul raisonnement; et, avant que l'anarchie l'y ait forcé, sous peine de mort sociale; convaincre une société d'albinos, qu'elle doit adorer la lumière; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.

quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous

et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractes; et , (jue pour raisonner juste , il faut un cerveau non paralysé par les préjugés.

— « Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union se présente, dit Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité, elle trouve la

PLACE PRISE

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