‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 71 sur 102 · RICHESSE ET DISTRIBUTION DES RICHESSES · texte numérisé non relu

RICHESSE ET DISTRIBUTION DES RICHESSES

La science sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :

Que, tout ce qui est mater ici et utile est une richesse proprement dite;

Que ce qui est intellectuel c\. utile, comme les connaissances, par exemple, n'est que richesse figurément dite;

Qu'assimiler la richesse figurément dite ou dérivant exclusivement du travail, à la richesse proprement dite, essentiellement matière, comme dérivant du travail sur la matière; c'cï-t : assimiler l'homme à la matière; et, donner lieu aux sophismes, justifiant l'esclavage des masses.

(1) Voyez : Richkssi: , élude viii ; I. \l\, De rrvunotnir iivlïtiquc, source des révolutions.

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Que, toule richesse a une valeur : domestique, quand il est fait abstraction de l'échange; sociale^ quand elle est relative à l'échange;

Que, la valeur domestique a pour expression : le produit brut; et, la valeur sociale: le produit net.

Que, le plus grand produit brut constitue la plus grande richesse, d'une société isolée : domestique, nationale, ou humanitaire; et, que le plus grand produit net constitue la plus grande richesse des sociétés non isolées; des sociétés ayant pour but : l'échange.

Que, tant qu'il y a des sociétés, des nationalités; il n'y a de droit : que, la force;

Que, la raison ne peut régner : que, par l'anéantissement des nationalités ;

Que, tant qu'il y a des nationalités, l'immense partie de l'humanité fait partie des richesses : soit domestiques; soit nationales. Alors, les richesses figurément dites, l'ititelligence cl ses développements, sont confondues : avec les richesses proprement dites ; avec les richesses dérivant : non du seul travail; mais, du travail sur la matière.

Que, tant qu'il y a des nationalités, le nom de richesse nationale, de richesse sociale, est donné : à l'ensemble des richesses domestiques des forts; les faibles appartenant euxmêmes : à cette richesse ;

Que, lorsque les nationalités sont anéanties; le nom de richesse sociale n'est donné : qu'à la richesse collective. Personne, alors : n'élant esclave; n'étant richesse ; chacun possède sa richesse domestique, dont il peut disposer ; indépendamment de sa part, dans la richesse collective et inaliénable.

La science sociale établit en outre :

Qu'il y a richesse, dérivant du travail sur la matière : le capital ; et, richesse non dérivant primitivement du travail : le sol;

Qu'il y a deux espèces d'organisations de la richesse; et, exclusivement deux ;

Que, par la première : le sol est aliéné à un seul, ou à plusieurs individus; ainsi, que les cai)ilaux provenant des générations passées;

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Que, par la seconde, le sol, et les capitaux acquis parles générations passées, appartiennent à la propriété collective et inaliénable ;

Que, l'organisation de la richesse non produite, le sol, n'est ])0intar6?7;'flnT,' mais, appartient : àlanéccssiié sociale;

Que, la première espèce d'organisation, de la richesse non produite, est nécessairement relative : à l'époque d'ignorance sur la réalité du droit;

Que, la seconde espèce d'organisation, de cette même richesse, est nécessairement relative : à l'époque de connaissance sur la réalité du droit;

Que, la distribution, la répartition des richesses produites, n'est, également, jamais flrè^7m^>e ; mais, dérive toujours et nécessairement : de l'espèce d'organisation de la richesse ;

Que, sous la première espèce d'organisation, la répartition des produits se fait nécessairement de manière : que, la plus grande partie possible des produits, aille toujours à la plus petite minorité possible des individus; et, proportionnellement : à la force ;

Que, sous la seconde espèce d'organisation, les produits se répartissent nécessairement aussi, entre tous; et, proportionnellement : au travail ; au mérite; à la raison;

Que, le paupérisme ; ou, la privation de richesses pour les masses; existe seulement : sous, la première espèce d'organisation ;

Qu'alors, l'accroissement du paupérisme, chez les faibles; est toujours proportionnel : à l'accroissement des richesses chez les forts ;

Que, sous la première espèce d'organisation ; les intérêf.s de tous; et, les intérêts de chacun; sont enopposition complète;

Que, sous la seconde espèce d'organisation : les intérêts de tous; et, les mtérêls de chacun; sonX parfaitement harhioniques;

Que, toute richesse, proprement dite, a pour source : le travail, comme agent; le sol, comme patient;

Que, la mesure absolue de la valeur ; la mesure absolue de la richesse; est une sottise; comme, la mesure absolue de la longueur, de la largeur, ou de la profondeur.

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La société actuelle, au contraire, assimile :

La richesse, proprement dite ou matérielle, avec la richesse figurément dite, avec la richesse intellectuelle ; et, elle proclame, par la bouche de .1. B. Say, son prophète :

— « Que le talent d'un avocat, d'un médecin, qui a été acquis au prix de quelque sacrilice. et qui produit un revenu, est une valeur capitale. »

— Lne ibis, que la société actuelle a pu faire confondre : le TRAVAIL, valeur intellectuelle, avec la propriété, valeur matérielle; l'esclavage des masses se trouve facilement justifié; et, le tour économique se trouve achevé. II est évident : que, du moment que le mot richesse ne s' a}pp]\que\)\os exclusivement à la matière; du moment, que le travail, le talent, V industrie passent dans le domaine de la richesse;\a société dit, avec justice: l'impôt doit se prélever sur la richesse. Alors, l'impôt pèse aussi sur le travail. Et, comme dès qu'une parcelle quelconque de l'impôt, pèse sur le travail ; tout l'impôt, sans l'ombre d'une exception, pèse sur le travail ; il se trouve :que, par cette seule assimilation de la richesse figurément dite, à la richesse proprement dite, l'homme se trouve assimilé à la matière: et, que l'esclavage des masses se trouve justifié. Toute l'économie politique, toute;, ne l'oubliez jamais ; c'est-à-dire : l'Évangile de la société actuelle, repose : sur cette monstrueuse assimilation.

Aussi, la société actuelle tient, infiniment, à cette monstrueuse assimilation; elle y tient comme à la vie; et, elle a bien raison ; car, du moment que celte assimilation cesse d'exister, la société actuelle a rendu son dernier soupir. Pour la conserver, cette assimilation, elle,- fait dire , toujours par la bouche de J. B. Say :

^ — « Smith a bor»;é le domaine de celle science (l'économie politique) en réservant exclusivement le nom de richesse aux valeurs fixées dans des substances matérielles. »

— Vous voyez : que, Smith avait compris : qu'assimiler

l'homme aux richesses, c'était justifier l'esclavage. Le prince

de l'économie joliliquc Irançaise s'est réservé la gloire decetle

iubtili» ation.

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— «11 DEVAIT y comprendre, continue l'Aristosle moderne, qui, lui aussi, refuse une àaie aui esclaycs modernes, il devait y comprendre des valeurs qui, BIEN qu'immatérielles, n'en sont pas moins réelles... »

— Ne VOUS extasiez-vous point, devant l'honneur de l'exception. Bien qu'immatérielles, elles n'en sont pas moins réelles! En effet, il n'y a de réel : que, le capital; et, c'est seulement en capitalisant l'homme, en le matérialisant, qu'on lui donne la RÉALITÉ. En vérité, l'on se croirait : dans un bas-empire matérialiste 1 1

— « ...n'en sont pas moins réelles, continue le père de l'Eglise économique, comme sont les talents naturels ou acquis. »

— Ainsi, les {d\en[s tiatnrels et acquis; c'est-à-dire : l'huma- MTÉ TOUT ENTIÈRE ; appartient au capital. Le capital est un fait; le capital est une réalité; le capital est I'ame. Quant aux cadavres, vous pourrez leur accorder des droits, si cela vous amuse; comme, par exemple : celui d'être jeté à la voirie ; quand, ils empoisonneront les capitalistes.

Pour confirmer l'esclavage des masses, l'économie politique, représentant la société actuelle, ne s'occupe : ni de valeurs domestiques, ni de produits bruts, relatifs au bonheur ; mais de valeurs en écliange et de produits nets, dominant les valeurs domestiques; valeurs en échange et produits nets relatifs : à la domination du capital ; à l'esclavage des masses. Et, cependant, dans toute société isolée; comme le sera l'humanité, quand les nationalités seront anéanties ; le produit net n'est jamais : qu'une valeur domestique; leprodvit brut étant seul alors : la valeur réellement sociale. L'économie politique affirme donc : qu elle ne doit s'occuper : que de ce qui est; et, comme I'esclavage est, elle s'en occupe exclusivement. Elle afhrme en outre : qu'elle n'a nullement à s'occuper : de ce qui doit être, fût-ce même de ce ([ui doit être, sous peine de mort sociale : de la liberté de tous.

Dès, qu'il s'agit de justifier l'esclavage des masses, en proclamant : que, le travail est libre ; la société actuelle parle beaucoup de droit; et, c'est au nom du droit qu'elle assimile le travail à la matière. Mais, dès (pi'il s'agit de faire dominer

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lelrav.iil, rintellioonresur le rapiJal, sur la matière: la société actuelle, représentée par la science économique , dit par la ])0uclie de J. B, Say, son prophète ; que :

— a Le point de droit reste toujours plus ou moins dans le domaine de l'opinion, »

— C'est : la négation du droit absolu ; la proclamation du droit relatif, du droit de la force ; et^ par déduction inévitable : la justification de l'esclavage des masses.

Par cette même négation du droit absolu ; par la proclamation que le droit de la force est le seul possible ; la société actuelle déclare : les nationalités indestructibles. C'est, encore la justification : de l'esclavage des masses.

Les propriétés des individus ne sont nullement les propriétés de la société. Car, une propriété, à moins : de ressembler au bon Dieu de M. Cousin; et, d'être une et plusieurs', ne peut appartenir à la fois : à tous; et, à un seul ou à plusieurs. Les propriétés des individus, sont évidemment des propriétés domestiques. Mais, cette clarté eût nui à la justification de l'esclavage des masses. Aussi, la société actuelle, par la Ijouche de J. B. Say, son prophète, ne reconnaît : que

— « L'existence de deux sortes de biens, de richesses: les unes communes à tous (celles qui ne peuvent être appropriées), les richesses naturelles ; et les autres propriétés exclusives, les bichesses sociales. »

— Comprenez- vous? Je parie que non. Eh bien ! je vais vous aider. En donnant aux propriétés domestiques , le nom {\q propriétés sociales , on borne la propriété sociale : à l'ensemble des propriétés individuelles; et, toute richesse sociale réelle; c'est-à-dire : collective; se trouve anéantie. Puis, comme en dehors de la propriété sociale ou collective , il n'y a de propriété domestique que pour les forts ; il s'ensuit : qu'en appelant propriétés sociales ou richesse sociale, les propriétés domestiques ou les richesses; on assure l'esclavage des masses; et, le tour est joué.

A la vérité, Bon.ild avait dit à la société actuelle :

— « Pour pouvoir appeler richesse de la nation la somme des richesses iudividuelles, il faudrait que tous les individus participassent à cette richesse; puisque la nation se compose de tous les individus sans exception, et que la richesse n'étant pas une chose ahstraite , il est assez difficile de concevoir qu'une nation soit riche, lorsqu'une partie considérable de ses enfants est dans Textrêsie besoin. Cependant cela est ainsi; et même, dans toute l'Europe, il n'y a nulle part plus d'indigents que chez les nations qu'on appelle opulentes. »

— Mais, à cette proclamation d'un homme d'État, la société actuelle a fait la sourde oreille; c'est, qu'il n'y a de pires sourds : que, ceux qui ne veulent pas entendre.

r)uant à avoir une ricliesse sociale , une richesse collective , la société actuelle en nie la possibilité, au point d'affirmer, par la bouche de tous les économistes, ses représentants : que, nulle société ne peut donner, quoi que ce soit, à un individu ; sans, l'avoir volé à un autre. Et, comme la société actuelle ne veut pas être une voleuse ; elle ne donne rien à personne. Gela, est très-indifférent aux forts; ce, qu'on ne leur donne pas, ils le prennent. La société actuelle, par la bouche de J. B. Say son prophète, en rend témoignage, lorsqu'elle dit :

— « Les épargnes des riches se font aux dépens des pauvres. »

— Quant à distinguer, d'une manière essentielle, le sol du capital; la société actuelle a horreur de cette distinction. Elle tient à assimiler le sol au capital, comme elle tient h assimiler : le capital au travail; le revenu au salaire. Aussi, dit-elle, par la bouche de M. Bastiat, l'écho des économistes :

— « J'ose affirmer qu'il n'est pas un champ en France qui vaille ce qu'il a coûté, qui puisse s'échanger contre autant de travail qu'il en a exigé, pour être mis à l'état de productivité où il se trouve. »

— Il paraît que Bastiat avait senti : que, si le sol doit entrer

A la propriété collective; il en esl de même : pour les capitaux; pour les travaux produits par les générations passées; MOINS, ce qui doit rester, entre les mains des individus ; pour, que consomm;iti<iii et prod'K-lion soient toujoin-s : au maximum

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possible des circonstances. Et, c'est pour celle cause qu'il tient tant : à assimiler le sol au capital.

Quant , à l'existence possible de deux espèces d'organisations de la richesse, dont l'une anéantirait le paupérisme; la société actuelle envoie celte dernière espèce d'organisation aux calendes grecques ; aux utopies ; et, ceux qui y croient : à Charenton, à Bedlam; et, quand elle peut : soit aux bagnes; soit à la Nouvelle-Calédonie. A cet égard, c'est, M. Thiers qu'elle a chargé de traduire sa pensée. Il nous assure :

— « Que le bon Dieu a destiné l'homme à travailler rudement, d'un soleil à un autre soleil; à arroser la ferre de ses sueurs...

« Ou il faut , dit-il , la vallée de Tempe , habitée par des pâtres mangeant la chair de leurs troupeaux, tissant leur laine, paires que les poètes trouvent innocenis, que je vous déclare, moi, très-grossiers, souvent livrés à d'ignobles vices, ayant leur Caïn s'ils ont leur Abel , et leurs pauvres aussi cent fois plus hideux que ceux de Londres et de Paris, car ce sont des crétins portant à leur cou les insignes de la misère physique, et sur leurs traits idiots les signes de la misère morale ; ou il faut, dis-je, celte vallée de Tempe, ou... »

— Vous comprenez déjà : que , selon M. Thiers , interprète de la société actuelle, il n'y a d'alternative possible : qu'entre le crétinisrae et le paupérisme. Dans ce cas, je plains M. Thiers et sa chère société; car alors, elle n'aurait qu'à choisir dans un nouveau dilemme : ou , anéantir les écoles primaires et l'examen, ainsi que le veut , très-justement, M. Thiers à son point de vue; ou , avoir : tous les quinze ans d'abord ; puis , tous les lustres; puis, tous les uns; puis, tous les mois; puis, tous les jours ; des révolutions : qui, porteraient les cadavres des riches aux gémonies; et, leurs biens : aux mams de leurs bourreaux.

Relativement à l'accroissement du paupérisme, parallèlement à l'accroissement de la richesse, la société actuelle le nie; et, le niera : jusqu'à son dernier soupir. De même que cette femme, plongée dans l'eau par son mari, pour lui avoir adressé une injure, répétait celte injure jusqu'à ce qu'elle eût de l'eau pardessus la tète; puis, ne pouvant plus parler, répétait encore la même injuic par des signes; de même, la société actuelle dira

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toujours : Le paupérisme diminue : proportion'neUeme'nt à l'accroissement du capital. Et, rependant, tous les économistes, sans l'ombre d'une exception , sont d'accord pour lui dire : qu'à cet égard, elle est dans l'erreur. H en est ici, comme pour certaine classe de braves gens, auxquels : on dit ; on prouve ; cartes sur table : que , la science actuelle est matérialiste. Ils vous répondent, avec un imperturbable sang- froid : Vous vous trompez , Monsieur ; d'abord , il n'y a pas de matérialistes ; ensuite, les gens les plus religieux, qu'il y ail au monde, sont : aux Académies des sciences. Plus, on est savant; et , plus on croit en Dieu.

Quant, à rendre les intérêts de tous , identiques aux intérêts de chacun; la société actuelle croit à cette possibilité; comme à celle, pour un iidèle, de marcher à pieds secs sur les eaux. A la vérité, Bastiat disait :

— « Je conjure les jeunes gens à qui ce livre est dédié de scruter avec soin les formules qu'il renferme, d'analyser la nature intime et les effets de l'échange. Oui, j'en ai la confiance, il s'en rencontrera un parmi eux qui arrivera enfin à la démonstration rigoureuse de cette proposition : — Le bien de chacun favorise le bien de tous, comme le bien de tous favorise le bien de chacun, — qui saura faire pénétrer celte vérité dans toutes les intelligences à force d'en rendre la preuve simple, lucide, irréfragable. — Celui-là aura résolu le problème social ; celui-là sera le

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