‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 73 sur 102 · SALAIRE. — RENTE. — REVENU · texte numérisé non relu

SALAIRE. — RENTE. — REVENU

La science sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :

Que, le SALAIRE est la rémunération du travail ;

Que, la RENTE est le loj^er du sol ;

Que, l'iNTÉRÉT est le loyer du capital ;

Que, l'ensemble du loyer du sol et du lover du capital ; ou même, l'un des deux, seulement; se nomme : revenu;

Que, confondre le salaire avec le revenu; c'est, assimiler Vhomme à la matière;

Qu'assimiler l'Iiomme à la matière, est la source, et aussi la justification : de l'esclavage des masses;

Que , par essence , le salaire et le revenu sont antagonistes;

Que, sous la domination du capital^ le salaire est toujours au minimum possible des circonstances; et, le revenu, au maximum poisible, aussi, des circonstances;

Que, sous la domination du travail, le salaire est toujours au ui.iximum possible des circonstances; et, le revenu, au minimum possible, aussi, des circonstances.

La société actuelle; et, sans pour ainsi dire, l'ombre d'une p\''ei)lioii; proclame, au contraire:

SCIEISCE SOCIALE. 587

La romplMe assimilntion, quant au payement fie l'impAt, du salaire au revenu.

— « Le foiifl iudiistrieL flit J. B. Say, qui t'ait partie de nos fortunes, se compose de facultés naturklles et de talents acquis. Un homme... tire un revenu de son travail. »

— C'est clair.

— « Son intelligence..,, dit encore Say, fait partie de ses facultés naturelles. »

— C'est, de plus clair en plus clair.

— « Son savoir, son expérience, dit-il encore, fait partie de ses facultés acquises. Les premières sont un don gratuit , une magnificence du Créateur, et ce don constitue la plus sacrée des propriétés , celle de la personne. «

— Y êtes-vous? Voyez-vous : l'idenlilicalion de la personne à la propriété ?

Le petit nombre de personnes, qui ont reconnu l'injustice d'assimiler le salaire au revenu , ont néanmoins été forcées, pour ainsi dire malgré elles, de reconnaître : que, l'impôt doit frapper la consommation; c'est-à-dire : le travail. C'est, qu'en effet, il est absolument impossible qu'il en soit autrement, sous la société actuelle ; et, personne ne veut s'imaginer : qu'une société, radicalement opposée à celle qui existe, soit : non-seulement nécessaire ; mais, possible.

— « La contribution personnelle, dit M. de Giraidin, n'est pas seulement inique, elle est encore inconstitutionnelle, car le travail n'est point la fortune, mais un moyen de l'acquérir. »

— « Lorsque, dit encore M. de Girardin , on évalue le revenu de la France de dix à douze milliards, comment l'évalue-l-on? En confondant le SALAIRE, soit avec le revenu, soit avec le profit, pour en composer lo revenu... Taxer la rente et le prolit comme riiiq el le salaire comme rinq, ainsi que cela aurait lieu si l'iinpôl >.ur le revenu était adopte', au-

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tnni vaudrait conserver Timpôl direct et pro^rressif sur la ronxommatiou. »

— « S'il y a un impôt, dit encore M. de Girardin. qui soit essenliellenient iniproporlionnel , essentiellement progressif, en raison inverse des facultés contributives , c'est l'impôt sur la consommation , c'est l'impôt qu'on appelle indirect. »

— « L'impôt sur le salaire, dit encore le même publiciste, c'est l'impôt direct sur le travail. Tout impôt sur le travail est un impôt contre

la CONSOMMATION. »

— C'est clair, comme eau de roche. Eli bien! malgré sa bonne volonté ; M. de Girardin a été obligé de dire :

— « Qu'il soit direct ou indirect, perçu à sa source ou à son embouchure, sur la production ou sur la consommation , tout impôt grève le travail. »

— Et, M. de Girardin a raison. Sous la société actuelle; sous la société oii le sol se trouve aliéné ; et, M. de Girardin n'en reconnaît pointd'autre possible ; tout impôt grève nécessaireinent le travail; et, ne grève que lui : exclusivement.

Cette idée, que l'impôt grève néces.^airemenf leirayail ou la consommation, est tellement générale, et tellement vraie, et tellement inévitable, sous, la société actuelle; que, Bastiat, l'écho des économistes, s'écrie :

— a La vérité est, et le peuple ne devrait jamais le perdre de vue, qup la contribution publique s'adressera toujours et nécessairement aux objets de lu consommation la plus générale, c'est-à-dire la plus populaire. »

— Voyez-vous : toujours et nécessairement. Allez dire, mCrue après l'avoir prouvé d'une manière rationnellement incontestable : que, ce toujours et nécessaire:mext, en présence de l'examen ; c'est, une révolution, une anarchie perpétuelle; que, dès que le sol appartient à la propriété collective, pas un atome de l'impôt ne pèse sur la consommation, sur le travail ; ces Messieurs diront : que, vous êtes un fou ; ou, un fripon ; et, que vous méritez : soit la camisole de force; soil la corde.

SCIENCE SOCfALL. oH\)

Tout ce qui a élé dit et sera dit, sur le salaire, sera toujours essentiellement anarchique, en présence de l'examen et de la société actuelle, dont l'essence matérielle se trouve être : l'aliénation du sol.

— «Il faut reconnaître, ilit M. de Rémusat, en sa qualité de minislro de l'intérieur (1840) , que le manque d'ouvrage et rinsufiisance des scalaires sont les causes les plus générales de l'indigence parmi les individus valides. »

— M. le ministre aurait pu ajouter : e/, les seules causes des reyo/Mf/ons. Mais, dites-lui, prouvez-lui, comme deux et deux font quatre : que, sous la sociétc' actuelle, dont l'essence est l'aliénation du sol, il est de touteimpossibilité : ([ue l'ouvrage, c'est-à-dire la production ne soit pas au minimum possible des circonstances; et, queles salaires ne soient [)oin[ an minimum possible des circonstances ; dites-le lui : et, s'il suit l'avis de ses conseillers les économiste?, il vous fera... pire encore, qu'au moyen âge, on ne faisait aux hérétiques.

— « D'où vient, dit Necker, encore un ministre, d'où vient la misère du peuple dans tous les temps et dans toics les pays ^ et ([iielle en est la source? C'est le pouvoir qu'ont les propriélaires de ne donner, en échange d'un travail qui leur est agréable, que le plus petit salaire possible. »

— C'est vrai. Mais, allez dire à ces ministres, et à d'autres encore, après l'avoir prouvé comme deux et deux font quatre: que, la misère du peuple ; et, le plus petit salaire possil)le sont inhérents à l'aliénation du sol ; et, qu'aussitôt que le sol peut entrer à la propriété collective, la misère du peuple disparaît, parce qu'alors les salaires sont au maximum possible des circonstances; ces Messieurs vous feront pendre ; ou, vous meltront dans un cabanon. Experto credk Roberto.

— «En tout genre de travail, dit Turgot, encore un ministre, il roir arriver et il arrive en effet que le salaire de l'ouvrier se borne à ce qui lui est nécessaire |»our lui luocurcr sa sub^isUmcc. "

o90 sclE^cb; sociale.

— Oui; el, celui qui n'a pas de travail, meurt de faim; et, il en est nécessairement ainsi : tant, que le sol reste aliéné.

— « S'il était possible , dit encore un ministre (Necker), qu'on vînt à découvrir une nourriture moins agréable que le pain , mais qui put entretenir le corps de l'iiomme pendant quarante-huit heures, le peuple serait bientôt réduit à ne manger que de deux jours l'un , lors même qu'il préférerait son ancienne habitude; les propriétaires des subsistances, usant de leur pouvoir et désirant multiplier le nombre de leurs serviteur», iorceront toujours les hommes qui n'ont ni propriété ni talent à se contenter du simple nécessaire. Tel est l'esprit humain , esprit que les lois sociales ont si bien secondé. »

— C'est, aussi anarchique que possible. Mais, eu époque d'ignorance, prêchez l'anarchie, sur un monceau d'or; et, l'on vous fait minisire; prêchez l'ordre, dans une mansarde ou sur un escabeau ; el, l'on vous coffre : dans un inpace.

Maintenant, voici un économiste.

— « Un des objets que j'ai eus en vue dans cet ouvrage, dit Kicardo, a été de montrer que , par suite de toute baisse dans la valeur des choses de première nécessité, les salaires du travail devaient baisser. »

— Je ne puis me passer de répéter : que, c'est fort dangereux à proclamer, en présence de l'examen. Si, c'est nécessairement vrai ; il faut faire en sorte de le cacher ; si, ce n'est pas nécessairement vrai; il faut chercher : et, la cause; el, le remède : sous peine d'anarchie.

Quant à l'antagonisme, entre les salaires et les profits \ cela commence à être reconnu. Mais cette proclamation est encore anarchique; si^ l'on considère cet antagonisme; comme, faisant nécessairement prédominer : le capital.

— «Le rapport des profits avec les salaires est, dit M. Dupont- White, un rapport d'hostilité. Cette hostilité résulte de ce que le taux des profit» est en raison inverse de celui des salaires; les profits baissent quand les salaires montent, et s'élèvent quand les salaires baissent. »

— « L'état naturel du capital et du travail à l'égard l'un de l'autre , dit encore M. Dupont-White, c'est donc la lutte, l'hostilité, l'antagonisme. »

— C'est vrai. Mais, avec la doctrine que le salaire doit toujours être au minimum possible des circonstances; c'est, une proclamation : essentiellement anarchique.

Et, quand des autorités, qui ne craignent ni la camisole ni la douche, osent : penser, écrire, imprimer et réimprimer :

— « Anjourd'liui, la rétribution du travail est abandonnée au hasard ou à la violence. C'est le maître qui opprime ou l'ouvrier qui se révolte, w

(Louis-Napoléon Bonaparte.)

citation que j'aimerais à voir répéter des milliers de fois; je pense, sauf meilleur avis de MM. les bourgeois : qu'il serait sage, de chercher la cause du mal ; et, qu'il serait utile d'en trouver le remède.

Ilélâs! la société actuelle est sourde et aveugle; elle ne veut ni voir, ni entendre; elle a en horreur, quiconque ose lui dire : qu'elle nejouit point de la sanlé la plus parfaite.

Il est évident ; que, vouloir, par le seul raisonnement ; et, avant que l'anarchie l'y ait forcée, sous peine de mort sociale, convaincre la société actuelle : que, désormais le salaire doit être élevé au maximum possible des circonstances; et cela, par le seul effet d'une organisation rationnelle de la propriété; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.

Concevez-vous, maintenant : pourquoi la science sociale, (quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complétetnenl inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non catarai lée; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau non paralysé par les préjugés.

— « Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union se présente, dit Basliat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité , elle trouve i.a

PLACE PRISE,

o[)2 SClENCf'. SOCIALE.

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