INDÉPENDANTE DES IDÉES RELIGIEUSES
— Et, ce qu'il y a, peut-être, de plus étonnant encore : c'est, que cette société, qui n'a de base que la sanction sociale, le BOURREAU ; veut, néanmoins : anéantir le bourre.\u.
Ainsi : pas de sanction religieuse; pas de sanction sociale. Je me trompe : une sanction sociale, pour maintenir les lois faites par les forts; pour expluiter les faillies; comme le disent : tant de ministres que j'ai cités. Puis, pour compensation : le bonheur de se sacrifier aux forts;... pour le seul bonheur : de se sacrifier.
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Et, quand la Mennais disait à la société actuelle :
— « Philosophes, qui exaltez avec tant d'orgueil, dans vos phrases pompeuses, la raison de Thomme, il faut que vous comptiez étrangement sur son imbécillité. Quel langage à lui tenir que le vôtre! Nul n'a droit de te commander; en conséquence, reconnais un niailre. Ton unique règle est ta volonté; en conséquence, obéis aux lois qui contrarient toutes tes volontés. Ton seul devoir est de te rendre, n'importe comment, heureux ici-bas; en conséquence, renonce à tous les intérêts; étouffe la voix du désir et celle même du besoin ; sois juste a tes dépens ; soumets-toi sans murmurer aux plus dures privations, à l'indigence, au travail , à la douleur, à la faim. Tu ne dois rien espérer après cette vie; en conséquence, agis comme si tu en attendais une autre; respecte religieusement l'ordre établi contre loi; sois notre victime volontaire, et nous te payerons en retour d'un profond mépris. »
— La société actuelle ne répondait pas. Alors, la Mennais continuait et disait :
— « Quelle société pourra se maintenir lorsque les droits de chacun n'auront d'autres règles que ses désirs, et d'autre limite que sa force, à laquelle on donne encore la ruse et la fraude pour supplément? Ou plutôt, comment concevoir, sous la notion de société, un assemblage d'êtres humains, ennemis naturels les uns des autres, et sans cessf occupés à se nuire mutuellement? Dans celte horrible anarchie de volontés contraires et d'intérêts opposés , de forces inégales et de désirs inégaux , l'amour de soi se confond avec la haine d'autrui ; et l'homme assujetti à la seule loi des appétits, indépendant de toute autorité et libre de tout devoir , ainsi que le peuple souverain, comme lui, non plus, n'a plus besoin de raison pour légitimer ses actes ; il suffit qu'il veuille et qu'il puisse ; à ces conditions, tout lui est permis. Le champ , la maison , la femme de mon voisin, sa vie même m'appartient de droit naturel, si je le désire et que je sois le plus fort. La nature n'interdit à riiomme que ce qu'il lui est physiquement impossible d'obtenir ; la borne de son pouvoir ou de ses convoitises est la borne de son droit, A-t-il faim de son semblable? Il peut, s'il en a la puissance physique, manger sa chair et boire son sang, avec aussi peu de scrupule qu'il mange un morceau de pain et s'abreuve de l'eau des fontaines. Et l'on n'entrevoit pas même, au milieu de ce conflit de passions, la consolante possibilité de la paix, ou seulement d'une trêve, puisqu'aucun pacte n'est obligatoire, que chaque promesse l'oi t cacher une embûche perlide , et qu'enfin nul n'est lié que par son intérêt. Plus d'Etal donc, plus de famille , plus d'union, plus de sécurité.
SCIE.NCH SOCIALE. 0*j5
L'homme tremblera de terreur à la rencontre de Thomme, plus terrible à ses yeux que le caïman du Gange et le tigre du Saliara. Que si quelquefois l'instinct rapproche au hasard deux individus de sexe différent, leur appétit satisfait, ils se regarderont avec effroi, et le plus faible se bâtera de fuir dans la crainte d'être dévoré. »
— Et, la Mennais continue ce tableau d'une prétendue société : privée de toute sanction religieuse.
— « Non, dit-il, la philosophie ne peut opposer au vice que des freins impuissants (1) , comme elle ne peut proposer que des prix chimériques à la vertu. Que me promet-elle? Un nom dont je no suis point assuré de jouir, un vain bruit de réputation que le snge dédaigne, et qui ne console pas d'une infortune de la vie. Encore, celte promesse, qui me la garantit? Qui me répond que la vertu n'attirera pas au contraire sur ma tête l'insulte, le mépris, la haine, la persécution? Serais-je le premier martyr qui eût recueilli ce triste fruit de sa fidélité à des devoirs pénibles? On m'offre alors pour compensation la joie qui accompagne le bon témoignage de soi. Quelle dérision! La joie de la pauvreté, de la faim, de la soif, des maladies, des souffrances du corps et des douleurs de i'àme ; la joie des prisons et des échafauds, la jdie d'une misère sans espérance! Je ne sais que comparer à celte joie étrange , si ce n'est cette autre joie que doit, dit-on, nous faire éprouver la stérile contemplation de Tordre quî froisse et brise tous mes penchants sous ses lois inflexibles. Et qu'importe la beauté d'une machine au malheureux qui est broyé entre ses
— Et, qu'a répondu la société actuelle? Elle a dit : C'est BIEN ÉCRIT. Et, elle a continué à vouloir rester indépendante : de toute sanction religieuse. Gela, dit-elle, constitue : sa liberté.
Vouloir, par le seul raisonnement; et, nvant que l'anarrliie l'y ait forcée, sous peine de mort socialej convaincre la société actuelle : que, rester privée de toute sanction religieuse, est le plus avilissant des esclavages; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.
Concevez-vous, maintenant : pourquoi, la science sociale,
(1) C'est \rai, pour la philosophie de la sociclc actuelle, prétendant se rendre indépendante : de toute sanction religieuse.
quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun; doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée ; et •luC;, pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.
— « Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union se présente, dit Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité, elle trouve la
PLACE PRISE
' — Et, pour ceux, chez lesquels, la place se trouve prise.
— ■ « Leurs yeux, dit M. Guizot, ont pour ainsi dire la faculté de s'ouvrir ou de se fermer selon leurs désirs. Ce qui est clair leur paraît réellement obscur ; ce qui est prouve devient incertain ou même faux. Ils vivent plongés dans leurs propres ténèbres; et quand la lumière essaye de pénétrer, elle leur est à la fois insupportable et douteuse. »
— Ces deux passages sont admirables. Il n'y a pas de démonstration d'erreur, qui n'en offre des milliers d'applications. Je l'ai déjà dit mille fois : l'anarchie, seule, peut abaisser les cataractes de l'ignorance sociale. Jusque-là, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Mais, il est du devoir, de celui qui les possède, de les présenter au public. Je remplis un devoir ; le reste : ne me regarde pas.
SCIEXCE ET OPINION.
La science sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :
Que, le nom de science doit être exclusivement appliqué : non-seulement à ce qui est aussi incontestable que deux et deux font quatre ; mais, à ce qui est inliniment plus inconleslable encore.
La môme sciuiice établit donc :
Qiic, deux et deux foui qualLO, n'est inconleslable : que, re-
lativement àTliypollièse : que,Vn?iité esl uneréalitc. Or, l'unité réelle, Vuniié absolue, ne peut être : qu'une immatérialité; qu'une individualité éternelle; dont, l'unité mathématique n'est que l'abstraction. Deux et deux font quatre, n'est donc vrai : que, relativement à une hypothèse. Deux et deux font quatre, n'est donc : qu'une opinion. Et, à moins d'être fou, ou ignorant, le nom de science, ne doit point être donné : aux opinions.
Jusqu'à présent : l'immatérialité des sentiments d'existence; l'immatérialité des sensibihtés ; l'immatérialité des âmes; n'a point été démontrée ; et même, la prétendue science actuelle proclame : que, les âmes sont matérielles. L'unité ; ou, plutôt, les unités se trouvent dès lors : non plus , seulement hypothétiques; mais, pseudo-scientiliqueraent niées. Voilà, le point de départ, des prétendues sciences mathématiques : ou, nié ; ou, tout au moins, réduit à l'état d'hypothèse ; et, par conséquent, les prétendues sciences mathématiques réduites : à l'état d'opinions ; ,
La même science sociale établit encore :
Que, la science, pour qu'elle soit réelle; pour qu'elle cesse d'être opinion; doit avoir : non-seulement, son point de départ rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun; mais encore : que, toutes les propositions qui la composent, doivent s'enchaîner : par identité ; et non : par analogie.
Or, dans la nature matérielle, il n'existe pas d'identités possibles ; et, la nature immatérielle, est encore : non plus, même à l'état d'hypothèse ; mais, à l'état de négation : pour ceux qui se prétendent savants.
Il n'y a donc pas science, mais seulement opinions, au sein des connaissances : dites naturelles.
Le protoparens de l'Académie des sciences morales et politiques, J. B. Say, proclame : que, le point de droit est toujours, plus ou moins, dans le domaine des opinions. Or, les sciences morales ne peuvent avoir de base : que le droit. Voilà donc, la science morale, réduite : à l'état d'opinion.
C'est, proclamer, involontairement : que, depuis que le monde existe : jamais, il n'y a eu : de science /•ee//e; jamais, il n'y a eu: que des opinions; et, que la science réelle est ànailre.
ï.a société actuelle, au contraire, proclame :
Que, la science existe ; que, foules les sciences, mathématiques, physiques et morales existent ; et, si vous lui dites : qu'elle-même place tout point de morale au sein des opinions ; et, qu'il n'y a rien de moins scientifique que les opinions; elle vous répondra : sans, que le moindre rouge lui monte à la face : qu'il n'y a pas cV autre science : que les opinions. Alors, voilà le mot science, synonyme du mot opinion; les deux mots , vis-à-vis de la raison , les plus opposés : qui puissent exister.
Et, cependant Aristote, que les parlements ont défendu de contredire, souspeine de la hart, avait dit :
— « Si les mots ne signifient rien, il est de toute impossibilité pour les hommes de s'entendre entre eux; et, disons plus, de s'entendre avec,