EUX-MÊMES
« Quand même l'homme n'aurait pas la science, quand il n'aurait que DES OPINIONS, il faudrait qu'il s'appliquât beaucoup plus encore à l'étude de la vérité , comme le malade s'occupe plus de la santé que l'homme qui se porte bien. Car celui qui n'a que des opinions, si on le compare A CELUI QUI SAIT, est, par rapport à la vérité, dans un état de maladie. »
— Et, Descartes s'écriait :
— « Lorsque nous nous sommes persuadé quelque chose dès notre JEUNESSE, et que notre opinion s'est fortifiée par le temps , quelques raisons qu'on emploie par après pour nous en faire voir la fausseté, ou plutôt quelque fausseté que nous remarquions en elle, il est néanmoins trèsdifficile de l'ôter entièrement de noire croyance. »
— El, Voltaire ajoutait :
— « Il faut des siècles pour détruire une opinion. On la nomme la reine du monde; elle l'est si bien, que quand la raison vient la combattre, la RAISON est condamnée à mort. Il faut qu'elle renaisse vingt fois de ses cendres pour chasser tout doucement l'usurpatrice. »
— Maintenant citez, à la société actuelle, Aristote, Descartes et Voltaire ; elle vous dira : qii'Aristote est une momie; Descaries un |i('d;int ; et. Voltaire un rabâcheur. Dès sa jeunesse,
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elle s'est persuadée : que, la science existe pour elle; son orixMOX, s'est fortifiée par le temps ; eî, si vous lui présentez la RAISON, lui prouvant qu'elle n'est qu'une sotte; elle vous mettra vingt fois à mort, avant d'avouer : que, la raison a raison .
Vouloir, par le seul raisonnement; et, avant que l'anarcliie l'y ait forcée, sous peine de mort sociale ; convaincre la société actuelle : que, pour elle, la science est encore à naître; est une utopie, élevée: à la dernière puissance possible.
Concevez-vous, maintenant : pourquoi, la science sociale, quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun ; doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non caïaractée ; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.
— « Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union, se présente, dit Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité, elle trouve la
— Et, pour ceux, chez lesquels la place se trouve prise :
— « Leurs yeux, dit M. Guizot, ont pour ainsi dire la faculté de s'ouvrir ou de se fermer selon leurs désirs. Ce qui est clair leur paraît réellement obscur; cp qui est prouvé devient incertain ou même faux. Ils vivent plongés dans leurs propres ténèbres; cl quand la lumière essaye de pénétrer, elle leur est à la fois insupportable et douteuse. »
— Ces deux passages sont admirables. Iln'y apas de démonstration d'erreur, qui n'en offre des milliers d'applications. Je l'ai déjà dit mille fois : l'anarchie, seule, peut abaisser les cataractes de l'ignorance sociale. Jusque-lè, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Mais, il est du devoir, de celui qui les possède, de les présenter au public. Je remplis un devoir; le reste : ne me regarde pas.