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SENSIBILITÉ : JOUISSANCE ET SOUFFRANCE

La science sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :

Que, la SENSIBILITÉ est la caractéristique : des immatérialités ; des âmes ;

Que, les individualités réelles, immatérielles, les âmes, sont , par essence : éternelles , incréées, absolues ;

Que, les personnalités réelles, humaines, sont constituées : chacune, par une âme, une immatérialité, unie à un organisme, à une matérialité;

Que, cette union constitue : des intelligence réelles ; des êtres capables de liberté; des êtres capables de raisonner : parce que, pour être libre, réellement, pour être capable de raisonner réellement ; il faut : non pas des immatérialités ; des âmes isolées de tout organisme; qui, ne pourraient être modifiées par de la matière; mais, des immatérialités unies à des organismes; parce que les êtres réels, les âmes, peuvent alors prouver deux tendances différentes : l'une de l'âme unie à l'organisme, tendance d'intelligence; l'autre, de pur organisme, tendance exclusivement matérielle. Alors, et seulement alors; il y a possibilité de choix, c'est-à-dire : liberté ; et, possibilité de raisonnement réel; raisonnement, qui ne peut exister : là, où il n'y a qu'une seule tendance, la tendance matérielle : quand même cette tendance unique porterait : tantôt, le nom d'intellectuelle ; tantôt le nom de matérielle. La même science sociale établit encore : Que, les âmes seules, les immatérialités seules, sont capables de souffrance et de jouissance ; et encore : pour autant qu'elles sont unies à des organismes ;

Que, par conséquent, l'humanité sew/e est capable : de jouissance; et, de souffrance;

Que, les hommes étant frères et égaux par leur commune immatérialité; partout, où il y a jouissance et souffrance; il y a : humanité, liberté, égalité, fraternité; en face de ces mêmes immatérialités : toutes égales ; toutes identiques; en tant : qu'/;/? matérialités.

La société actuelle, au contraire, proclame :

Pour ceux, qui se soumettent aux croyances : que, les âmes sont créées. Nous les laissons : en dehors de l'examen ; en dehors de la science ; comme, se plaçant eux-mêmes : hors, du domaine du raisonnement.

Pour les autres, la société actuelle proclame :

Que, la SENSIBILITÉ est généralement répandue : sur toute la séries des phénomènes ;

Que, par conséquent, les sensibilités sont inhérentes à la matière ; el, que les sensibilités sont seulement plus ou moins apparentes; selon, que les organismes sont : plus ou moins complexes;

Que, par conséquent : les âmes dérivent de la matière;

Qu'il n'y a qu'une seule nature, la nature matérielle;

Que, l'infelligence n'est pas exclusive à l'humanité; mais, que, ainsi que la sensibilité, elle s'étend : sur toute la série des phénomènes;

Que, néanmoins, la liberté existe ; quoiqu'il n'y ait pas : de quelqu'un ïée\; de quelquun individuel; ])Our vouloir; pour choisir;

Que, néanmoins, le raisonnement existe ; quoiqu'il n'y ait pas : de raisonneur réel, pour raisonner;

Que, pour vouloir, pour clioisir, pour raisonner en réalité; il suffit : d'une apparence d'être réel ; et, qu'il n'y a nul besoin : d'un être véritablement réel ;

Que, pour vouloir, choisir, raisonner en réalité ; i! n'est nullement nécessaire : non-seulement, qu'il y ait un être réel ; mais encore, qu'il est inutile ; qu'il y ait deux tendances, de nature réellement différente; qu'il suffît, à cet égard : d'une seule nature ; d'une seule tendance : parce qu'il est aussi facile : à PERSONNE, de choisir où il n'y a qu'uN; qu'il l'est à quelqu'un de choisir : où il y a deux.

Que, relativement à souffrir e[ jouir, il n'y a nul besoin : ni, d'immalériahtés; ni, d'union de celles-ci à des organismes; que, la jouissance et la souffrance sont également le partage : de toute la série des phénomènes ; et, que les briques et les bûches, souffrent ei jouissent : soit, comme les consuls ; soit, comme les empereurs ;

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Que, par conséquent : nous sommes les frères Pl les égaux des briques et des bûches ; tout autant, que les consuls ou les empereurs peuvent être : frères entre eux.

Toutes ces belles choses sont prouvées : par les professeurs en général 5 et^ par les professeurs de philosophie, en particulier.

— « Dans sa généralité, dit M. le professeur Damiron, Vactivité est la VIE, à quelque degré qu'elle se montre , et avec quelque caractère qu'elle paraisse ; elle est la vie avec toutes les aptitudes que comporte la vie; et comme il s'agit ici de I'ame humaine, elle est la vie avec Taptitude à penser , à sentir , à vouloir et à pouvoir. Elle devient donc la liberté, comme elle devient Tintelligence, comme elle devient la sensibilité. »

— Vous voyez : que, l'âme hwnaine est du même ordre : que, l'âmed'une laitue; on, l'âme d'une c'cn7o?>(?, active parsa pesanteur. Quant, à l'àme des chiens; voici, qui vous tranquillisera.

— «Pour les animaux, dit M. Damiron, ils ont de l'intelligence et du vouloir. »

— Soit! comme la laitue et l'écritoire.

Si, maintenant, vous étiez inquiets sur l'avenir de vos sœurs les bêtes; tranquillisez-vous, elles iront en paradis. Seulement, je voudrais savoir : si, elles iront aussi en enfer.

— « N'y en a-t-il pai (des bètes) , dit toujours le même professeur , qui nous comprennent dans nos intentions et nos affections ; qui, par conséquent, comprennent en nous des actes moraux et spirituels? Et si elles portent sur nous de tels jugements , n'en portent-elles pas sur elles de même nature? Ne se voient-elles pas également avec certaines pensées et certaities passions? N'ont- elles pas comme la conscience d'une autre vie que de la vie physique ? Ne faut-il même pas qu'elles l'aient pour pouvoir être avec nous en quelque commerce de sentiment? »

— Pauvres bêtes! j'en suis bien aise pour elles ; et, aussi pour moi. J'aime mieux me trouver en paradis : avec, tel ou tel chien ; qu'avec, tel ou tel grand : soit, d'Espagne; soit, d'ailleurs.

Voici, maintenant, qui est plus sérieux. Mais aussi : c'est du professeur dfs professeurs ; d'un professeur grand philosophe;

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jadis, pair de France, ministre de rinstniclion publique, grand maître de l'Université, etc., etc.

— « Épicure, dil M. Cousin, avoue que pour expliquer la sensation, il faut un autre élément, qui n'est pas le feu, qui n'est pas l'air, qui n'est pas non plus un esprit, car un pur esprit est une absurdité; qui est pourtant quelque chose, un je ne sais quoi sans nom. Est-ce encore ici, Messieurs, cette ame que nous avons déjà trouvée dans le Sankia de Kapila^ et que Colebrouck avait très bien définie : une sotte de compromis entre une âme matérielle et une âme immatérielle? Ou bien est-ce ce je ne sais quoi de quelques matérialistes modernes, ce je ne sais quoi qui, franchement proposé et bien compris, suffirait a un spiritualisme ECLAIRE, qui n'a pas la prc lent ion de connaître la nature de l'ame? Je crains que ce ne soit pas autre chose qu'un élément matériel mal analysé, et par conséquent encore sans nom dans la pliysiologie d'Epicure , comme par exemple les esprits animaux du dix-septième siècle ou le fluide uerveux du dix-huitième. Même dans ce cas, ce serait déjà un progrès sur la physique antique. — De tout cela il s'ensuit évidemment que, si l'âme est matérielle, elle est mortelle, elle est un composé qui se dissout à la mort; les atomes se séparent, et tout finit la. »

— Ce, qui n'empêche pas : ce composé, ce phénomène, cette APPARENCE de réalité; de vouloir, de choisir, de raisonner; comme, si ce n'était pas : un composé, un phénomène ^ une apparence ; mais bien, un être réel, une véritable réalité.

Tous les grands honmies, de la société actuelle, philosophes ou non, sont d'ailleurs d'accord à cet égard. Et, M. de Lamartine, avec ce talent panthéiste qui le caractérise, a parfaitement formulé cette philosophie, en disant :

— « La vie est partout comme l'intelligence ! Toute la nature est animée, toute la nature sent et pense. .. Partout ou est la vie, la

AUSSI EST le sentiment ET LA PENSÉE ; A DES DEGRÉS INÉGAUX SANS DOUTE, MAIS SANS VIDE. »

— Cette théorie est celle : de la société actuelle.

Vouloir, par le seul raisonnement; et, avant que l'anarchie l'y ait forcée, sous peine de mort sociale; convaincre la société actuelle : que, cette théorie anéantit : la réalité de la volonté» de la liberté, du raisonnement ; pour n'en laisser que les nppa-

rences; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.

Concevez- vous , maintenant : pourquoi, la science sociale, quoique rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun ; doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vuenoncataractée; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau non paralysé : par les préjugés.

— « Lorsqu'une doctrine d'ordre , de paix et d'union se présente , dit Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité , elle troive la

PLACE PRISK. »

— Et, pour ceux, chez lesquels la place se trouve prise :

— «Leurs yeux, dit M. Guizot, ont, pour ainsi dire, la faculté de s'ouvrir el de se fermer, selon leurs désirs. Ce qui est clair leur paraît réellement obscur; ce qui est prouvé devient incertain ou même faux. Ils vivent plongés dans leurs propres ténèbres; et quand la lumière essaye de pénétrer, elle leur est à la fois insuppoutabli: et douteuse. »

— Ces deux passages sont admirables. Il n'y a pas de démonstration d'erreur qui n'en offre des milliers d'applications. Je l'ai déjà dit mille fois : l'anarchie , seule , peut abaisser les cataractes de l'ignorance sociale. Jusque-là, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Mais, il est du devoir, de celui qui les possède, de les présenter au public. Je remplis un devoir ; le reste : ne me regarde pas.

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