‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 85 sur 102 · V. il · texte numérisé non relu

V. il

Alors, le critérium, servant à distinguer, scientifiquement, absolument, la vérité de l'erreur; est I'ame démontrée : réelle, immatérielle, éternelle; d'une manière rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun; avec possibilité de toujours pouvoir dire : là, il y a âme, vérité, réalité ; là, malgré toutes les apparences possibles, il n'y a pas âme; il n'y a, en tant que vérité, réalité : qu'erreur ou illusion.

La société actuelle, au contraire, ne distingue nullement: ni, les périodes humanitaires; ni, l'époque d'ignorance de l'époque de connaissance sur la réalité du droit. Appartenant à la seconde période humanitaire, dont la souveraineté est la FORCE brutale; elle nie le droit; et, n'a de loi et de critérium possibles : que, l'expression de cette force.

Voici, comment s'exprime, sur le droit, un des interprètes de la société actuelle ; l'enfant terrible de cette même société ; qui, ose dire : ce, que les autres pensent.

— « Je crois, dit-il, à des besoins sociaux, non à des droits naturels. Le mot DROIT n'a aucun sens pour mon esprit, parce que je n'en vois nullement la traduction dans la nature ; il es^t d'iNVENTiON humaine, et à ces litres il m'est suspect. 11 varie en tous lieux, en tous temps; il est sujet à controverse et se discute dans ses déiails jusqu'au sein du foyer domestique. On rencontre toujours deux avocats pour chaque cause , et le jugement varie à tel point que nos codes sont devenus des répertoires de contradiclions. Aux temps de la foi, la règle est siire : elle est parce qu'elle est; mais les temps de foi sont passés, et jusqu'à ce que Dieu les suscite encore, nous nous débattrons dans les fers, dans l'incoliérence, dans l'absurde. »

(RoMiEU, le Spectre rouge.)

— Quel admirable tableau ! de la seconde période humanitaire.

— « Le canon seul, dit- il encore, peut régler les questions de notre siècle, et il les réglera, dùt-il venir de Russie. »

— « Oh! FOI ET FORCE, dit eucore l'enfant terrible de la société actuelle , oh! foi et force, levier unique des mouvements humains, il n'y a rien, en dehors de vous^ que d'impuissant et de factice! »

— (( On a i)laisir, dit ailleurs l'enfant terrible, à se rappeler les paroles de M. de Galonné, écrivant à la noblesse française au moment où comaiençait cette guerre gigantesque de la révolution.

SCIENCE SOCfALE. 643

« Ne vous dissimulez pas qu'il existe une lulle terrible entre l'impii- « merie et l'artillerie. Quel en sera le fruit pour le trisie genre humain? « La Providence, qui plaça à la même date ces deux inventions dans l.i « marche des temps et des événements, a-t-elle voulu proportionner le « remèiie au mal? »

« Il est bien temps que le remède opère ! Et ce sera justice. Je ne regretterai pas d'avoir vécu, si je peux voir une bonne fois châtier et fustiu^er la Fout.E, cette hête cruelle et stupide, dont j'ai toujours eu horreur. Kegardez-la, quel que soit son costume, blouse ou habit; quelles que soient ses mœurs, son éducation, ses croyances, dans un salon ou....; regardez la FOULE partout et toujours, et vous la trouverez, non pas folle, mais imbécile, mais brutale et niaise à fiire vomir. Il semble^ dès que les hommes sont réunis en masse, qu'un magnétisme de bêtise et de vulgarité tc développe et change subitement d'honnêtes gens eu crétins ou en furieux. »

— Dès, qu'il n'y a plus de foi commune ; et, pas encore de science commune; c'esl, parfaitement vrai. M. Romieu n'a pas de foi; car, il nie le droit. M. Romieu n'a pas encore de science; puisqu'il nie le droit. M. Romieu appartient à la rouLE ; M. Romieu se lait horreur à lui-même. M. Romieu est le véritable représentant de Ja société actuelle; la société actuelle se fait horreur à elle-même.

M. Romieu est un fou, crie la société actuelle, voulant désavouer l'enfant terrible. Gela vous regarde, société. Direz-vous aussi : que le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences morales et politiques est un fou? Gela vous regarde encore. Mais, voici ce que dit M. iMigaet :

« 11 n'y a pas encore eu d'autre souverain que la force. »

— Gertes, c'est iniiniment plus sage : que, ce que dit M. Romieu. Mais, enlin : ce n'en est qu'une traduction

polie.

Aimez-vous mieux Arislole : que les parlements ontdéfendu de contredire : sous peine d'être pendu?

— K Les DROITS, dit-il, varient selon les vues de l'organisation politique ; la ju-tice s? modifie dans le même rapport. »

(S'il SCIEÎSCE SOCIALE.

— Vous voyez : (]ue , MM. Miunel el Romieu n'ont fait que traduire Aristote.

Maintenant, et pour arriver à la loi, aimez- vous mieux un professeur de l'histoire du droit, dans la première cliaire du monde? Vous allez être servi.

— « Le DROIT POSITIF, (lit M. Poncelet, csl le contenu de la loi^ la loi crée le droit. Le législateur proclame ce qui lui paraît droit naturel : c'est là Grotius.

« Il y a une opinion opposée qui prétend que la loi n'est que la recounaissance du droit.

« Il n'lst pas encore décide si le droit vient de la loi, ou si la loi

vient Dl droit »

—Tliéoriquemenl,'S\. Ponccict a r.iison; ms^h, pratiquement le droit et la loi, pour la sociclé acluclle, viennent de la force brutale.

Quant, au critérium de vérité; et, aux règles d'actions tant individuelles que sociales ; tous les enfants terribles vous diront : qu'il n'y a d'utile, sous 'ces différents points de vue : que, le

knout, la trique, la baïonnette ou le canon. Les autres ne

sont pas des enfants terribles ; mais, ils tâchent d'être les

plus forts.

Vouloir, par le seul raisonnement; et, avant que l'anarchie l'y ait forcée sous peine de mort sociale; convaincre la société actuelle : qu'elle est aussi sotte : sur la loi que sur le droit ; sur les règles d'actions que sur le critérium de vérité; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.

(luoiquerendueraiionnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun; doit ("■'tre,pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.

— « Lorsqu'une doctrine d'ordre, do paix et d'union se présente, dil Basliat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérilé, elle trouve la

n.ACE l-Rl^E. ))

— Et, i)uur (;eu\,clitv. lei>(}uels la place se liuuve iui!<e.

SCIENCR ^OrJALE. 6ir>

— « Leurs youx, dit M. Gtii/.ol, ont pour ainsi dire la faculté de s'o'.i- ▼rir et de se fermer selon leurs désirs. Ce qui est rlair leur paraît réellement obscur, ce qui est prouvé devient incertain ou même faux. Ils vivent plongés dans leurs propres ténèbres , et quand la lumière essaye de pénétrer, elle leur est à la fois insupportable et douleuse. »

— Ces deux passages sont admirables. Il n'y a pas de démonstration d'erreur, qui n'en offre des milliers d'applications. Je l'ai déjà dit mille fois : ranarcliie, seule, peut abaisser les cataractes de l'ignorance sociale. Jusque-là, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Mais, il est du devoir, de celui qui les possède, de les présenter au public. Je remplis ce devoir. Le reste : ne me regarde pas.

En présence des regrets, que peuvent causer : et l'entêtement de l'ignorance ; et, les difficultés de lui abaisser les cataractes intellectuelles; voici, néanmoins, des paroles consolantes.

— « Le sort commun de toute vérité nouvelle qui surgit est d'effrayer au lieu de séduire, de blesser nu lieu de convaincre. G\si qu'elle s'élance avec d'autant plus de force qu'elle a été plus longtemps comprimée; c'est qu'ayant des obstacles à vaincre, il faul qu'elle lutte et qu'elle renverse, jusqu'à ce ([ue, comprise et adoptée par la généralité, elle devienne la

BA«K d'un nouvel ORDRE SOCIAL. ))

(Louis-Napoléon Bonaparte.)

j, NATIONALITES.

La science sociale, rendue rationnellement incontestable visà-vis de tous et de cliacun, établit :

Que, le droit : soit, réel; soit, socialement accepté comme réel; religieusement formulé et sanctionné; est, exclusivement la base : de toute société possible ;

Que, la loi ne doit être que l'expression du droit; que, le droit est exclusivement : la base de la loi ; et non, la loi, la ba&cdu droit;

Que, pendant la première période humanitaire; le droit, doit être formulé : par le plus fort;

Mais, que la sanction de la force bnitale; él.mt, esscntiellf-

ment anardiiquo; et, se trouvant la seule, primitivement possible;

Le plus fort, alors, se trouve, nécessairement, obligé : de supposer la règle de droit, comme étant formulée et sanctionnée parla divinité; personnification : de l'éternelle justice ; de l'éternelle raison ; du droit éternel ;

Alors, le plus fort, maître de l'éducation et de l'instruction, fait accepter la règle, par la foi en la révélation, au moyen de l'éducation; éducation, à laquelle il subordonne : l'instruction.

Et, pour que la règle, censée être l'expression du droit éternel, puisse apparaître immuable comme l'éternité; le plus fort établit un interprète, simple ou multiple, mais infaillible : au moyen duquel, la science du droit peut être changée, du blanc au noir; sans, que la règle ait rien perdu: de son immuabilité.

C'est ainsi, que le soleil, de mobile qu'il était, selon la règle des chrétiens ; est devenu : parfaitement fixe.

Cet établissement du droit , de la formule du droit et de la sanction du droit, étant la nécessité sociale primitive; doit se retrouver; et se retrouve, en effet, à l'origine de toute société possible : quelle que soit sa couleur; et, quel qu'ait pu être son législateur.

Mais, des causes, multiples et déjà énoncées, occasionnent l'établissement de nouvelles sociétés.

Or, comme des agglomérations d'hommes, ayant : une même formule de droit, une même sanction de droit; et, le même interprète infaillible du droit ; constituent nécessairement une seule et même société; comme ces agglomérations ne peuvent, alors, différer, entre elles : que, par la force brutale, anarchique, par essence; il s'ensuit :

Que, toute agglomération d'hommes, voulant devenir : 50ciété particulière; société autonome ou nationalité; doit avoir : son interprète infaillible , qui lui soit propre; par conséquent : sa formule particulière de droit; en un mot : sa révélation

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