‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 9 sur 102 · IV · texte numérisé non relu

IV

Si les animaux ne parlent point, pourquoi né parlent-ils pas? Question qui doit renfermer la solution de celle relative à l'origine du langage.

« Les hommes semblent craindre que le temps ne soit devenu stérile et inhabile à la génération ; mais il est sur ce point une manière de juger qui ipontre bien la légèreté et rinconsfance des hommes. Tant qu'une chose n'est pas faite, ils s'étonnent si on leur dit qu'elle est possible ; et dès qu'elle se trouve faite, ils s'étonnent au contraire

de ce qu'elle ne l'ait pas été plus tôt C'est

ce qu'éprouva Colomb par rapport à sou voyage aux Indes occidentales. Mais cette variation de jugement a lieu plus fréquemment encore par rapport aux choses intellectuelles. C'est ce dont on voit un exemple dans la plupart des propositions d'EucIide. Avant la démonstration elles paraissent étranges et l'on n'y donnerait pas volontiers son consentement ; mais la démonstration une fois vue, l'esprit les saisit par une sorte de retrait (suivant l'expression des juriscoiisuUes), comme s'il les eût connues et comprises dès longtemps. »

Bacon, Dignité et aecroissement des sciences, liv. 1.

— •< La connaissance la plus vraie, sans comparaison (1), est celle qui a pour objet l'être, ce qui existe kfellement, et dont la nature est toujoui;s la même. »

Pr.ATON, le Philèbe.

— L'être réel^ l'être qui existe réellemcnty est éterneh Un être temporel^ phénoménal, apparent, n'est être que

(1) Il n'y a pas de plus ou moins vrai. Le vrai est absolu; ou, il n'est pas.

phénoménalement ^ illusoirement. Y a-t-il des êtres réels, des êtres éternels, des aines enfin; et, comment les distinguer des êtres phénoménaux ou temporels ? La solution de la question, relative à l'origine du langage, doit résoudre également ces questions.

— « L'esprit de l'homme ne peut se rpposer que dans la vérité. »

(Ballanche, Préface générale.)

— Il n'y a d'êtres réels, d'êtres vérités, que les âmes éternelles. Les âmes éternelles existent-elles ; et, comment les distinguer des âmes illusoires, ou temporelles? Ce paragraphe doit résoudre ces questions.

— « Toutes les fois qu'une proposilion sera prouvée par le genre de preuve qui lui apparlicnl, rdijectioii quelconque, même insoluble, ne doit plus être écoutée. »

(De Maistbe, Soirées de Saint-Pétersbourg, t. I, p. 260.)

— C'est \rai. Mais, du moment que l'existence des âmes éternelles est démontrée; ainsi que le moyen de les distinguer des âmes temporelles; il n'y a plus de questions insolubles.

— « La vie dans l'univers, dit M. Pierre Leroux, se manifeste par une série éternellement variée de relations entre les êtres. »

— Le mot t'fre est Lien vague. Un polype qui se coupe en dix est-il un être ? un végétal qui se coupe en cent, est-il un être? un nuage qui se coupe en mille est-il un être ? L'auteur a voulu dire : un phénomène considéré, abstraction faite de sa diAisibilité. Mais, V. 9

ce n'est pas assez clair. Le mot re/a/?/ est plus vague. encore s'il est possible. S'il avait dit : la vie se manifeste par le mouvement^ il eût mieux rendu sa pensée, ainsi que nous allons le voir.

— <i Dans cbnciine de ces relations, continue M. Pierre LerouT, chaque être e^{ à la lois et à lout instant actif et passif: car toute chose dans 'univers est active en même temps que passive,... »

— Voilà Lien le mot me rendu synonyme du mot

force ; et, la manifestation de la vie réduite au mouvement.

— «... comme, continue M. Pierre LerouT, la clef de voûte qui supporte et est supportée à la fois. Cependant notre espiit distingue très- Lien, dans la relation nui s'établit entre deux choses, l'aciiviie et la passivité : c'est que ces deux êtres ne sont pas à la fois aciifs sous le même rapport. Quoi qu'il eu soit, tous les êtres sans distiri'tion. depuis Ihomrae jusqu'à la tholeruîe, à laquelle nous n'attribuons que ce que nous nommous les propriétés générales de la matière,... »

— Voilà l'auteur qui admet, avec raison, tous les phénomènes comme des êtres apparents sans distinction aucune. Mais s'imagine-t-il qu'il n'y a de phénomènes que depuis l'hommejusqu'aux molécules ? L'attraction a-t-elle des molécules ? le son a-t-il des molécules? Et le mot matière, lui-même, que signifie-t-il : aussi longtemps, que vous ne l'avez pas rendu : synonyme de force ?

— «... sont justement considérés par nous, continue M. Pierre Leroux, comme doués d'activité. C'est ce que la métaphysique des langues... »

— Métaphysique des langues ! quelle expression !

SCltNCE SOCIALE. i31

Et ce n'est pas à l'auteur que nous la reprochons, elle est admise ; c'est à l'état de la science qui admet : des expressions absm'des.

— «... prouve parfaitcnTril , continue ^I. Pierre Lemux ; car dans tontes les langues la voix active du verbe n'est pas le privilège on des hommes seuls, ou des liommps et des anim !U\ seui<, mais elle appartient en commun à tous les êtres. Et ce n'est point p.tr extension que nous en agissons ainsi ; ce ii'e>t pas parce f|ne, après avoir considéré llii mnie ou les animaux et avoir reconnu une certaine activité, nous étendons cette idée aux clio-es que nous appelons inanimées : non; car l'animnl luimême ne po->ède pas évidemment en lui le principe de son activité : il n'est actif que parce qu'il est passif. »

— Remarquez! lecteurs : que, voilà l'automatisme (les animaux proclamé au dix-neuvième siècle par l'un des hommes qui les premiers ont réuni : les connaissances dites métaphysiques ; et, les connaissances dites naturelles.

— • (( Et si quelque chose pouvait nous faire illusion à cet égard lorsque nous considérons les ranj;s supérieurs de l'animalilc, continue M. Pierre Leroux, cette illusion cesserait en considérant les rangs inférieurs. »

— Le préjugé seul peut trouver à redire à cet argument.

— «Donc, continue M. Pierre Leroux, sous ce premier point de vue qui embrasse tous les phénomènes du monde réel^... »

— Monde réel ! voilà une bien singulière expression; en tant, qu'employée pour exprimer : le monde matériel !

— «... activité et passivité, continue M. Pierre Leroux, n'expriment pas des natures véritablement difl'érenlcs ,...»

i'i2 SCIIIWCI': SOCIALE,

— Très-bien ! Nous fnG:«nG;eons nos lecteurs à bien se rappeler : que , le mot activité n'a ici de valeur : que, celle du mot force considéré comme cause de mouvoiicnt; et, le moi passivité : que, celle du mot mouvement considéré : comme effet de force.

— «... mais seulpincnl, conliniip M. Piorre Leroux, dps aspects différents de noire espril : et voilà aussi poiir<|ui)i, d-ms toutes les Inogues, il est si facile et si hnliituel de p.isser df la voix active à la vnjx passive.

« Mnis n'y a-t-il vérilaltltnif nt |ias d'autre activité que celle qui résulte de l'aspect pai ti'ulier sons lequel il nous convient de considérer les relations des êtres entre eux? »

— 11 est évident : que, s'il n'y a pas d'autre activité, nous sommes incapables de convenir : de quoi que ce soit ; et, que tout ce que nous croyons faire, librement ; nous le faisons nécessairement : comme, des machines; comme des animaux qui ne possèdent pas en eux le principe de leur activité. Avant démonstration, nous ne pouvons donc que supposer : qu'il existe, en nous, une activité réelle; une activité, dont le principe soit en înols; et jusque-là : celui qui dit non^ a tout autant de raison ; que, celui qui dit oui. Il y a même plus : dans l'état de la science, l'apparence de raison est en faveur de celui qui nie : qu'il y ait en nous un principe réel d'activité. Ce qu'il y a de certain ; c'est, que si les animaux sentent : le principe d'activité n'est pas plus réel : en nous ; qu'en eux.

— « La foudre est mise en mouvement et éclate, continue M. Pierre Leroux ; lan'Huil a faim (t s'élance sur sa proie ; l'iiommeest passionné et agit eu verlu de sa passion : dans tout cela je ne vois que passivité et passivité égale. »

SCÎENGE SOCiALE. 133

— Toujours, ti'ès-bien ! et, le seul préjugé peut nier : cette proposition.

— « Qu'importe, continue M. Pierra Laioux, que rèlre ait ou non conscience !.,. »

— Parfait! Si l'animal a conscience et se trouve une machine, n'ayant point en lui, le principe de son activité ; l'homme , malgré cette conscience , est également une machine. Il est impossible : de mieux raisonner.

— «... il n'en est pns moins déterminé dans son action, continue M. Pierre Leroux. Il est nctif, si l'on veut, eu ce sens qu'il agit ajirès avoir été déterminé à agir. »

— Et , voilà la seule espèce d'activité , qui peut exister dans l'univers ; si, le déisme, ou le matérialisme : sont des réaUtés.

— « Mais, continue M. Pierre Leroux, n'y a-t-il pis quelque part, et chez certains êtres, une autre activité? »

— S'il y a une autre activité, il faut qu'elle ne soit: ni force ; ni résultai de force ; c'est-à-dire : ni matière, ni résultat de matière. Or, il ne peut exister dans l'univers : que force et sentiment. Si, l'animal a sentiment, sensibilité ; et, que son activité ne soit que force, ne soit qu'une activité, dont le principe n'est point en lui ; le sentiment, la sensibilité est un résultat de force. Si donc, les animaux ont de la sensibilité ; il n'y a auciàne autre activité que celle qui existe chez les ani-

Joi SCIENCE SOCIALE.

maux; et, non-seulement la foudre, la faim de l'animal et la passion de l'homme appartiennent alors à la même activité ; mais aussi : la pensée et la prétendue volonté.

— « Los hommes, poursuit M. Pierre Leroux, eu s'observant eux-mêmes, ont distingué une sorte d'activité h lai|iieile ils ont donné le nom d'activité morale, volontaire, et dont ils ont fait l'apanage delà nature luiinainc.

« Toute la morale,... »

— Nous avons déjà, dans ce chapitre, donné une partie de cette citation; nous la répétons.

— «... et non-seulement toute la morale, continue M. Pierre Leroux, mais toute la police des Etals, toute la législation, reposent sur celte distinction. »

— Ceci est une erreur. Pendant toute l'époque d'ignorance, qui dure encore, la police des Etats, c'est-àdire Vonlre, ne repose pas sur cette distinction ; elle repose : sur l'acceptation de cette distinction , par la classe exploitée. Car, jusqu'à présent, jamais la classe réellement exploitante, la classe sacerdotale instruite, ou plutôt se croyant instruite, n'a admis cette distinction. Cette distinction est même incompatible : avec l'anthropomorphisme ; et , avec le panthéisme. Et , néanmoins, ainsi que le dit fort bien M. Cousin, jusqu'à présent, il a été impossible: de sortir de l'anthropomorphisme , sans entrer dans le panthéisme ; ou , de sortir du panthéisme sans entrer dans Tanthropomorphisme. Quand arrive l'époque de connaissance :

l'ordre ne repose plus sur cette distinction ; mais, sur la démonstration de la réalité de cette distinction. L'époque d'anarchie, qui sépare les deux autres, est celle : 011, la réalité de cette distinction se trouve contestée.

— « Elle est, continue M. Pierre Leroux, le fondement de toute péualité.

« Et voilà pourquoi ceux qui ont rie directement ou indirectement celte dislifiction, soit en cliercliant un motif fital à toutes les déterminations humaines, soit en soutenant la complète analogie des animaux à riiumme ,... »

— L'auteur fait plus que de soutenir : la complète analogie des animaux à l'homme ; il soutient leur parfaite identité; car, il soutient : que, les animaux sentent ; et , dès ce moment , ils sont identiques avec l'homme pour le fond; et, ne diffèrent : que, pour la forme. L'auteur soutient cette identité sans le savoir, nous le savons ; mais il la soutient, comme il dit ; mdirectement.

— «... ont toujours passé, continue M. Pierre Leroux, pour des corrupteurs de la morale et des destructeurs impies de toute sociabilité. »

— On corrompt la morale ; et, on est destructeur de toute sociabilité ; volontairement et involontairement. Ceux qui corrompent la morale, involontairement, sont loin d'être des impies; et, nous sommes loin d'accuser d'impiété ; l'auteur de cet article.

— « Sur quel fondement, en effet, continue M. Pierre Leroux, pourrail-on bnser la justice d'une peine ou d'une récompense, si chaque homme est déterminé fatalement... »

— Quel cercle vicieux ! Si, on est déterminé fatalement; ce n'est pas l'homme qui base; c'est, la fatalité. Dans ce cas, tout ce que youëditesesl fatal; et, aussi : tout ce qu'on vous répondra.

— « ... est déterminé falalerneiit , continue M.Pierre Leroux, dans toutes SCS actions? Toute idée de veriu est par là anéantie,... »

— Eh mon Dieu ! non : pas plus que l'idée de pouvoir baser, en réalité, n'est anéantie chez vous-même, dans l'hypothèse de la fatalité. Cette idée serait anéantie, il est vrai , vis-à-vis d'un homme qui raisonnerait logiquement. Mais, où sont-ils : les logiciens?

— «... et il nous faut, continue M. Pierre Leroux, considérer la société des hommes du même œil que les pliénomèues du monde extérieur à l'iiumanilé. »

— Vis-à-vis , d'un logicien , il n'y a pas l'ombre d'un doute : que, cela ne soit ainsi : si, les animaux ne sont pas dénués : de sensibilité réelle.

— « Cette distinction entre l'activité '[ue j'appellerais volontiers naturelle, couliniic M. Pif-rre Leroux, parce qu'elle nous est commune nonseulemenl avec les animaux, mais avec le dernier grain dépoussière,... »

— Bravissimo ! Mais comment est-il possible d'arriver à proclamer cette vérité ; et, ne pas reconnaître : que, si les animaux sentent, l'activité naturelle est la seule existante?

— «... et l'activité particulière à l'homme, contimie M. Pierre Leroux, est donc capitale. Pour ceux qui raduietlent, il y a un monde moral, il

y a une justice, il y a des vertus et des vices; p.iur ceux qui ne Tadmettent pas, tout cela n'est que chimère et dujjCiie ; ... »

— On n'est pas le maître d'admettre, ou de ne pas admettre , une connaissance. On n'est pas le maître : d'admettre, ou de ne pas admettre, les conséquences looiqups d'une connaissance : lorsque, la capacité de raisonner n'est pas obstruée par les préjugés. Dans l'état actuel des connaissances, les gens instruits ne sont pas les maîtres : de ne pas être des matérialistes; pas plus que ceux qui se trouvent sous la domination de la foi religieuse ne sont les maîtres : de ne pas être des anlhropomorphistes.

— «... et je ne sais, continue M. Pierre Leroux, quelle illusion a formé et entrelient la société des liom:ues. »

— Toute société réelle, appartient à un monde moral réel. S'il n'y a pas de monde moral réel ; il n'y a de société: qiiillasoirement,

— « Mais, continue M. Pierre Leroux, est-elle fondée cette distinction, et sur quoi repose-t-elle ? »

(Pierre Leroux, Encyclopédie nouvelle, article Activité.)

— Voilà, précisément, ce qui esta démontrer.

— « Ce problème de l'exi-tence ou de la non-exislence de la sensibilité dans ceriaius dép irtemeiits du monde organisé et vivant, dit l'encyclopédiste, est fort difficile à résoudre. »

— Il paraît : que, l'encyclopédiste, auteur de cet article, connaît un monde organisé : qui n'est pas vivant.

— « En pff<t, continue l'encyclopédiste, nous ne connaissons directement la sensibilité que dans notre propre moi : nous ue l'admettons dans un autre individu que par analogie. »

— Le moi, dans le temps, n'a point son expression dans la sensibilité, qui est muette sans le verbe ; mais bien : dans le verbe. Or, ce n'est point par analogie, que le verbe se connaît, de l'bomme à l'homme ; c'est, par identité. C'est par analogie, que le verbe est supposé chez les animaux ; et, c'est exclusivement pour cela ; que, la sensibilité leur est attribuée. Cela, est tellement vrai : que, l'auteur va refuser, la sensibihté, aux animaux qui lui paraîtront n'avoir pas d'intelligence; c'est-à-dire, aux animaux qui \m paraîtront y ne point posséder le verbe .

— « Or, continue l'encyclopédiste , qu'est-ce que l'instinct d'analogie ? »

— L'instinct d'analogie ! Une analogie est l'expression d'un raisonnement ; et, l'instinct d'analogie équivaut : à Vinslinct de raisonnement. Ces messieurs donnent, à ce galimatias, le nom : àe science transcendante !

— n Quelle est , continue l'encyclopédiste, celte loi de notre nature intellectuelle? »

— Dans le monde intellectuel, il n'y a qu'une loi ; le raisonnement! Mais, comment distingue-t-on : la bonne loi de la mauvaise loi? Question.

— « Voici, continue l'encyclopédiste, comment on peut la formuler : toutes les fois qu'un fait est apparu instinctivement ou simultanément à

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certaines circonstances (1), nous croyoïs nécessairement r/î/e ce fait existera partout ail, ces circonstances existeront. »

— Cela signifie : que, partout où il y a sensibilité, il y a sensibilité ; ou, cela ne signifie rien du tout. Dire : que, chez les animaux, il y a sensibilité comme chez l'homme : parce que, chez les animaux et l'homme il y a digestion et par conséquent les mêmes circonstances; c'est, déraisonner au point : que vous-même direz bientôt : que, les polypes n'ont pas de sensibihlé ; et, cela : parce que, pour voir, la sensibilité dépend des nerfs. Si, vous aviez étudié, davantage, l'anatomic comparée; vous sauriez : que, le vaoi nerf, comme le mot règne, n'a qu'une valeur : complètement indéterminée.

— « Les jugement» que cette croyance motive, continue l'encyclopédiste, soûl certains quand nous les ioudons sur des circonstances absolument ideutiijues. »

— Belle découverte, en vérité ! Mais, comment disigue-t-on les nous le dire ?

tingue-t-on les analogies des identités ? Youdriez-vous

— " Mais, continue renryclopédisie, au fur et à mesure que quelques circoiislances viennent à ininquor, l'analogie ne saurait donner qu'une probibililé de plus en plus décroissante. Ainsi donc je ne puis douter que les hommes organisés comme mu, ngissant comme moi, parlant comme moij ne soient aussi, comme moi, sen>ibles et intelligents. >>

— Ce n'est donc plus, par analogie, que vous savez : qu'un autre homme est sensible. Mais, il pamît : que,

(1) SimuUancmenf à est très-joli.

si un homme organisé autrement que vous, comme un crapaud par exemple, venait vous dire, en bon français : qu'il a mal à la tête ; vous n'en croiriez rien, i! paraît que vous croyez : facilement ; et, difficilement.

— « Pour les animaux dépourvus de parole, continue l'encyclopédiste, la certitude est moindre. »

— Bientôt, Monsieur l'encyclopédiste nous dira : que, partout oij il y a sensibilité, il y a langage. La proposition est-elle réciproque ? Et, si Monsieur l'encyclopédiste prétend : qu'il peut y avoir langage sans parole ; nous lui demanderons : si, un perroquet est un homme.

— « Rnppellerai-je , continue l'encyclopédiste, le .«ysième de l'automatisme des brûles, système imaginé par le médecin esjiagnol Pereira,...»

— 11 paraît : que, Monsieur l'encyclopédiste ne s'est jamais donné la peine de lire Bayle. Il saurait : que, ce système est au moins deux mille neuf cent quatre-vingtdix-neuf ans, plus ancien que Pereira.

— «... et, conliuue rencyclopédisle, renouvelé par Descartes, qui, par sa puissante autorité ,... »

— Jamais Descartes n'a démontré son opinion. Il a même prétendu : que, cette opinion ,ne pouvait être démontrée.

— «... le popularisa quelque temp>, continue l'encyclopédiste, dans les écoles de la plulosophie iVançaise ? Si cette opinion a eu quelque faveur, si l'on a pu regarder un chien, uu cheval, etc. , comme de pures machines... »

— L'un des directeurs de l'Encyclopédie, dans laquelle vous écrivez, M. Pierre Leroux, dit: «La foudre est mise « en mouvement et éclate ; l'animala faim et s'élance « sur sa proie; l'homme est passionné et agit en vertu (• de sa passion : dans tout cela je ne vois que passivité, « et passivité égale. » C'est, bien là de l'automatisme ; ou, le mot automatisme n'a pas de sens.

— «...comme, continue rencyclopétliste, des automates inanimés,,..»

— Il paraît : que, Monsieur l'encyclopédiste, connaît des automates animés. Ce doit être curieux!

— «,,, il faut donc, conlinue l'encyclopédisle , que la sensibilité de> brutes ne soit pas d'une évidence immédiate. »

— Il paraît que ce n'est point mystiquement, immédiatement^ mais au moyen du raisonnement que Monsieur l'encyclopédiste s'est convaincu : que, les bêles ne sont point des machines, parce qu'elles sont sensiLlrs. Si, cet excellent logicien avait, tant soit peu, aj)profondi son raisonnement; il aurait reconnu : que, si les bêtes sont sensibles, non-seulement elles sont des machines ; mais, que lui-même est alors une machine : car, comme le dit son directeur, « qu'importe que l'être ait ou non 0 conscience, il n'en est pas moins déterminé dans son « action. » C'est-à-dire : qu'importe qu'il ait de la sensibilité; ou, qu'il n'en ait pas.

— « Jamais aucun pliiIoso| lie, continue rciicyclofcdistc, n*a soutenu que doux et deux ne font p:is quatre. »

— M. Cousin dit formellement : que, un est la même chose que plusieurs. Est-ce que Monsieur l'encyclopédiste refusera, à M. Cousin, le titre de philosophe?

— « Toutpfois, continue Venryclopéfli<te, il y a , pour les savants comme pour le roTninun des homirics, une prob bililé à peu pi es é(|nivalentp à la certitude que la sensibilité, qui, cbez l'iumime , dépend du système nerveux cérébro-spinal ,... »

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