PHILOSOPHIE
La science sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :
Que la philosophie est l'expression du raisonnement : bon, ou mauvais ; illusoire, ou réel;
Que, avant de rechercher : si, la philosophie, expression du raisonnement, est bonne ou mauvaise; il faut, sous peine de folie, savoir: si, la philosopliie ; si le raisonnement est réel ; ou, s'il n'est seulement qu'apparent; que phénoménal. Et, comme le raisonnement n'est qu'illusion, apparence, phénomène : pour le cas où la liberté n'existe pas en réalité ; puis, comme la liberté n'existe, qu'illusoirement; si, l'âme n'est point démontrée : être réelle, immatérielle, éternelle; il s'ensuit encore : que, avant de rechercher : si la philosophie ; si, le raisonnement; existe en réalité; il fautsavoir : si, l'âme est réelle,
IMiMATÉRIELLE, ÉTERNELLE.
La même science sociale établit en outre:
Qu'après avoir reconnu : que, les âmes sont réelles, éternelles, immatérielles ; il faut encore : reconnaître (luellessont les conditions, qui peuvent faire distinguer labonue philosophie de la mauvaise ; et, savoir, que ces conditions sont les suivantes :
1"^ Avoir des points de départ : toujours rationnellement in-
tj(50 SCIENCE SOCIALE.
contestables, vis-à-vis de tous et do cliacun; toujours identiques, pour tous et pour chacun. Et, ces points de départ ne peuvent être : que, les àrnes, rendues rationnellement incontestables vis-à-vis de tous et de chacun : comme réelles, éternelles, immatérielles ; et, ces points de départ sont nécessairement, toujours identiques : pour tous; et, pour chacun.
2" Savoir : que, pour qu'un raisonnement complexe soit bon; il faut : non pas qu'il soit composé d'analogies, mais bien, d'identités; qu'il soit une déduction , et non, une induction. Et, cela ne peut exister: avant, de pouvoir distinguer, d'une manière rationnellement inconstable : le règne des identités, ou règne des analogies ; le règne des immatérialités, toutes dentiques ; du règne des matérialités, toutes nécessairement analogues, par essence. La connaissance de cette distinction constitue : la connaissance de la nature des êtres (1;. ,
Et, que c'est seulement après avoir rempli ces conditions, qu'il est possible de dire :
Le raisonnement, la philosophie existent ; et, c'est seulement de telle, et de telle manière qu'il est possible de distinguer : le bon raisonnement du mauvais ; la bonne philosophie de la mauvaise.
La même science sociale établit enfin :
Que, pour la première période Immanitaire, la philosophie est essentiellement sceptique. Et, que comme la vulgarisation du scepticisme conduit la société à la mort, il s'ensuit : que, pour cette période, la philosophie eut conduit l'humanité à la mort : si, la possibilité décomprimer l'examen n'eût permis, en toute équité, en toute justice, de condamner : les philosophes à la mort ;
Que, pour la seconde période Immanitaire, n'y ayant plus de possibilité de condamner à mort les philosophes; le scepticisme se vulgarise nécessairement-; et que, si, à celte époque, la philosophie réelle ne venait anéantir le scepticisme; la société, serait conduite à la mort : au sein de l'anarchie;
Que, pour la troisième période humanitaire, la philosophie,
(1) M. Cousin a bien raison quand il dit : que la philosophie réelle doit : distinguer les r//)^;«;'('»(.e.!; des m/^i^f*; et exprimer les cauactkkes
>rKI>SÈQllCS DKS ÊTRES.
SCIENCÎ' SOrJALE. 661
rendue rationnellement incontesble, vis-à-vis de tous et decharun, anéantit le scepticisme ; et rend l'ordre réel au sein de l'humanité, aussi indestruclil)le : que^ la vraie philosophie.
La société actuelle, au contraire, proclame :
Que, la philosophie est une sottise, devant toujours être soumise : aux caprices de l'ignorance, aux décisions chaotiques, et toujours ininterprétables des masses : tant, que l'ignorance n'est point socialement anéantie.
Je viens de dire : que, telle est la proclamation de la société actuelle ; prouvons.
L'Académie des sciences morales et politiques, sommée, par le gouvernement de 1848, de lancer ses foudres les plus puissantes, contre les tendances vers la société nouvelle, dans le but de conserver la société actuelle ; cette Académie, dis-je, a choisi ce qu'il y avait de mieux, dans son sein, pour remporter cette victoire. En conséquence, M. Cousin a été chargé : de défendre la philosophie de cette même société. Le rapport de l'ex-grand maître de l'Université, peut donc être considéré : comme la véritable exposition de cette même philosophie. Écoutons, dès lors, l'organe de la société actuelle.
— « Oui, on peut, on doit même, dit-il, enseigner au peuple la philosophie, et la philosophie n'est point une chimère, SI elle est^ comme ellk LE PRÉTEND, la scteuce des grandes vérités intellecluelles et morales, n
— Voilà, la philosophie, ou la science des grandes vérités intellechielles et morales mise en doute.'Et socialement, le doute équivaut à la négation.
— « Mais, entendons-nous bien, » continue l'organe de la société actuelle.
— Et, en effet ; c'est là, le principal. Alors, lâchons de nou entendre.
— n II y a , continue M. Cousin, deux sortes de philosophie : l'une artificifilo et savante, réservée à quelques-uns ; l'autre NATunEr.LK et ni- MAiNK, et qui est à l'usage de tons. ><
062 SCIFNCE SOCJALE.
—Ainsi, Ifl première [)liilosopliie est arbitraire; et, non humaine, par conséquent, monstrueuse ; celle-ci heureusement est réservée à un petit groupe d'hommes souvent dangereux, ainsi que va le dire M. Cousin ; l'autre philosophie est naturelle et humaine, à l'usage de tous; c'est-à-dire : que, cette dernière est l'expression de l'ignorance sociale; tant, que l'ignorance primitive n'est point ; socialement anéantie.
— « L'iiomme, continue M. Cousin, qui jouit d'un assez grand loisir, au lieu de s'en tenir mix naïve:; et solides croyances que lui fournit la nature (1), et qu'il retrouve partout confirmées dans la langue dont il se sert et dans les discours de ses semblables, peut leur appliquer une réllexion plus ou moins exercée, une critique plus ou moins sévère, au risque de les mettre en péril (2), en les examinant de trop près; car la libre réflexion amène souvent le doute, et le doute est une épreuve oxi la /bi naturelle (3) peut succomber, comme aussi, grâce à Dieu, elle en peut sortir triomphante et plus sûre d'elle-même (4). »
— « De là, continue l'organe de la société actuelle , les systèmes philosophiques, tantôt faux, tantôt vrais, la plupart du temps mêlés de faux et de vrai, et qui attestent la liberté, la puissance et les bornes du génie de l'homme. »
— Gela signifie : que, les systèmes philosophiques attestent : et, l'ignorance de la société actuelle ; et, la vanité de cette société ; prétendant : que, cette ignorance est invincible ; puisque, elle-même n'a pu la vaincre.
— «... Evidemment, continue la société actuelle, la philosophie spérnlalive n'est pas faite pour le peuple. »
— Ainsi, la connaissance de la vérité, des grandes vérités intellectuelles et morales, est interdite : même aux philosophes; et, ce qu'ils bavardent, à cet égard, uniquement pour faire de la gymnastique cérébrale, n'est pas fait pour le peuple. .Te
(1) C'est-à-dire : I'ignorance ; tant, que celle-ci n'est point évanouie.
(2) Les croyances de l'ignorance.
(3) Les croyances de l'ignorance.
(4) Voilà, la société actuelle condamnant l'examen ; et préparant l'inquisition, lorsqu'elle est sûre : que, les croyances de l'ignorance doivent prévaloir : sous peine d'anarchie. C'est, ce que font d'ailleurs, et nécessairement : io\iiç,?,\&% fausses philosophies triomphantes ; et, devemies
K F M r, IONS.
mets leSaint-Officp au défi : de formuler une rondamnationplus formidable, contre la philosophie.
Voilà, la philosophie des savants, mise au rebut (1) ; voyons, maintenant;, comment la société actuelle va défendre : la philosophie de l'ignorance.
(1) Voici, la preuve : que, M. Cousin est persuadé: que, la philosophie réelle n'existe pas encore.
— « Il y avait du moins, dit-il, entre M. Hegel et moi, quelque chose « de commun, une /b* commune dans la philosophie, une commune « conviction qu'il y a ou qu'il peut y avoir pour l'esprit humain, ttnc « SCIENCE vraiment digne de ce nom, qui n'atteint pas seulement " I'apparencb, mais la réalité des choses ; qui n'exprime pas seule- <' ment les rêves mobiles de l'imagination humaine, mais7f caractère