‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 95 sur 102 · MORALE · texte numérisé non relu

MORALE

La science sociale, reodue ralionnellement incontestable visà-vis de tous et de chacun, établit :

Que, la morale est la conformité avec la justice ;

Que, la justice est la conformité avec la raison;

Que, par conséquent, la morale n'est et ne peut être : que, la conformité avec la raison.

La même science sociale établit en outre :

Que, commettre une action qui vous est nuisible ; comme est celle de se dévouer, de se sacrifier; sans autre raison : que, la passion, le caprice ou le préjugé ; est, vis-à-vis de la raison^ présupposée devoir dominer : un acte de folie; par conséquent une injustice ; une immoralité.

La même science sociale établit enfin :

Qu'il n'est qu'une seule raison, qui puisse justifier le sacrifice, le dévouement •• la réalité nu lien religieux ; et, qu'en dehors de cette réalité, le dévouement, le sacrifice , loin d'a})partenir à la justice, à la morale, à la raison ; ne peuvent être : que, des actes d'injustice, d'immoralité et de folie.

La société actuelle, au contraire, proclame :

Qu'elle ne sait pas ce que c'est que la morale ; et, que le je ne sais quoi, nommé morale, n'est basé sur rien de rationnel.

— Calomnie, va-t-on s'écrier.

— Calomnie I Non. Médisance ! Oui. Prouvons ;

La société actuelle, matérialiste par essence : puisqu'elle est régie par la souveraineté du peuple; et, qu'elle subordonne le spirituel au temporel ; la société actuelle, dis-jc, a pour représentant : l'économie politique.

L'économie politique a pour interprète, son prophète : J. B. Say.

Écoutons J. B. Say :

— « La seule étude importante, dit-il, qui ne paraisse pas pouvoir être l'ohjet d'un enseignement pnblic, c'est ['étude de la morale. »

(1) Voyez notre Economie politique, etc., l. I, krcui: u et ses Appendices.

— Il est évident : que, si la société savait ce que c'est que la morale; cette connaissance pourrait être l'objet : d'un enseignement public.

S'\, en oulre,œ je ne sais quoi, nommé morale, avait une buse rationnelle; la connaissance de celle base pourrait être l'objet : d'un enseignement public.

A propos, de morale; ou, du je ne sais quoi, ainsi nommé ; la société actuelle a même accepté : la maxime de Cicéron :

— « Faites le bien sans raison. »

— Ce qui implique : que, le bien, ou le je ne sais quoi nommé morale, ne peut en rien, s'appuyer : sur la raison.

M. Proudhon n'a été que l'interprète, de la société actuelle, quand il a dit :

— « L'homme qui n'a de vertu privée, de fidélité aux engagements. . . (jue par crainte de Dieu (t). . . . loin d'être un saint, est tout simplement un scélérat. »

— A cet égard, Platon, Locke, Voltaire, Rousseau, Chateaubriand, la Mennais, Lamartine, etc., se font bonneur : d'être scélérats; et, j'avoue : qu'avec ces messieurs, et avec M. Proudlion lui-même, je me fais honneur de mériter le titre de scélérat.

Je dis, avec M. Proudhon lui-même : parce que cet éminenl moraliste n'hésite nullement pour s'écrier :

— « DÉvonEMENT ! .le nie le dévouement : c'est du mysticisme. »

— H est évident qu'aux yeux de M. Proudhon, le mysticisme est delà folie; donc, le dévouement; ou, \e faire le bien, sans raison, est de la folie. Voilà, M. Proudhon aussi scélérat : que, Platon, Locke, Voltaire, etc., et moi-même.

M. Guizol est bien aussi mi peu scélérat, selon M. Proudhon :

(1) Dieu, signilic ici : sa>ctio> UEMoiiabE.

SClENCIi SOCIALE. 673

— « Que tout, dit-il, ce qui n'est pas légalement déleiidu se trouve tout à coup MORALEMENT periiiis; que les citoyens ne se croient plus aucun devoir, ne reconnaissent plus aucun frein, partout où ils ne verront pas l'écliafaud, l'amenile ou la prison, la société sera bientôt dissoute. Il lui l'aut d'autres liens que ceux de la crainte, d'autre crainte que celle du sang...

« Aussi n'a-t-on jamais vu la société subsister sans autre frein que ce qui est écrit dans les codes. »

— Ce que M. Guizot vient de dire, Platon Je professait, il y a plus de deux mille ans :

— « Nul n'est bon, disait Platon, que parce qu'il n'ose être méchant. Faites le plus homme de bien un demi-dieu, qu'il soit à l'abri du châtiment, les crimes énormes ne lui coi'ileid plus rien. Maître de contenter ses passions, s'altstiendra-t-il, par un ridicule enlêtement pour la justice, de commettre lueurtre , brigandage? En un mol, verra-t-on de la dill'érence entre le plus scélérat et lui ? »

— Les matérialistes, de la société actuelle, affirment : qu'ils ont ce ridicule enlf'lement . En le disant, ils raisonnent bien. Ceux qui raisonnent mal, sont ceux qui les croient.

Locke pensait comme Platon.

— « Le brigandage, la violence et le meurtre ne sont, dit-il, que des jeux pour des gens mis en liberté de commettre ces crimes sans être censurés ni punis. »

— n Le méchant, dit Rousseau, tiro avantage de la probité du juste et de sa propre injustice. Il est bien aise que tout le monde soit juste, excepte LUI. »

— 11 est évident : que le premier soin du fripon est de prêcher la probité; et de dire, au besoin : Faites le bien, sans raison.

— «La morale, dit M. Proudlion, n'a de sanction qu'elle-même; elle dérogerait à sa dignité, elle serait immorale si elle tirait d'autres sa cause et sa fin. »

— C'est toujours le coiunienlaire de Cicéron. (]ela signilie : que, la morale, basée sur la raison, est immorale; ce qui im-

plique : que, ce qui est raisonnable est immoral. Vous concevez ,'ilors : que, la seule morale qui ne soit pas immorale, est celle des fripons, sachant se mettre à l'abri du bourreau. C'est, cette morale de l'immoralité, que M. Guizot, sans le savoir, j'en suis certain, a inculquée à la jeunesse, en lui disant, dans la chaire qui lui était confiée :

— «Pour ceux d'entre vous qui ont fait des éludes philosophiques un peu étendues, il est, je crois, évident aujourd'hui que la mobale est in-

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