‹ Science sociale (volume 4)Chapitre 21 sur 79 · ORIGINE DE L ESSENCE SOCIALE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L ESSENCE SOCIALE

« In principio erat ▼orbuni. ■

S. Jeut.

Avant d'arriver au titre I\ , il se trouvera démontré : Que, lorsque deux individus réels, ayant réellement sensibilité, et une organisation capable de transmettre des modifications, organisation ayant un centre nerveux nommé mémoire, capable de renouveler des modifications passées, se trouvent en contact; le résultat NÉCESSAIRE dc cc coutact, est : rétablissement de signes, le développement de Tintelligence, le développement du VERRE.

La conséquence de cette nécessité, est :

« Que, partout où il y a contact de deux êtres, ayant une organisation capable de transmettre des sensations, plus un centre nerveux nommé mémoire; et que, malgré ce contact, il n'y a point développement du verbe ; la sensibilité de ces êtres n'est que phénoménale, apparente, illusoire. »

La première famille humaine ; ou, pour parler correctement, la première famille est une société ;

Et, l'état de nature, considéré comme extra-social, est : une immense folie.

SClSMCJë SOGULB. S93

DIVISION DES SOQETËS.

« Sur ce, 'ûa ont imaginé, presque dès l'origine, trois principales sorte» de goavernements, qai, plus tard, combinés ensemble, en ont produit un quatrième , le plus drôle de tous.

« Sonriens-toî quMl s'agit de maintenir la justice, ou d^empécher la violation du droit, je parle leur langage. Us y réfléchissaient pvpfondément à leur manière, en s'embrouiUant de plus ea plus, quand l'un d'eux leur dit :

« Vous n'êtes que des niais. Commençons par poser un principe, un principe divin. Je suis le plus fort, et la preuve en est qu'il n'est pas un de vous à qui je ne puisse tordre le cou, pour peu que la fantaisie m'en prenne. Ou je n'y entends rien, on c'est là une supériorité qu'il serait pour le moins très-ridicule de contester. Reconnaissezla , consacrez-la par un assentiment dont je' me passerais, après tout, fort bien. Convenez entre TOUS et avec moi , que la justice, le droit, ce sera ma volonté , mon caprice , et baro sur quiconque refusera d'obéir. Alors plus de violation possible du droit et de la justice; car enfin , ou je me trompe beaucoup, ou je voudrai toujours ce que je voudrai. »

« Là-dessus ébahissement d'admiration ; et tous d'applaudir, honteux de n'avoir pas aperçu tout d'abord une vérité si claire. Voilà donc le problème résolu.

« n ne l'était cependant pas de manière à satisfaire tout le monde longtemps. L'ordre régnait» mais on s'en lasse : quelques-uns se dirent : 0 « Mais, si nous faisions à notre tourja justice et le droit? C'est une si bonne chose, et si commode, et si agréable, et si profitable! Que nous manque-t"il pour cela ? n'avons-noas pas aussi notre volonté 7 C'est presque toat, et ce sem tout

224 SCIENCE MCI4LË.

quand nous anrons la force. «• lis s^flBtendirent et se concertèrent; la force alors fui de leur côté^ et avec elle la ju8tic% le droit

« Ce moment vit naître le goaTerDemeaF do PLusnDRS, seconde solution ào. problème. Innombrables forent les formes de ce gonvememeat U me convenait à moi pour le moins antanl qge Fantre. Car c^était le même fond, avec plus de monyement, d'activité dans les passions, de roidenr, de dureté, d'envie , de colère, de haines, de qaerelies, de noises, et partant de culbutes. Egfaetesch (génie de la corruption du cœur) senlemeol mgrettait un peu, me disait-il, la tranquille corruption du régime antérieur. Il trouvait qu'elle menait sans bruit à une dissolution ifps rapide et plas profonde.

« Quoi qu'il en soit, l'exemple donné, chacun voulut faire pour sa part , la justice, le droit, et, après de longs et violents combats,^ un grand nombre y parvinrent : d'où les gouvernements populaires, troisième solution. Ceux-ci, Akouman, offrent généralement une instabilité qui te plairait C'est plaisir de voir la justice^ U droit , changer d'un jour à Vautre, et quelquefois du matin au soir, avec les mobiles màjobités, ou selon lei intérêts qui prévalent momentanément; et même diversité selon celle des pays, qndle que soit d'ailleurs la forme du gouvernement. Justice tci, iijustice là; justice aujourd'hui, injustice demain. Lava oaoïT est drk aoub qui tourhe sava CESSE : figure-toi combien ces pauvres heds (1) assis dessus doivent être étourdis quelquefois.

(« Pour moi , ma jouissance toujours nouvelle , mon ravissement, est de contempler l'ineflable bêtise de cette race d'innocents qui, au milieu de ces variations sans fin, sans nombre, ne laissa l>as de croire la société régie au fond par je ne sais quel principe effectif du juste, dont le carac* tère, s*il existait, serait d'être immuable, indépendant des lieux, des temps. Enfin n'importe comme, ils y croient, et bien en prend à ceux qui gouvernent; cette croyance, qui dépasse en absurdité les plus absurdes, fait leur seule vraie sécurité, Csr là même où sont établies des institutiops popo-

(1) Génies du bi6D<

laires, elles ne le sont certes pas, à b^mcoup près, au profit de tons. En dehors des possesseurs de raatorilé pobliqne, il reste toujours une masse énorme de simples gouvernés, qui, sous le nom d'esclaves , de serfs, de prolétaires, de plébéiens, de vilains, sont comme le trouiieau de la classe gouvernante, sa propriété, sa matière exploitable, et rudement exploitée, je t*en réponds.

tt II me resterait à te parler de cette récente combinaison qu'ils ont imaginée, des trois vieilles sortes de gouvernement, laqudle surpasse en bouffonnerie tout ce qui jamais, en aucun temps, passa par ces têtes boufTonues. Un peu de patience, cela viendra. En attendant, immortel patron des faiseurs de lois, de codes et de chartes constitutionnelles, repose-toi, Akouinan, dans ta sublime inutilité, n

La Mensais, Amschaspands et Darvauds, Za-

resch (qui gâte le bien) k Âkouman (qui est

tout inutilité).

— Il y a société sentimentale, et société rationnelle.

Nous appelons sentimentale : toute société, ayant pour base une règle d'actions influencée par les tendances organiques, les préjugés, les sentiments, etc. : tant de ceux qui la formulent ; que, de ceux qui Facceptent.

Nousappelons société rationnelle : toute société ayant pour base une règle d'action incontestablement rationnelle ; et, ne pouvant être influencée par les tendances organiques, les préjugés, les sentiments, etc. : ni de ceux qui la formulent ; ni de ceux qui l'acceptent.

A l'origine de la société, au sein de la famille primitive, ime règle d'action où le sentiment domine , vient à naître nécessairement : pour rationaliser, justifier, remploi de la force. Et, le sentiment y domine nécessairement aussi : à cause de l'ignorance primitive. u i5

S26 SCIEMCB 60CULB.

Pour que la règle d'action puisse, quant au droit, devenir indépendante des temps et des lieux , il faut : que, le seul sentiment soit devenu incapable de servir de base à Texistence de l'ordre. Et cela ne peut être : que, lorsque par le développement de l'humanité, Tiâolement des familles, des sociétés, est devenu impossible; et, que l'incompressibilité de l'examen a rendu toute règle d'action, basée sur le seul sentiment, incapable de conserver, vis-à-vis du raisonnement, aucune espèce de force hiérarchique.

Dans la société sentimentale : le sentiment domine le raisonnement.

Dans la société rationnelle : le raisonnement domine le sentiment.

Page 1